La boîte de Pandore est un artéfact de la mythologie grecque lié au mythe de Pandore dans le poème Les Travaux et les Jours d'Hésiode, datant d'environ 700 avant J.-C. Hésiode rapporte que la curiosité de Pandore l'a amenée à ouvrir un récipient laissé à la garde de son mari, libérant ainsi des malédictions physiques et émotionnelles sur l'humanité.

Le récipient mentionné dans le récit original était une grande jarre de stockage, mais le mot a ensuite été mal traduit. Dans les temps modernes, une expression idiomatique s'est développée à partir de l'histoire, signifiant « toute source de problèmes importants et inattendus », ou alternativement « un cadeau qui semble précieux mais qui en réalité est une malédiction ».

Dans la mythologie

vignette|Pandore par Arthur Rackham, en 1922. Selon Hésiode, lorsque Prométhée vola le feu du ciel, Zeus, le roi des dieux, se vengea en présentant Pandore au frère de Prométhée, Épiméthée. Pandore ouvrit une jarre laissée à sa garde contenant la maladie, la mort et de nombreux autres maux non spécifiés qui furent ensuite libérés dans le monde. Après qu'elle se fut empressée de refermer le récipient, une seule chose resta dans la jarre .

C'est à partir de cette histoire qu'est née l'expression « ouvrir une boîte de Pandore », qui signifie faire ou commencer quelque chose qui causera de nombreux problèmes imprévusSite lalanguefrancaise.com, article "Ouvrir la boîte de Pandore : définition et origine de l’expression"., « ce qui est la source de beaucoup de maux ».

Étymologie de la « boîte » Le mot traduit par « boîte » était en fait une grande jarre (πίθος pithos) en grecSite historia.fr, article "La boite de Pandore.. Les pithoi étaient utilisés pour stocker du vin, de l'huile, du grain ou d'autres provisions, ou, rituellement, comme récipient pour un corps humain à enterrer, d'où l'on croyait que les âmes s'échappaient et revenaient nécessairement. De nombreux spécialistes voient une analogie étroite entre Pandore elle-même, qui était faite d'argile, et la jarre d'argile qui dispense les maux.

La mauvaise traduction de pithos est généralement attribuée à l'humaniste du Érasme qui, dans son récit latin de l'histoire de Pandore, a remplacé le grec pithos par pyxis, qui signifie « boîte ». Le contexte dans lequel l'histoire est apparue est le recueil de proverbes d'Érasme, l'Adagia (1508), qui illustre le proverbe latin Malo accepto stultus sapit (en éprouvant des difficultés, un fou devient sage). Dans sa version, la boîte est ouverte par Épiméthée, dont le nom signifie « après-coup » ou, comme le commente Hésiode, .

Contenu Dans le mythe grec, il existait d'autres récits de jarres ou d'urnes contenant des bienfaits et des maléfices accordés à l'humanité, dont un très ancien récit est relaté dans l'Iliade d'Homère :

Se démarquant nettement d'Hésiode, le poète élégiaque grec du Théognis de Mégare, déclare que

Le poème semble faire allusion à un mythe dans lequel la jarre contenait des bénédictions plutôt que des maux. Il est confirmé à la nouvelle ère par une fable d'Ésope enregistrée par Babrius, dans laquelle les dieux envoient la jarre contenant des bénédictions aux humains. Plutôt qu'une femme nommée, c'est un générique « homme insensé » (ἀκρατὴς ἄνθρωπος) qui ouvre la jarre par curiosité et les laisse s'échapper. Une fois le couvercle remis en place, seul l'espoir subsistait, . Cette version étiologique porte le numéro 312 dans l'index Perry.

À la Renaissance, l'histoire de la jarre est revisitée par deux écrivains immensément influents, André Alciat dans ses Emblemata (1534) et le poète néo-latin Gabriele Faerno dans son recueil de cent fables (Fabulum Centum, 1563). Alciato ne fait qu'une allusion à l'histoire en représentant la déesse Espérance assise sur une jarre dans laquelle, déclare-t-elle, . Le court poème de Faerno traite également de l'origine de l'espoir, mais dans ce cas, c'est le reste des « bénédictions universelles » (bona universa) qui s'est échappé : .

Une idée de la nature des bienfaits perdus est donnée dans une gravure de la Renaissance de Giulio Bonasone, où le coupable est le mari de Pandore, Epiméthée. Il est représenté tenant le couvercle d'une grande jarre de stockage d'où s'envolent des représentations féminines des vertus romaines. Elles sont identifiées par leurs noms en latin : sécurité (salus), harmonie (concordia), équité (aequitas), miséricorde (clementia), liberté (libertas), bonheur (felicitas), paix (pax), valeur (virtus) et joie (laetitia). L'espérance (spes) est retardée sur la lèvre et tient en l'air la fleur qui est son attribut.

Difficultés d'interprétation Dans l'érudition hésiodique, le point crucial de l'interprétation a perduré : l'espoir emprisonné dans une jarre pleine de maux doit-il être considéré comme un bienfait pour l'humanité, ou comme une malédiction supplémentaire ? Un certain nombre de manuels de mythologie font écho aux sentiments de M. L. West : Certains spécialistes, comme Mark Griffith, adoptent toutefois un point de vue opposé : L'interprétation repose sur deux questions connexes : premièrement, comment rendre elpis, le mot grec habituellement traduit par « espoir » ? Deuxièmement, la jarre préserve-t-elle elpis pour les hommes, ou la tient-elle à l'écart des hommes ?

Comme pour la plupart des mots grecs anciens, elpis peut être traduit de plusieurs façons. Un certain nombre de spécialistes préfèrent la traduction neutre de « attente ». Les auteurs classiques utilisent le mot elpis pour signifier « attente de malheur », mais aussi « attente de bonheur ». Une analyse statistique démontre que ce dernier sens apparaît cinq fois plus que le premier dans toute la littérature grecque ancienne existante. D'autres soutiennent l'opinion minoritaire selon laquelle elpis devrait être rendu par « attente du mal » (vel sim).

La réponse à la première question dépend largement de la réponse à la seconde : la jarre doit-elle être interprétée comme une prison ou comme un garde-manger ? La jarre sert certainement de prison pour les maux que Pandore a libérés . Certains ont affirmé que la logique veut que la jarre serve également de prison pour elpis, en le retenant à l'écart de la race humaine. Si elpis signifie espoir, le ton du mythe est pessimiste : tous les maux du monde ont été dispersés depuis la jarre de Pandore, tandis que la seule force potentiellement atténuante, l'espoir, reste solidement enfermée à l'intérieur. Une interprétation moins pessimiste comprend le mythe pour dire : d'innombrables maux se sont échappés de la jarre de Pandore et empoisonnent l'existence humaine ; l'espoir que l'humanité puisse être capable de maîtriser ces maux reste emprisonné dans la jarre. La vie n'est pas sans espoir, mais les êtres humains sont désespérément humains.

On a également soutenu que l'espoir était simplement l'un des maux contenus dans la jarre, le faux espoir, et qu'il n'était pas bon pour l'humanité, puisque, plus loin dans le poème, Hésiode écrit que l'espoir est vide (498) et non bon (500) et qu'il rend l'humanité paresseuse en la privant de son assiduité, ce qui la rend encline au mal.

Dans Humain, trop humain, le philosophe Friedrich Nietzsche affirme que

Une objection à l'interprétation « l'espérance est bonne/la jarre est une prison » oppose que, si la jarre est pleine de maux, alors que fait l'espérance parmi eux ? Cette objection conduit certains à rendre elpis comme l'attente du mal, ce qui rendrait le ton du mythe quelque peu optimiste : bien que l'humanité soit troublée par tous les maux du monde, elle est au moins épargnée par l'attente continuelle du mal, qui rendrait la vie insupportable.

La lecture optimiste du mythe est exprimée par M. L. West. Elpis prend le sens plus commun d'espérance expectative. Et si la jarre a servi de prison pour les maux qui s'en sont échappés, elle sert ensuite de résidence à l'Espérance. West explique : L'espoir est donc préservé comme un bienfait pour les humains.

Réparer les torts Ni Alciato ni Faerno n'avaient désigné le responsable de l'ouverture de la jarre, se contentant de dire qu'il s'agissait d'un « mortel ». À la Renaissance, c'est le nom d'Epiméthée qui est le plus souvent mentionné, comme dans la gravure de Bonasone et la mention du partenaire de Pandore dans un rondeau qu'Isaac de Benserade a pris l'initiative d'insérer dans sa version légère des Métamorphoses (1676) .

La gravure de Sébastien Le Clerc qui accompagnait le poème dans le livre montre Pandore et Epiméthée assis de part et d'autre d'une jarre d'où s'échappent des nuages de fumée emportant les maux qui s'échappent. Le couvercle de la jarre est clairement dans la main d'Epiméthée. Paolo Farinati, un artiste vénitien antérieur, est également à l'origine d'une gravure qui impute la faute à Epiméthée, le représentant en train de soulever le couvercle de la jarre que tient Pandore.

Une autre gravure vénitienne, attribuée à Marco Angelo del Moro (actif de 1565 à 1586), est beaucoup plus énigmatique. Habituellement intitulée La Boîte de Pandore, ou les sciences qui illuminent l'esprit humain, elle représente une femme en robe antique ouvrant un coffret orné d'où jaillissent des livres, des manuscrits, des serpents et des chauves-souris. Aux côtés de Pandore se trouve une femme portant un tison ardent, tandis qu'une figure cornue s'enfuit dans la direction opposée. Au-dessus, une voûte courbe est peinte des signes du zodiaque vers lesquels le dieu du soleil Apollon pointe, tandis qu'en face de lui, un autre personnage tombe à travers les étoiles. Les commentateurs attribuent à ces symboles des significations aussi contradictoires que le contenu du coffre. Selon une lecture, la main que Pandore lève vers son visage fait d'elle la figure de l'ignorance, tandis que ses yeux sont protégés parce qu'elle est éblouie et que les serpents qui rampent dans le coffre sont d'anciens symboles de sagesse. Apollon, assis au-dessus, désigne le Verseau, le signe zodiacal de janvier/février, qui marque la « montée du soleil » à partir du creux de l'hiver. La figure qui tombe en face de lui peut être identifiée soit comme Lucifer, soit comme la nuit fuyant devant l'aube ; dans les deux cas, les ténèbres de l'ignorance sont sur le point d'être dissipées. La question reste de savoir si la boîte ainsi ouverte sera finalement reconnue comme une bénédiction ; si la nature ambiguë de la connaissance est soit d'aider, soit de blesser.

Dans les siècles suivants, l'art a généralement mis l'accent sur la personne de Pandore. À quelques exceptions près, la boîte n'est apparue que comme son attribut. La scène de rue de René Magritte en 1951, l'une des rares peintures modernes à porter le titre de Boîte de Pandore, est aussi énigmatique que les gravures allégoriques de la Renaissance.

Théâtre Dans la première moitié du XVIIIe siècle, trois pièces françaises ont été produites sous le titre La Boîte - ou Boëte - de Pandore. Dans chacune d'elles, l'intérêt principal porte sur les effets sociaux et humains des maux libérés par la boîte et dans une seule d'entre elles, Pandore apparaît comme un personnage. La pièce de 1721 d'Alain-René Lesage a été publiée dans le cadre de La Fausse Foire, un drame en prose en un acte de 24 scènes dans le style de la commedia dell'arte. À son ouverture, Mercure a été envoyé sous les traits d'Arlequin pour vérifier si la boîte donnée par Jupiter à la statue animée Pandore a été ouverte. Il s'emploie à semer le trouble dans le village autrefois heureux de Pandore, déclenchant l'ambition, la concurrence, la cupidité, l'envie, la jalousie, la haine, l'injustice, la trahison et la maladie. Au milieu de l'effondrement social, Pierrot se brouille avec la fiancée qu'il était sur le point d'épouser au début de la pièce et celle-ci se fiance à un arriviste.