René-Théophile-Marie-Hyacinthe Laennec ou Laënnec, plus connu sous le nom de René Laennec, né le à Quimper, mort le à Douarnenez dans son manoir de Ploaré, est un médecin français, créateur du diagnostic médical par auscultation (Traité de l'auscultation médiate, 1819) grâce à l'invention du stéthoscope.

Biographie Origine familiale et enfance vignette|gauche|Plaque à Nantes, place du Bouffay, où il vécut. René Laennec est fils et petit-fils d'avocats. Son grand-père, Michel Marie Alexandre Laënnec, est maire de Quimper de 1763 à 1765.

Son père Théophile-Marie Laennec (1747-1836), avocat et magistrat quimpérois, parle le breton et René lui-même l'apprend, le parle couramment, et l'utilise dans sa correspondance avec son père. Par sa mère, Michelle Guesdon, il était apparenté à Anne-Marie Audouyn de Pompéry, la « Sévigné cornouaillaise » dont il était le cousin. et qui le reçut maintes fois dans son château de Couvrelles. Laennec avait pour grand-oncle Dom Morice de Beaubois, auteur d'Une histoire de la BretagneJakez Cornou et Pierre-Roland Giot, Origine et Histoire des Bigoudens, éditions Le Signor, Le Guilvinec, 1977..

Sa mère, Michelle, meurt en 1786 de la tuberculose (elle est inhumée le dans le cimetière de l'église Saint-Mathieu de Quimper). Son père, alors lieutenant au ministère de la Marine à Quimper, est incapable de s'occuper de lui. Après avoir été confié à son oncle Michel Laennec, recteur à Elliant, René Laennec est, en 1797, recueilli par Guillaume François Laennec (baptisé le à Quimper-Saint-Julien), un autre de ses oncles, médecin à Nantes, professeur et directeur de l'école de médecine, qui avait été recteur de l'université de Nantes avant sa suppression au début de la Révolution.

Formation Suivant l'exemple de ce dernier, Laennec entame des études de médecine. En 1800, il est étudiant à Paris sous la direction de Jean-Nicolas Corvisart à l'hôpital de la Charité et d’autres professeurs comme Guillaume Dupuytren. En 1802, à peine âgé de , il reçoit en séance solennelle de l'Institut les deux grands prix de médecine et de chirurgie de l’École pratique. Il est reçu docteur en médecine en 1804. Il pratique ensuite l'anatomie pathologique avec Gaspard Laurent Bayle. Il étudie les maladies à partir des lésions constatées à l’autopsie et, en particulier, la cirrhose.

Activité professionnelle En 1816, il est nommé à l’hôpital Necker. Il s’intéresse aux maladies pulmonaires et identifie ses malades en utilisant largement la technique de percussion décrite pour la première fois par le médecin autrichien Leopold Auenbrugger en 1761 dans son ouvrage et diffusée par Corvisart, une méthode qui renseigne sur l’état d’un organe par l’écoute du bruit rendu par la frappe des doigts au niveau de ce dernier. C’est dans ce cadre qu’il crée selon la légende le le stéthoscope, d’abord un simple rouleau de papier ficelé qu’il appelait « pectoriloque » et qui permettait d’éloigner l’oreille du médecin de son patient pour des raisons de pudeur Selon cette légende, Laennec, homme austère et bigot, fut inspiré par la pudeur d’une femme corpulente n’osant enlever ses couches de vêtement pour que le médecin colle son oreille au thorax. Il se rappela alors deux groupes de gamins postés aux extrémités d’une longue poutre dans la cour des guichets du Louvre. Source : Association bretonne et union régionaliste bretonne, Comptes rendus, procès-verbaux, mémoires, volume 133, Presses bretonnes, 2007, , stéthoscope qu’il ne tarde pas à perfectionner en cylindre démontable et en buis et dont l’usage est attesté en sur les feuilles des malades à l’Hôpital Necker. Il fonde ainsi une nouvelle pratique qui permet d’analyser les bruits corporels internes et de les relier à des lésions anatomiques, ce qui se révélera particulièrement utile pour le diagnostic des maladies respiratoires, dont la phtisie ou tuberculose. En , il présente ses découvertes dans un discours à l’Académie des sciences, et en 1819, il publie son Traité d’auscultation médiate où il classe les bruits émis dans le thorax. En 1822, il succède à Jean Noël Hallé à la chaire de médecine pratique du Collège de France. Cette même année, il est chargé de réorganiser la Faculté de médecine, à la suite des désordres scandaleux qui en avaient rendu la dissolution nécessaire. Quelque temps après, il est nommé titulaire de la chaire de clinique interne à l’hôpital de la Charité.

L'invention de l'auscultation médiate thumb|left|250px|

Par un après-midi d'octobre, il passe sous les guichets du Louvre. Des enfants jouent dans la cour parmi des décombres. Un enfant gratte l'extrémité d'une longue poutre avec la pointe d'une épingle. À l'autre extrémité, l’oreille collée à la poutre, les enfants recueillent les sons, se bousculent pour entendre, et rient de la découverte. Laennec s'arrête devant les enfants qui viennent de lui donner la réponse au problème qu'il se posait depuis longtemps.

Parvenu au chevet d'une jeune cardiaque, il demande une feuille de papier à lettres, la roule en cylindre, appuie une extrémité contre la poitrine de la patiente et l'autre contre sa propre oreille. Et voici que le double bruit du cœur et celui de la respiration lui parvient avec netteté. L'auscultation est inventée.

C’est également lui qui donne à cet instrument d’auscultation médiate le nom de « stéthoscope », qui est dérivé du grec (stethos signifiant « poitrine »). Le stéthoscope que nous connaissons (avec un embout pour chaque oreille) est inventé par l'Américain George Cammann en 1852.

En 22 mois, Laennec découvre toute la sémiologie pulmonaire et fait faire à la médecine un bond prodigieux. Sa classification des bruits d’auscultation (ronchi, râles crépitants…) est toujours utilisée par les médecins.

Pourtant cette nouvelle méthode d'auscultation n'est pas facilement acceptée par certains médecins, qui préfèrent la méthode habituelle d'écoute avec l’oreille en contact direct avec la poitrine (auscultation immédiate). En 1885, un professeur de médecine déclare encore : « Il n'y a que les oreilles pour entendre, laissez-nous nous servir de nos oreilles et ne nous obligez pas à nous servir d’un stéthoscope ». Même le fondateur de l'American Heart Association, Lewis A. Connor (1867-1950) Jeffrey Fisher, « Lewis A. Conner », Circulation,2000; 102: 1062-1067, Texte intégral. porte sur lui un mouchoir de soie destiné à être posé sur la paroi thoracique pour l’auscultation directe à l'oreille.

Autres contributions à la médecine vignette|Premier stéthoscope de Laennec, :Les Biographies médicales. Notes pour servir à l'histoire de la médecine et des grands médecins, J.-B. Baillière, (Paris) [s.d.], coll. de la Bibliothèque interuniversitaire de Santé. Parmi ses autres contributions à la médecine il faut citer aussi sa description de la péritonite et de la cirrhose. Bien que la cirrhose fût une maladie déjà connue, c’est Laennec qui lui donna son nom, en utilisant le mot grec (kirrhos, « fauve »), qui fait référence aux nodules jaunes caractéristiques de la maladie.

Il est à l’origine du terme mélanome et a décrit les métastases pulmonaires du mélanome. En 1804, alors qu'il était encore étudiant en médecine, il fut le premier à faire une conférence sur les mélanomes. Cette conférence a ensuite été publiée en 1805. Laennec a effectivement inventé le terme « mélanose », à partir du grec (mela, melan) pour « noir ». Au fil des années, les relations sont devenues exécrables entre Laennec et Dupuytren, le second reprochant au premier de n’avoir fait aucune mention de son travail dans ce domaine ni de son rôle dans ses découvertes.

Il a également apporté de nombreuses contributions à la connaissance de la tuberculose.

Sa contribution peut-être la plus importante à la médecine fut l’introduction d’une rigueur toute scientifique qui imposait des règles d’observation objectives. Quand il a publié son traité en 1819, il a inscrit en exergue cette devise en grec : Son livre a été tenu en très haute estime par de nombreux médecins et considéré comme l’étalon-or de la pratique médicale. Le professeur Benjamin Ward Richardson écrit dans son livre Les disciples d'Esculape que

Éponymie La cirrhose est parfois encore appelée la « cirrhose de Laennec »« Cirrhose », in: Dictionnaire de médecine, de chirurgie, de pharmacie, des sciences accessoires et de l'art vétérinaire de Pierre-Hubert Nysten car Laennec fut l'un des premiers à reconnaître cette affection comme une entité nosologique. Il existe également d'autres termes médicaux qui sont restés associés à son nom : la cirrhose de Laennec se réfère à l'apparence du foie en cours de sa régénération où il apparaît composé de petits lobules séparés par un fin tissu fibreux.

Le « thrombus de Laennec » est un thrombus qui se forme dans le cœur avant la naissance. Les « crachats perlés de Laennec » font référence aux expectorations des asthmatiques. Le « murmure de Hamman », également connu sous le nom de « symptôme de Laennec-Hamman » ou « symptôme de Laennec-Müller-von Bergmann-Hamman » ou « crépitement de Hamman », est un bruit crépitant entendu dans la région précordiale dans l'emphysème médiastinal spontané.

Fin de vie vignette|Plaque 17 rue de l'Abbé-Grégoire (Paris), où il vit de 1825 à 1826. Cependant, il est lui-même atteint de phtisie. Son neveu, Mériadec Laennec (qui fit une carrière politique et fut en 1849 président du conseil général de la Loire-Inférieure), l’a ausculté avec le stéthoscope inventé par son oncle et il a décelé sur lui les symptômes fatidiques de la tuberculose. Il se retire en son manoir de Kerlouarnec en Ploaré, proche de Douarnenez, où il meurt le , à l'âge de . Dans son testament, il lègue à son neveu ce stéthoscope qu’il considérait comme ..

Personnalité Il était catholique et très pieux. On possède de nombreux témoignages de sa piété et sa charité envers les pauvres était devenue proverbiale. Dès 1802 il est membre de La Congrégation, attiré par son ami Bayle. Il était aimé par ses collègues et ses élèves, particulièrement ses étudiants anglophones.

Publications thumb|right|120px|De l’auscultation médiate…. Stéthoscope, poumons. Propositions sur la doctrine d'Hippocrate, relativement à la médecine pratique, présentées et soutenues à l'École de médecine de Paris, le 22 prairial an (thèse de médecine, 1804) De l'Auscultation médiate, ou Traité du diagnostic des maladies des poumons et du cœur, fondé principalement sur ce nouveau moyen d'exploration (2 volumes, 1819) Texte en ligne 1 2 Traité inédit sur l'anatomie pathologique, ou Exposition des altérations visibles qu'éprouve le corps humain dans l'état de maladie (1884) La Guerre des Vénètes : poème épique héroï-comique (1931) Texte en ligne Laënnec rédigea des articles pour les volumes Médecine de l'Encyclopédie méthodique.

Hommages À Quimper a été inaugurée en , sur l’esplanade entre la mairie et la cathédrale, une statue de bronze sculptée par Eugène-Louis Lequesne, érigée par souscription des médecins bretons, français et étrangers. Il existe à la faculté de médecine de Paris un buste en bronze de Laennec, dû au même statuaire, offert par le professeur Potain en 1883. De même, une statue en bronze de Laennec est présente devant la faculté de médecine de Nantes. Dans cette même ville, l'hôpital porte son nom et celui de son oncle.

À Saint-Herblain, dans la banlieue de Nantes, l'hôpital Guillaume-et-René-Laennec, porte son nom, associé à celui de son oncle. Un buste en bronze le représentant est également situé au nord-ouest de l'hôtel-Dieu de Nantes, près de la faculté de médecine.