thumbnail|« Tourniquet » traditionnel

Le garrot (parfois appelé tourniquet par anglicisme) est un dispositif destiné à interrompre la circulation du sang dans un membre — membre supérieur (bras, avant-bras, main) ou membre inférieur (cuisse, jambe, pied) — en comprimant les vaisseaux sanguins contre les os par un serrage périphérique.

Dans le cadre de l'urgence médicale, il est destiné à arrêter une hémorragie d'un membre lorsqu'aucune autre méthode n'est efficace. La technique consiste à comprimer l'artère du membre contre l'os en utilisant un lien de tissu large et non élastique. C'est une méthode dite de « compression à distance ».

Dans le cas de la maîtrise d'une hémorragie, le garrot se pose sur un membre, entre le siège du saignement (la blessure) et la racine du membre (épaule pour le membre supérieur, pli de l'aine pour le membre inférieur)Jusqu'en 2016, on enseignait en France que la pose du garrot n'était possible qu'au bras (entre l'épaule et le coude) pour les hémorragies au membre supérieur, et sur la cuisse (entre la hanche et le genou) pour les hémorragies au membre inférieur. La justification était que sur les parties distales (entre le coude et le poignet ou entre le genou et la cheville), l'artère pouvait se glisser entre les deux os — respectivement humérus et ulna (cubitus), et tibia et fibula (péroné). Ceci a été changé par la publication des Recommandations de la DGSCGC relatives à l'unité d'enseignement « prévention et secours civiques de niveau 1 » (PSC1) version 2017 [].. Il est important de relever l'heure de pose du garrot pour pouvoir la transmettre à l'équipe médicale tout au long de la chaîne des secours ; cette information peut être simplement indiquée par téléphone lors du passage de l'alerte, mais dans un contexte d'isolement ou de nombreuses victimes, elle devra être si possible notée de manière visible sur la victime.

Historique

Des auteurs ont rapporté que l'on utilisait des garrots pour arrêter les saignement de soldats blessés durant les campagnes militaires d'Alexandre le Grand au . Les Romains les utilisaient pour maîtriser les saignements, en particulier pour les amputations. Ces garrots étaient initialement fait de bandes de bronze, puis plus tard de lanières de cuir pour réduire la douleur..

En 1718, le chirurgien français Jean-Louis Petit développe un système à vis pour arrêter le flux de sang lors d'une intervention chirurgicale. Avant cette invention, le garrot était une bande de tissus serré par torsion à l'aide d'un bâton ; le nom « garrot » désigne d'ailleurs un bâton, et le terme anglais fait référence au mode de serrage.

En 1785, préconise que lors de chaque bataille, tous les marins de la Royal Navy soient munis d'un garrot : vignette |Texte de Gilbert Blane.

On attribue à Joseph Lister l'utilisation du garrot pour supprimer le flux sanguin avant une intervention en 1864. Il recommande également l'exsanguination du membre, c'est-à-dire de diminuer la quantité de sang présente dans le membre, en le surélevant avant de poser le garrot. En 1873, Friedrich von Esmarch développe une méthode consistant à comprimer le membre avec un bandage élastique pour en chasser le sang, méthode dite du « bandage Esmarch » : afin de ne pas « gâcher » le sang présent dans le membre lors de l'amputation, il serre le membre dans le bandage avant d'appliquer un garrot élastique pour couper la circulation. En 1881, Richard von Volkmann montre que le bandage Esmarch peut créer une paralysie du membre.

En 1904, Harvey Cushing s'inspire du sphygmomanomètre de Riva-Rocci pour créer le garrot pneumatique. Par rapport au bandage Esmarch, ce garrot est plus rapide à mettre en œuvre et à retirer et il ne provoque pas de paralysie nerveuse.

Quand pose-t-on un garrot ?

En chirurgie, les garrots sont utilisés pour supprimer l'afflux de sang dans un membre pour intervenir sur celui-ci. Ils sont utilisés en chirurgie orthopédique et en chirurgie esthétique. Ils peuvent aussi être utilisés lorsque l'on pratique une anesthésie locale afin d'empêcher l'anesthésiant de passer dans le système circulatoire général (anesthésie locale intraveineuse).

Le garrot est également utilisé en médecine pour faire gonfler une veine et permettre la pose d'une voie veineuse périphérique ou un prélèvement sanguin. Il s'agit alors d'un garrot élastique, qui ne comprime que la veine et n'arrête pas le flux sanguin artériel. C'est un geste infirmier.

En situation d'urgence, un garrot doit se poser sur un membre qui saigne abondamment, après la protection, lorsque l'on ne peut pas arrêter l'hémorragie d'une autre manière. Les cas typiques sont : l'appui manuel direct est inefficace ou impossible à réaliser, par exemple : hémorragie du membre inférieur sur une personne assise dans un véhicule, la compression directe n'est pas possible (la blessure est trop grande, inaccessible, un objet y est planté, l'os en ressort,...) ; le sauveteur doit quitter la victime pour s'occuper d'une autre victime présentant une détresse vitale ou aller alerter les secours et il n'est pas possible de poser un pansement compressif. Alors que l'enseignement de la pose de garrot avait disparu des formations grand public, la Croix-Rouge Française le réenseigne, notamment après les attentats de Paris en 2015, afin de fournir une réponse à un sauveteur confronté à une situation à nombreuses victimes.. L'hémorragie est la seule raison pour laquelle une personne qui n'est pas médecin peut poser un garrot. Un médecin peut en poser un dans certains cas bien spécifiques, par exemple le syndrome d'écrasement () qui survient lorsqu'une personne reste trop longtemps sous un objet lourd tel que les décombres d'un bâtiment qui s'est effondré.

Contrairement à une idée reçue, en cas de morsure par un serpent par exemple, il ne faut pas mettre de garrot. En effet, il n'empêche pas le venin de circuler dans l'organisme de la victime car il y est déjà. En revanche, il empêche le système immunitaire de la victime de lutter contre le venin..

Différents types de garrot

Garrots médicaux

Lorsque l'on utilise un garrot pneumatique, l'équipe médicale s'attache à utiliser la pression de serrage efficace minimale afin de réduire la douleur et le risque de traumatisme, en particulier la blessure de nerfs et de tissus mous. Pour un membre inférieur, la pression minimale permettant de couper la circulation est de l'ordre de et l'utilisation d'un brassard large permet de diminuer la pression nécessaire jusqu'à ., LOP (, LOP) sur un patient avant l'opération permet d'ajuster cette valeur. , mais la compression totale dépend surtout de la largeur du garrot et du patient, et elle est augmentée si la largeur du garrot est augmentée, d'après la définition de la pression qui est pression = compression totale /sur la surface.

Donc si la surface est grande la force totale ou compression totale l'est aussi, surtout à considérer qu'entre 2 patients et/ou deux largeurs de garrot on peut comprimer avec 100 kg de plus même avec 50 mmhg de moins, ou inversement.

La linéarité de compression exercée n est pas possible lorsque la pression est le seul moyen de contrôler la compression totale d 'un garrot, dans le cas d un garrot pneumatique la compression sur un membre inférieur est de plusieurs fois plus grande que le propre poids du patient.

C'est parce que le garrot pneumatique est un tensiomètre détourné en garrot médical et son usage répandu tant à se réduire compte tenu de la persistance de fréquences de complications stables malgré l'évolution électronique de contrôle de la pression.

La pression et la compression totale sont nécessaires pour maitriser la compression d'un garrot médical qui peut être posé jusqu'à 2 h sur un patient. Mais par défaut de concept, un tensiomètre détourné en garrot, c'est la pression qui est traditionnellement de renfonce pour maitriser la compression du dispositif compressif garrot pneumatique. Donc il conviendra pour connaitre la compression totale appliquée à chaque patient connaitre la circonférence du membre et la largeur du garrot et multiplier tout ça par la pression et par 1,35 environ Dans une situation maîtrisée, le garrot est desserré par intermittence afin de limiter les conséquences de l'ischémie sur les nerfs et les muscles : permettre l'évacuation des déchets métaboliques et la reperfusion. Toutefois, aucune étude ne permet de déterminer la durée au bout de laquelle le garrot doit être desserré ni la durée de ce desserrage avant resserrage ; les valeurs couramment admises sont de l'ordre d'une à deux heures selon l'âge, la condition du patient et le membre concerné (inférieur ou supérieur) pour des durées de desserrage de dix à quinze minutes..

Pour un prélèvement sanguin ou la pose d'une voie veineuse périphérique, on utilise un lien élastique. Le lien est serré une première fois pour faire gonfler les veines et repérer le site où l'on va piquer. Le garrot est desserré pendant l'opération de nettoyage et d'antisepsie de la peau afin de réduire la gêne pour le patient, puis est resserré pour faire à nouveau gonfler la veine et permettre de piquer.

Garrots tactiques

vignette|Garrot pneumatique à usage tactique.

vignette|Garrot tactique composé d'une simple sangle.

vignette|Garrot tactique de type « tourniquet ».

Les garrots dits «tactiques» sont utilisés en urgence sur le terrain (en extrahospitalier) par des soldats, des intervenants paramédicaux ou des secouristes. Ce sont des garrots «tout faits», comme le SOFTT () ou le CAT ().

Il s'agit parfois de garrots pneumatiques : ce sont des brassards similaires à ceux utilisés pour la prise de tension. Dans le domaine militaire, on parle parfois d'EMT ().

En 2016, l'entreprise North American Rescue a créé un dispositif, le JETT (). permettant d'effectuer un point de compression fémoral. L'objectif est de pouvoir stopper une hémorragie lorsque la blessure est située sur la cuisse, mais plus haut que le plancher pelvien ; il n'est alors pas possible de poser un garrot. L'efficacité de ce dispositif a été évaluée sur un cadavre perfusé et montre qu'il arrête efficacement la circulation dans le membre inférieur sans perturber la circulation aortique. La mise en œuvre a également été évaluée sur des personnes saines, sur la base de l'absence de pouls pédieux, et le dispositif est jugé plus simple et plus rapide à mettre en œuvre qu'un garrot tactique standard.

Garrot improvisé

Un garrot improvisé est de préférence un lien large — de 3 à — de toile solide et non élastique. On entoure la racine du membre qui saigne, on serre le lien jusqu'à constater l'arrêt de l'hémorragie et on maintient le serrage, ce qui peut imposer de le nouer si le sauveteur doit s'éloigner de la victime. On relève ensuite l'heure de pose du garrot afin de la transmettre à l'équipe médicale (le cas échéant on la note).

Entre 1991 et 2007, les formations de secourisme en France enseignaient comment poser un garrot d'une seule main, une des mains étant occupée à effectuer un point de compression ; on réalise pour cela une ganse dissymétrique que l'on glisse sous le membre et dans laquelle l'on fait passer l'extrémité la plus longue du lien, à la manière d'un nœud de demi-cabestan. Puis les deux extrémités sont liées. Mais en 2007, les points de compression sont abandonnées au profit de techniques plus efficaces.

À partir de 2017, les recommandations en matière de formation indiquent qu'un garrot serré à l'aide d'une barre de 10 à de bois solide, PVC dur ou métal rigide — méthode du tourniquet — est plus efficace qu'un garrot effectué uniquement avec un lien. Pour cela, on effectue avec le lien deux tours autour du membre et l'on noue les extrémités. On passe la barre au-dessus du nœud et on effectue deux nœuds par-dessus, puis on tourne la barre afin de serrer le garrot jusqu'à constater l'arrêt de l'hémorragie. Si l'on ne dispose pas de barre, les recommandations indiquent simplement de