La bataille du Chemin des Dames, aussi appelée seconde bataille de l'Aisne ou « offensive Nivelle » a lieu pendant la Première Guerre mondiale. Elle commence le à du matin par la tentative française de rupture du front allemand entre Soissons et Reims vers Laon, sous les ordres du général Nivelle : . La bataille se prolonge jusqu'au avec des résultats stratégiques discutés et de très lourdes pertes humaines dans les deux camps.

La situation militaire en avril 1917 vignette|Le gain territorial après le début de l'offensive.|gauche L'armée française est sortie victorieuse de la bataille de Verdun en et la bataille de la Somme s'achève en . Se pose la question de la suite à donner aux opérations.

La décision d'une offensive de grande ampleur a été prise par le général Joffre alors qu'il était encore à la tête de l'armée française. Les grandes lignes de l'offensive sont alors décidées : ce sera une attaque conjointe avec les troupes anglaises sur le front entre Vimy et Reims. Celui-ci a la forme d'un angle droit : entre Vimy et Soissons, le front est d'orientation nord-sud, et ouest-est entre Soissons et Reims. Tandis que les Anglais attaqueront sur la ligne entre Vimy et Soissons, les Français le feront entre Soissons et Reims afin d'affronter les Allemands selon deux directions différentes.

En , tandis qu'Hubert Lyautey devient ministre de la Guerre, mais démissionne en refusant d'appliquer le plan Nivelle, Nivelle remplace Joffre à la tête des armées, et reprend le projet de Joffre : son idée est de concentrer un maximum de forces sur cette partie du front afin de l'enfoncer. Sûrement pour prévenir une telle offensive, dont l'ampleur ne permet pas de garder le secret absolu, les Allemands se replient du au sur la ligne Hindenburg. Leur front est réduit de , permettant d'économiser de nombreuses divisions. L'angle droit de la ligne de front est gommé : la ligne de défense s'étend désormais dans une direction nord-ouest/sud-est de Vimy à Reims en passant par le Chemin des Dames. Les Alliés mettent une semaine à se rendre compte de l'ampleur de ce retrait. Le plan initial de l'offensive est désormais caduc. Nivelle et ses généraux adaptent leur projet à cette situation nouvelle et dissocient l'attaque anglaise sur Vimy de l'attaque française qui se centrera sur le Chemin des Dames.

Atermoiements et interventions politiques Alors que Joffre montait ses offensives comme il l'entendait, Nivelle est loin de bénéficier de la liberté d'action de son prédécesseur et doit rendre des comptes. Il ne trouve une adhésion totale ni parmi les politiques ni parmi les militairesHenri Ortholan, « 1917. La tragédie du Chemin des Dames », La Nouvelle Revue d'histoire, 92, septembre-octobre 2017, 29-32.. L'ancien ministre de la Guerre Lyautey avait affirmé ne pas croire au plan Nivellequ'il qualifie de plan de la Grande-duchesse de Gérolstein.. Le nouveau ministre Paul Painlevé, nommé après le , lui est hostile. Il sonde plusieurs généraux qui avouent leur scepticisme vis-à-vis du projet de Nivelle. Celui-ci se sent discuté et offre sa démission début avril. Mais, Painlevé, Poincaré et Alexandre Ribot, en dépit du peu de soutien des généraux commandants de groupe d'armées, inquiets d'un possible effondrement du front russe, refusent sa démission et décident de maintenir la date de l'offensive.

Le terrain Le Chemin des Dames est un plateau calcaire, orienté est-ouest, situé entre la vallée de l'Aisne, au sud, et la vallée de l'Ailette, au nord. Ce plateau est un bel observatoire, tant vers le nord et la plaine située à l'est entre Reims et Laon, que vers celle située au sud depuis SoissonsCe site a déjà été un lieu de combats qui vit une victoire de Napoléon contre les armées russes et prussiennes du général Blücher, lors de la bataille de Craonne du ..

Les Allemands sont présents sur le plateau depuis septembre 1914. Ils ont eu le temps de transformer cet observatoire en forteresse en aménageant les carrières souterraines (caverne du Dragon), en creusant des souterrains permettant de relier l'arrière aux premières lignes, en édifiant et camouflant de nombreux nids de mitrailleuses.

Depuis cette date, c'est un secteur relativement tranquille qui n'a pas fait l'objet, depuis la , de grosses offensives. Les Allemands tiennent la ligne de crête et les Français sont établis sur les pentes.

Les forces en présence Du côté français

Le commandement Nivelle est à la tête des opérations. Sur le terrain, le Groupe d'Armée de Réserve, sous le commandement du général Micheler, se compose de la Armée sous les ordres du général Mazel, de la Armée sous les ordres du général Mangin et de la Armée sous les ordres du général Duchêne.

Les troupes La Armée du général Mazel compte d'infanterie réparties en , une division de cavalerie, deux brigades russes et un peu moins de répartis en cinq groupes. La Armée du général Mangin compte d'infanterie réparties également en cinq corps, une division de cavalerie et une division territoriale. De nombreux régiments de troupes coloniales, tirailleurs sénégalais et zouaves, constituent des « troupes de choc ». Les troupes africaines doivent attaquer sur le secteur le plus stratégique du plateau, au niveau de l'isthme d'Hurtebise, face à la Caverne du Dragon. Sur les présents face aux lignes allemandes, mourront le . La Armée du général Duchêne comptant neuf divisions d'infanterie est en réserve. La Armée du général Anthoine, également en réserve, avec cinq divisions d'infanterie et le Corps d'Armée colonial sous les ordres du général Blondlat. Cette force d'environ dispose de d’artillerie de 75 et lourds, dont modernes.

Du côté allemand

Le commandement thumb|right|300px|Tranchée allemande sur l'Aisne. Le commandement de l'armée allemande est assuré par Hindenburg et par Erich Ludendorff sous l'autorité du Kronprinz, fils de : la et la . Fritz von Below est à la tête de la Armée. La Armée quant à elle est commandée par Max von Boehn. Il y a également une troisième armée qui s'étend du nord de Reims jusqu'au nord de Verdun, c'est la Armée de Karl von Einem (connu également sous le nom de von Rothmaler) qui la commande depuis le .

Les troupes La Armée que commande général Boehn depuis le compte alors , elle est déployée de Vauxaillon à Berry-au-Bac. Du nord de Berry-au-Bac au nord de Reims, c'est le général von Below qui prend le relais avec la Armée. Les Allemands occupent une zone puissamment fortifiée, avec des mitrailleuses sous abri et un excellent réseau souterrain communiquant avec la ligne de crête. De plus, les Allemands ont l'avantage aérien, disposant de de chasse« 1917 Le Chemin des Dames », hors-série du magazine l'Aisne 1917-2007, page 13..

Le plan français Le plan prévoit une concentration maximale de forces sur de front. Le terrain doit être préparé par un bombardement d'artillerie massif chargé de détruire les premières lignes allemandes. Ensuite, les troupes d'infanterie doivent s'élancer protégées par un barrage roulant d'artillerie.

Ce plan ne tient pas assez compte du terrain qui est très défavorable, les troupes françaises se situant en contrebas et devant se lancer à l'assaut de pentes fortifiées. D'autre part, le bombardement sur de front ne peut être aussi dense que lorsqu'il s'agit de prendre un fort.

Les objectifs L'idée de base du plan proposé par Nivelle est de percer sur la ligne du Chemin des Dames, entre Reims et Hurtebise, en passant par les Cavaliers de Courcy, en utilisant la méthode qui lui a réussi à quand il a regagné le terrain perdu à Verdun.

Une fois le front des premières et deuxièmes lignes allemandes enfoncées, une armée de réserve sera lancée pour exploiter la trouée et obtenir l'effondrement des armées allemandes. À cet effet, on rattachera à cette armée deux corps de cavalerie, cette cavalerie qui retrouverait alors ses chevaux et son rôle classique au lieu de la boue des tranchées dans laquelle elle combat depuis la stabilisation du front.

Pour s'assurer de la réussite, la progression des troupes doit donc être très rapide dès le début de l'offensive. Le général Mangin estime que les soldats devront progresser à la vitesse de toutes les trois minutes, un peu plus vite qu'à Verdun où il a repris le fort de Douaumont quelques mois plus tôt en appliquant cette méthode.

Ainsi, il est prévu au soir du premier jour que la armée aura franchi l'Ailette. À J+1, la cavalerie doit couvrir la plaine située au nord de Laon ; à J+4, on doit atteindre la Somme.

Les moyens Nivelle prévoit un Groupe d'Armées de Réserve (G.A.R.) aux ordres du général Micheler, qui viendra s'intercaler entre le Groupe d'Armées du Nord et le Groupe d'Armées du Centre. Ce G.A.R. comprend quatre armées, la , , et la Armée. Les et armées étant chargées de la percée, la Armée de Duchêne et la Armée du général François Anthoine sont tenues en réserve, et seront utilisées pour exploiter la réussite.

Cela donne un total de regroupant . Parmi ces divisions, quatre d'infanterie coloniale et cinq de cavalerie.

Nivelle, artilleur de formation, compte beaucoup sur l'artillerie pour écraser les défenses allemandes. Cela compensera l'avantage que donne aux défenseurs la géographie des lieux prévus pour l'attaque. L'idée est de profiter de la puissance d'une artillerie lourde plus nombreuse qui, pouvant tirer plus loin que dans les offensives précédentes, devrait permettre non seulement d'anéantir les positions de premières lignes mais aussi d'interdire l'arrivée de renforts et de faire taire les canons allemands.

Le plan s'est particulièrement attaché à réduire les contraintes d'approvisionnement. L'Aisne coule au sud, parallèlement au Chemin des Dames, en vue directe des observatoires allemands. Pour éviter que l'arrivée des renforts, munitions ne soit tributaire des points de passage obligés sur cette rivière (et de même pour les flux descendants, comme les blessés), d'innombrables ponts et passerelles supplémentaires ont été construits en secret, ainsi qu'un vaste réseau de routes et de voies ferrées supplémentaires.

Rôle des chars Pour la première fois, une artillerie spéciale est massivement engagée. Les chars sont prévus pour évoluer où cela leur sera possible, c'est-à-dire à l'est et à l'ouest du Chemin des Dames dont les pentes leur sont praticables. À l'est, du côté de Berry-au-Bac, et rattaché au de la Armée, il y a le groupement BossutL'artillerie spéciale (AS) utilise des noms particuliers pour ses unités. À la base, on a une batterie, de 4 chars. Plusieurs batteries vont donner un groupe. Plusieurs groupes donnent un groupement. avec ses . Le groupement Chaubès, équipé de , est rattaché au d'armée. À l'ouest, du côté de Laffaux, il n'y a pas de chars pour accompagner l'assaut du . En mai, il y aura le « groupement Lefèbvre », rattaché au de la Armée.

Le premier assaut de chars de l'histoire militaire française a lieu le . Des engagés, 57 sont détruits, entraînant la mort ou la disparition de d'équipage et . Difficilement manœuvrables, sans tourelle, mal blindés avec des réservoirs de carburant mal protégés, les du char Saint-Chamond en font une cible facile pour les Allemands..

Les tactiques L'artillerie Le rôle de l'artillerie est primordial : un bombardement massif et continu doit permettre à l'infanterie de progresser rapidement. Les Français disposent pour cela de qui tireront d'obus de 75 et de munitions de gros calibre.

Nivelle estime que la préparation de l'offensive par l'artillerie doit permettre de détruire jusqu'aux septième ou huitième lignes ennemies. Pendant cette préparation, du 12 au , sont tirés en moyenne par minute« 1917, Le Chemin des Dames », numéro spécial du magazine du Conseil général de l'Aisne, avril 2007.. Mais le temps très couvert de cette première quinzaine d'avril rend les réglages d'artillerie approximatifs.