Le château et domaine de Pignerolle est un château du dernier quart du XVIIIe siècle situé sur la commune de Saint-Barthélemy-d'Anjou, dans le département français de Maine-et-Loire. Le château et le parc sont la propriété de la communauté urbaine Angers Loire Métropole.
Historique
Origine de Pignerolle En 1509, cet ancien fief et seigneurie appartient à un dénommé Louis Migo. En 1649, il est la propriété de François ÉveilardCélestin Port, Dictionnaire historique de Maine-et-Loire, 1878, Lachèse Angers, t. III, ., sieur de Seillon et de Pignerolle. Né le , il devient juge puis président à la prévôté d'Angers, il est conseiller et échevin perpétuel en 1626, puis maire d'Angers de 1641 à 1643.
Sa fille Renée, à qui revient PignerolleDans les actes civils anciens, les orthographes"Pignerolle" ou "Pignerolles" sont utilisées indifféremment pour désigner ce lieu. C'est aujourd'hui "Pignerolle" qui est retenu., épouse Antoine Avril le . Antoine Avril, commissaire des guerres, est né le à Saumur. Par cette alliance, la terre de Pignerolle revient donc à la famille Avril qui la conserve jusqu'après la Révolution.
Le domaine revient ensuite à leur fils, François Avril, qui associe Pignerolle à son nom, comme c'est l'usage. Le , il épouse Catherine Renée du Tremblier, sa cousine.
Vers 1675, François Avril de Pignerolle, jeune "maître de manège" déjà célèbre, est nommé par le secrétaire d'État de la Maison du roi, pour prendre la direction de l'Académie royale d'équitation d'Angers.
Son fils aîné, Marc-Antoine-François, né le , lui succède. Le , il épouse Anne-Louise Martineau, fille de Guillaume Martineau de la Bouteillère, de qui il a deux fils, Charles-Claude-Michel, né le et Marc-Antoine, né le . En 1724, son renom est tel que le prince de Lorraine fait appel à "M. de Pignerolle" pour diriger l'académie de Lunéville jusqu'en 1730.
Son frère Bernard prend la suite avec ses deux neveux. En 1753, sur décision du conseil municipal d'Angers, l'académie est entièrement reconstruite, paroisse de l'Esvière, à l'emplacement de l'ancienne. Bernard Avril de Pignerolle ne voit pas la fin des travaux, il décède le , laissant ses deux neveux, Charles-Claude-Michel et Marc-Antoine poursuivre la gestion de l'académie. Mais en 1761, à quatre mois d'intervalle, les deux directeurs meurent, Charles-Claude-Michel, le et Marc-Antoine, le .
La direction de l'académie revient à Marcel Avril de Pignerolle, né le , fils de Charles-Claude-Michel et de Jeanne Thomas des Jonchères. Le , il épouse à Laval, Jacquine-Anne Duchemin de la Jarossay, fille de Joseph Duchemin, ancien échevin de cette ville et de dame Jacquine Renée Hoisnard. Ils eurent quatre enfants, entre 1766 et 1770 : Anne-Rosalie, Geneviève-Sophie, Marie-Anne-Victoire et Louis-Charles-Marcel. Ce dernier meurt à l'âge de . La famille habite alors le magnifique logement de fonction dans les nouveaux bâtiments de l'académie. C'est en 1776 que le couple entreprend la construction d'une maison de plaisance "une folie" sur ses terres de Pignerolle.
Le , Arsène (1745-1815)Arsène Avril de Pignerolles est né en 1745 et mort au château des Arcis à Meslay-du-Maine en 1815. Capitaine au régiment de Bourgogne-Cavalerie, il émigre au début de la Révolution française. Il eut eut le grade de colonel dans l'émigration, et revient en France en 1802, rejoignant sa femme Anne-Rosalie (1765-?). Il s’installe au Château des Arcis en 1802 jusqu’à sa mort en 1815., frère de Marcel, épouse Anne-Rosalie sa nièce. Elle a et lui,39. Leur fils aîné, Arsène Avril de Pignerolles est élu député royaliste de la Mayenne le , t. I..
Les Avril de Pignerolle pendant la Révolution Cette paisible famille est emportée dans la tourmente de la Révolution : par délibération du conseil municipal d'Angers du , l'académie d'équitation est ferméeRaison évoquée : « La négligence du citoyen Avril Pignerolle est la principale cause de l’inactivité de cet établissement […] Qu’il a jouit d’un superbe édifice où il s’est plutôt occupé de placer commodément sa famille et ses amis […] et qu’il n’a point prêté serment civique prescrit aux instituteurs. » Arch. mun. Angers, 1 D 3, Registres des délibérations, f° 22.. Marcel Avril est arrêté le , avec sa fille Anne-Rosalie et Louison, la gouvernante de ses enfants. La décision est-elle motivée par les conclusions très dures du , concernant la gestion de l'académie ou bien parce que son frère Arsène, capitaine au régiment de Bourgogne-Cavalerie, qui a pris le parti de quitter la France, est considéré comme émigré ?
Emprisonné dans les caves de Doué, affaibli par une marche éprouvante depuis Angers et par les conditions de détention épouvantables, Marcel Avril meurt le 7 nivôse An II []Revue Anjou historique, , mars-avril, .
Du au , René Lemeunier, commissaire nommé par le district d'Angers, appose les scellés sur les meubles et effets qui garnissent la maison de Pignerolle. Le , afin de permettre aux héritiers de Marcel Avril de régler la succession, Lemeunier revient pour lever les scellés. Il est accueilli par "le citoyen-Alexandre-Florimond Durocher, dit des Faveries et les citoyennes Victoire Avril, son épouse et Rosalie Avril, sa belle-sœurArch. dép. Maine-et-Loire, 1 Q 785, Biens nationaux, pièces 178, 359.".
Alexandre-Florimond Durocher avait épousé Anne-Victoire le . Ils eurent deux filles, Victoire et Émilie. Leur mère, âgée de seulement , décède le . Afin de régler la succession, un inventaire est fait à Pignerolle : si le château est abondamment meublé, on ne peut le qualifier de "richement meublé", en effet, beaucoup d'objets, effets personnels ou linge, sont décrits comme "mauvais". Une salle au rez-de-chaussée sert même de débarras ! On ne signale aucun décor de valeur (rideaux, tentures, tapisseries, lustres...) mais quelques instruments de musique - violons, basson, piano-forte, harpe - témoignage de l'intérêt que porte la famille à la musique. vignette|314x314px|Représentation du plan cadastral de 1810|alt=
Pignerolle en 1810
Une représentation du château est visible sur les plans du cadastre napoléonien de 1810Idem, 3 P 4 281 5, cadastre.. Les matrices cadastrales associées apportent une description du bâti : le château, de 50 portes et fenêtres, est entouré d’une cour d’honneur prolongée à l’ouest par un parterre de pelouse (A). De part et d’autre, au sud, la maison du fermier, de 5 portes et fenêtres, avec cellier, boulangerie, étable, écurie (B) et au nord une grande écurie, de 15 portes et fenêtres (C), aujourd'hui disparue. Au sud, un grand pré (D), dit « le jardin neuf », délimité par une allée en forme de croix. De part et d’autre, deux vergers. Le château, ses dépendances et ses jardins sont entourés presque complètement de fossés d’eau.
Le domaine de Pignerolle, qui fait , s’étend d’ouest en est sur environ un kilomètre et demi et comprend les fermes de Bois-Boulet, du Puits-des-Bois, de la Mare, des Ambillons, de la Bouvarderie et le lieu de Chaud-four.
Propriétaires postérieurs Alexandre-Florimond Durocher décède en son domicile, à Angers, le . En , ses deux filles confient à leur notaire, Lechalas, la vente du domaine de Pignerolle, adjugé à Pierre-Antoine Blancler pour Idem, 4 Q 2124, Transcriptions hypothèques, vol. 126, ..
Pierre-Antoine Blancler, né à Saumur le , est négociant en textile, rue Saint-Michel à Angers. Le , Il épouse Marie-Marthe-Marine Farran, fille mineure de , de Jean Farran, ancien maire d’Angers en 1785 et 1797 et de Marie Lollivrel. De leur union naissent deux enfants qui meurent jeunes et célibataires : Marine décède à Angers le , à seulement et Pitre décède au château de Pignerolle le , à .
Pierre-Antoine Blancler est un commerçant prospère. De 1822 à 1830 il siège à la Chambre consultative des arts et manufactures d’Angers (ancêtre de la Chambre de Commerce et d'Industrie). En 1830, Il est nommé maire de Saint-Barthélemy et le reste jusqu'à son décès, en 1863.
C’est à lui que l’on doit la première restauration de Pignerolle : il décore son château dans le style Premier Empire ; il fait construire les deux pavillons, à l’entrée du château, en bordure de la route d’Angers à Beaufort, ainsi que l’orangerie, dont la première pierre est posée en 1831. On lui doit, sans doute aussi, la très originale fabrique de jardin demi-circulaire et le pigeonnier, qui ne sont pas représentés sur le plan cadastral de 1810. En 1828, il confie au jardinier André Leroy, la restauration du parcIdem. 1 Fi 0844. Le plan a été numérisé.. Il fait entourer de murs de schiste toute sa propriété, ce qui lui vaut la critique des riverains et du conseil municipal qui lui demande une indemnité de pour réfection du chemin allant aux carrières. Ce chantier est considérable car le tour du parc de Pignerolle fait environ Jean-Luc Coifard, Saint-Barthélemy entre vigne et ardoise, 1883, .. Pendant leur communauté, M. et Mme Blancler n’ont cessé de faire croître leur patrimoine par de nombreuses acquisitions immobilières, à Angers et autour de leur propriété de Pignerolle. D'après les matrices cadastrales de Saint-Barthélemy et de Trélazé, avec toutes ces acquisitions, le domaine de Pignerolle passe de 140 à .
Mme Blancler-Ferran meurt à Angers le et son mari six mois plus tard, à l'âge de . Ils sont enterrés dans le cimetière de Saint-Barthélemy, avec leurs enfants. Dans son testament, Pierre-Antoine Blancler désigne comme légataire universelle sa nièce, Euphasie Bourgeois, épouse de Jules-Charles marquis de Perrochel. Cette dernière étant décédée à Paris le , la succession Blancler revient à ses trois fils Edgar-Charles-Antoine, comte de Perrochel, Fernand-Clovis-Ludovic et Jules-Charles-Raphaël-Antonin, ces deux derniers encore mineurs. Après le décès d'Edgar puis de Fernand, tous deux restés célibataires, la succession revient intégralement à Jules-Charles-Raphaël-Antonin, marquis de Perrochel.
En 1899, par délibération de son conseil de famille, le marquis de Perrochel est « interdit de l’administration de sa personne et de ses biens ». Le , la conclusion est entérinée par un jugement du tribunal civil de Mamers et la décision est prise de mettre en vente les biens du Marquis. L’adjudication a lieu le pour 28 lots – des fermes et de terres. Le , une autre vente aux enchères de 48 lots est organisée, comprenant le château avec son parc et le reste des terres du domaine, qui fait encore . Le château et le parc sont adjugés au baron Ferdinand-Alphonse-Pierre-Marie Hamelin. M. et Mme Hamelin ne gardent pas longtemps la propriété qu’ils revendent, le , à Marie-Joseph Couderc de Saint-Chamant, et Anne-Sophie-Marie-Thérèse Joubert-Bonnaire son épouseArch. dép. Maine-et-Loire, 4 Q 3965, 4047, 4050,4168, Transcription hypothèques, vol. 2169.1966, 2048, 2051, 2169.. Les nouveaux propriétaires entreprennent d'importants travaux de rénovation intérieure.
Marie-Joseph-Henri Couderc de Saint-Chamant est né le à Metz. Il fait Saint-Cyr et intègre différents régiments de chasseurs d’Afrique, dragons et hussards, de 1886 à 1902Site www.culture.gouv.fr, base LEONORE. Le , il épouse Anne-Sophie, fille d’Ambroise Joubert-Bonnaire, directeur des filatures de toiles à voiles Joubert-Bonnaire, à Angers et ancien député de Maine-et-Loire. De leur union naissent trois enfants, Pierre, Isabelle et Guillaume. Conseiller municipal de Saint-Barthélemy en 1908, il est élu maire en 1909 et le reste jusqu'en 1930.
1939-1945 : Pignerolle pendant la tourmente