La forêt de Charnie est une forêt française située dans l'est du département de la Mayenne et dans l'ouest du département de la Sarthe.

On distingue la forêt de la Grande-Charnie à l'ouest et la forêt de la Petite-Charnie à l'est. Ce sont des vestiges de l'ancienne forêt du Mans, dans laquelle le roi Charles VI a été pris de sa première crise de démence en 1392.

Relief et hydrographie La partie septentrionale est occupée par un relief collinaire atteignant l'altitude de au-dessus de Torcé-Viviers-en-Charnie). Elle est séparée des collines encore plus élevées des Coëvrons par . De ces reliefs partent quelques cours d'eau affluents de la Vègre, le Treulon, affluent de l'Erve et la Vaige.

La partie méridionale de la Charnie, sillonnée par ces cours d'eau, est aussi accidentée, mais , plus fertile que la première, en partie couverte de bois et de landes dont la superficie est moindre qu'autrefois.

Toponymie Mentions anciennes Le nom de Charnie est attesté à partir du sous les formes suivantes : Villa sita in pago Carnicence, nomine Bonalla en 838Gesta Aldrici. Fecti in sylva Carnida quinque mansionilia en Testam. de saint Aldric. Carneia en 989Cartulaire d'Évron Sylva de Salgia que est in Charnia en 1050Cartulaire de la Couture au Mans, p.20. Boscum Charneie, circa 1090Ibid. p.31. Locum sancti Nicolai in sylva Carneta en 1109Ménage, Histoire de Sablé, p. 22. Eccl. Sancti Nicolai in Charnia en 1197Bilard, Archives de la Sarthe, . Conventus de Charneia..., Vicus de Charneia en 1198Ibid., . Olca que est ultra Carneriam in terra B.-M. en 1202Cartulaire d'Évron. Joeyacum in Charneia en 1238Bilard, .

Étymologie « La forêt de la baronnie de Sainte-Suzanne n'était autre que la Charnie, forêt immense, dont la ville et le château de Sainte-Suzanne occupaient à peu près le point central. Le nom de "Sainte-Suzanne" ne saurait remonter au-delà de notre première race. Il n'en est pas fait mention avant le Le mémorial de la Mayenne s'interroge si le château serait-il une érection normande des vicomtes de Blois, seigneurs par conquête d'une portion considérable du Maine, comme on le voit par les chartes de restauration de l'abbaye d'Évron, en 987 et années suivantes ? Cette hypothèse est mise en défaut par l'abbé Angot pour qui la restauration de l'abbaye d'Evron repose sur une supercherie historique.. Le nom de la "Charnie" est d'une date bien antérieure. Le mot carneia ou ses dérivés, est fréquent dans les pays de l'ancienne Celtique, en Angleterre et en France. On lui donne plusieurs significations. Il semble que l'on y voit ordinairement attachée une idée de consécration, comme on le trouve à Carnack en Bretagne, dans le pays Chartrain, Carnutes, etc.La forêt de Charnie pourrait avoir été la forêt sacrée, ce qui dans la circonstance s'allierait bien avec l'idée qu'entraîne presque involontairement le nom du peuple ou de la tribu qui se trouvait en arrière de cette forêt. Les Diablintes ou Diaoulites, que l'on fasse venir leur nom de la racine gréco-latine dia ou de la racine celtique diaou, diou, présenteront toujours à l'esprit l'idée de démons ou de génies, ie pays des démons ou des génies.Ref : G.D., « Anciennes forêts du département de la Mayenne », dans Mémorial de la Mayenne, 1843, t. 2, p. 126-146. Archives départementales de la Mayenne. »

Selon certains, le nom de Charnie est issu du gaulois *carn (cf. Carnac, Charnay) qui signifie « pierre », suivi du suffixe gaulois à sens collectif -eta > Carn-ic- (le c de cette forme ancienne doit noter t, chose courante au début du Moyen Âge, c'est-à-dire *Carn-it-, -ensi est le suffixe latin localisant ajouté pour les besoins du texte rédigé dans cette langue), [Carn]-ida > -ie ou du suffixe gaulois [Carn]-ica > -ie, qui admettait la substantivation. Les formes anciennes en -eia s'expliquent par des formes françaises en -eie, latinisées maladroitement en -eia au Moyen Âge. Le sens global est donc « lieu où il y a des pierres » ou « lieu des pierres ». 320px|thumb

Toponymes comportant le terme « Charnie » 300px|right

Plusieurs communes et lieux-dits portent le nom de Charnie : Chemiré-en-Charnie (Sarthe), et le lieu-dit Étival-en-Charnie, où fut fondée en 1109 l' abbaye par Raoul VII de Beaumont, dans laquelle plusieurs vicomtes de Beaumont-au-Maine, Fresnay et Sainte-Suzanne-et-Chammes furent inhumés entre le début du et le début du : Raoul VII, Richard , Raoul VIII et son épouse Agnès de La Flèche, Agnès épouse de Louis de Brienne, Jean de Beaumont-Brienne.

Joué-en-Charnie (Sarthe), Neuvillette-en-Charnie (Sarthe), Thorigné-en-Charnie (Mayenne), Torcé-Viviers-en-Charnie (Mayenne) : site du Tertre Blanc ; statue du Sacré-Cœur. l'ancienne Chartreuse du Parc-en-Charnie ou Parc-d'Orques, près du Bois du Creux de Saint-Denis-d'Orques, fondée en 1237 par Marguerite, nièce de Raoul VIII de Beaumont, et dans laquelle furent inhumés Jean de Brienne, roi de Jérusalem (v1164-1237) et son fils Louis d'Acre de Brienne (v1225-1297 ou 1301).

Les communes de l'ancien canton de Sainte-Suzanne ainsi que Saulges et Saint-Georges-le-Fléchard, faisaient partie de la Communauté de communes d'Erve et Charnie. La communauté catholique de Sainte-Suzanne et des communes environnantes est regroupée au sein de la paroisse de Saint Barnabé-en-Charnie. Une avenue de Sainte-Suzanne-et-Chammes (RD9) porte le nom d'Erve-et-Charnie. À voir au cœur ou aux abords de la forêt : Le dolmen de la pierre-au-diablethumb|200px|left|La pierre au diable dite aussi table des diables la statue de Notre-Dame de Beausoleil, appelée aussi la Vierge des bois, statue en fonte de grand modèle qui représente Notre-Dame de Lourdes, érigée en 1874 en reconnaissance d'une faveur obtenue en 1873, et bénie solennellement le . Des pèlerinages y eurent lieu chaque année, le , jusque dans les années 1980. Sentier balisé à partir du site du Tertre Ganne.thumb|200px|right|La vierge des bois dite aussi de Beausoleil Le site du Tertre Ganne à Sainte-Suzanne-et-Chammes et du Tertre blanc (statue du Sacré-Cœur) à Torcé-Viviers-en-Charnie.

Les forêts Forêt domaniale de la Petite-Charnie D'une superficie de 716 ha, la forêt domaniale de la Petite-Charnie s'étend sur les communes de Saint-Symphorien, Neuvillette-en-Charnie, Parennes, Tennie, Ruillé-en-Champagne, Chemiré-en-Charnie... On y trouve des feuillus, (chênes, charmes, hêtres, trembles, châtaigniers…), et des résineux (douglas, sapins de Nordmann, pins maritimes, pins Laricio…). L'ensemble de la forêt est inventoriée en Zone Naturelle d'Intérêt Ecologique Floristique et Faunistique, du fait d'une faune très riche, notamment en ce qui concerne l'ornithologie.

Forêt de la Grande-Charnie Cette forêt s'étend notamment sur les communes de Torcé-Viviers-en-Charnie, Saint-Denis-d'Orques, Blandouet, Chammes, Saint-Jean-sur-Erve, Saint-Léger, Livet (Bois des Vallons) et Sainte-Suzanne. Points culminants : Signal de Viviers, ., Saint-Nicolas, ., le Mont-Noir, .

Un projet de carrière dans cette forêt est abandonné en 2009 à la suite d'une mobilisation.

Histoire Haut Moyen Âge Saint Aldric, évêque de 832 à 856, est le premier qui défricha la forêt de la Charnie en y créant cinq établissements agricoles. À partir du , les grands seigneurs favorisèrent par des concessions de droits ou de domaines les paroisses ou les familles religieuses qui se fondèrent dans leurs vastes possessions : Guy donne à l'église de Saulges son bois de Saulges dans la Charnie, avec droit de panage et la cire, en 1050 ; Patrice de Sourches permet de prendre dans la Petite-Charnie le bois vif pour construire l'église de Bernay et les bâtiments des moines, et le bois mort pour ceux de leurs hommes, 1080-1090; Raoul VII de Beaumont-au-Maine 15px, seigneur de Sainte-Suzanne, témoin des grands exemples de vertus de saint Alleaume, l'autorisa à fonder un couvent de religieuses qu'on appela indifféremment Abbaye de la Charnie ou d'Étival-en-Charnie (1109).

Moyen Âge L'ermite saint Alleaume, disciple de Robert d'Arbrissel, s'établit en effet à la fin du et au début du d'abord au lieu-dit Saint-Nicolas, entre Blandouet et Torcé-Viviers-en-Charnie, puis fonde en 1109, à la suite de sa rencontre avec le vicomte Raoul VII de Beaumont-au-Maine 15px, seigneur du château voisin de Sainte-Suzanne, une abbaye de femmes à Étival-en-Charnie.Les vicomtes de Beaumont continuèrent aux religieuses les mêmes libéralités; mais, comme en 1396 elles se plaignaient qu'on mettait quelque empêchement au droit de pacage qu'elles avaient dans la forêt jusqu'à la rivière d'Erve, le comte d'Alençon 15px, alors seigneur de Sainte-Suzanne, leur fit répondre qu'elles ne pouvaient lâcher leurs porcs dans les bois qu'après les trois proclamations faites chaque année. La chartreuse du Parc-en-CharnieActuellement Saint-Denis-d'Orques, lieu-dit Les Chartreux. dotée, en 1225, par la comtesse Marguerite de Fiff et le vicomte Raoul VIII de Beaumont-au-Maine 15px, clôt magnifiquement l'ère de ces fondations.

Pour exercer leurs droits seigneuriaux et veiller à leurs intérêts dans la forêt de Charnie, les vicomtes de Beaumont avaient un segrayerLe segrayer est le seigneur qui a droit pour une portion dans un bois commun, soit dans l'exploitation soit dans le prix de la vente. On entend aussi quelquefois par segrayer, celui qui fait la recette de ce droit pour le roi, ou pour quelqu'autre seigneur., qui était lui-même un riche seigneur. Patry de Montgiroul exerçait, en 1406, cette fonction qui, par alliance, passa aux seigneurs de La Chapelle-Rainsouin. Georges de Préaux en était pourvu en 1565. Le segrayer devait « faire bon à son seigneur les deux tierces parties des avoynes, gélines et deniers de la recepte à ses propres coustz et despens ». Il avait « les masles des oyseaux de proie qui procédoient de la forest, faucons, autours, éperviers, laniers »; toutefois, le baron de Sainte-Suzanne, René d'Alençon 15px, prétendait (1480) que le segrayer devait les lui garder à ses dépens. Personnellement le seigneur de La Chapelle prenait dans la forêt tout le bois nécessaire pour la réparation de ses domaines, à condition que ses sujets aidassent à faire les haies et fossés et à « huer », quand le vicomte de Beaumont voulait chasser.

Le Tertre Ganne, situé en lisière de forêt juste en face et en léger surplomb de la forteresse de Sainte-Suzanne, joua un rôle important durant la guerre de Cent Ans (prise de Sainte-Suzanne, commandée par Ambroise de Loré 15px, par les Anglais 15px du comte de Salisbury 15px en 1425).

Époque moderne Le roi Henri III 15px permit, en 1574, à Henri de Navarre 15px d'aliéner la forêt de la Charnie, qui se trouva démembrée. Les seigneurs de Bouillé 15px en possédaient une grande partie.

Louis Gruau captura 67 loups dans la région de la CharnieLouis Gruau prouve l'efficacité de son invention en disant qu'il a pris ou fait prendre depuis peu de temps, soubs l'étendue d'une lieue, soixante-sept loups. sur sa paroisse en un court espace de temps, ce qui lui valut d'être présenté à Louis XIII par Hercule de Rohan, grand veneur de France, et de publier chez Pierre Chevalier en 1613 un ouvrage sur la capture des loups : Nouvelle invention de chasse pour prendre et oster les loups de la France, comme les tables le démonstrent, avec trois discours aux pastoureaux françoisLe théâtre de ses exploits devait être situé au nord, nord-est de Saulges, près de Saint-Pierre-sur-Erve, Thorigné-en-Charnie et de Bannes. On assomme un loup à coup de bâtons à la Verrerie, entre Chemiré-en-Charnie et Étival. Un loup malicieux pénètre dans la cour du monastère de la Chartreuse du Parc, située à l'entrée des bois de Charnie, étranglant les oies des moines et s'échappant..

Période de la Révolution et de l'Empire Les bois de la Charnie devinrent biens nationaux en 1791. Les chouans de Louis Courtillé dit Saint-Paul s'y tenaient ordinairement.