Les Scènes d'enfants (), op. 15, sont un cycle de treize courtes pièces pour piano, composé au début de l'année 1838 par Robert Schumann. Sa pièce la plus connue est Träumerei (Rêverie), en septième position dans le recueil.
D'une durée totale d'un peu moins de 20 minutes, les Scènes d'enfants, qui comportent notamment la célèbre Rêverie, sont parmi les œuvres pour piano les plus populaires de la période romantique.
Présentation générale L’œuvre est composée par Schumann entre janvier et le printemps 1838 pour l'anniversaire de sa fille aînée, et publiée en par Breitkopf & Härtel sous le titre . L'orthographe plus moderne est adoptée lors des rééditions. Aucun autographe complet du recueil n'a été conservé, néanmoins la , musée consacré au compositeur à Zwickau, possède un autographe de la première pièce, .
Contrairement à la première partie de l’Album pour la jeunesse composé dix ans plus tard, le cycle n'est pas conçu pour être joué par des enfants, mais plutôt, selon les termes de Schumann, « par un grand enfant » (correspondance à Fischhof, ), comme . Le recueil est l'un de ceux les plus joués et les plus aimés.
Contexte de composition
La partition date d'une période tourmentée de la vie du compositeur. En effet, en , Schumann, âgé de 27 ans, amoureux depuis plusieurs années de Clara Wieck, s'est vu refuser fermement sa main par son père, soucieux de protéger l'indépendance de sa fille, pianiste prodige qui n'a encore que 18 ans. Les futurs époux entretiennent alors une intense correspondance. La période 1836-1839 voit Schumann composer plusieurs chefs-d'œuvre pianistiques, notamment les Kreisleriana, de caractère tourmenté, mais aussi la Fantaisie, les Novelettes et l'Arabesque, tous marquées par sa relation avec Clara. Les pièces qui constituent les Scènes d'enfants contrastent avec cet ensemble par leur caractère apaisé.
Schumann évoque le recueil en cours de composition dans une lettre à Clara datée de ; la sélection des pièces qui seront publiées n'a pas encore eu lieu, puisque Schumann parle d'une trentaine de petites pièces. Certaines des pièces écartées seront publiées bien plus tard dans les Bunte Blätter, et Albumblätter .
L'originalité thématique des Scènes d'enfants et son caractère inaugural dans l'histoire de la musique sont à souligner : c'est en effet une des premières œuvres instrumentales notables prenant pour thème les impressions d'enfance. Schumann n'a pas eu de devancier, à l'exception, déjà ancienne, de François Couperin qui avait publié en 1716-1717 les Petits Âges dans le septième ordre de son Second livre de pièces de clavecin.
Idéal esthétique et dimension autobiographique sont étroitement liés dans la genèse de l'œuvre. Le choix du thème des Kinderszenen doit sans doute au souvenir de la jeune Clara Wieck, que Robert avait rencontrée dès l'âge de neuf ans. Au-delà de ce souvenir personnel, l'examen du journal de Schumann, de ses lectures et de ses écrits dans la décennie qui précède la composition (1828-1838), révèle un intérêt constant pour le culte romantique de l'enfance. Par la lecture des écrivains allemands Jean Paul, Ernst Hoffmann ou Anton Thibaut, le compositeur a construit une conception symbolique de l'enfance qui se rapproche précisément de son idéal musical : la profondeur poétique dans la simplicité. Les Scènes d'enfants constituent pour Schumann une réalisation exemplaire de cet idéal.
Dès 1831, Clara, pianiste prodige entre l'enfance et l'adolescence, suscite chez Schumann le projet d'écrire une nouvelle littéraire intitulée Enfants prodiges (Wunderkinder). Selon l'esthétique d'Hoffmann, Clara possède la pureté qui est un requis moral pour toute grande création artistique. Tourmenté par sa vie parfois dissolue, Schumann se sent indigne d'elle et voit dans sa figure un ange rédempteur qui lui apportera la sérénité. Lors d'une visite qu'il lui rend à Dresde en , il note dans son journal : .
En envoyant ce recueil à Clara, Schumann écrit : .
Clara a perçu l'œuvre comme un message destiné à elle seule. Le , elle écrivait à Schumann : . C'est peut-être par pudeur qu'elle a longtemps tardé à la jouer en public. Elle ne la mettra à son répertoire qu'en 1868, douze ans après la mort du compositeur.
Pièces Les titres n'ont été donnés qu'a posteriori par le compositeur. Gens et pays étrangers () en sol majeur Curieuse histoire () en ré majeur Colin-maillard () en si mineur L'enfant suppliant () en ré majeur Bonheur parfait () en ré majeur Un événement important () en la majeur Rêverie () en fa majeur ( Träumerei) Au coin du feu () en fa majeur Cavalier sur le cheval de bois () en do majeur Presque trop sérieusement () en sol dièse mineur Croquemitaine () en sol majeur L'enfant s'endort () en mi mineur Le poète parle () en sol majeur
Réception
Le , Franz Liszt écrit à Schumann :
Discographie
Maria Grinberg, 1951 Dino Ciani Yves Nat (EMI) Claudio Arrau (Philips) Martha Argerich (1984, DG) Antonín Kubálek, 1988 Tatiana Nikolaïeva, 1991 Yves Henry, 1991 Annie Fischer Vladimir Horowitz Maria Joao Pires Philippe Cassard, 2004 Klára Würtz, 2014 Radu Lupu, 2022
Bibliographie
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Partition :
Notes et références
Liens externes
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