Le , le Boeing 747 effectuant le vol Korean Air Lines 007 reliant New York à Séoul via Anchorage dévie de sa route prévue et entre dans un espace aérien soviétique interdit. Il est abattu par un avion de chasse Soukhoï Su-15 de la défense aérienne soviétique à proximité de l'île Moneron. Aucun survivant n'est retrouvé parmi les et membres d'équipage..

L'incident est l'un des moments les plus tendus de la guerre froide et conduit à une escalade du sentiment anti-soviétique, en particulier aux États-Unis. L'Union soviétique nie d'abord avoir connaissance de l'incident, mais admet plus tard avoir abattu le Boeing coréen, affirmant que l'avion était en mission d'espionnage. Le Politburo déclare qu'il s'agit d'une provocation délibérée de la part des États-Unis pour tester la préparation militaire de l'Union soviétique. La Maison-Blanche accuse de son côté l'Union soviétique d'entraver les opérations de recherche et de sauvetage. Les autorités soviétiques dissimulent des preuves aux enquêteurs de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI), parmi lesquelles les enregistreurs de vol de l'avion coréen. Celles-ci sont communiquées huit ans plus tard, après la dislocation de l'Union soviétique. Bien que l'enquête de l'OACI, rouverte à cette occasion, ait conclu que le Boeing 747 coréen s'était égaré accidentellement, diverses théories du complot sont avancées.

Avion et équipage thumb|left|L'appareil impliqué dans l'accident, ici à l'aéroport international de Düsseldorf en octobre 1976, alors qu'il opérait pour Condor. L'appareil assurant ce vol, fabriqué en 1972, était un Boeing 747-230B, un avion gros-porteur immatriculé HL7442 (numéro de série 20559/186) et équipé de quatre moteurs Pratt & Whitney JT9D-7A.

Ce vol est effectué par le commandant de bord Chun Byung-in (45 ans), le copilote Son Dong-hui (47 ans) et l'officier mécanicien navigant Kim Eui-dong (31 ans). Le commandant totalise 10 627 heures de vol à son actif, dont 6 618 heures sur Boeing 747. Le copilote cumule 8 917 heures de vol, dont 3 411 heures sur 747. L'officier mécanicien navigant Kim totalise 4 012 heures de vol, dont 2 614 heures sur 747.

Reconstitution du vol thumb|left|Trajectoires prévue (tireté) et réelle (trait plein) du vol 007. Le vol 007 de Korean Air Lines relie la ville de New York, aux États-Unis, à Séoul, en Corée du Sud. Il décolle de l'aéroport international John-F.-Kennedy le avec à son bord et d'équipage (dont six employés qui n'étaient pas en service comptés en tant que passager). Après avoir refait le plein de carburant à l'aéroport international d'Anchorage en Alaska, il redécolle en direction de Séoul à UTC ( heures locales) le .

Le vol KAL 007 se dirige d'abord vers l'ouest puis infléchit sa trajectoire vers le nord en direction de Gimpo, l'aéroport de Séoul, ce qui le fait passer beaucoup plus à l'ouest que les vols habituels (suivant prétendument un cap magnétique de 245°), survolant la presqu'île du Kamtchatka puis la mer d'Okhotsk en direction de l'île de Sakhaline, violant ainsi une portion importante de l'espace aérien soviétique.

Un vol KAL avait déjà violé l'espace soviétique précédemment : en , un chasseur soviétique avait tiré sur un avion coréen (vol 902 Korean Air Lines) qui avait survolé la presqu'île de Kola et l'avait forcé à faire un atterrissage en catastrophe sur un lac gelé. L'étude des causes de cet incident avait été compliquée à la suite du refus des Soviétiques de remettre les boîtes noires de l'appareil. D'autres avions commerciaux avaient déjà commis des erreurs de cet ordre, mais pas dans l'espace aérien soviétique.

thumb|Un intercepteur soviétique Soukhoï Su-15 Flagon. Alors que le vol 007 survole le territoire de l'Union soviétique, des chasseurs Su-15 Flagon et MiG‑23 Flogger de la force de défense antiaérienne soviétique, le prenant vraisemblablement pour un avion espion américain Boeing RC-135 qui faisait une mission dans le secteur, sont envoyés pour l'intercepter. À , l'un des deux Su-15 de la base aérienne de procède au lancement de deux missiles air-air K-8 en direction de l'avion de ligne qui vole à environ d’altitude. Après l'explosion des missiles, l'équipage du effectue une descente d'urgence en spirale, en raison de la dépressurisation rapide de la cabine de passagers. L'appareil s'abîme en mer, à environ au large de l'île Moneron, tuant toutes les personnes à bord. Les premières affirmations selon lesquelles l'avion aurait été forcé d'atterrir sur l'île de Sakhaline sont rapidement démenties, notamment par Moscou. Au Japon, il est annoncé le que la veille au matin vers l'amiral Shizuka Hazahsi, commandant du navire de pêche, Chidori Maru et ses hommes ont vu l'avion prendre feu en vol et ont fait un récit détaillé de leur témoignageRapport de l'OACI 1993, témoignages oculaires p. 5 ; ; Nicolas Bernard, « Vol 007 de la Korean Airlines : l’aviation soviétique abat un avion de ligne... et désinforme à tout va », Conspiracy Watch, 30 août 2023, note 43.

Nationalités des victimes par nombre Nationalité Passagers Équipage Total 82 23 105 62 0 62 28 0 28 23 0 23 16 0 16 12 0 12 8 0 8 5 0 5 2 0 2 2 0 2 1 0 1 1 0 1 1 0 1 1 0 1 1 0 1 1 0 1 Total 246 23 269

Passagers notables et de la Michigan Women's Hall of Fame figuraient sur ce vol.

Enquêtes L'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI) conduit deux enquêtes sur l'incident : la première juste après et la seconde en 1992, après que l'administration Eltsine a remis à la Corée du Sud les boîtes noires du Boeing. Les deux concluent que la violation de l'espace aérien soviétique était accidentelle. Le pilote automatique avait été paramétré sur sa limite ouest en mode guidage ou était passé en guidage inertiel lorsqu'il était hors de portée du verrouillage. C'est pourquoi l'appareil est resté sur le guidage magnétique constant choisi lorsque l'avion avait quitté Anchorage. Il est établi que l'équipage n'avait ni remarqué cette erreur, ni effectué par la suite les vérifications qui l'auraient révélée, en raison d'un « Fin de l'enquête de l'OACI sur le vol 007 de Korean Air Lines », communiqué de presse de l'OACI, 16 juin 1993..

Conséquences Réponses politiques Dans une allocution télévisée retransmise le depuis le bureau ovale, le président des États-Unis Ronald Reagan condamna l'attaque, la qualifiant de , de et d' « », Ronald Reagan Presidential Library : , , , .. Le jour suivant, l'Union soviétique admet avoir abattu le vol KAL 007, affirmant que les pilotes ne savaient pas qu'il s'agissait d'un avion civil lorsqu'il a violé l'espace aérien soviétique. La presse américaine se fait l'écho d'appels à la guerre contre l'URSSTime, 18 septembre 1983, cité par Pierre Grosser, La Guerre froide, documents photographiques, la Documentation française, 2007, ; R. W. Johnson, Shootdown : Flight 007 and the American Connexion, Viking Penguin, 1986 ; Shootdown, téléfilm, 1988.. Un rapport de la National Security Agency (NSA) confirme la méprise des Soviétiques..

L'attaque jette un nouveau froid sur les relations entre les États-Unis et l'Union soviétique. Le , le président Reagan ordonne à la (FAA) de révoquer la licence d'Aeroflot pour les vols depuis et vers les États-Unis. Par conséquent, les vols Aeroflot vers l'Amérique du Nord n'étaient plus disponibles que vers le Canada ou le Mexique. Le service de l'Aeroflot vers les États-Unis n'est pas rétabli avant le . Par ailleurs, vers le , en raison du refus des gouverneurs de l'État de New York et du New Jersey de délivrer les autorisations de routine pour le vol d'Andreï Gromyko de se poser, le ministre des Affaires étrangères soviétique ne peut se rendre à la session des Nations unies tenue annuellement à New York, pour la première fois depuis sa nomination à ce poste en .

L'ambassadeur américain auprès de l'Organisation des Nations unies (ONU) Jeane Kirkpatrick commissionne une présentation audiovisuelle au conseil de sécurité de l'ONU dès les premiers jours qui suivirent l'annonce des faits, utilisant les enregistrements des conversations radio soviétiques et une carte de la route de l'avion pour décrire l'attaque comme sauvage et injustifiée.

Conséquences diplomatiques Cet incident se produit en pleine crise des euromissiles, quelques mois avant l'installation en Grande-Bretagne des premiers missiles américains, Pershing II et de croisière (-).

En 1984, le maréchal Nikolaï Ogarkov est destitué de ses fonctions de chef d'état-major, parce qu'il symbolise la confrontation avec les États-Unis.

Changements techniques À la suite de cet accident, Ronald Reagan annonce que la technologie GPS sera ouverte pour des usages civils..

La route aérienne R20 (que le vol 007 était supposé suivre) est fermée après l'accident car jugée trop près de l'espace aérien soviétique ( au point le plus proche). Les vols sont redirigés vers la route R80, qui passait à plus de . La route R20 est cependant rouverte un mois plus tard.

Des radars militaires sont utilisés pour étendre la zone de surveillance des vols à partir d'Anchorage et pouvoir ainsi prévenir un avion qui dériverait trop de sa route prévue ou entrerait dans l'espace aérien soviétique.

Enfin, le pilote automatique dans le cockpit est équipé d'un voyant lumineux indiquant si celui-ci est enclenché ou non.

Couverture médiatique Les journalistes Serge Halimi et Pierre Rimbert portent un regard critique sur l'attitude de la presse américaine, pointant du doigt un traitement à géométrie variable en comparaison de leur couverture de la destruction par les États-Unis du vol 655 Iran Air (vol civil abattu par un tir de missile en 1988, faisant ).

Dans une étude comparée des deux évènements publiée en 1991, le professeur de science politique Robert M. Entman relève que « dans le cas de l’attaque soviétique, le cadrage général choisi par les médias américains insistait sur la banqueroute morale et la culpabilité de la nation à l’origine du tir, alors que, dans le second cas, il minorait la culpabilité et mettait l’accent sur les problèmes complexes liés à des opérations militaires dans lesquelles la technologie joue un rôle-clé ».

Controverses Cet incident est l'objet d'une « guerre de communication » entre Soviétiques et Américains, chacun présentant une version contradictoire.

Accusations d'espionnage Les Soviétiques réagissent aux accusations occidentales en répondant que le Boeing 747 avait tenté d'accomplir une mission d'espionnage ou une provocation dans leur espace aérien. Cet argument est présenté en détail par le maréchal Nikolai Ogarkov, chef d'état-major de l'Armée rouge, dans une conférence de presse donnée le et couverte par la presse du monde entier. Parlant devant une immense carte montrant l'intrusion du vol KAL 007 dans l'espace aérien soviétique, Ogarkov affirme sans ménagement que . Cette version est reprise en plus fort le par Iouri Andropov dans une déclaration publique relayée par les médias soviétiques. Il explique que l'avion avait été utilisé dans une vaste opération de provocation sophistiquée destinée à obtenir une augmentation des crédits militaires, et qualifie l'administration Reagan d'aventuriste, militariste et dangereuse..

Accusations de désinformation Le président Reagan qualifie ces théories de propagande soviétique.

Par la suite, plusieurs articles défendant la théorie que le vol 007 participait bien à une mission d'espionnage ont été accusés d'être des œuvres de désinformation soviétiques.