La Métropole européenne de Lille (MEL) est une intercommunalité française de type métropole située au centre du département du Nord dans la région des Hauts-de-France et composée autour des villes de Lille, Roubaix et Tourcoing. Parmi les quatre premières communautés urbaines créées en 1967, elle prend d'abord le nom de Communauté urbaine de Lille (CUDL) puis, à partir de 1996, de Lille Métropole Communauté urbaine (LMCU), avant que la loi de modernisation de l'action publique territoriale et d'affirmation des métropoles ne la transforme en Métropole européenne de Lille à compter du .

Depuis 2020, la réunit sur un territoire de où résident près de d'habitants. Située au centre d'une aire géographique très densément peuplée, à l'extrême ouest de la plaine d'Europe du Nord, elle est encadrée au sud par le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais et au nord par la Belgique avec laquelle elle partage de frontière. Cette position l'a amenée à développer des relations privilégiées avec les intercommunalités belges limitrophes, qui ont notamment débouché sur la création d'un groupement européen de coopération territoriale, l'Eurométropole Lille-Kortrijk-Tournai et plus largement avec l'ensemble des territoires qui l'entourent, en particulier dans le cadre d'une instance de coopération transnationale qui associe également le bassin minier, nommée aire métropolitaine de Lille et comptant près de d'habitants.

La trame de l'agglomération que couvre la s'est formée au cours du siècle qui précède la Première Guerre mondiale, lorsque la révolution industrielle conduit à l'émergence, entre la ville de Lille enfermée dans ses fortifications et la frontière belge, de deux puissantes cités industrielles, Roubaix et Tourcoing. Elle est complétée par la décision de l'État, à la fin des années 1960, de créer une ville nouvelle, devenue Villeneuve-d'Ascq, à l'est de Lille et au sud du pôle Roubaix-Tourcoing. Il en résulte une configuration multipolaire constituée de quatre communes principales entourées d'un semis de communes plus petites, parmi lesquelles la commune de Lille ne compte que pour 20 % de la population totale, ce qui atténue fortement sa domination en dépit de sa centralité historique.

Lorsque la communauté urbaine se met en place, à la fin des , l'appareil industriel hérité du , largement dominé par l'industrie textile, est déjà en crise. Son effondrement, à partir des années 1970, engendre de graves difficultés économiques, sociales et environnementales qui, près d'un demi-siècle plus tard, marquent encore de nombreux quartiers de la métropole. Si une partie des capitaux textiles est rapidement réinvestie dans des activités naissantes, principalement commerciales, ce n'est qu'à partir des années 1990, avec un décalage temporel d'une dizaine d'années par rapport à la plupart des autres grandes agglomérations françaises, que des activités nouvelles en relation avec l'économie des savoirs et des loisirs émergent à leur tour. Au fil des cinquante dernières années, ces mutations de grande ampleur ont été accompagnées par des politiques publiques qui, de plus en plus, ont été prises en charge par la communauté urbaine, puis la métropole.

Depuis sa création, les prérogatives et les moyens de la communauté urbaine se sont en effet beaucoup développés. Ainsi, ses compétences se sont régulièrement étoffées, en droit comme en fait, jusqu’à l'accès au statut de métropole qui les étend encore. En 2017, elle dispose d'un budget de l'ordre de d'euros et emploie plus de chargés d'assurer le fonctionnement de l'institution et la réalisation des missions qui lui sont confiées. À la différence de la métropole de Lyon, la n'est toutefois pas une collectivité territoriale mais un établissement public de coopération intercommunale (EPCI). Elle ne peut donc exercer que les compétences qui lui sont déléguées par les communes membres ou transférées par le département, à titre obligatoire ou facultatif et le cas échéant, par la région ou par l’État, sous le contrôle étroit de ses mandants.

Historique

Création de la communauté urbaine upright=1.3|vignette|alt=Photographie en noir et blanc de bâtiments et de rue vus en léger surplomb avec, à l'arrière-plan, un grand nombre de cheminées fumantes|Vue panoramique de Roubaix en 1920. Au tournant du , Lille est la seule cité marchande et manufacturière d'importance de la Flandre romane dans son versant français. À cette époque, l'arrondissement de Lille qui vient d'être créé comprend la ville fortifiée de Lille et ses faubourgs immédiats, trois gros bourgs distants d'une douzaine de kilomètres, Tourcoing, Roubaix et Armentières, et un grand nombre de villages ruraux qui, comme « chaque ville, bourg, paroisse ou communauté de campagne », ont été érigés en communes en 1789Décret du 12 novembre 1789 (municipalité), dans Archives parlementaires de 1787 à 1860, première série : 1787-1799, tome X : du 12 novembre au 24 décembre 1789, (consulté le 15 mars 2020).. Si ce paysage institutionnel évolue très peu par la suite, la révolution industrielle va bouleverser le paysage démographique et urbanistique. Bien que l'enceinte militaire de Lille se trouve largement repoussée après l'annexion, en 1858, des communes d'Esquermes, Wazemmes, Moulins-Lille, Fives et son faubourg Saint-Maurice-des-Champs, la ville reste engoncée dans ses fortifications. L'industrialisation se diffuse rapidement dans les communes rurales aux alentours tandis que deux puissantes cités industrielles émergent à ses portes. La population de Roubaix passe ainsi de en 1806 à en 1896 quand celle de Tourcoing passe de à au cours de la même période. Au plus proche de la frontière belge, ces villes nouvelles accueillent en outre un nombre croissant de travailleurs transfrontaliers à partir de la fin du . Dès 1905, quelques membres de la Chambre de commerce de Lille et un groupe d’ingénieurs des travaux publics lancent l’idée d’une fusion des villes de Lille, Roubaix et Tourcoing que l'un d'entre eux, Arthur Stoclet, propose d'appeler LIRT.. Mais Roubaix et Tourcoing sont alors au sommet d’un développement industriel qui semble sans limite. Elles ne songent pas un instant à s’unir à leur voisine et rivale..

Après la Seconde Guerre mondiale, l’État met en place une politique d’aménagement du territoire sous l’impulsion de géographes, comme Jean-François Gravier qui publie Paris et le désert français en 1947, de hauts fonctionnaires et de politiques, comme Eugène Claudius-Petit, ministre de la Reconstruction et de l'Urbanisme, qui présente en en conseil des ministres un texte intitulé Pour un plan national d'aménagement du territoire. Ces approches trouvent un nouvel écho avec le changement de régime de 1958 et débouchent notamment sur la création de huit métropoles d’équilibre en 1964, dont Lille-Roubaix-Tourcoing, conformément aux préconisations d’un rapport des géographes Jean Hautreux et Michel Rochefort à la Délégation à l'aménagement du territoire et à l'action régionale (DATAR) récemment créée., avec pour objectif de favoriser la croissance de grandes villes de province capables de faire contrepoids au développement de l'agglomération parisienne.. Contrepoids à l'échelle nationale, les métropoles d'équilibre doivent aussi être des « moteurs à l'échelon régional ». En 1966, l'Oream-Nord, dont la mission est d'établir un schéma d’aménagement de la Métropole Nord, est mis en place par l’État.. Réunissant architectes, urbanistes, ingénieurs, géographes, économistes, sociologues et paysagistes., il sera le premier à avancer le concept de métropole européenne, dotée d'un « Euro-centre », centre directionnel réalisant

Peu après, la loi du crée, sans véritable consultation des communes concernées, quatre communautés urbaines (Bordeaux, Lille, Lyon et Strasbourg), associations juridiques obligées de communes appelées à partager un certain nombre de services et leur financement avec une ville centrale.. La communauté urbaine de Lille couvre alors . Selon Béatrice Giblin-Delvallet, le périmètre de ce regroupement de communes C’est pourtant le maire socialiste de Lille, Augustin Laurent, qui en est élu président le , avant de prendre ses fonctions le ..

Création de la métropole upright=1.3|vignette|alt=Photographie en couleur proposant une vue surplombante de la ville avec au premier plan, le quartier Saint-Sauveur et ses immeubles des années 1950 à 1970, au deuxième plan, les bâtiments modernes d'Euralille, et, au fond, la silhouette de quelques bâtiments de Villeneuve-d'Ascq|Vue vers l'est depuis le beffroi de l'hôtel de ville de Lille, en direction d'Euralille et de Villeneuve-d'Ascq (2011). À la fin des , les démographes français prévoient que la Métropole Nord comptera d’habitants en . Pour répondre à cette croissance démographique et maîtriser une expansion périurbaine anarchique qui commence à se développer entre Lille et Roubaix, Edgard Pisani, ministre de l’Équipement, décide de la création d’une ville nouvelle, dite Lille-Est. Deux ans plus tard, en 1969, l’Établissement public d'aménagement de Lille-Est (EPALE) est installé pour ériger la ville nouvelle sur une superficie de , . Cependant, la CUDL nouvellement créée réagit vivement et obtient une représentation majoritaire au conseil d’administration de l'EPALE, dont Arthur Notebart, alors vice-président de la communauté urbaine chargé de l'urbanisme, devient président le .

Mais l’industrie locale est en proie à de profondes mutations qui annoncent l’effondrement de l’ensemble du système productif hérité du . Une dizaine d’années après le début de la construction de Lille-Est, il devient manifeste que l’expansion démographique attendue ne surviendra pas et que le développement de la ville nouvelle, devenue Villeneuve-d'Ascq en 1970, s’effectue au détriment des villes historiques de la communauté urbaine. Alors même que ces dernières sont confrontées à une crise majeure, les ressources de l’État et de la communauté sont en effet largement absorbées par le coût du développement des équipements collectifs de la ville nouvelle qui aspire leurs classes moyennes fuyant les zones de marasme économique. Les tensions entre élus sont alors à leur comble dans un contexte de concurrence interurbaine exacerbée d'où le pôle Roubaix-Tourcoing, dont les élus se révèlent de surcroît incapables de s'accorder sur un projet commun, sort grand perdant..

upright|vignette|alt=Photographie en couleur d'une vaste place minérale avec en son centre une sculpture représentant des tulipes colorées encadrée de deux arbres sans feuilles et, derrières, deux tours, la première, à gauche, en forme de chaussure de ski, la seconde, plus loin à droite, de forme parallélépipédique|Le parvis de la gare de Lille-Europe, devant la Tour de Lille et la tour Lilleurope, à Euralille.