La bataille de Muret est une bataille de la croisade des albigeois qui eut lieu le près de Muret, à au sud de Toulouse. Elle oppose les troupes croisées commandées par Simon de Montfort à celles de , , Raymond-Roger de Foix, et .
Lassé de l'ingérence et des assauts du parti du pape et des croisés, et renforcé par le prestige de la victoire de Las Navas de Tolosa sur les Maures en 1212, le roi d'Aragon lance une expédition en soutien à son allié toulousain. Le roi et ses alliés attaquent la forteresse de Muret conquise l'année précédente par Simon de Montfort. Celui-ci est en claire infériorité numérique, mais il tente une sortie contre les troupes coalisées et remporte une victoire décisive. d'Aragon est tué dans la bataille et les milices toulousaines sont massacrées. Cette victoire renforce considérablement le parti de Simon de Montfort et porte un coup fatal aux ambitions de la couronne d'Aragon dans le Languedoc.
Contexte gauche|vignette|Plan de la cité de Muret en 1213, œuvre de F. X. Hernández. vignette|gauche|Plan de la bataille de Muret.
Depuis 1209, une armée de croisés opère dans les possessions du sud de la France dans le but d'éradiquer l'hérésie cathare, laquelle s’est répandue sur les terres occitanes où elle entre en concurrence avec l’Église catholique apostolique et romaine. Bien qu’il ait appelé à la croisade contre le catharisme, le pape Innocent III essaye une réconciliation avec le comte de Toulouse, mais Arnaud Amaury, le légat pontifical et s’efforcent de briser les négociations par l’imposition au comte toulousain de dures conditions. Après les sièges de Béziers et de Carcassonne (1209), poursuit la lutte. Il conquiert d'abord les vicomtés de Raymond-Roger Trencavel, puis s'attaque aux terres du comte de Toulouse. La croisade tourne rapidement à la guerre de conquête. Le roi , également comte de Barcelone et seigneur de Montpellier, est alors suzerain d'un certain nombre de seigneurs languedociens, dont le vicomte Trencavel. Inquiet de la venue de cette croisade qui nuit à son influence et à ses ambitions, il se propose plusieurs fois en médiateur entre les belligérants, et ne reconnait Simon de Montfort comme vicomte de Carcassonne et de Béziers que du bout des lèvres. Ne voulant pas se brouiller avec l'Église, il ne peut pas soutenir ouvertement le comte de Toulouse, désigné par Arnaud Amaury comme le protecteur des hérétiques.
D'autre part, il est également en lutte contre les Maures d'Espagne, qu'il vainc à Las Navas de Tolosa le . Auréolé du prestige de cette victoire, il plaide la cause du comte de Toulouse auprès du pape , qui décide d'ouvrir le concile de Lavaur. Ce concile rejette les propositions du roi d'Aragon et refuse de restituer les terres usurpées au comte de Toulouse. Le , le roi d'Aragon prend officiellement sous sa protection , comte de Toulouse, Raymond-Roger, comte de Foix, , comte de Comminges, et , vicomte de Béarn. Simon de Monfort lui envoie un « défi » et la guerre est aussitôt déclarée.
, roi de France, dont les droits sur le sud du royaume sont lésés par cet hommage, veut envoyer son fils Louis prêter main-forte, mais doit au dernier moment l'envoyer combattre le roi d'Angleterre, ce qui oblige Simon à attendre d'autres contingents de croisés, menés par les évêques d'Orléans et d'Auxerre. Pendant ce temps, le château de Pujols est assiégé puis pris par les Languedociens et les Catalans ; sa garnison est massacrée.
À la fin du mois d', , qui a fini ses préparatifs, franchit les Pyrénées, prend les places fortes en bord de Garonne, lesquelles se rendent, rejoint ses nouveaux alliés et commence le le siège de Muret, base d’opérations de Montfort due à sa proximité avec les rivières Garonne et la Louge, défendue par une trentaine de chevaliers de Simon ainsi que par plus de mille deux cents fantassins. La ville est rapidement prise, mais doit modérer l'ardeur de ses soldats qui veulent prendre également le château. Il souhaite que Montfort puisse atteindre et entrer dans le château à la tête de ses troupes pour ensuite mieux le vaincre ; il craint que si le château est pris avant l'arrivée de Simon de Montfort, ce dernier ne change ses plans.
Effectivement, , qui se trouve alors à Fanjeaux, lève une troupe de mille cavaliers, arrive à Muret le et fait son entrée dans la ville à la tombée de la nuit.
La bataille gauche|vignette|Plan de la bataille de Muret. gauche|vignette|La bataille de Muret dans le Llibre dels fets. vignette|redresse=1.5|Carte de la croisade des albigeois à la date de la bataille de Muret en 1213.
Les deux évêques, moins confiants que Simon de Montfort en la victoire, tentent d'entrer en pourparlers avec Pierre d'Aragon pour le convaincre de cesser de soutenir les barons languedociens et gascons. Le roi d'Aragon, croyant déceler dans cette démarche une faiblesse de Montfort, renonce à son plan initial, que lui aurait conseillé son beau-frère et vassal , consistant à attendre l'affaiblissement des assiégés dans Muret, et décide de livrer bataille le lendemain. Le comte de Toulouse s'y oppose, connaissant le talent tactique de Simon de Montfort, mais le traite de lâche. De son côté, Simon, voyant que les vivres ne lui permettent de tenir que quelques jours, décide également de livrer bataille le lendemain. D'après Bernard Gui, le futur saint Dominique monte alors avec le clergé et le peuple dans l’église de Muret, et fait prier à tous le rosaire.
Au matin, Simon laisse à l'infanterie la garde de la ville et sort avec tous ses chevaliers par la porte de Salles. Il répartit ses troupes en trois bataillons de 300 hommes, l'un commandé par Guillaume des Barres, le second par Bouchard de Marly et le troisième par lui-même. Simon fait semblant de prendre le chemin du pont sur la Garonne, comme pour battre en retraite. Puis ses deux premiers bataillons font volte-face et chargent le premier corps des troupes coalisées.
L'armée alliée au comte de Toulouse est composée de deux bataillons, l'un dirigé par le comte de Foix et composé de 200 Aragonais et 400 Fuxéens, l'autre de 700 Aragonais dirigés par . Le bataillon de Guillaume des Barres charge aussitôt celui du comte de Foix, qu'il enfonce sans peine et qui reflue sur la ligne de Pierre d'Aragon. Une charge menée par Bouchard de Marly continue de désorganiser les deux bataillons adverses. La mêlée est violente et tumultueuse. Rapidement deux chevaliers, Alain de Roucy et Florent de Ville, décident de viser la tête de la coalition et tuent un héraut d'armes, qui porte les habits du roi: il était courant qu'un seigneur choisisse avant la bataille d'échanger ses habits avec un de ses chevaliers pour partager la position de ses hommes et ne pas être avantagé par rapport à eux. Cette coutume est très chevaleresque mais catastrophique sur le plan stratégique. Les chevaliers s'étonnent que le «tueur des Maures» ait opposé si peu de résistance. Les Aragonais croient alors que leur roi est mort et commencent à refluer; se fait alors reconnaître et proclame qu'il est bien vivant et en pleine forme, et que le tueur de Maures va leur montrer comment il a gagné à Las Navas de Tolosa. Mais cette bravade lui coûte cher, il se retrouve vite submergé par les croisés et est tué peu après par un seigneur d'Artois, Alain de Renty. Pendant ce temps, Simon de Montfort et son bataillon effectuent un mouvement tournant pour attaquer l'ennemi sur son flanc droit. Le troisième corps, où se tient le comte de Toulouse, ne participe pas à la bataille.
, constatant la mauvaise tournure des opérations, prend alors la fuite vers Toulouse avec ses 900 hommes, sans combattre. Les survivants des deux premières lignes fuient en direction de la Garonne. Simon de Montfort s'attaque alors aux milices toulousaines qui poursuivent le siège de Muret et les surprennent en rase campagne. L'infanterie toulousaine est massacrée ; la plupart meurent sous les coups des croisés ou noyés en essayant d'embarquer précipitamment vers Toulouse. La majorité des hommes toulousains en âge de combattre y trouvent la mort. Pour les coalisés, les pertes s'élèvent à quinze ou vingt mille hommes. Les Toulousains n'en tiennent pas rigueur à Raymond VI, qui a tenté d'éviter une attaque frontale face à Simon de Montfort, mais plutôt à , qui s'est révélé trop sûr de lui. Cette défaite est néanmoins bien plus dure pour les Catalans qui perdent leur souverain et dont l'héritier de la couronne, Jacques, alors âgé de cinq ans, est aux mains de Simon de Montfort.
Conséquences vignette|La bataille de Muret. Lettrine historiée extraite de l'Histoire albigeoise de Pierre des Vaux de Cernay, . Le pape demande à Simon de rendre le fils de Pierre II, Jacques d'Aragon, prisonnier de Simon de Montfort dans la forteresse de Carcassonne depuis , à son royaume et impose une trêve, empêchant Simon d'exploiter immédiatement son avantage. Sous l'injonction d'une bulle pontificale, Simon de Montfort remet Jacques au légat du pape à Narbonne en 1214. Le garçon est mis sous la tutelle des Templiers au château de Monzón en Aragon où il est éduqué auprès de Guillem de Montredon, tandis que son grand-oncle Sanche de Roussillon exerce la régence jusqu'en 1218.
Cette défaite et la mort de mettent fin aux velléités d'intervention de la Couronne d'Aragon contre la croisade, ce qui fera que la monarchie aragonaise se concentre alors sur la péninsule hispanique, abandonnant ses prétentions sur les territoires toulousains, fuxiens et commingeois. La bataille de Muret renforce indirectement la monarchie capétienne, comme le feront plus directement l'année suivante les deux batailles de la Roche-aux-Moines contre le royaume d'Angleterre et de Bouvines contre le Saint-Empire. Les comtes de Foix et de Comminges repartent sur leurs terres. Le comte de Toulouse part pour l'Angleterre rencontrer Jean sans TerreJean sans Terre est battu à la Roche-aux-Moines le 2 juillet 1214, et ses alliés le sont à Bouvines le 27 juillet. Il ne pourra pas venir aider Raymond de Toulouse. et laisse aux consuls de Toulouse le soin de négocier avec les chefs de la croisade.
En 1218, les Toulousains se vengent de Simon de Montfort qui meurt écrasé par un boulet lancé par une pierrière lors du siège de la ville. Toutefois, cette défaite à Muret met un coup d'arrêt au culte cathare qui est obligé de se retirer des terres occitanes menacé par le tribunal et les pressions inquisitoriales. Certains cathares doivent traverser les Pyrénées et passer outre monts, bien que l’Inquisition sévisse également dans les territoires catalano-aragonais.
Sources
La Chronique de Guillaume de Puylaurens, qui vécut dans l'intimité de et de son fils ; L'Hystoria Albigensis de Pierre des Vaux de Cernay, chroniqueur officiel des croisés ; La Chanson de la croisade albigeoise, par Guillaume de Tudèle et un continuateur anonyme (1218-19) ; celui-ci, originaire de Toulouse, exagère quelque peu les fautes de , auquel il attribue la responsabilité de la défaite ; Deux livres des Quatre Grandes Chroniques catalanes : Le Llibre dels fets de , fils de ; La Chronique de Bernat Desclot, traitant du royaume d’Aragon et de la principauté de Catalogne du comte Raymond-Bérenger IV de Barcelone jusqu’à Pierre III d’Aragon, rédigé aux environs de 1288.
Notes et références
Annexes Bibliographie
Henri Delpech, La bataille de Muret et la tactique de la cavalerie au , Société des Langues romanes, Montpellier, 1878, . . Bernard Meysonnet, La tragédie de Muret: 12 septembre 1213, Empreintes, 2013, 180p. . Martín Alvira-Cabrer, El Jueves de Muret. 12 de Septiembre de 1213, Universitat de Barcelona, Barcelone, 2002. . Martín Alvira-Cabrer, Muret 1213. La batalla decisiva de la Cruzada contra los Cátaros, Ariel, Barcelone, 2008. . . Jordi Bolòs, Diccionari de la Catalunya medieval (ss. VI-XV). Editions 62, Barcelone, Collection El Cangur / Diccionaris, 284., avril 2000, , plana 180.
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