Georges Wolinski, né le à Tunis (protectorat français de Tunisie). et assassiné le dans le ., est un dessinateur de presse, auteur de bande dessinée, journaliste et acteur français.

Il collabore au journal satirique Hara-Kiri (versions mensuelle et hebdomadaire), ainsi qu'à Action, Paris-Presse, Charlie Hebdo, La Gueule ouverte, L'Humanité, Le Nouvel Observateur, Phosphore, et enfin Paris Match. Il est également rédacteur en chef de Charlie Mensuel, et président du prix de la bande dessinée du Point..

Biographie Débuts Georges David Wolinski naît d'une mère franco-italienne, Lola Bembaron, et d'un père chef d’entreprise de ferronnerie d’art à Tunis, Siegfried Wolinski.. Alors qu'il est âgé de deux ans, son père est assassinéIl est tué par balle dans son bureau par un de ses ex-employés qui refuse son renvoi à la suite des bouleversements des lois sociales de 1936. et sa mère tuberculeuse est envoyée en sanatorium en France ; il est alors élevé par ses grands-parents maternels pâtissiers, et ne rejoint sa mère remariée qu'à l'âge de .

Au lycée de Briançon, où il étudie de 1946 à 1952, il anime un journal, Le Potache libéré . En 1954-1955, il étudie en classe de Sciences Ex au lycée Marcelin-Berthelot de Saint-Maur-des-Fossés, où il anime un journal, Le Crypto-Journal. Il y rencontre sa première femme, Jacqueline Saba dite « Kean », épousée en 1961, avec qui il a deux filles., et qui meurt en 1966 des suites d'un accident de voiture en voulant éviter un chien, alors qu'il se reposait à l'arrière.

Il travaille d'abord dans l'entreprise de tricot de son beau-père à Fontenay-sous-Bois, puis publie ses premiers dessins dans Rustica en 1958.. Après avoir envoyé ses dessins à François Cavanna, il entre en 1960 dans l'équipe de Hara-Kiri, puis en 1968 dans Le Journal du dimanche où il rencontre sa seconde épouse Maryse Bachère, il devient rédacteur en chef de Charlie Hebdo de 1970 à 1981.

Georges Wolinski oscille au début entre des styles très différents, pour se fixer à terme sur un graphisme évoquant au départ celui de Copi. Rapidement, il acquiert une patte spécifique qui met l’accent, malgré un trait épuré, sur l'expressivité des personnages là où au contraire Copi les voulait neutres. Les événements de mai 1968 font connaître son travail via l’éphémère revue Action, où il dessine régulièrement. Les personnages de Wolinski plaisent et sont sollicités pour des campagnes de publicité d’envergure nationale : Immeuble « Le Broca », rue Broca, dans le de Paris, où il fait apparaître son personnage du roi (qui se demande s'il est « digne de vivre au Broca »). IBM (Wolinski dessine un de ses personnages qui balance ses papiers à l’ordinateur en lui disant : « Tiens, débrouille-toi ! ») Mars (barre chocolatée) Rizla+, papier à cigarette (une jeune femme sort d'un paquet en déclarant « je suis dans les petits papiers de Riz la + » ; une jeune femme s'habille de petits papiers, etc.) « Fumeurs, non-fumeurs, la liberté c'est réciproque. », Éditions Ubique Group (1989), pour le CDITCentre de documentation et d'information sur le tabac (Fédération nationale des planteurs de tabac, Association de fournisseurs communautaires de cigarettes, Seita, Confédération des chambres syndicales de débitants de tabac). Ses dessins sont en lien avec leur campagne pour le lien entre les fumeurs et les non-fumeurs : « À chacun ses plaisirs. Pour nous, il y a celui de fumer. Plaisir que vous pouvez ne pas partager. Alors, parlons. D'accord pour que notre plaisir ne gêne pas le vôtre. Évitons les abus d'un côté comme de l'autre. Pour que la vie, ensemble, reste un plaisir. ». Renault 4 GTL (un auto-stoppeur est pris par la conductrice de la Renault et partent ensemble jusqu'à la mer) en 1978.

Ces publicités seront reprochées à Wolinski par les puristes. Il les choisit pourtant au compte-gouttes, n’acceptant que celles qui lui donnent prétexte à faire des choses qui l’inspirent.

Presse écrite Hara-Kiri Wolinski intègre dès 1960 l'équipe d'Hara-Kiri, aux côtés de Cavanna et Choron. En , il collabore à la nouvelle version hebdomadaire du journal : dans le premier numéro, il représente un personnage s'esclaffant au sujet de différents thèmes d'actualité, dont les « pendus de Bagdad ».

L'Enragé Pendant les événements de Mai 68, Wolinski — qui a commencé par dessiner dans Action — fonde avec Siné le journal L’Enragé, dans lequel ses dessins prennent une coloration politique. Le journal disparaîtra vite, mais le ton du futur Hara-Kiri Hebdo (puis Charlie Hebdo) commence à apparaître.

France Soir Après la parenthèse d’Action, Wolinski est sollicité pour tenir une page de contestation dans le quotidien France-Soir de Pierre Lazareff, où il prend l’habitude de ne « pas seulement y contester la société, comme tout le monde, mais aussi le directeur du journal », comme il le résume. La collaboration prendra vite fin.

Charlie Hebdo C’est dans Hara-Kiri hebdo devenu par la suite Charlie Hebdo, que Wolinski prend sa pleine mesure en dessinant de façon pratiquement hebdomadaire deux personnages repris d’Action : un gros sûr de lui et dominateur, et un maigre d’allure timide, qui tiennent des propos de café du commerce, mais toujours présentés de façon humoristique. Commençant imperturbablement par un « Monsieur », qu’on devine prononcé avec emphase, les bandes présenteront ces morceaux de bravoure typiques du style wolinskien : « Monsieur, je suis pour la liberté de la presse à condition que la presse n’en profite pas pour dire n’importe quoi ! » « Monsieur, il y a des moments où je me demande si ça valait la peine de gagner la guerre contre un homme qui nous aurait débarrassés du communisme. » « Le socialisme, c’est comme la marijuana : c’est peut-être inoffensif, mais ça peut conduire à des drogues plus dures comme le communisme. »

La bande hebdomadaire se nomme au début « L’évolution de la situation ». Elle inspirera ensuite plusieurs revues théâtrales de Claude Confortès, toutes nommées « Le roi des cons », d'après le nom d'un personnage de benêt couronné, créé par Wolinski pour donner un visage à cette expression populaire. Ce personnage apparaît pour la première fois dans Charlie Hebdo du avec le titre « Le Chah au roi des cons : vous avez bien fait de venir ». Le Chah d'Iran recevait alors de nombreuses têtes couronnées lors de la célébration du anniversaire de la fondation de l'empire perse.

L’Humanité Appréciant l'humour de Wolinski, Roland Leroy, le directeur de L'Humanité , lui propose de devenir dessinateur officiel du quotidien, en lui garantissant qu’il pourra « y caracoler en toute liberté ». Au grand désespoir de Cavanna, Wolinski accepte en donnant comme excuse que « ça l’amuse d’être honnête ». Mais il ne donne plus à ses dessins le caractère militant et parfois agressif qu’ils avaient dans Action, et opte au contraire pour un style bon enfant où il se moque presque de lui-même et où percent parfois des allusions au style du dessinateur du Monde à l’époque, qui est alors Konk. Bien que dénués de ce côté grinçant qui était sa marque de fabrique, ses dessins de l’époque ne perdent rien de leur drôlerie ; et puis la collaboration avec Charlie Hebdo et Hara-Kiri continue pour ce genre de dessins-là.

Paris-Match Wolinski franchira une dernière étape de sa carrière en devenant également dessinateur à Paris-Match : son mode de contestation a fini par faire partie du paysage français, et Wolinski, dorénavant, de l’establishement, comme un Sempé.

Bandes dessinées et illustrations Wolinski a été un auteur de bande dessinée. Il a été le scénariste de la série des Paulette, dessinée par Georges Pichard et publiée notamment dans la revue italienne Linus dont il rencontre le fondateur Giovanni Gandini à l'époque où Wolinski est rédacteur en chef de Charlie Mensuel. Outre ses dessins humoristiques politiques, a signé dans des journaux comme Charlie Mensuel plusieurs séries mettant en scène des personnages récurrents, comme Georges le tueur ou Cactus Joe.

À l’initiative de Jérôme Duhamel, Wolinski collabore à un livre commun avec le dessinateur du Figaro Jacques Faizant. « C’est mon bon facho », dit Wolinski. « C’est mon bon gaucho », dit Faizant. Et tous deux ajoutent en commun qu’ils n’en pensent pas un mot, mais qu’au cas où il y aurait une épuration, ils préfèrent se faire des relations dans l’autre camp à tout hasard.

Il est aussi l'auteur d'une page dessinée intitulée J'hallucine !, dans le magazine mensuel pour adolescents lycéens du groupe Bayard-Presse Phosphore, au début des années 1990, où il met en scène dans des saynètes sa fille Elsa, alors elle-même ado en pleine « féminisation » et disant fréquemment « j'hallucine ! », avec souvent son propre double dessiné.

Associé avec Pierre Barkats, un avocat américain, Georges Wolinski crée en 2007 Hannukah Harry, petit personnage universel qui parcourt les époques et interpelle le lecteur sur l'état de la planète. C'est lui qui a apporté le feu aux sauvages dans leurs grottes et il se sent un peu coupable quelque part du réchauffement climatique.

Mort vignette|Tombe de Georges Wolinski au cimetière du Montparnasse. Georges Wolinski meurt le , à Paris 11, abattu par des terroristes lors de l'attentat contre Charlie Hebdo à Paris (rediffusion de l'émission du 2 octobre 2014) . Il est incinéré et ses cendres sont inhumées au cimetière du Montparnasse le .

Par arrêté du , la mention « Victime du terrorisme » est inscrite sur son acte de décèsArrêté du septembre 2015 portant inscription de la mention « Victime du terrorisme » sur un acte de décès, JORF 208 du 9 septembre 2015 15791, texte 50, NOR JUST1520045A..

Vie privée vignette|left|Plaque 34 rue Bonaparte ( arrondissement de Paris), où il vit de 1974 à 2009). En 1966, Georges Wolinski perd sa première épouse, Jacqueline Saba, dans un accident de voiture.. Il a eu avec elle deux filles, Frédérica et Natacha93 Faubourg Saint-Honoré, Paris Première, 8 novembre 2005.. Il rencontre en 1968 Maryse Bachère, qu'il épouse en 1971 ; de leur union naît, en 1974, leur fille Elsa, devenue écrivaine.

Wolinski ne se veut pas dans la vie aussi libertin que ses personnages. Dans sa Lettre ouverte à ma femme, déclaration d’amour à sa femme Maryse, il s’émerveille que, sur dix ans de vie commune, ils n’aient passé que trois nuits séparés. Dans sa réponse quelques années plus tard, Chambre à part, Maryse précisera qu'ils dormaient dans le même logement, mais pas systématiquement dans le même lit.

Invité à Apostrophes., en 1984, avec Jean d'Ormesson et Siné, Jean d'Ormesson l'interpelle :

Sa veuve Maryse Wolinski, romancière et ancienne journaliste, meurt le à l'âge de des suites d'un cancer du poumon.

Décoration (2005)

Prix 1998 : Prix International d'Humour Gat Perich, pour l'ensemble de son œuvre 2005 : Grand prix de la ville d'Angoulême, pour l'ensemble de son œuvre.

Engagements Cuba Si Plusieurs voyages à Cuba depuis les années 1970 lui inspirent une sympathie pour le modèle de développement de l'île.

En 1993, durant les années de la « période spéciale » (les pays d'Europe de l'Est représentaient 80 % des échanges commerciaux de Cuba et leur écroulement provoqua un recul brutal du PIB cubain), il participe à la fondation de l'association « Cuba Si » dont l'objectif initial était d'apporter du papier et des fournitures scolaires aux écoles. L'association existe toujours aujourd'hui..

Secours populaire Dans les années 1980-1990, Georges Wolinski a dessiné gracieusement pour le journal du Secours Populaire français, ConvergenceArticle de la BNF sur gallica.bnf.fr..

Révolution tunisienne En 2012, il publie un texte sur la révolution tunisienne de 2010-2011, « Les Tunisiens sont “sages” » ., dans Dégage ! une révolutionPhébus, .

Hommages et postérité