Antoni Clavé, né le à Barcelone (Espagne) et mort le à Saint-Tropez (Var), est un peintre, graveur et sculpteur espagnol.
Biographie Les premières années thumb|redresse|left|L'École de la Llotja à Barcelone. thumb|left|160px|Felix Mestres, maître à l'École de la Llotja thumb|left|160px|Vélasquez, La Reddition de Breda Lorsque, alors qu'Antoni Clavé i Sanmartí n'est âgé que de deux ans, son père abandonne le foyer familial, sa mère, qui est coiffeuse, s'installe au de la calle Valdonzella, à Barcelone, pour y vivre jusqu'en 1934. Antoni effectue sa scolarité au collège de San Lorenzo, puis au collège hispano-américain de Barcelone.
Après avoir été commis dans une maison de tissus pour gaines et corsets en 1925, Antoni Clavé i Sanmartí entre aux cours du soir de l'École de la Llotja en 1926 (école annexe de la calle Aribau, ne fréquentant l'école principale que de 1930 à 1932), y ayant pour maîtres , (dessin) et (modelage), et sa famille le laisse poursuivre sa voie.. De son passage dans l'atelier d'Àngel Ferrant, , il conservera en particulier le buste en terre cuite d'Àngel Guimerà qu'il y exécute et qui demeurera le témoin initial Lluís Permanyer, Clavé sculpteur, Éditions Cercle d'art, 1989..
Antoni Clavé est en 1927 recommandé à , propriétaire d'une entreprise de peinture en bâtiment où il devient apprenti. Attiré par le côté artisanal du métier où il apprend à faire du minium, puis à peindre du bois, à manier les brosses, à dessiner les lettres, Clavé, dès 1928, commence à peindre à l'huile le portrait de sa grand-mère. Son patron lui apprend notamment à copier Vélasquez., ce que Clavé accomplit .
En 1932, il remporte le deuxième prix au concours d'affiche de la Caisse d'épargne de Barcelone et, l'année suivante, abandonne la peinture en bâtiment pour vivre de ses dessins, de travaux de décoration, d'illustrations de revues enfantines et surtout, recruté à cette fin par , architecte de la Cinémathèque nationale espagnole (CINAES), de la conception d' allant des cordes aux tissus imprimés et du carton ondulé aux fragments de journaux. Il se fait rapidement un nom dans cette spécialité qui absorbera totalement son année 1935 et poursuit cependant ses recherches de matières nouvelles avec Salvador Ortiga, son condisciple de la Llotja, ses autres amis étant alors Emilio Grau Sala, Apelles Fenosa, Manolo, . Parallèlement, Clavé admire tout particulièrement les primitifs catalans..
La guerre d'Espagne et l'enfermement thumb|left|redresse|Front républicain d'Aragon. Un an après le début de la guerre civile espagnole, Clavé est mobilisé sur le front républicain d'Aragon, fantassin de deuxième classe. Il est dessinateur au service de l'état-major de la division et créateur de décors pour le théâtre des armées avec son ami Marti Bas (1910-1966), futur lithographe illustrateur de Henry de Montherlant. Les Dix dessins de guerre, livret de dix lithographies qu'ils réalisent ainsi ensemble en 1937 sont constitués, décrit Amanda Herold-Marme, de .
En , Clavé est contraint de suivre la retraite de l'armée républicaine et il franchit la frontière française, . Clavé est interné en même temps que Pedro Florès, d'abord au camp de Prats-de-Mollo, « centre d'accueil pour Espagnols et membres des Brigades internationales »., puis au camp des Haras, à Perpignan, dont tous deux sortent grâce à l'action de Martin Vivès, artiste peintre en même temps que secrétaire de la mairie de Perpignan. : Clavé meublant le temps de son internement par des croquis de ses compagnons d'enfermement et des gardiens de camp sénégalais, Jean-Paul Crespelle, « Florès, Clavé, César », Montparnasse Vivant Librairie Hachette, 1962, chapitre 12, pages 287-319.. Cette même année, il connaît de la sorte sa première exposition chez Vivant, pâtisserie-salon de thé tenu à Perpignan par Marie Martín. Dès le , grâce aux deux mille francs que lui apporte cette exposition, il quitte Perpignan pour Paris où le médecin catalan Enguera de Sojo lui prête une chambre de bonne à Neuilly..
À Paris sous l'Occupation À Paris, il vit pendant quatre années de son ancien métier d'illustrateur pour enfants (il mettra même en bandes Le signe de Zorro pour un magazine), s'essaye à la lithographie dans l'atelier d'Edmond Desjobert tout en poursuivant la peinture dans un style alors influencé par Pierre Bonnard, Édouard Vuillard, mais aussi Georges RouaultLe Delarge, Gründ, 2001, page 250. et Chaïm Soutine. En 1941, il installe son atelier chez José Palmeiro qui l'accueille au rue Boissonade à Paris. Il ressent deux immenses bonheurs avec la naissance de son fils Jacques le et, au mois de mai suivant, l'arrivée à Paris de sa mère qui a pu franchir la frontière grâce à des amitiés complices, parmi lesquels Emilio Grau Sala : à son contact, elle se mettra à faire et mourra en , . 1942 est également l'année de la première exposition parisienne, en même temps qu'Emilio Grau Sala et Marti Bas, à la Galerie Castelucho.
La première rencontre d'Antoni Clavé avec Pablo Picasso, dans l'atelier de la rue des Grands-Augustins de celui-ci, date très précisément du , jour de la Libération de Paris, et est une révélation : . Dès l'approche de Picasso et du cubisme, il commence à pratiquer avec ses travaux d'illustrations bibliophiliques (Les Lettres d'Espagne, Carmen).
L'après-guerre et le succès L'envoi d'Antoni Clavé au Salon d'Automne de 1944 est cité par René Huyghe et Jean Rudel avec celles de Jean Aujame, Jean Bazaine, Jacques Despierre, Léon Gischia, Jean Le Moal, Alfred Manessier, André Marchand, Mario Prassinos et Gustave SingierRené Huyghe et Jean Rudel, L'art et le monde moderne, Larousse, 1970.. L'artiste participe ensuite à la fondation du Casal de Catalunya de Paris, créé le et, en 1946, il est invité en Tchécoslovaquie, avec plusieurs peintres dont Pablo Picasso, à l'occasion d'une exposition consacrée aux artistes espagnols. Il se rendra en 1947 au Royaume-Uni pour sa première exposition personnelle à Londres, puis, en 1952, aux États-Unis. thumb|redresse|Roland Petit À l'instar de Picasso dont il devient durablement l'ami., Antoni Clavé est très inspiré par la corrida. Sur ce sujet, il produit un grand nombre de lithographies, notamment La Corrida et des Toreros dont il a interprété le costume (Torero en costume rouge) pour le chorégraphe Boris Kochno, dont le ballet Los Caprichos avait été donné en 1943 par la compagnie les Ballets des Champs-Élysées dirigée par Roland Petit. Connaissant un fort succès pour ses décors de théâtre et de ballet, il demeure perçu comme Les Muses, encyclopédie des arts, Antoni Clavé, Éditions Grange Batelière, 1971, tome 5, .. Au début des années 1950, il travaille avec Roland Petit, offrant à Raymond Cogniat de restituer que Raymond Cogniat, « Dans l'atelier de Clavé », Les Nouvelles littéraires, 1954., mais décide de peindre et d'arrêter la décoration en 1954. À partir de ce moment, Clavé n'acceptera plus de nouvelles commandes pour le théâtre., il n'en demeure pas moins que .
Il installe un atelier qui, situé au rue de Châtillon à Paris et ouvrant sur un minuscule jardin, est envahi d'objets hétéroclites, d'une tête de taureau naturalisée, de mannequins, de décors rappelant les coulisses d'un théâtre et d'une reproduction de Guernica. La maison est aujourd'hui démolie.
Clavé travaille avec acharnement, confrontant, observe Jean Cassou, Jean Cassou, Antoni Clavé, Editorial Rauter, Barcelone, 1960.. Inclassable, ni figuratif, ni abstrait et les deux à la fois avec sa force et son mystère, , il aime aussi les collages et se livre volontiers au hasard de la création. Quant à la sculpture, il ne s'y intéresse que par périodes, au début de sa carrière puis beaucoup plus tard. À la fin des années 1950, Clavé connaît le succès. Mais en 1963, il s'interroge : il a cinquante ans, une œuvre considérable. Il est reconnu en France, aux États-Unis, au Japon, en Suisse, en Suède, on recherche ses toiles dans le monde entier, ce qui l'inquiète. Il décide de quitter Paris et la société qui fait la mode, notamment le monde du spectacle..
La maison de Saint-Tropez thumb|redresse|Médaille d'or du mérite des beaux-arts. Antoni Clavé quitte Paris pour Saint-Tropez en 1965. Il se fait construire un atelier et une maison au Cap Saint-Pierre qu'il décore avec un soin méticuleux, aidée de sa femme Madeleine. Tous deux réalisent un « Palais de couleurs » avec des tentures. C'est là que les plus grandes toiles du peintre seront composées. : à partir de cette nouvelle vie , offrant à Pierre Cabanne d'écrire qu'Pierre Cabanne, Clavé, Denoël, 1979.. thumb|redresse|Henri Goetz À Saint-Tropez, où il réserve un atelier exclusivement à la gravure, Antoni Clavé, au retour d'un séjour à Barcelone en 1965 où il s'est initié à l'eau-forte et l'aquatinte., délaisse la lithographie au profit de la taille-douce, et rend hommage dans une série de planches à Rembrandt, Goya et Albrecht Dürer. C'est en 1968 qu'il découvre la gravure au carborundum, récemment mise au point par Henri Goetz..
En 1977, il expose ses premiers collages en trompe-l'œil, effet qu'il obtient par des projections à l'aérographe sur des papiers froissés ou sur des pochoirsJacques Busse, Dictionnaire Bénézit, Grund, 1999, tome 3, .. En 1984, alors que la Biennale de Venise expose plus de cent de ses œuvres au pavillon espagnol, il reçoit la médaille d'or du mérite des beaux-arts par le ministère de l'Éducation, de la Culture et des Sports d'Espagne..
Antoni Clavé, emporté par une insuffisance respiratoire, meurt le et est inhumé au cimetière du Montparnasse (division 13). à Paris . .. En lui est alors salué ..
Postérité C'est à la fin de la décennie 1980 qu'Antoni Clavé est reconnu officiellement par les autorités catalanes. Le peintre, dès lors et encore aujourd'hui, Catherine Xerri, « Antoni Clavé et l'exil », Les exils catalans en France, Presses de l'Université de Paris-Sorbonne, 2005.. On assiste ainsi dans le cadre de la politique culturelle menée dans la décennie 1990, à une réappropriation du peintre. .
Pour ce qui est de l'œuvre, . Mais précisera peu après Aude HendgenAude Hendgen, Antoni Clavé - Catalogue raisonné de l'œuvre gravé, Éditions Skira, 2017., et ..
Œuvre Affiche de cinéma
Décor et costume de ballet, opéra, théâtre thumb|redresse|Boris Kochno Los Caprichos, chorégraphie de Boris Kochno, Théâtre des Champs-Élysées, Paris, 1946. Georges Bizet, Carmen, chorégraphie et livret de Roland Petit d'après Prosper Mérimée, Ballets de Paris au de Londres, Théâtre du Capitole, Roland Petit., Ballet de l'Opéra de Lyon, 1997. Revanche, ballet de Ruth Page, 1951. La Maison de Bernarda Alba de Federico Garcia Lorca, Festival de Biarritz et Théâtre de l'Œuvre, Paris, 1951. Ballabille, Sadler's Wells Theatre, Londres et Covent Garden, New York, 1951. Les Amours de Don Perlimplín avec Belise en son jardin de Federico Garcia Lorca, Festival du , Paris, 1952. Deuil en 24 heures, Roland Petit, Paris, 1953. La peur, Roland Petit, Paris, 1955. Les noces de Figaro, de Wolfgang Amadeus Mozart, Festival d'Aix-en-Provence, 1962.
Décor de cinéma Hans Christian Andersen et la Danseuse, film de Charles Vidor avec Danny Kaye et Zizi Jeanmaire, 1952.
Thèmes picturaux thumb|redresse|Les Guerriers aux points cardinaux, aéroport Adolfo-Suárez de Madrid-Barajas. thumb|redresse|Monument du centenaire de l'Exposition universelle de 1888, Barcelone, parc de la Ciutadella. Scènes mélancoliques d'intrieurs calmes, femmes enfants, clowns, arlequins Combats de coqs, 1945. Tauromachie, 1945. Natures mortes (début avec Harmonie vertedu cycle des « natures mortes vertes »), paysages urbains de façades et d'impasses imaginaires, 1946. Hommage à Zurbarán, 1950. Guerriers ; Rois ; Reines, 1956. Peintures sur tapis, 1957. Hommage à Domenikos Theotokopoulos, grandes toiles, 1964. Don Pablo (hommage à Picasso), 1974.
Sculpture