Un film érotique, dit également film de charme, film porno soft ou film softporn, est un film érotique où l'activité sexuelle tient une place centrale. Le corps nu des personnages visibles des spectatrices et spectateurs, mais, à la différence des films pornographiques, ni leurs organes génitaux ni leurs rapports sexuels ne le sont. Cette présence ou absence de visibilité est le critère qui fonde la distinction entre les films érotiques, parfois appelés collectivement , de

Les films érotiques peuvent relever de différents genres cinématographiques, comme le thriller érotique, la comédie érotique, ou le film d'amour.

Histoire 1896-1951 : les années de censure vignette|The Kiss (1896).

En 1896, le premier baiser à l'écran dans The Kiss, entre John C. Rice et May Irwin, déclenche la polémique : un journaliste du Chicago Tribune demande l'intervention de la police contre cette « obscénité ».

La censure appliquée au cinéma apparaît en 1907 aux États-Unis et en 1909 en Angleterre et en France. À partir de là, la nudité se dévoile dans deux circuits parallèles, le premier, clandestin, avec la confection de bandes érotiques pour une bourgeoisie aisée, le second, grand public, sous forme de suggestion. Pour montrer davantage qu’une épaule dénudée, il faut un alibi, celui d'une société « décadente » appartenant au passé comme dans Cabiria en 1914. Le personnage de la femme fatale apparaît pour la première fois dans Embrasse-moi, idiot (1915) sous les traits de Theda Bara.

Pour créer un semblant d'érotisme, les réalisateurs jouent avec les ombres et les transparences. Erich von Stroheim, qu'Hervé Bazin appelait « le marquis de Sade du cinéma », multiplie les scènes d'amour au clair de lune et les viols dans Folies de femmes (1922), La Symphonie nuptiale (1928), Mariage de prince (1927) et Queen Kelly (1928).

Promu par le sénateur William Hays et adopté par les studios hollywoodiens, le code Hays établit des règles précises en matière de moralité : les décolletés sont limités de dos jusqu'à la taille, de face jusqu'à la naissance des seins, et le nombril ne peut être montré. Les « mouvements inconvenants » sont interdits.

Si Tarzan est torse nu, exotisme oblige, l'évolution des tenues de Jane dans la série produite par la Metro-Goldwyn-Mayer avec Johnny Weissmuller est flagrante : dans Tarzan, l'homme singe (1932) et dans Tarzan et sa compagne (1934) elle n’est vêtue que d’une peau de bête qui ne cache pas grand-chose, dans Tarzan s'évade (1936) elle est revêtue d'une combinaison qui ne met plus du tout en valeur ses formes. Les producteurs américains vont jouer avec les allusions. Le fétichisme sexuel atteint une sorte d’âge d'or. Les actrices développent des poitrines de plus en plus fortes. À Mae West, que le magnat de la presse William Hearst qualifiait de « monstre lubrique », succède Jane Russell. La publicité du film Le Banni de Howard Hughes est principalement basée sur sa poitrine généreuse, ce qui retarda la sortie du film de trois ans.

En 1946, un striptease apparaît encore comme le comble de l'érotisme lorsque Rita Hayworth enlève seulement son gant dans Gilda.

Le cinéma européen est plus libre que son homologue américain. En 1933, dans Extase du tchécoslovaque Gustav Machatý, Hedy Lamarr apparaît entièrement nue sortant de son bain. Le gouvernement américain en fera brûler symboliquement une copie en 1935.

En France, dans Le jour se lève (1939), Arletty est nue sous sa douche mais le plan sera coupé par la censure.

1952-1968 : l'écran se libère En 1952, la Cour suprême des États-Unis revient sur la décision de 1915 et décide que le cinéma doit bénéficier de la liberté d'expression garantie par le premier amendement de la Constitution des États-Unis d'Amérique.

Quatre ans plus tard, la sortie simultanée de Et Dieu… créa la femme de Roger Vadim avec Brigitte Bardot en sex-symbol de renommée mondiale et de Baby Doll d'Elia Kazan qui met en avant la sensualité de son héroïne, ouvre une voie dans laquelle une partie importante de la production européenne et américaine va s'engouffrer, le cinéma italien en tête. Il y aura bien un durcissement de la censure à la fin des années 1950, mais le mouvement est lancé.

À Hollywood, les réalisateurs jouent avec les métaphores y compris dans les films de studio à caractère non érotique. Dans La Mort aux trousses, Alfred Hitchcock fait suivre la scène où Cary Grant et Eva Marie Saint s'enlacent dans un wagon par un plan montrant un train entrant dans un tunnel.

Dans Spartacus, Stanley Kubrick évoque avec subtilité l'homosexualité du personnage de Laurence Olivier qui explique à Tony Curtis qu'il aime aussi bien « les huîtres » que « les escargots ».

Les producteurs indépendants créent un nouveau genre, le film de nudistes sans contact physique et sans nudité montrée. Russ Meyer, ancien photographe de Playboy, s'engage dans cette brèche pour créer ses films parodiques avec des actrices aux seins hypertrophiés.

L'Immoral Mr. Teas (1960) de Russ Meyer constitue l'un des premiers films à caractère pornographique américain qui ait bénéficié d'une distribution officielle et de l'attention d'une critique sérieuse. Par rapport à la production européenne importée sous le manteau, le film de Russ Meyer innove en racontant une histoire — Mr. Teas a la faculté de déshabiller les femmes de son regard ! — avec des personnages ayant un minimum de psychologie. L'Immoral Mr. Teas marque le début d'une série de films à succès pour son auteur qui dépassent largement le cadre des salles spécialisées et attirent donc un nouveau public.

En Europe, les films érotiques se cachent encore derrière l'alibi de l'éducation sexuelle. La série allemande des Helga connaît un très gros succès en 1968 avec plus de quatre millions de spectateurs en Allemagne et autant en France pour le premier des deux films. Sur les affiches, la prostitution, la traite des Blanches, et la libération des mœurs font fleurir des avertissements sur les affiches des films concernés, en forme d'appel à consommer.

En 1965, Le Prêteur sur gages de Sidney Lumet est le premier film produit par un grand studio à montrer des seins nus. En 1966, Ernst Hofbauer réalise la comédie érotique La Fontaine aux mille plaisirs. En 1967, Michelangelo Antonioni tourne Blow-Up.

La censure gouvernementale tente d'interdire Suzanne Simonin, la Religieuse de Diderot (d'après Diderot) réalisé par Jacques Rivette en 1966 et qui présente une mère supérieure « entreprenante ». Aux États-Unis, en 1967, le Congrès vote la création d'une Commission sur la pornographie et l'obscénité pour faire face à une production montrant une nudité complète et des comportements sexuels de plus en plus libérésLe code Hays n’était pas une loi mais un code « moral » que les studios s’auto-imposèrent pour, justement, éviter la tutelle de la loi..

1969-1980 : l'âge d'or vignette|L'actrice italienne Eleonora Giorgi, dans une scène du film Appassionata (1974) de Gianluigi Calderone.

Vague populaire des films érotiques (« soft ») La fin des années 1960 est marquée par un très fort mouvement social libertaire qui trouve sa principale concrétisation en France avec mai 68 et aux États-Unis avec le festival de Woodstock. Le film consacré à cette dernière manifestation diffuse à travers le monde une image de liberté sexuelle. Si d'aucuns qualifient cette période d'âge d'or, d'autres en parlent au contraire comme d'un moment de grande confusion des genres, tant sur le plan moral qu'esthétique. Plus précisément, le flottement législatif, le plaisir de braver l'interdit et les appétits commerciaux conduisent durant ces 20 années à ne plus distinguer pornographie et érotisme, deux genres que certains critiques considèrent comme d'essences bien distinctescf. Matthieu Dubost, La tentation pornographique - réflexions sur la visibilité de l'intime, 2005.

Cette tendance libertaire va permettre au cinéma traditionnel d'aborder de nouveaux thèmes ou de parler plus ouvertement des relations sexuelles. L'homosexualité est abordée dans Thérèse et Isabelle, la polygamie dans Bob et Carole et Ted et Alice ou encore Le Mariage collectif. En 1971, Le Dernier Tango à Paris aborde la sodomie, assurant au film une renommée et un succès important avec plus de cinq millions d'entrées en France.

À partir de 1973, la France voit arriver une production de films B ou Z « avec séquences additionnelles », c'est-à-dire des films traditionnels à petit budget comportant des scènes rajoutées provenant de films hards ou érotiques. Ce phénomène dure un an, jusqu'à l'exploitation in extenso des films d'où sont tirées ces scènes supplémentaires. Parmi cette production de films érotiques, on trouve L'Étalon italien qui marque les débuts de Sylvester Stallone.

Se développe alors une production de luxe de films ouvertement érotiques qui bénéficient d'une promotion comparable à celle des films traditionnels. Emmanuelle est le fleuron de cette époque.

Le cinéma populaire s'empare du mouvement : Les Galettes de Pont-Aven de Joël Séria, qui contient de nombreuses scènes de nu, raconte la dérive hédoniste et érotique d'un représentant de commerce qui devient peintre.. Georges Lautner réalise une comédie sur le sujet, On aura tout vu avec Pierre Richard et une Miou-Miou débutante très déshabillée. Les premiers films de Bertrand Blier, Les Valseuses et Calmos, sont empreints de cette désacralisation du nu qui caractérise l'époque. Aux États-Unis, les actrices de premier plan acceptent de se déshabiller. Le dessin-animé n'est pas en reste, puisque 1976 voit également sur les écrans Tarzoon, la honte de la jungle de Picha, qui raconte les aventures coquines de l'homme-singe.

Le mouvement gagne rapidement l'intelligentsia et des auteurs-réalisateurs tels qu'Alain Robbe-Grillet, Marco Ferreri ou Barbet Schroeder, abordent de façon directe les divers aspects de la sexualité. Grâce à l'érotisme, le cinéma japonais parvient à s'exporter et le cinéaste Nagisa Ōshima obtient deux beaux succès avec L'Empire des sens ( sur Paris-Périphérie en 1976) et L'Empire de la passion ( en 1978).

Le cinéma italien produit également quantité d'œuvres jouant sur l'érotisme de ses héroïnes. En 1973, Laura Antonelli gagne ainsi ses galons de star internationale grâce à ses porte-jarretelles aguicheurs dans Malizia. Le genre atteint son apogée avec le Caligula de Tinto Brass en 1980.

Le Québec n'est pas étranger au mouvement, entrant dans la ronde avec une vague de films érotiques qui commence par Valérie (1968), avec Danielle Ouimet, suivi de L'Initiation (1970) et de Deux femmes en or (1970). Quoique relativement peu explicites, ces films prennent une signification particulière dans cette province en pleine Révolution tranquille à peine sortie du carcan moralisateur séculaire de l'Église; aussi ces films auront-ils un grand retentissement et remporteront-ils un grand succès commercial.

Multiplication des films pornographiques (« hard ») Dans le même temps, les premiers films hardcore (avec des actes sexuels non simulés) apparaissent à partir de 1969. Le mouvement commence sur la côte Ouest des États-Unis (San Francisco) et s'étend rapidement au reste du monde. Gorge profonde (1972) avec Linda Lovelace, et The Devil in Miss Jones de Gérard Damiano (1973) ne sortent en France qu’en 1975. Le premier attire sur Paris-périphérie et le second . Les États-Unis n'auront le droit qu'à des versions soft de ces deux films pourtant américains.