thumb|upright=1.8|Le (), un chasseur de chars allemand de la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Un chasseur de chars est un véhicule blindé, type particulier de canon automoteur, destiné principalement à la lutte antichar.
Développement
À l'origine, le besoin pour ces véhicules est venu d'une supériorité matérielle de l'arme blindée ennemie. Déjà, à la fin de la Première Guerre mondiale, les ingénieurs militaires français réfléchissent à la construction d'un véhicule blindé spécialement destiné à la lutte contre les chars ennemis.
Mais ces engins sont apparus sur le champ de bataille pendant la Seconde Guerre mondiale. Les armées de terre se sont munies de ces véhicules spécialisés, plus particulièrement la , l'Armée rouge et l', ainsi que toutes les autres puissances alliées ayant massivement dépendu du matériel américain durant cette période. Les chasseurs de chars n'ont généralement pas de tourelle car le canon, trop lourd et encombrant, ferait céder la tourelle au bout de quelques tirs. Cependant, certains véhicules antichars légers comme le M18 Hellcat américain en possédaient une. Les chasseurs de chars disposent d'épaisseurs de blindage assez différentes selon leur conception et leur rôle/emploi (rapidité/assaut/combat…).
Emploi La destination principale des chasseurs de chars est la lutte antichar. Pour accomplir efficacement sa mission, le chasseur de chars dispose des qualités nécessaires pour lutter contre un char d'assaut : mobilité, puissance de feu, protection blindée.
Ce type de blindés s'est aussi vu confier toutes sortes de missions lors des combats, notamment réduire l'infanterie, détruire les fortifications ennemies. Néanmoins, l'absence quasi systématique de tourelle en fait des unités moins polyvalentes que les chars d'assaut.
L'importance de ce type de véhicule militaire a diminué depuis 1945. Durant la Seconde Guerre mondiale, les unités blindées étaient plus diversifiées qu'aujourd'hui, où l'on ne retrouve sur la plupart des théâtres d'opération contemporains que des chars principaux de bataille (par exemple le char Leclerc), des véhicules de combat d'infanterie, plus légers et destinés au soutien des troupes d'infanterie mécanisées, et des transports de troupes blindés. Aujourd'hui le rôle de chasseur de chars est plutôt dévolu à l'hélicoptère de combat et aux fantassins dotés, eux aussi, de missiles antichars.
Pendant la Seconde Guerre mondiale Les chasseurs de chars allemands Les Allemands, pourtant partisans convaincus de la guerre mécanisée et de l'usage des chars d'assaut en tant qu'ossature et fer de lance d'unités autonomes polyvalentes et combinées, les , constatent rapidement l'infériorité de leur matériel face à leurs adversaires. Ainsi, déjà en France, les chars B1 et Somua S-35, dont on comptait plus de , sont techniquement supérieurs aux Panzers et alignés par la , principalement en puissance de feu et en protection.
Mais c'est en URSS que la nécessité des chasseurs de chars se fait sentir dès le début de l'opération Barbarossa. En effet, en 1941, l'armée allemande est pourvue en , et , principalement, et aucun ne fait vraiment jeu égal avec le puissant KV-1, ni même avec l'excellent char moyen russe T-34.
Le Panzer est obsolète, son blindage sert uniquement à arrêter les balles et les shrapnels, et son armement ne suffit pas pour pénétrer un autre blindé (canon de ). Il convient uniquement comme véhicule anti-infanterie léger .
Le Panzer est meilleur, mais reste inférieur face au T-34. Son canon de (pour les premières versions) puis de manque de puissance ; et ne permet de percer le blindage d'un T-34 adverse que de derrière et à bout portant. Son blindage léger lui confère certes une très bonne mobilité, cependant inférieure à celle du T-34, mais elle le rend extrêmement vulnérable aux canons antichars soviétiques de .
Le Panzer n'est pas mieux blindé et est plus gros, moins mobile que le , mais son canon court de peut percer plus aisément le T-34 mais ne suffit pas sur le KV-1.
Les Allemands travaillent sur la construction d'un char lourd repris d'un projet enterré avec la défaite de la France, qui deviendra le célèbre char Tigre, mais la situation sur le front se dégrade, au point que seules les pièces d'artillerie comme le canon antiaérien (Flak) de peuvent stopper les chars russes au moyen de munitions antiblindage. Les Allemands ne supportent cet état que grâce à un entraînement supérieur, de meilleures tactiques, et à une coordination efficace due à l'usage des radios dans leurs véhicules, lesquelles font défaut dans les chars russes.
Pour combler rapidement ce manque de puissance de feu, les Allemands conçoivent des blindés spécialisés pour permettre de lutter contre les T-34 et KV-1. À partir de châssis de char, ils construisent des véhicules bas, bénéficiant d'une protection accrue, sans tourelle, doté d'une casemate fixe avec un blindage incliné favorisant les ricochets, et enfin munissent le véhicule d'un blindage frontal épais et d'un canon plus gros et souvent plus long que le modèle de char de base : le chasseur de chars est né.
Cette description peut prêter à confusion entre un chasseur de chars et un canon automoteur. Le chasseur de chars est un type de canon automoteur. En effet, un canon automoteur peut-être soit un chasseur de chars, un canon d'assaut, ou un véhicule d'artillerie. Le chasseur de chars, lui, hérite d'un canon plus gros mais surtout plus long, afin de maximiser la vitesse initiale de ses projectiles, favorisant ainsi la pénétration de blindage, et les trajectoires tendues nécessaires à une visée correcte.
Le canon d'assaut est un véhicule sans tourelle, généralement équipé d'un canon de gros calibre (pas toujours : StuG III allemand avec canon de 7.5 cm). Il peut être utilisé contre des chars ennemis, ou bien contre des fortifications, ce qui explique le calibre élevé du canon. Ils étaient pour la plupart employés contre des fortifications et parfois contre des chars ennemis au vu de la grande puissance de destruction de leur canon/obusier (Exemple : ISU-152, canon d'assaut soviétique de la Seconde Guerre mondiale)
Enfin, l'automoteur d'artillerie est un canon automoteur se plaçant loin derrière la ligne de front, destiné à tirer en cloche pour frapper la ligne de front et les positions ennemies. Il a été créé dans le but de rendre mobile l'artillerie, alors tractée par des camions. Le temps de mise en batterie était plus long, tout comme celui de repli, rendant la pièce plus vulnérable aux tirs de contre-batterie. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les automoteurs d'artillerie étaient souvent basés sur des châssis de chars déjà existants, par exemple le Hummel allemand basé sur le châssis du char Panzer IV.
Si dans la nomenclature allemande, il est possible de nommer tous chasseurs de chars, les nominations d'usage différencient les (« blindés de chasse »), chars-casemates fermés et sans tourelle, des (« chasseurs de blindé », ou canon antichar automoteur), à la superstructure ouverte et faiblement blindée. Les premiers bénéficient d'un fort blindage à l'avant qui les rendent polyvalents et aptes à se mesurer en combat direct aux chars ennemis. La dénomination officielle des , ou oscille ainsi entre « » et « » selon les dates et les luttes d'influence entre et artillerie.. Le sera même converti en « panzer », et le sera prévu comme remplaçant du (lui-même étant souvent employé comme chasseur). Les chasseurs automoteurs à caisse ouverte, au blindage très vulnérable, ne sont jamais dénommés « »..
On peut citer plusieurs modèles de chasseurs de chars allemands parmi les plus connus : les (1940) et (1943) à canon long de : il s'agit à la base d'artillerie automotrice, ce qui ajoute encore à la confusion, mais ils sont munis d'un canon beaucoup plus long qui leur donne un rôle efficace en lutte anti-blindés. Le fut le véhicule militaire blindé de combat produit en plus grand nombre par l’Allemagne au cours de la Seconde Guerre mondiale (). thumb| Hetzer, rebaptisé G-13, de l'Armée suisse.le (1943): basé sur le char tchèque obsolète mais fiable et éprouvé Panzer 38(t), ce chasseur de chars combine un efficace canon de avec une très petite taille, ce qui le rend très difficile à détruire. La désignation dans l'Armée suisse est . le (1943), également sur un châssis de profondément modifié. Il est bien plus légèrement blindé que les autres véhicules de cette liste sans pour autant gagner en mobilité, mais a l'avantage non négligeable d'être armé d'un canon de PaK 43, pouvant perforer toutes les cuirasses que les alliés pouvaient mettre sur leurs chars le ou (1943) : équipé d'un canon de , il est construit sur la base du Tigre de Porsche à près de le (1944) L48 puis L70 basé sur le châssis du et doté d'un canon de . le (1944), sur la base de l'excellent allemand. Par rapport au modèle de base, il troque son canon de 75 contre un de , mais garde sa mobilité par l'allègement structurel dû à la perte de la tourelle et de son mécanisme. le (1944), sur la base du Tigre royal. Ce chasseur de char est le plus gros véhicule de la Seconde Guerre mondiale à être produit en série. Il pèse plus de , et son canon de est alors le plus gros canon antichar jamais installé sur un véhicule. Cependant, trop lent pour être efficace, il reste une exception et une impasse technologique. Il sera surtout utilisé en tant que canon antichar à longue portée, du fait de sa faible mobilité et de sa consommation énorme en carburant. on citera également le projet de chasseur de chars lourd (Émile le têtu), construit à seulement deux exemplaires. . Ces véhicules ont une utilisation particulière : sans tourelle, les canons ne bénéficient que d'un débattement latéral limité, et il faut donc orienter tout le véhicule pour tirer. C'est un inconvénient qui en fait une pure arme d'attaque, toute sa puissance de feu concentrée vers l'avant.
Les chasseurs de chars américains thumb|Un M10 Wolverine à Saint-Lô en juin 1944. L'autre famille de chasseurs de chars est celle qui est née des concepteurs américains. Le principe diffère sensiblement, mais la cause est la même : la grande supériorité des chars allemands sur les chars américains en 1944-1945. En effet, ceux-ci, surtout les Panther (1943) et les Tiger (1942), sont plus lourds, bien blindés, puissamment armés, et le Panther est aussi très rapide pour l'époque.
Le Sherman M4 américain (1942), prévu pour être produit en grand nombre et surtout facilement transportable par mer, est nettement inférieur à ce char : son blindage est insuffisant et mal conçu, parce qu'il n'est pas incliné latéralement comme celui du Panther, du T-34, du Tiger Ausf. B et des chars lourds russes en service à l'époque. De plus, son canon de est notoirement insuffisant. Il faudra attendre l'introduction en 1944 du britannique, alourdi et équipé du canon de 17 livres (), pour que ce char puisse rivaliser avec le Panther, et encore, ces solutions d'expédient ne rattraperont jamais la lacune technologique : Patton se plaignait de devoir sacrifier entre deux et cinq chars Sherman (selon les sources), équipages compris, pour venir à bout d'un seul Panther. Quant au Tiger, le canon de ne perçait pas sa cuirasse frontale, même à bout portant.
La solution américaine est plus hasardeuse que celle des Allemands. Les chasseurs de chars américains ont un gros canon long, de pour les (1942) et (1944), pour le (1944), ils gardent leur tourelle, mais perdent la plus grande partie de leur blindage pour conserver la cruciale mobilité qui fait le succès de ces véhicules particuliers, le fut l'engin chenillé le plus rapide du conflit culminant à 80 km/h sur route. Ces véhicules, ainsi que les quelques Sherman modifiés par les Britanniques, seront les seuls à pouvoir s'opposer correctement aux chars allemands les plus avancés, jusqu'à la tardive arrivée au front du char lourd américain , en 1945. thumb|left|T28 Super Heavy Tank