La cathédrale Notre-Dame de Cambrai était une cathédrale de style gothique située à Cambrai. Construite aux , elle fut détruite pendant la Révolution française et a aujourd’hui entièrement disparu, tout comme sa voisine l'ancienne cathédrale Notre-Dame-en-Cité d'Arras. Siège d’un immense évêché, cette cathédrale était connue comme la « merveille des Pays-Bas », en raison principalement de sa haute flèche ajourée.

Origine La cathédrale gothique fut précédée de trois ou quatre églises bâties au même endroit, dans la partie occidentale de la ville actuelle, sur une pente descendant vers l’Escaut, à l’emplacement de l’actuelle place Fénelon.

Il est fait mention d’une église Sainte-Marie à Cambrai pour la première fois en 525.. Le bâtiment aurait peut-être été fait de bois, ou installé dans un temple païen. Cette première bâtisse fut détruite en 881 par les Normands et c’est l’évêque Dodilon qui la fit reconstruire, le nouvel édifice étant consacré en 890.

La cathédrale, devenue vétuste, fut entièrement reconstruite au , entre 1023 et 1030, par les évêques et . Un incendie ravagea le monument dès 1064 ou 1068. La cathédrale fut à nouveau consacrée en 1079 et détruite par un nouvel incendie en 1148. Il en reste quelques beaux fragments sculptés conservés par les musées de Lille et de Cambrai.

Construction Les étapes de la construction thumb|250px|left|Plan de la cathédrale de Cambrai par Amédée Boileux, extrait de Recherches sur l’église métropolitaine de Cambrai, André Le Glay, 1825. thumb|Tête de Vierge, provenant de l'ancienne cathédrale Notre-Dame de Cambrai. Pierre polychrome, . Château-musée de Boulogne-sur-Mer.

La construction du nouvel édifice, entreprise par l’évêque Nicolas de Chièvres après l’incendie, en 1148, de la cathédrale romane du , commença par le porche et le clocher.. Ainsi l’édifice fut construit, contrairement à l’usage, d’ouest en est : l’ancienne église n’ayant pas été totalement détruite, il était possible d’en réutiliser une partie pour assurer la continuité du culte..

En 1161 un nouvel incendie endommagea la nouvelle construction. Vers 1180 la façade et la nef étaient certainement achevées, tandis que le transept fut probablement construit dans les dernières années du siècle.

La construction du chœur fut interrompue dans la première moitié du , dans les années 1232-1239, en raison des troubles politiques qui agitaient la ville. Dès 1182 en effet l’ancienne rivalité entre les « bourgeois » et l’évêque, détenteur du pouvoir temporel, fut ranimé, et il s’ensuivit une période de luttes, parfois violentes, qui ne s’acheva qu’en 1226 lorsque de Souabe annula les privilèges des bourgeois.. De plus la situation financière de la ville, comme celle des autres villes des Pays-Bas à cette époque, était difficile : chargée de dettes, elle dut créer de nouveaux impôts. Enfin Élisabeth de Hongrie, bienfaitrice de la cathédrale, s’était retirée dans un couvent du Tiers-ordre franciscain après la mort de son mari en 1227.. Cette conjonction de difficultés explique sans doute les doutes que fait planer Villard de Honnecourt, lors de sa visite du chantier en 1230, sur l’achèvement de l’édifice.

En 1236, selon Eugène Bouly, l’évêque Godefroid publie une pastorale recommandant que l’on fît bon accueil aux chanoines envoyés quêter pour la cathédrale.. Les travaux reprirent à partir de 1240 et les chanoines purent prendre possession du chœur le jour de Pâques 1251. La nef ne fut entièrement terminée qu’en 1471. La consécration solennelle de la cathédrale eut lieu un an plus tard, c’est-à-dire 324 ans après le début du chantier.

Dates approximatives de quelques grands chantiers gothiques

thumb|210px|right|Feuillet du carnet de Villard de Honnecourt ; le croquis en bas à droite est commenté par ces mots : .. Villard de Honnecourt La construction du chœur a parfois été attribuée hâtivement à Villard de Honnecourt, natif de Honnecourt-sur-Escaut, village proche de Cambrai, et auteur d’un célèbre carnet de croquisVoyez aussi le carnet de Villard de Honnecourt sur le site de la BNF (consulté le 15 mars 2010)., mais on sait fort peu de choses de Villard et il n’est pas certain qu’il en ait été l'architecte. Lorsqu’il releva dans son carnet un plan du chœur, à une date inconnue mais que l’on situe vers 1230, les fondations sortaient de terre. Plus que d’un plan ou d’un relevé exact, il s’agit d’un croquis, les supports étant par exemple tous représentés à l’identique par un petit rond symbolique.

Villard annonce, dans sa légende du plan du chœur de Cambrai, que plus loin dans son livre on trouvera « les élévations intérieures et extérieures et toute la disposition des chapelles et la façon des arcs boutants »« Avant en cest livre en troverés les montées dedens et dehors, et tote le manière des capeles et des plains pans autresi, et li manière des ars boteres ». Cependant on ne trouve nulle part dans le carnet les descriptions ou croquis annoncés. Il faut dire que l'Album de Villard de Honnecourt nous est parvenu incomplet. Aux trente-trois feuillets que l'on connait aujourd'hui, vingt-et-un feuillets venaient le compléter, soit quarante-deux pages en recto-verso de dessins. Mais on y trouve des descriptions analogues de la cathédrale de Reims, où Villard explique, à propos des chapelles, que celles de Cambrai seront semblables si leur construction est menée à terme : « d’autretel maniere doivent estre celes de Canbrai s’on lor fait droit ». D’où Jules Quicherat, dans ses Mélanges d’archéologie et d’histoire, tire la conclusion que Villard a dû être « l’architecte de l’église de Cambrai ».

Architecture En raison de la durée de sa construction (environ un siècle), la cathédrale de Cambrai ne présentait pas un style homogène, à la différence d’autres grands chantiers de la même époque, mais offrait en quelque sorte une synthèse du développement du nouveau style français, plus tard qualifié de « gothique », entre les milieux du .

Les premières caractéristiques du style gothique apparurent au milieu du en Île-de-France, notamment à l’abbaye de Morienval et à celle de Saint-Denis. En 1144, la consécration du chœur de cette basilique marqua l’avènement d’une nouvelle architecture. C’est presque exactement le moment où fut entreprise la reconstruction de la cathédrale de Cambrai. Le premier chantier, celui du clocher-porche, s’inspira encore du style traditionnel hérité de l’âge carolingien. Élevés dans les deux dernières décennies du siècle, la nef et plus encore le transept étaient marqués par le nouveau style gothique. Enfin le chœur achevé au , inspiré de celui de Reims, représentait l’aboutissement du nouveau style, avec quelques tendances de gothique rayonnant. thumb|220px|Clocher de la cathédrale dessiné par Amédée Boileux, avec la légende : « Plan du Clocher de la ci-devant Métropole de Cambray, ». Le clocher-porche

Le porche de la cathédrale, édifié en premier, conservait une structure qui rappelait l’ancien style carolingien, ce qui ne surprend pas dans la mesure où Cambrai était un évêché impérial. Il est possible aussi que les bâtisseurs aient voulu réutiliser une partie de l’ancienne église romane détruite par le feu. Selon Henri Platelle. le bloc de façade de Sainte-Marie de Cambrai aurait été proche de ceux d’édifices religieux de Westphalie et de Saxe, tels que Saint-Pantaléon de Cologne, l’abbaye de Corvey ou encore l'église de Freckenhorst.

La flèche haute de 114 mètres qui surmonte le clocher, visible sur le dessin de Boileux, ne fut construite que bien plus tard, à partir de 1360. Avant cette date la hauteur du clocher ne devait pas dépasser celle du toit de la nef.

La nef Si le porche avait été reconstruit dans la tradition carolingienne du Saint-Empire, les bâtisseurs se donnèrent davantage de liberté pour l’édification de la nef.. Du reste l’évêque Nicolas de Chièvres, contemporain et ami de l’abbé Suger, avait assisté à la consécration du chœur de l’abbaye de Saint-Denis en 1144. : il connaissait donc la nouvelle architecture.

Achevée en 1182, la nef présentait une forme « archaïque » du nouvel art avec une élévation à quatre niveaux telle qu’on peut la voir, par exemple, à Laon ou à Noyon, dont les constructions sont contemporaines : grandes arcades entre les piles, surmontée de tribunes, d’un triforium et enfin de fenêtres hautes.

La nef s’élevait à 25 ou 27 mètres environ, et le vaisseau central, qui avait réutilisé les fondations romanes, ne mesurait que de large.

Les piles, au nombre de 16, étaient toutes identiques et entourées chacune de 16 colonnettes, à la manière de celles de la cathédrale de Rouen. Les tribunes, hautes de , étaient voûtées d’ogives, et il semble, sans que cela soit certain, que leurs baies n’aient pas été subdivisées. : Thiébaut fait observer que c’est une solution qui a été souvent retenue dans le nord, ainsi qu'on le voit à la cathédrale de Tournai par exemple.

Le triforium était fait de baies en arcs brisés, et les fenêtres hautes étaient assez petites, ce qui explique que les contemporains aient reproché à l’édifice son manque de clarté. On sait enfin que des embryons d’arcs boutants passaient par-dessus les toitures latérales, pour venir contrebuter les voûtes d’ogives : l’architecture de la nef représentait donc un témoin important, mais aujourd’hui perdu, de l’évolution de l’art gothique à ses débuts.

Le transept thumb|right|Cathédrale de Salisbury : contraste de la pierre blanche et du marbre noir de Purbeck. Comme le chœur, le transept s’élevait sur quatre niveaux. Ainsi que le montre le plan dessiné par Boileux les deux croisillons étaient dissymétriques, chaque bras comprenant trois travées et un hémicycle à cinq pans. Pour les piles on avait utilisé des éléments montés en délit de pierre noire (pierre bleue de Tournai polie, utilisée comme marbre noir), qui contrastaient avec le blanc de la craie du Cambrésis. Cet effet de bichromie se retrouvera aussi dans les constructions du style gothique primitif anglaisPremière période du style architectural gothique en Angleterre, qui s’étend à peu près de la fin du au dernier quart du ., comme dans les cathédrales de Salisbury ou de Canterbury, qui utilisent quant à elles le marbre noir de Purbeck. La cathédrale de Cambrai (ainsi que d'autres églises de la région qui présentaient la même caractéristique) a vraisemblablement inspiré sur ce point Guillaume de Sens, qui introduisit l'architecture gothique en Angleterre.. L'usage de la pierre de Tournai était déjà répandue plus anciennement dans l'architecture romane de la région.

La croisée du transept était surmontée d’une tour-lanterne, que l’on surnommait la « tube »., caractéristique du style gothique normand et que l’on retrouve aussi dans de nombreuses églises d’Angleterre. L’ensemble, pourvu à la construction d’arcs-boutants, représentait un des chefs-d’œuvre de l’art gothique naissant.

Le chœur Le croquis du chœur laissé par Villard de Honnecourt montre qu’il avait d’abord été conçu sur le modèle de celui de Reims, pour finalement ressembler davantage à la nef d’Amiens construite par Robert de Luzarches. Le chœur fut achevé en 1251, et les chanoines en prirent possession le jour de Pâques. Jeanne, comtesse de Flandres et de Hainaut, avait donné les verrières sur lesquelles on voyait les figures des douze apôtres.

Des fouilles au , lors de la rénovation d’une route qui longe cette place, permirent de redécouvrir une partie du chœur. Une autre en 1954, lors de la construction d’un bâtiment, permit de retrouver les fondations du transept sud. Enfin, une dernière dans les années 2000, lors de la construction du gymnase du lycée Fénelon, donna à voir les fondations de certains bâtiments de l’archevêché ainsi que quelques mobiliers ( dorée).

La flèche