La cathédrale Saint‑Corentin de Quimper () est une cathédrale catholique et une basilique mineure placée sous le patronage de Notre-Dame et du premier évêque légendaire dont elle porte le nom, saint Corentin. Elle est située dans le centre-ville de Quimper, chef-lieu du département du Finistère, en Bretagne. Siège du diocèse de Quimper avant la Révolution française, le bâtiment est depuis 1801 le siège du diocèse de Quimper et Léon. Elle est une des sept cathédrales étapes du Tro Breiz.
Le monument actuel de style gothique est édifié au sur la base d'édifices plus anciens, et achevé sous le Second Empire. Il présente une apparente unité architecturale malgré un chantier permanent durant six siècles, marqué d'hésitations, d'arrêts dans la construction et de repentirs.
Classée Monument historique sur la liste de 1862, la cathédrale est entièrement restaurée dans les années 1990 et 2000 qui voient la consolidation de ses structures et la restitution partielle de sa polychromie originelle plus vive.
La cathédrale est considérée comme l'élément majeur du patrimoine quimpérois, attirant de nombreux touristes venus admirer ses flèches culminant à plus de au-dessus du sol et encadrant la statue du roi légendaire Gradlon.
Histoire La cathédrale actuelle occupe un emplacement où plusieurs sanctuaires se sont succédé et dont l'historien sait peu de choses, faute de textes et de fouilles archéologiques.
La cathédrale pré-romane Une cathédrale est élevée sous l'épiscopat de Félix (titulaire du siège de Cornouaille en 832), déposé par Nominoë en 848 sous prétexte de simonie, mais plus probablement en raison de son origine ou de son obédience franques.
La cathédrale romane vignette|195px|gauche|Le chapiteau conservé au musée départemental breton, unique vestige de la cathédrale romane.|alt=Dessin d'un chapiteau corinthien roman. vignette|La situation de la cathédrale.
Bien qu'attestée en 1128 et en 1424, la cathédrale romane n'a pas fait l'objet d'études historiques, ni de fouilles archéologiques. On ignore donc pour l'essentiel ses caractéristiques et l'époque de sa construction.. Le seul vestige connu est un chapiteau sculpté retrouvé en 1879 dans la façade d'une maison à proximité de la cathédrale. Aujourd'hui, cet élément lapidaire est conservé au Musée départemental breton de Quimper. De forme presque cubique, il est orné dune couronne de feuillages débordants dont les tiges forment aux angles des quatre-feuilles et pourrait provenir du rond-point de la cathédrale. Il a sans doute été produit dans le dernier quart du .
On connaît cependant divers éléments sur les alentours de la cathédrale à la période romane : sa place au cœur du réseau viaire concentrique du Quimper médiéval permet néanmoins de supposer que sa construction est liée à la réorganisation de l'espace public situé aux alentours. En effet, ainsi que l'ont démontré les fouilles archéologiques, l'actuelle place Laënnec accueille à partir de 1060–1080 un grand cimetière traversé par des allées convergeant vers la nef de l'actuelle cathédrale gothique, emplacement supposé de la cathédrale romane. Jean-Paul Le Bihan émet l'hypothèse que ce grand projet urbain est ordonné par le duc de Bretagne et comte de Cornouaille Hoël II de Bretagne, dont la famille a fréquemment été associée à la charge d'évêque de Quimper. Le culte de saint Corentin est également très vivace chez les princes cornouaillais. Cette période de construction, commençant aux alentours de 1070, est compatible avec le chapiteau roman mentionné plus haut.
La cathédrale appartenait en tous cas à un ensemble qui comprenait également un baptistère, sans doute de plan circulaire et construit à l'arrière du chevet roman ; cette hypothèse s'appuie sur la découverte en 1992 des vestiges d'une abside sous le bras nord du transept gothique. Cet édifice était encore attesté en 1440. S'y ajoutait une chapelle consacrée à la Vierge, issue d'une fondation comtale en 1031.
Jean-Paul Le Bihan fait également l'hypothèse que l'emplacement de la cathédrale romane, sous la nef de l'actuelle cathédrale gothique, aurait permis la conservation d'un monument plus ancien le temps des travaux et situé sous le chœur de l'actuelle cathédrale gothique. Cet emplacement est également davantage à l'abri des grandes marées qui peuvent remonter le cours de l'Odet.
Les spécialistes ne s'accordent pas sur la date de la démolition de la cathédrale romane : d'après René-François Le Men, le chœur de la cathédrale romane est démoli en 1424 pour laisser place aux travaux de construction de la nef gothique. Jean-Paul Le Bihan pense quant à lui que c'est la cathédrale entière qui a été démolie à cette occasion.
La cathédrale gothique vignette|240px|Le chevet gothique de la cathédrale.|alt=Photographie du chevet d'une cathédrale gothique, avec le mur extérieur d'une chapelle rayonnante et le haut vaisseau central au-dessus.
La cathédrale gothique est construite en deux phases principales : d'abord le chevet gothique rayonnant, aux , puis la façade, la nef et le transept gothiques flamboyants, au .
L'édification du chevet Les recherches de René-François Le Men dans la seconde moitié du ont conduit l'historiographie traditionnelle de la cathédrale à dater le lancement du chantier du chevet sous l'épiscopat de l'évêque Rainaud, chancelier de , d'après divers éléments : la concession en 1239, pour des travaux à réaliser à la cathédrale, des annates de toutes les églises du diocèse ; l'origine française du prélat qui expliquerait le caractère rayonnant de la construction ; enfin la présence d'un enfeu portant le nom de Raynaldus dans la travée d'axe du déambulatoire, le défunt étant identifié à l'évêque Rainaud. Cette hypothèse est également appuyée sur l'emplacement des tombes des évêques Hervé de Landeleau, mort en 1261, attesté au milieu du chœur des chanoines au , et d'Yves Cabellic, mort vers 1280, qui aurait été inhumé dans la deuxième chapelle nord du déambulatoire.
La chronologie proposée est la suivante : le chantier est lancé en 1239, mais progresse lentement ; en 1261, à la mort de Hervé de Landeleau, les piliers du chœur sont déjà implantés ; vers 1280, le déambulatoire nord est au moins en cours de construction. Le premier niveau d'élévation, à tout le moins du rond-point, serait achevé vers 1287, date à laquelle il serait consacré et servirait au culte, tandis que la chapelle dite Notre-Dame de la Victoire serait terminée en cette fin de et consacrée en 1295. Le déambulatoire sud serait ensuite construit dans les années 1330, avant une interruption du chantier par la guerre de Succession de Bretagne. Le chevet n'est alors achevé que sous l'épiscopat de Gatien de Monceaux qui fait bâtir et peindre les voûtes hautes entre son accession à l'épiscopat en 1408 et 1416.
Yves Gallet propose une autre chronologie de la construction, avec une datation du chantier beaucoup plus tardive. Il distingue cinq campagnes de travaux distinctes : la première correspondrait aux piles de la travée droite du chœur ; la deuxième à l'enveloppe extérieure correspondant à cette travée droite, avec le déambulatoire et les quatre chapelles de chaque côté avec leurs murs de refend, ainsi qu'à la chapelle d'axe ; la troisième à l'implantation des cinq piles du rond-point, à l'achèvement des grandes arcades du chœur et sans doute au voûtement des travées droites du déambulatoire ; la quatrième à une reprise des piles d'axe du rond-point côté déambulatoire, sans doute pour améliorer la jonction à faire avec la chapelle d'axe ; enfin la cinquième voyant l'édification de la partie tournante du déambulatoire et de l'enveloppe extérieure des chapelles rayonnantes avec leurs voûtes communes sexpartites. Les datations qu'il propose pour ces différentes étapes reposent sur des comparaisons stylistiques entre les voûtes de la partie tournante du déambulatoire, construites lors de la cinquième et dernière campagne de travaux, et divers édifices, parmi lesquels les cathédrales de Chester et d'Exeter et la collégiale Notre-Dame d'Uzeste. Ces comparaisons lui permettent de proposer une datation dans le premier tiers du , peut-être à partir des années 1310 ou 1320, pour cette partie du chantier. À partir de là, en remontant dans le temps, il situe la quatrième phase de construction dans les années 1300–1310, la troisième campagne ayant eu lieu dans ces années 1300. La deuxième phase aurait alors eu lieu à la fin du et au tout début du , ce qui lui permet de réintégrer la consécration de la chapelle Notre-Dame de la Victoire en 1295 dans la chronologie. Le chantier, dans cette perspective, aurait été lancé dans les années 1280–1290. Il s'inscrirait alors dans un ensemble de travaux urbains qui comprennent la fermeture du cimetière situé sur le côté nord de la cathédrale et la construction d'une enceinte fortifiée, associée avec le détournement du Frout, affluent de l'Odet, qui coulait initialement à proximité de la cathédrale. La chronologie proposée par Yves Gallet s'accorde ensuite avec celle de l'historiographie traditionnelle, pour voir dans l'arrêt du chantier la conséquence de la guerre de Succession de Bretagne, jusqu'à la reprise de la construction avec les voûtes hautes sous l'épiscopat de Gatien de Monceaux.
L'édification de la nef Sous l'impulsion de l'évêque de Cornouaille Bertrand de Rosmadec, la première pierre de la façade est posée le . Le chantier revêt un enjeu politique, et le duc Jean V de Bretagne est impliqué dans les travaux. Le transept et la nef d'édifice précédent, qui avaient subsisté jusque-là, disparaissent progressivement par enveloppement.
Une première étape de la construction voit l'érection de la façade avec la souche des deux tours, des portails des baptêmes, au nord, et Sainte-Catherine, au sud. Cette partie des travaux est achevée avant 1433, car les portails portent les armes de la duchesse Jeanne de France, morte à cette date. Les chapelles du collatéral sud suivent immédiatement, ainsi qu'une partie de celles du collatéral nord. Suivent des travaux de raccordement du chevet rayonnant, avec l'amorce des murs ouest et est des transepts. Puis on implante les piles du haut vaisseau central, d'abord celles séparant les deuxième et troisième travées, suivies d'une paire de piles cylindriques entre les première et deuxième travées.
On lance alors le voûtement des premières travées du collatéral sud, puis dans un second temps celles du collatéral nord, en même temps qu'on construit les chapelles correspondantes qui manquaient jusque-là. Cette phase de construction peut être datée par la présence sur la clé de la voûte de la deuxième travée du collatéral nord des armes du chanoine Pierre de Quenquis, mort en 1459. À la même époque, les trois travées orientales du vaisseau central sont également construites, ainsi que les voûtes des travées orientales des collatéraux, et les derniers éléments de la cathédrale précédente sont démolis. Par la suite, les parties hautes de la nef sont bâties et reçoivent leur charpente avant 1467 ; elles ne sont cependant voûtées et peintes qu'en 1489-1493, après la construction du transept.
La construction du transept se fait dans la seconde moitié du XVe siècle : la couverture est commandée en 1467 ; la flèche de croisée suit l'année suivante. Le bras nord est construit en dernier, à partir de 1475 ; il est achevé en 1486, de même que la voûte de la croisée. Enfin, les travaux de la façade n'ayant pas été jusqu'à l'érection des flèches, on entreprend ce chantier sous l'épiscopat de Claude de Rohan, sans aller très loin : ces flèches ne sont achevées qu'au XIXe siècle.
Le vignette|Saint Corentin et Bertrand de Rosmadec. Dédié à Sébastien de Rosmadec, gouverneur de Quimper (décédé en 1646), date de 1643. Saint Corentin était évêque de Quimper au Ve siècle. À droite, Saint Corentin bénissant Bertrand de Rosmadec, évêque de Cornouaille (1416-1444), agenouillé, à gauche. Au fond, la cathédrale de Quimper.