Willem Frederik Hermans, né le à Amsterdam et mort le à Utrecht, est un écrivain néerlandais, auteur principalement de romans, de nouvelles et d'essais introspectifs. Il était également géographe, photographe, polémiste et poète.

L'œuvre d'Hermans se caractérise par une construction littéraire rigoureuse et une cohérence entre style narratif, intrigue et thèmes, qui véhiculent essentiellement des réflexions épistémologiques. Parmi ses treize romans, les plus connus sont La Chambre noire de Damoclès (De donkere kamer van Damokles) et Ne plus jamais dormir (Nooit meer slapen). Plus encore que ses romans, les récits de ses six recueils de nouvelles explorent des genres allant du fantastique ou du surréalisme au récit quasi autobiographique ; ces deux formes d'écriture comportent parfois des éléments satiriques. Il était également un polémiste incisif et plein d'humour, dont l'ouvrage le plus marquant dans ce domaine est Mandarijnen op zwavelzuur (1964). Il refusa le prix P.C. Hooft en 1971 et reçut le prix des lettres néerlandaises en 1977. Avec Gerard Reve et Harry Mulisch, il figure parmi les trois plus importants auteurs néerlandais de l'après-guerre.

Dans les années 1930, Hermans collabora au journal scolaire du lycée Barlaeus d'Amsterdam, dont il fut brièvement rédacteur en chef. Pendant l'Occupation, il refusa de signer la déclaration de loyauté envers le Troisième Reich et fut donc contraint d'interrompre ses études de géographie physique. Il obtint finalement son diplôme en . Durant les années d'occupation, il écrivit de la poésie ainsi que des nouvelles et des romans, principalement surréalistes. La guerre elle-même constitue la toile de fond de trois œuvres majeures : le roman De tranen der acacia's (1949), la nouvelle La Maison préservée (Het behouden huis, 1952) et La Chambre noire de Damoclès (1958). Ce dernier ouvrage fut salué par de nombreux critiques comme un chef-d'œuvre et lui valut une reconnaissance nationale. Les trois recueils de nouvelles Moedwil en misverstand (1948), Paranoia (1953) et Een landingspoging op Newfoundland en andere verhalen (1957) contribuèrent à asseoir la réputation d'Hermans comme un auteur important de nouvelles.

Après sa percée, Hermans se concentra davantage sur ses travaux scientifiques. Sa participation à deux congrès scientifiques en Norvège lui inspira le roman Ne plus jamais dormir (1966), considéré comme l'une de ses meilleures œuvres. Dans l'affaire Friedrich Weinreb (1969-1976), qui le plongea au cœur du scandale, Hermans démasqua Weinreb comme un collaborateur dont il fallait empêcher la réhabilitation. L'Institut néerlandais d'études militaires a tranché la question par un rapport accablant pour Weinreb. Il fut déclaré inapte à son travail à l'université de Groningue en 1973, après quoi il s'installa à Paris. Au cours des années 1970, période de publication, entre autres, du roman satirique Onder professoren (1975), l'appréciation critique déclina. Les opinions exprimées dans ses articles de presse ne rencontrèrent pas non plus l'adhésion du public, ce qui culmina avec la polémique suscitée par sa visite officielle en Afrique du Sud en 1983, durant laquelle il bafoua le boycott culturel imposé au régime d'apartheid. Plus tard, l'appréciation de son œuvre augmenta de nouveau : le roman Een heilige van de horlogerie fut nommé pour le prix littéraire AKO en 1988. Au pair, paru en 1989, est le dernier roman important d'Hermans et le seul dont l'action se déroule à Paris. En 1991, il s'installa à Bruxelles. Au moment de sa mort en 1995, Hermans mettait la touche finale au court roman Ruisend gruis, qui s'inscrit dans le surréalisme de ses premières nouvelles.

Biographie Jeunesse (1921-1940) vignette|Plaque commémorative installée au Brederodestraat 93, dans le quartier Oud-West d'Amsterdam, où Hermans vit avec sa famille de 1921 à 1929.

Willem Frederik Hermans naît le jeudi à Amsterdam. Il est le deuxième enfant de l'instituteur Johannes Hermans (1879-1967) et de Hendrika Hillegonda Eggelte (1884-1967), qui était institutrice jusqu'à leur mariage le . Leur premier enfant est sa sœur aînée, Cornelia Geertruida (1918-1940).

De 1927 à 1933, Hermans fréquente l'école Pieter Langendijk. Il quitte l'école primaire avec d'assez bonnes notes, les meilleures étant en histoire et en géographie. Après l'école primaire, Hermans intègre le lycée Barlaeus à partir de 1933. En première année, il étudie le latin, le néerlandais, le français, l'histoire, la géographie, les mathématiques et la biologie. En deuxième année, le programme est enrichi du grec et de l'allemand. Consacrant son temps à d'autres activités plutôt qu'à ses études, notamment des expériences de chimie, il doit redoubler sa troisième année.

Vers l'âge de douze ou treize ans, il commence à s'intéresser à la nature. Après son année d'échec scolaire, il est admis à l'Association néerlandaise de la jeunesse pour l'étude de la nature (Nederlandse Jeugdbond voor Natuurstudie). Pendant les vacances d'été, il collectionne des coquillages et des pierres et ses lectures se composent principalement d'ouvrages de vulgarisation scientifique et de biographies de personnalités comme Thomas Edison. Il est également fortement marqué par la traduction néerlandaise de Crucibles. The Story of Chemistry de Bernard Jaffes, une histoire populaire de la chimie. Deux livres de la bibliothèque Barlaeus éveillent l'intérêt d'Hermans, 13 ans, pour la géologie : Geologie-boekje. Een ABC voor de beginnende amateurs d'Eli Heimans de 1913 et Keienboek de P. van der Lijn de 1923.

Lors des célébrations du six centième anniversaire de l'école en 1936, on joue Antigone de Sophocle. Hermans n'y tient qu'un petit rôle dans le chœur, mais la pièce le marque profondément. Un an plus tard, les élèves jouent Lucifer de Joost van den Vondel, avec Hermans dans le chœur des luciféristes. Hermans lit énormément, principalement par soif de reconnaissance et d'approbation, . Il lit des œuvres de Multatuli dès son plus jeune âge et, à quinze ans, assiste à la commémoration du cinquantième anniversaire de sa mort. Parmi les autres écrivains importants qu'il lit de 1936 jusqu'à la guerre, on peut citer Jan Jacob Slauerhoff, Heinrich von Kleist, Friedrich Nietzsche, Louis-Ferdinand Céline, Sigmund Freud, Franz Kafka, Arthur Schopenhauer et Fiodor Dostoïevski. Selon son biographe Willem Otterspeer, Kafka est la découverte la plus importante de cette période.

vignette|De 1929 à 1945, Hermans habite avec ses parents au 208, Eerste Helmersstraat, au troisième étage, dans le quartier Oud-West d'Amsterdam. Une plaque commémorative est installée à l'entrée de l'immeuble.

En 1938, il fait une présentation à l'école sur le roman Les Buddenbrook de l'écrivain allemand Thomas Mann. En , il visite la Belgique pour la première fois. Ses parents célèbrent leurs noces d'argent en refaisant leur lune de miel. En 1939, il lit pour la première fois un roman en français, Le Rouge et le Noir de Stendhal. En , des élèves belges se rendent à Amsterdam dans le cadre d'un échange scolaire. En mai, Hermans fait partie de la délégation qui retourne en Belgique et relate ce voyage dans le journal scolaire. Le , Hermans intègre le comité de rédaction du journal scolaire ; le , il en devient rédacteur en chef, et le , il le quitte. Il y publie des comptes rendus d'événements scolaires, des nouvelles, des poèmes et des essais sur Oswald Spengler, Slauerhoff, Multatuli et Edgar Allan Poe, entre autres. Les débuts littéraires officiels d'Hermans sont considérés comme étant la nouvelle En toch... was de machine goed, publiée dans le supplément du samedi de l'Algemeen Handelsblad le .

Selon Otterspeer, la sœur d'Hermans, Cornelia, entretient une liaison amoureuse secrète avec son cousin Pieter Blind, qui est policier. Le , alors que l'invasion allemande a commencé depuis quelques jours, Blind tente de se suicider en sautant du toit du commissariat. De retour chez lui, il tente de tuer sa famille, mais un voisin parvient à l'en empêcher. Le lendemain, Blind abat Cornelia et se suicide dans sa voiture à Amsterdam. Les épreuves écrites d'examen final de lycée ont lieu en . Bien que moins d'un mois se soit écoulé depuis le décès de sa sœur, Hermans réussit ses examens finaux.

Pendant l'occupation (1940-1945) En , Hermans commence des études de géographie sociale à l'université d'Amsterdam. Il est fasciné par l'ouvrage de Steinmetz de 1925, Die Soziologie des Krieges, une recherche sur une forme d'agression primitive chez l'homme. Il suit des cours sur des sujets tels que la sociographie du Japon, les Indes orientales néerlandaises, l'ethnologie coloniale, l'histoire politique et l'histoire économique. Ce dernier cours est donné par Nicolaas Wilhelmus Posthumus. Pour son mémoire final, Hermans rédige un article de six mille mots sur l'esclavage aux États-Unis. Des cours obligatoires de géologie et de géographie physique sont également proposés. Cette dernière discipline aborde des sujets tels que la climatologie, l'océanographie, la cartographie et la géomorphologie.

En 1941, il change de domaine d'études, passant de la géographie sociale à la géographie physique. Il doit interrompre ses études lorsque les forces d'occupation allemandes commencent à exiger des étudiants une déclaration de loyauté en avril de la même année, qu'Hermans refuse de signer. Début 1943, Hermans se cache pendant quelques semaines chez un oncle à Hilversum pour échapper au travail forcé. De à , Hermans entretient une relation amoureuse avec Gertrude Wilhelmina Comes, de près de trois ans son aînée. Le livre de 1993, In de mist van het schimmenrijk, et le recueil de poèmes publié par Hermans durant l'été 1944, Kussen door een rag van woorden, s'inspirent de cette relation.

Durant le dernier hiver de la guerre, les conditions de vie deviennent difficiles. Hermans maigrit considérablement et le froid le contraint à se réfugier dans le salon, où l'agitation l'empêche d'écrire. Les rencontres littéraires auxquelles il assiste durant cette période le mènent à se lier d'amitié avec Charles B. Timmer. Début 1945, il fait également la connaissance du poète Adriaan Morriën, à qui il lit le manuscrit de Conserve, son premier roman. Hermans lui-même n'est pas impliqué dans la Résistance. Il décrit plus tard le manque de professionnalisme des résistants. Hermans fréquente un homme (dont il tait le nom) qui incarne à ses yeux l'archétype du résistant, et qu'il parodie avec force dans le personnage de Proost, dans De tranen der acacia's.

Le secrétaire de rédaction Ad. van Noppen, de la revue littéraire clandestine d'Utrecht, Parade der Profeten, entend parler d'Hermans par l'intermédiaire de Charles B. Timmer et attire son attention sur lui auprès du rédacteur en chef Jan Praas. Ce dernier reçoit quelques vers d'Hermans à examiner lors d'une visite chez Timmer. Le , Praas écrit à Hermans pour l'informer de son inclusion dans la revue. Le , Hermans répond par une lettre enthousiaste. Début septembre, Bruxelles et Anvers sont libérées, ce qui donne lieu aux rumeurs les plus folles qui circulent à la radio. Fin août/début paraît le numéro double 5-6 de Parade der Profeten, contenant quatre poèmes de Hermans, dont le premier est Robinson. Dans l'introduction du numéro, Jan Praas écrit que Hermans . Hermans, mécontent de cette analyse, écrit à Ad. van Noppen le : .

Début de carrière d'écrivain (1945-1952) Après la guerre, Hermans tente de gagner sa vie comme écrivain. De à , il publie plus d'une centaine de nouvelles, critiques et essais dans des journaux et des magazines. En 1946, il gagne mille florins aux éditions Meulenhoff. Il complète ses revenus par divers petits boulots, comme la traduction du roman policier Daylight on Saturday de John Boynton Priestley et l'écriture de quatre romans policiers, publiés sous le pseudonyme de Fjodor Klondyke.