Georges Ibrahim Abdallah (), né le à Kobayat (Liban) est un militant communiste libanais. Il est le chef de la Fraction armée révolutionnaire libanaise en France, une organisation armée d'extrême gauche. Les FARL revendiquent plusieurs attentats sur le territoire français, notamment l'assassinat d'un diplomate américain et d'un diplomate israélien en 1982.

Arrêté en 1984, Georges Ibrahim Abdallah est condamné en 1987 à la réclusion à perpétuité pour complicité d'assassinat terroriste et emprisonné pendant 41 ans.

Depuis 1999, plusieurs personnalités, ainsi que des organisations françaises, notamment de gauche radicale, militent pour une réduction de sa peine en vue d'une libération conditionnelle.

En , la Cour d’appel de Paris accepte sa demande de libération, à condition qu’il quitte la France et n'y revienne jamais. Il est expulsé vers le Liban le , décision censurée par la Cour de cassation en avril 2026.

Biographie Jeunesse et famille Georges Ibrahim Abdallah naît dans le village de Kobayat, au nord du Liban, au sein d'une famille chrétienne maronite de neuf enfants dont le père est militaire. Il effectue ses études à l'école normale d'Achrafieh, quartier de l'est de Beyrouth.

En 1972, il est nommé instituteur dans un village de la plaine de la Bekaa. Il reste dans l'enseignement jusqu'en 1979.

Il est l'oncle paternel de l'écrivaine française Chloé Delaume« Georges Ibrahim Abdallah, l'embarras de Valls », Libération, ..

Engagement politique L'engagement politique de Georges Ibrahim Abdallah débute dans les rangs du Parti social nationaliste syrien, une formation laïque se réclamant de l’unification d’une « grande Syrie » et du refus des anciennes frontières de la période du mandat français.

Motivé par la cause palestinienne, il rejoint ensuite le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) - mouvement marxiste-léniniste s'illustrant dans une série de détournements d'avions dans les années 1960 et 1970, et considéré comme groupe terroriste par l'Union européenne et les États-Unis. L'organisation accueille alors dans ses rangs de nombreux militants marxistes et anticolonialistes internationaux, notamment Libanais. Selon le Mossad, il est un proche de Georges Habache, le chef du FPLP.

Il est soupçonné d'avoir joué un rôle dans l'assassinat en 1976 de Francis Meloy, ambassadeur des États-Unis au Liban.. Il participe à la guérilla au Liban du Sud. Il est blessé lors de l'invasion israélienne du Sud-Liban en 1978.

Il participe à la création de la Fraction armée révolutionnaire libanaise (FARL, né à la suite de la dissolution du FPLP-OE), organisation marxiste proche du FPLP, dont il dirige les opérations en France sous les pseudonymes « Salih al-Masri », « Abdul-Qadir » ou « Abdel Kader Saadi » - la base de ce groupe en France étant à Lyon.. Un ancien membre des FARL confie à la chaîne Al Jazeera en 2009 :

Son mouvement des FARL prend contact avec d'autres groupes militants d'extrême gauche, notamment les Français d'Action Directe, les Brigades rouges italiennes et la Fraction armée rouge allemande (RAF).

Le , les FARL tentent d'assassiner par arme à feu Christian Adison Chapman, chargé d'affaires à l'ambassade des États-Unis, alors qu'il quitte son domicile parisien, allée Paul-Deschanel.

En 1982, les FARL revendiquent l'assassinat du lieutenant-colonel , attaché militaire américain à Paris (le à Strasbourg), lié aux services spéciaux et à la CIA, et celui de Yacov Barsimantov, deuxième conseiller à l'ambassade d'Israël et membre du Mossad (le à Paris, devant sa famille). L'assassinat de Barsimantov, par la jeune militante Jacqueline Esber, intervient trois jours après que son bureau parisien a été mitraillé.

Le , les FARL tentent d'assassiner à la voiture piégée Amos Manel, un diplomate israélien, face au lycée Carnot, rue Cardinet à Paris. L'attentat fait 51 blessés dont de nombreux lycéens francais.

En , une bombe placée par les FARL sous la voiture de Roderick Grant, attaché commercial à l’ambassade des États-Unis. La bombe explose rue de la Bourdonnais à Paris et tue deux policiers français.

Ce nouvel attentat est revendiqué par les FARL.

Le à Strasbourg, les FARL blessent grièvement par cinq balles à bout portant Robert O. Homme, consul des États-Unis au Parlement européen. Les FARL revendiquent leur implication dans cette attaque.

Selon les FARL, ces attentats seraient des « actes de résistance armée » à une agression militaire, le Liban, plongé en pleine guerre civile, faisant alors face à l'invasion israélienne appuyée par les États-Unis.. C'est également l'argument utilisé pour sa défense par Abdallah pendant son procès.

Arrestation et condamnations

Abdallah est arrêté à Lyon le : il entre dans un commissariat pour demander une protection contre des agents du Mossad qui le poursuivraient« Qui est le militant propalestinien Georges Abdallah dont la justice a ordonné la libération ? », Le Parisien, 15 novembre 2024.. Il est détenu pour possession de faux passeports algériens (au nom d'Abdelkader Saadi) et maltais, participation à une association de malfaiteurs et possession illégale d'armes et d'explosifs. Il est condamné dans cette ville le . Dans le journal-mémoire qu'il fait éditer, Jacques Attali, le conseiller du président français François Mitterrand, écrit : Jacques Attali, Verbatim, tome l. Deuxième partie Chronique des années 1983-1986, Fayard, Paris, 1993, .. Parties civiles, les autorités américaines et israéliennes exercent de vives pressions afin de faire alourdir sa condamnation.

Le , les FARL kidnappent Gilles Sidney Peyroles, directeur du Centre culturel français de Tripoli (Liban) et fils de l'écrivain Gilles Perrault, et ils réclament la libération immédiate de Georges AbdallahPatrick Pesnot, « Georges Ibrahim Abdallah », émission Rendez-vous avec X, 22 septembre 2012, voir en ligne sur Youtube ( partie 1- partie 2).. Yves Bonnet, patron de la Direction de la Surveillance du territoire (DST), négocie avec les services secrets algériens (directement avec le colonel Lakehal Ayat, directeur central de la sécurité militaire, et le commandant Smaïn Lamari, directeur de la sécurité intérieure algérienne) un échange dans lequel il s'engage.

Gilles Sydney Peyroles est libéré mais la police française découvre une cache d'armes lors d'une perquisition de la planque parisienne de George Ibrahim Abdallah, dont un pistolet de calibre 7,65 de fabrication tchèque, 25 kilos d'explosifs, des roquettes, des mitraillettes et d'autres armes. Des tests déterminent que le pistolet est bien l'arme utilisée pour assassiner en 1982 Charles Ray et Yacov Barsimantov. Cette perquisition a lieu quelques heures après la libération de Peyroles et avant celle d'Abdallah. La planque était pourtant connue de la DST depuis au moins deux mois.

Yves Bonnet tente de garder ces nouvelles informations secrètes jusqu'après la libération d'Abdallah afin de respecter la parole qu'il a donnée mais il échoue et Abdallah reste en prison . Ce dernier est condamné dans un premier temps le à quatre ans de prison, pour détention d'armes et de faux papiers. Les États-Unis décident de s’impliquer dans la procédure judiciaire et se portent partie civile, se faisant représenter par Georges Kiejman.

Un émissaire de la DGSE est envoyé à Washington pour s'entretenir avec de hauts responsables américains, dont William Casey, le chef de la CIA, du cas de Georges Ibrahim Abdallah. La France souhaite sa libération mais les Etats-Unis s'y opposent frontalement. En , c'est au tour de William Casey de se déplacer à Paris. Lors d'un diner avec le ministre français délégué à la Sécurité, Robert Pandraud, il menace la France de représailles si le chef des FARL n'est pas condamné à la perpétuité.

Lors d'un procès médiatisé, Abdallah est à nouveau jugé le par la cour d'assises spéciale pour complicité d'assassinat dans les meurtres de 1982 de l'attaché militaire Charles R. Ray et du diplomate Yaakov Barsimantov à Paris, ainsi que pour son implication dans la tentative d'assassinat de l'ancien consul à Strasbourg Robert O. Homme, en 1984 Archives 1, 2 et 3, Le Nouvel Observateur, 20 février 1987... Alors que l'avocat général requiert dix années d'emprisonnement, la cour le condamne à la perpétuité. Lors de ce procès, il apparaît que les meurtres ont été perpétrés en représailles à l'implication américaine et israélienne dans la guerre du Liban de 1982 ainsi que dans l'occupation du Liban par Israël. La Fraction armée révolutionnaire libanaise (FARL) dont Abdallah était le dirigeant a revendiqué la responsabilité des assassinats. Abdallah déclare : « Si le peuple ne m'a pas confié l'honneur de participer à ces actions anti-impérialistes que vous m'attribuez, au moins j'ai l'honneur d'en être accusé par votre cour et de défendre leur légitimité face à la criminelle légitimité des bourreaux. »

En 1987, sort un livre confession de Jean-Paul Mazurier, avocat de Georges Ibrahim Abdallah. Mazurier affirme avoir trahi son client et pris contact avec les services secrets français (DGSE)Les livres du mois, INA.. Néanmoins, la validité du procès ne sera pas remise en cause. Georges Abdallah aura ensuite Jacques Vergès comme avocat, jusqu'à la mort de celui-ci en 2013, puis Jean-Louis Chalanset. Jean-Paul Mazurier sera interdit d’exercer comme avocat pendant trois ans. Pour l’ancien président de la Ligue des droits de l’Homme, Patrick Baudouin, cette révélation aurait justifié une révision du procès Abdallah : « Le droit au respect du procès équitable a été piétiné ».

Le Comité de soutien avec les prisonniers politiques arabes du Proche-Orient — dont des membres du Hezbollah — organise plusieurs attentats à la bombe, faisant 13 morts et 250 blessés à Paris, revendiquant la libération de plusieurs détenus, dont celle de Georges Abdallah... Ce réseau, soutenu par l'Iran, semble surtout aussi vouloir faire payer à la France son soutien à l'Irak de Saddam Hussein — alors en guerre avec l'Iran — et n'aurait selon la DST aucun lien avec les FARL des frères Abdallah, contrairement à ce que les autorités et la presse avaient cru.

Le , Georges Abdallah est condamné à trois mois de prison pour refus de prélèvement ADN, par le tribunal correctionnel de Tarbes. Le , il est finalement relaxé par la cour d'appel de Pau.

Détention et libération

Idéologie en prison Georges Abdallah continue son engagement politique en détention.

En 2011, il se définit lui-même comme un « combattant communiste révolutionnaire et antisioniste » mais pas un « terroriste ». Il n'exprime pas de regrets pour les actes violents de son groupe.

En 2022, son avocat indique qu'il reste sur ses positions, se tient au courant des événements au Moyen-Orient et qu'on lui écrit du monde entier.

Demandes de libération, remise en liberté et expulsion vers le Liban Georges Abdallah est, selon le droit français, libérable depuis 1999.. Soutien de Georges Ibrahim Abdallah, le documentariste Pierre Carles affirme qu'à l'exception de l'Italie, une incarcération d'une telle longueur est exceptionnelle dans les pays de l'Union européenne. Entre 2004 et 2020, neuf des demandes de libération conditionnelle sont refusées par la justice française.

Le gouvernement américain exerce des pressions sur les autorités françaises pour qu’Abdallah reste en prison. Certains échanges seront dévoilés par Wikileaks. Cette position n’a jamais varié, quelle que soit l'administration en place à Washington. Le journaliste Jean Lesieur souligne ainsi que « de Ronald Reagan jusqu’à Joe Biden, toutes les administrations se sont arrangées pour faire en sorte qu’Abdallah reste en prison. »

En , la juridiction de la libération conditionnelle de Pau ordonne sa remise en liberté à condition qu'il quitte définitivement le territoire pour le . Dominique Perben, ministre de la Justice, fait appel de la décision, jugeant le cas du Libanais « extrêmement grave », si bien que le , Georges Ibrahim Abdallah voit sa demande de libération rejetée.