Le siège de Sarajevo est le siège d'une capitale nationale le plus long de l'histoire moderne avec une durée de 3 ans, 8 mois et 9 jours..D'autres sièges de l'histoire moderne dépassent celui de Sarajevo en durée mais ils ne concernent pas une capitale nationale.. Après avoir été assiégée initialement par les forces de l'armée populaire yougoslave.., Sarajevo, la capitale de la Bosnie-Herzégovine, est assiégée par l'armée de la république serbe de Bosnie du au pendant la guerre de Bosnie.

Le nombre de morts civils est estimé à , dont . Les rapports indiquent une moyenne d'environ 329 impacts d'obus par jour pendant le siège, avec un record de d'obus pour le . Les tirs d'obus ont gravement endommagé les structures de la ville, y compris des bâtiments civils et culturels..

Après la guerre, le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) a condamné quatre responsables serbes pour de nombreux chefs de crimes contre l'humanité commis pendant le siège, y compris le terrorisme. Stanislav Galić. et Dragomir Milošević. ont été condamnés respectivement à la réclusion à perpétuité et à 29 ans de prison. Leurs supérieurs, Radovan Karadžić. et Ratko Mladić., ont également été reconnus coupables de génocide et condamnés à la réclusion à perpétuité.

Contexte Après la Seconde Guerre mondiale, les autorités fédérales yougoslaves surveillent strictement les mouvements nationalistes, perçus comme une menace potentielle pour l’unité de l’État. À la mort de Josip Broz Tito en 1980, ces tensions refont surface et prennent une nouvelle ampleur. L’éclatement de la Yougoslavie fut accéléré par l’arrivée au pouvoir de dirigeants nationalistes, dont Slobodan Milošević en Serbie, qui poursuivait le projet d’une Grande Serbie, regroupant tous les territoires où vivaient des Serbes, y compris en Bosnie-Herzégovine et en Croatie. Cette dynamique provoque une montée des nationalismes, en particulier en Croatie, où Franjo Tuđman développe à son tour l’idée d’une Grande Croatie.

Craignant une Yougoslavie dominée par la Serbie, la Slovénie et la Croatie déclarent leur indépendance en 1991. Avec le départ de ces deux républiques, la perspective d’une Yougoslavie résiduelle dominée par les Serbes devient encore plus probable. Le , la Macédoine proclame également son indépendance. La République socialiste de Bosnie-Herzégovine, société multiethnique composée de Bosniaques, de Serbes de Bosnie et de Croates de Bosnie-Herzégovine, refuse de rester dans cette « Yougoslavie tronquée ».

Milošević, qui souhaite réunir tous les Serbes dans un seul État, la Grande Serbie, dissimule ce projet expansionniste sous le prétexte de vouloir « sauver la Yougoslavie ». Dans ce cadre, il cherche à intégrer à cette « Yougoslavie tronquée » (Serbie-et-Monténégro) toutes les régions de Bosnie-Herzégovine où vivent des Serbes, y compris des territoires majoritairement bosniaques. Il encourage ainsi les Serbes de Bosnie à s’organiser politiquement et militairement en vue de ce projet.. Avec l’appui de Belgrade et de l’Armée populaire yougoslave (JNA), progressivement transformée en armée serbe, ils créent leurs propres structures autonomes . Les parlementaires serbes ont quitté le Parlement de Sarajevo et ont formé l'Assemblée populaire serbe de Bosnie-Herzégovine en , mettant fin à la coalition issue des élections de 1990. En 1991, des régions autonomes serbes (SAO) sont proclamées sur des territoires que les Serbes considèrent comme les leurs, même lorsqu’ils y sont minoritaires. La JNA s’installe dans ces zones en voie d’unification, et, le , la république serbe de Bosnie est autoproclamée.

Parallèlement, le plan RAM est élaboré par les services de sécurité et des officiers serbes de la JNA afin d’organiser politiquement et militairement les Serbes vivant hors de Serbie, de consolider le contrôle des structures serbes émergentes et de prépositionner armes et munitions. Ce plan vise à préparer le cadre d’une « troisième Yougoslavie » réunissant tous les territoires habités par des Serbes. Inquiète de ces développements, la Bosnie-Herzégovine proclame sa souveraineté le , puis organise un référendum d'indépendance les et , boycotté par la majorité des Serbes. Le taux de participation atteint 63,4 %, dont 99,7 % en faveur de l’indépendance..

La Communauté européenne reconnut officiellement la République de Bosnie-Herzégovine comme État indépendant le . Avant même cette reconnaissance, des préparatifs militaires étaient déjà engagés. Dès la fin de l’année 1991, l’Armée populaire yougoslave (JNA) se déploya sur les collines entourant Sarajevo, où elle installa de l’artillerie et du matériel militaire qui furent ensuite utilisés lors du siège. Dans les mois précédant le déclenchement du conflit, la JNA s’empara de points stratégiques et de voies de communication, se préparant au siège des principales villes du pays. En , dans la vallée de la Drina, région à majorité bosniaque musulmane située le long de la frontière avec la Serbie, de nombreuses localités furent rapidement conquises, tandis que des opérations de nettoyage ethnique furent menées contre la population civile.

Déroulement 1992 vignette|left|Carte du siège de Sarajevo au plus fort avancement des troupes serbes. Sarajevo, capitale de la Bosnie-Herzégovine, constitue un objectif stratégique en raison de sa position politique, économique et symbolique. Son siège débute avec la reconnaissance officielle de la Bosnie-Herzégovine comme État indépendant. Avec cette reconnaissance, l’Armée de Bosnie-Herzégovine, encore en cours de formation, devient la seule force armée légale sur le territoire, toutes les autres étant illégales. De vastes marches pour la paix se déroulent dans la ville, mais des extrémistes serbes armés ouvrent le feu sur la foule, tuant Suada Dilberović, considérée comme la première victime du siège.

L’Armée populaire yougoslave (JNA), appuyée par des formations paramilitaires serbes, acheva l’encerclement de Sarajevo, prit le contrôle de l’aéroport et lança les premiers bombardements massifs. La population civile tenta d’organiser la défense de la ville en formant des unités territoriales improvisées, souvent mal armées et désorganisées. Le , l’Armée de Bosnie-Herzégovine (ABiH) fut officiellement créée, mais ses capacités d’action restèrent limitées en raison de l’embargo sur les armes imposé par l’ONU.

vignette|Le bâtiment Oslobođenje détruit en 1992.

Les bombardements menés depuis les collines autour de Sarajevo, combinés aux tentatives de prise de la ville par la JNA, entraînent le blocus des casernes de l’armée yougoslave présentes dans la ville par la Défense territoriale de Bosnie. Le , le président de Bosnie-Herzégovine, Alija Izetbegović, et sa fille, à leur retour de négociations de paix à Lisbonne, sont capturés à l’aéroport par la JNA, bien que leur sécurité ait été garantie. Le président est libéré en échange du départ de la JNA de la caserne assiégée, mais la colonne quittant les lieux est attaquée par des individus incontrôlés, entraînant la mort de plusieurs soldats.

La situation à Sarajevo a été relativement bien couverte par les médias occidentaux grâce à la présence de journalistes sur place, tandis que la catastrophe humanitaire touchant de nombreuses autres régions de Bosnie a reçu moins d’attention. En avril et , conformément aux plans de Slobodan Milošević, l’Armée populaire yougoslave (JNA), appuyée par des unités spéciales et paramilitaires serbes venues de Serbie et par des forces serbes de Bosnie, s’empara rapidement de vastes zones de l’ouest de la Bosnie-Herzégovine. Plusieurs villes, dont Bosanska Krupa, Brčko, Doboj et Prijedor, furent conquises, tandis que des massacres et des crimes contre la population civile y furent commis. Plus au sud, la JNA engagea le siège de Mostar.

La JNA, en tant qu’armée étrangère, devait quitter la Bosnie-Herzégovine dès le , après la reconnaissance internationale de l’État, mais elle reste pour achever la prise des territoires destinés aux Serbes. Sous pression internationale, la JNA annonce son départ le , mais la transition reste essentiellement formelle : 80 % de ses forces se transforment en Armée de la République serbe de Bosnie (VRS), tandis qu’une partie rejoint l’Armée de Yougoslavie en Serbie. Le siège de Sarajevo se poursuit donc, mené principalement par les mêmes unités et utilisant les mêmes armements, mais sous le nouveau nom de VRS, créée le .

Malgré l’agression, une partie significative de la population serbe et croate de Bosnie demeura attachée à l’idée d’un État bosnien unitaire et multiethnique. Parmi les figures les plus connues figurent Nikola Kovač, Bogić Bogićević, Ivo Komšić, ainsi que plusieurs autres personnalités engagées en faveur de la cohésion civique et de la défense des institutions légitimes de la Bosnie-Herzégovine. 235 Serbes de Bosnie et 328 Croates de Bosnie ont été tués en défendant Sarajevo au sein des unités de l'ABiH.

L’Armée de la République de Bosnie-Herzégovine, récemment formée, était confrontée à un net désavantage matériel par rapport aux forces serbes, disposant de peu d’armes lourdes et de munitions limitées. Les forces serbes, regroupant la VRS et des unités paramilitaires, bénéficiaient d’un équipement complet hérité de l’ancienne JNA, incluant artillerie lourde, chars et armement moderne, créant une forte disproportion. Malgré cela, l’armée bosnienne organisa la défense de Sarajevo en mobilisant la population civile et en constituant des unités territoriales de défense, entraînant de lourdes pertes humaines et la destruction des infrastructures. Parmi les figures symboliques de cette défense multiethnique, on compte le général Jovan Divjak et Dragan Vikić.

Le siège provoqua une grave crise humanitaire : pénuries d’eau, d’électricité et de nourriture, manque de médicaments et exposition permanente aux bombardements et aux snipers, certaines rues étant surnommées Sniper Alley.

vignette|Vedran Smailović jouant dans la Bibliothèque nationale partiellement détruite de Sarajevo en 1992 Le , le président François Mitterrand visite Sarajevo assiégée, apportant un espoir à une population martyrisée. Les Bosniens l’informèrent des massacres, du nettoyage ethnique et de l’existence de camps pour les non-Serbes. Ils demandèrent la levée de l’embargo sur les armes afin de pouvoir se défendre. Cependant, le président français, perçu comme favorable à une position équidistante voire indulgente envers Belgrade, privilégia l’aide humanitaire et l’ouverture de l’aéroport, qui passa alors sous le contrôle de la FORPRONU.

Les stocks limités de munitions compliquaient la défense de la ville face à des forces serbes mieux équipées mais numériquement inférieures dans Sarajevo. Incapables de prendre la ville, les assaillants l’encerclèrent et la bombardèrent depuis les hauteurs. Des objets du patrimoine culturel ont été délibérément détruits. Parmi les pertes emblématiques se trouvait notamment la Bibliothèque nationale et universitaire de Bosnie-Herzégovine (Vijećnica), dont l’incendie a détruit des milliers d’ouvrages irremplaçables...

Les défenseurs de la ville étaient si mal armés qu’il n’était pas rare de fabriquer des pistolets avec des matériaux de récupération, comme des tuyaux d’arrosage. La plupart des arsenaux et approvisionnements militaires de la ville furent saisis par l’Armée populaire yougoslave et placés sous contrôle serbe. Les opérations visant à reprendre les positions occupées par les forces serbes renforcèrent considérablement la défense bosnienne. Contournant l’embargo international sur les armes, certains Bosniens ayant rejoint l’armée introduisirent clandestinement des armes dans la ville à travers les lignes serbes.