Henry Vasnier, né le à Paris et mort le à Reims (Marne), est un négociant en vin associé de la Maison Veuve Pommery, fils et Cie. Grand collectionneur de la fin du , il lègue à sa mort en 1907, ses œuvres à la ville de Reims enrichissant alors considérablement les collections et formant le cœur des collections du futur musée des Beaux-Arts.
Biographie Henry Vasnier est né à Paris le dans une famille bourgeoise. Son père, Félix Joseph Dominique Vasnier (1788-1845), est maître d'hôtel et sa mère, Anne-Marie Caroline Auger, est fille de négociant. Il appartient à une fratrie de trois enfants avec son frère Edmond et sa sœur Clémence.
Il commence sa carrière en tant que banquier à Londres. En 1856, il s’installe à Reims, à la demande d'Alexandre Louis Pommery, l’époux de Jeanne Alexandrine Louise Melin (1819-1890) avec laquelle sa sœur, Clémence Vasnier, a été en pension à Paris. À vingt-quatre ans, Henry Vasnier entre ainsi dans l’entreprise de commerce de vins de Champagne qu’Alexandre Louis Pommery vient de reprendre avec Narcisse Greno. À la mort d’Alexandre Louis Pommery, en , Henry Vasnier devient le principal collaborateur de sa veuve Jeanne Pommery. Le , il s’associe à Jeanne Pommery et ses enfants. Au décès de cette dernière, le , il prend la direction effective de la maison de Champagne.
Il est décrit comme un homme au tempérament pondéré et « imbu du sens des réalités ». Avec le déploiement de sa fortune, il est à même de posséder plusieurs propriétés dont autour de Reims dédiés à sa pratique de la chasse. En 1890, Vasnier commande à l'architecte Louis Sorel un hôtel particulier qui deviendra la Villa Demoiselle. Cette dernière constitue l'un des exemples les plus éminents de l'Art nouveau à Reims.
Il meurt le d’une embolie, à l’âge de soixante-quatorze ans. Ses obsèques ont lieu à l’église Saint-André le . Il lègue sa collection d'œuvres d’art à la ville de Reims, constituant ainsi l’embryon de la collection du musée des Beaux-Arts de la ville avec 593 numéros. Il y associe pour permettre de mener des travaux d’installation du musée dans l’ancienne abbaye Saint-Denis.
La collection d’Henry Vasnier vignette|Léon Chavalliaud, Buste d'Henry Vasnier, 1886, plâtre teinté, 67,1 x , Reims, Musée des beaux-arts, La fortune d’Henry Vasnier, établie grâce à son activité de négociant en vin, lui permet de se créer une collection remarquable essentiellement composée d'œuvres d’artistes du . On compte notamment de nombreuses peintures de Louise Abbéma, Eugène Boudin, Jean-Charles Cazin, Camille Corot, Albert Dammouse, Honoré Daumier, Eugène Delacroix, Émile Gallé, Henri Harpignies, Charles Léandre, Léon Lhermitte, Maxime Maufra, Jean-François Millet, Claude Monet, Camille Pissarro, Pierre-Auguste Renoir, Théodore Rousseau, Alfred Sisley. Outre les peintures, Henry Vasnier acquiert également des arts graphiques, des sculptures et des objets d’art.
Vers 1863, alors qu'il est âgé d'une trentaine d'années, Henry Vasnier commence à acquérir des œuvres. Sa première acquisition est un paysage de Léon-Charles Flahaut, Paysage à Magny-les-Hameaux, présenté au Salon à Paris, pour la somme de . Il poursuit ses achats en favorisant ce genre pictural. Attentif vis-à-vis des différents événements artistiques, il continue d’agrandir et d’enrichir sa collection notamment à partir des années 1870. Henry Vasnier effectue ses acquisitions dans plusieurs établissements clés du marché de l’art parisien, comme l’Hôtel Drouot, qui représente une source essentielle pour l’enrichissement de sa collection. Il fréquente également les salons, participe à des ventes aux enchères, et complète ses achats auprès des marchands tels que Georges Petit et Paul Durand-Ruel, auprès duquel il achète par exemple L’Avenue de l’Opéra de Camille Pissarro en 1902. Il parvient ainsi à se constituer une riche collection très représentative de son époque. Ses acquisitions témoignent également de sa réussite professionnelle. gauche|vignette|311x311px|Louise Abbéma, L'Hiver ou Portrait de Renée Delmas, 1877, huile sur toile, , Reims, musée des Beaux-Arts. En 1877, il acquiert L’Hiver de Louise Abbéma au Salon de Reims.
À partir de 1881, il intensifie ses acquisitions, remplissant son appartement de la rue Vauthier-le-Noir. Sa collection, en quelques années, s’agrandit considérablement passant de deux cents à trois cent soixante-deux œuvres. Effectuant la plupart de ses achats à Paris, il accède à des œuvres plus onéreuses. En 1888, il acquiert un dessin de Jean-François Millet, Le Repas au milieu du jour, pour et Le Hameau Cousin à Greville pour , qu'il acquiert en commun avec Jeanne Pommery. En 1890, cette dernière achète sur les conseils de Vasnier pour or, Les Glaneuses de Millet avec l’ambition de l’offrir à l’État français. Elle en fait don au Musée du Louvre la même année.
Dans les années 1880, il fréquente assidûment la galerie Georges Petit, installée depuis 1882, rue de Sèze. La décoration des pièces de la galerie s’inspire de l'Opéra Garnier. Les dessins y sont présentés dans des cadres moulurés et imposants à la manière des tableaux. C’est auprès de Georges Petit et avec confiance que Vasnier acquiert ainsi ses œuvres, notamment à l’occasion des expositions de la Société des Aquarellistes français ou de la Société des Pastellistes français. Pour ses achats en vente publique, il s’appuie également sur les catalogues édités par le marchand dont la réputation est une garantie.
En 1890, il quitte son appartement de la rue Vauthier-le-Noir pour emménager dans un hôtel particulier situé 72 boulevard Lundy, Sa demeure est « remplie de tableaux remarquables, qui faisaient un véritable musée. ». Il y aménage une galerie de peintures, inspirée de celle du marchand Georges Petit. Sa galerie de de longueur, connue par la photographie, permet l’application des dernières techniques muséographiques dont le collectionneur est au fait. Par la suite, il étend ses acquisitions aux objets d’art et mobiliers, il devient notamment un mécène d’Emile Gallé. Cette galerie devient une des curiosités rémoises, le prince Alain de Polignac l’a évoqué à l’occasion du Congrès des Architectes français en dans ces termes : « On remonte en voiture, on fait le tour de la ville par les Boulevards, et l'on s'arrête devant un hôtel. M. Vasnier, directeur de la Maison Veuve Pommery, qui nous avait reçus il y avait un instant aux caves, nous fait les honneurs d'un musée très remarquable qu'il a formé. L'œil se recrée en admirant les Delacroix, les Ziem, les Daubigny, les Friant, les Monet, etc. C'est le feu d'artifice à la fin de cette belle journée. ».
À partir de 1900, sur les conseils de Jeanne Pommery, Henry Vasnier se tourne résolument vers les arts décoratifs. Il connaît alors déjà Émile Gallé, à qui il a commandé une salle à manger en 1891. Lors de l’Exposition universelle de 1900, Vasnier acquiert plusieurs éléments de vaisselle signés Gallé. Il achète également des œuvres aux artistes Ernest Chaplet, Albert Dammouse, Paul Grandhomme et Jules Brateau. Ces premières acquisitions d’objets d’art présentent une diversité de techniques : céramique, émail, métal, verrerie. Elles démontrent aussi le soutien précoce qu’apporte Vasnier à l’Art nouveau.
Les goûts d'Henry Vasnier, dirigés vers des artistes à la réputation établie tel que Millet, sont en adéquation avec l’esthétique privilégiée par la société bourgeoise fréquentant les salons sous le Second Empire et la Troisième République. La collection formée par Henry Vasnier est éclectique aussi bien dans son choix d’artistes que dans les sujets abordés. On remarque toutefois un attrait particulier pour le genre du paysage, pour le portrait dans une moindre mesure, et pour les arts graphiques. Il semble avoir préféré des œuvres n’illustrant pas les nouvelles tendances esthétiques qui ont marqué l’aube du . La collection permet néanmoins d’appréhender le goût de ce collectionneur, et ainsi le goût de son époque.
Également propriétaire d’une importante collection d’armes, Henry Vasnier lègue à Louis Pommery, le fils de Jeanne Pommery, sa collection d’armes de chasse et de tir modernes ; et au marquis Melchior de Polignac sa collection d’armes anciennes (épées, dagues, arquebuses, fusil russe de chasse daté de 1750, sabres et poignards japonais, etc.).
Le goût du dessin vignette|Jean-François Millet, Le repos au milieu du jour, 1865, pastel sec et crayon noir sur papier vergé beige filigrané, , Reims, musée des Beaux-Arts. Le dessin est un trait marquant de la collection Vasnier. Dans la lignée des collectionneurs du , qui considèrent le dessin comme une œuvre achevée en soi, Vasnier a le goût des belles feuilles, de préférence aux provenances prestigieuses. Les portraits, les paysages, les scènes de genre, les représentations de la vie paysanne qui ont retenu son attention ont en commun une technique parfaitement maîtrisée. Certains artistes se distinguent grâce à une majorité d’œuvres dans la collection d’art graphique notamment Antoine Calbet avec huit aquarelles, Léon Lhermitte avec sept pastels, et Jean-François Millet avec cinq pastels. On note par ailleurs l’intérêt de Vasnier pour l’aquarelle et le pastel, qui sont les techniques que l’on retrouve en plus grand nombre dans sa collection d’art graphique. Le collectionneur se démarque aussi par son choix d’exposer presque systématiquement ses dessins dans son hôtel particulier, plutôt que de les conserver dans des portefeuilles destinés au passe-temps solitaire des amateurs.
Dans les intérieurs de Vasnier, les œuvres graphiques côtoient les peintures sans hiérarchie avec un encadrement identique, signalent l’importance accordée à ce médium par le collectionneur.
Le paysage dans la collection Vasnier Victor Diancourt (1825-1910), maire de Reims de 1872 à 1881, président de la Société des Amis des Arts et des Musées, déclare à propos d’Henry Vasnier en 1909, quelques années avant l’ouverture du musée des Beaux-Arts : « Ses préférences étaient pour les paysages, particulièrement ceux de Camille Corot dont il possédait six tableaux échelonnés à des époques successives de sa carrière. Il recherchait également les Boudin, Jongkind et les Harpignies dont il semble avoir deviné la gloire naissante que le temps devait consacrer.».
Le collectionneur a privilégié le paysagisme du en restant en retrait vis-à-vis des jeunes artistes considérés a postériori comme les artistes d’avant-garde. Dans les dernières décennies du , notamment sous la Troisième République, le paysage est de plus en plus collectionné notamment chez les bourgeois, comme en témoigne l’attrait pour les paysages impressionnistes qui s’installe progressivement grâce aux soutiens des marchands. En parallèle, les paysages ruraux de Jean-François Millet habités par des figures de paysans atteignent des prix de plus en plus élevés comme le montre l’achat d'Henry Vasnier du pastel Berger gardant son troupeau à l'automne, vendu en 1866 et acheté par Henry Vasnier en 1890. vignette|Eugène Delacroix, Desdémone maudite par son père, 1852, huile sur toile, , Reims, Musée des Beaux-Arts.