Miloš Zeman, né le à Kolín (alors dans le protectorat de Bohême-Moravie), est un homme d'État tchèque, président du gouvernement de 1998 à 2002 et président de la République de 2013 à 2023.

Économiste de formation, il adhère au Parti communiste tchécoslovaque lors du printemps de Prague, en 1968, mais le quitte deux ans plus tard en raison de la « normalisation ». Partisan du « socialisme à visage humain », il est dès lors en conflit avec le pouvoir en place, ce qui lui vaut d'être surveillé et sanctionné par la police politique communiste.

Après avoir pris part à la « révolution de Velours » en 1989, il est élu en 1993 à la présidence du Parti social-démocrate tchèque (ČSSD), dont il fait une force politique incontournable. Il est élu président de la Chambre des députés en 1996 et devient président du gouvernement en 1998, conduisant un cabinet minoritaire soutenu par la première formation de l'opposition. Il ne se représente pas en 2002.

Après un échec en 2003 et une traversée du désert, il se présente à l'élection présidentielle de 2013 sous les couleurs de sa propre formation, le Parti des droits civiques : il devient le troisième président de la République tchèque et le premier chef de l'État élu au suffrage universel direct. À l’issue de l'élection présidentielle de 2018, il est élu pour un second mandat.

Pendant sa présidence, considérée comme clivante, il exerce un rôle important sur la scène politique. D'obédience sociale-démocrate, il est souvent qualifié de populiste, s'oppose à l'immigration en provenance de pays musulmans et adopte des positions jugées pro-russes (jusqu’à l’invasion de l’Ukraine en 2022), pro-chinoises et pro-israéliennes.

Situation personnelle Origines et enfance Miloš Zeman naît le à Kolín, en protectorat de Bohême-Moravie, près de Prague.

Ses parents divorcent quand il a deux ans. Il est élevé par sa mère, qui est professeur..

Vie privée et familiale

De 1971 à 1978, Miloš Zeman est marié à Blanka Zemanová. Ils ont ensemble un fils, (né en 1971), devenu neurologue et biochimiste.

Divorcé, il se remarie en 1993 avec sa collaboratrice Ivana Bednarčíková. Leur fille, (née en 1994), est très visible médiatiquement à partir de la campagne présidentielle de 2013..

Interrogé sur ses croyances religieuses, il se déclare athée « tolérant »...

Débuts et ascension en politique Sous le régime communiste Admis à l'École supérieure d'économie de Prague en 1965, Miloš Zeman suit les cours à distance deux années durant, puis rejoint l'université en 1967.

Il adhère au Parti communiste tchécoslovaque (KSČ) l'année d'après, en 1968, et obtient son diplôme avec une thèse sur la prévision économique en 1969. Il commence alors à enseigner la prospective aux étudiants de l'école. En 1970, il est exclu du parti pour avoir fait part de son opposition à l'invasion de la Tchécoslovaquie par le pacte de Varsovie.. Il critique l'économie communiste.

Pendant un an, Miloš Zeman est au chômage, frappé d'une interdiction de travail. En 1971, celle-ci est levée et il est recruté par la société Sportpropag en tant que prévisionniste économique.. Sur instruction du comité central du KSČ, à la suite de publications prétendument anti-communistes, il est licencié en 1984, mais retrouve un emploi au sein de la société Agrodat la même année.

Il est de nouveau contraint de quitter son travail en 1989, quelques mois avant la révolution de Velours, pour avoir publié dans le Technický magazín un article critiquant le totalitarisme du pouvoir en placeVoir Miloš Zeman, « Prognostika a přestavba », Technický magazín, 8, août 1989, 6-9...

Révolution et responsabilités au ČSSD

Après avoir critiqué l'état de l'économie à la télévision tchécoslovaque puis participé à la grande manifestation du , Miloš Zeman convoque des réunions dans les théâtres et à l'université dans le centre de Prague. En , le Forum civique (OF) le coopte à la Chambre des peuples de l'Assemblée fédérale de Tchécoslovaquie. Élu aux élections libres de alors que l'OF emporte 50 des 75 sièges à pourvoir en République tchèque, il entre au bureau de l'assemblée et prend la présidence de la commission du Budget.

En 1992, il adhère au Parti social-démocrate tchèque (ČSSD). Au mois de juin, il est élu à la Chambre des députés de l'Assemblée fédérale. En octobre, il présente et fait adopter, par les deux chambres, une résolution demandant la création d'une « Union tchéco-slovaque », sur un modèle confédéral, grâce aux voix du Mouvement pour une Slovaquie démocratique (HZDS), alors que ce dernier avait négocié, avec le Parti civique démocrate (ODS), tchèque, la séparation de la Tchécoslovaquie..

Le , à la suite de la séparation, il est désigné président du ČSSD.

Exercice des plus hautes responsabilités

Président de la Chambre des députés Lors des élections législatives tchèques des et , le ČSSD remporte 26,4 % des voix et 61 sièges sur 200, soit vingt points et 45 sièges de plus que lors du scrutin de 1992, ce qui en fait la deuxième formation du pays. Après une médiation du président de la République, Václav Havel, Miloš Zeman passe un accord avec l'ODS de Václav Klaus, ce qui lui permet de devenir le favori pour la présidence de la Chambre des députés...

Le , il est élu président de la Chambre par 103 voix contre 27 suffrages pour son unique concurrent, Jan Vik, soutenu par la formation d'extrême droite SPR-RSČ. Dans l'allocution qu'il prononce après son élection, Miloš Zeman appelle les différentes forces parlementaires à s'affranchir des et à entretenir une dans l'élaboration du travail législatif, confirmant par ailleurs sa volonté de voir la législature aller jusqu'à son terme..

Président du gouvernement vignette|Miloš Zeman et le président de la fédération de Russie, Vladimir Poutine, en 2002. En vue des élections législatives anticipées de , Miloš Zeman fait campagne en promettant de renverser le déclin de la productivité, d'arrêter la dégradation du niveau de vie, de réduire le chômage et de mettre fin à la criminalité des liée aux privatisations.. Les sociaux-démocrates remportent 32,3 % des suffrages et 74 députés, devenant la première force politique tchèque.

Ayant conclu un accord (« accord d'opposition » ou « pacte de stabilité ») avec l'ODS, qui assure son remplacement par Klaus à la présidence de la chambre basse et par lequel le parti libéral s'interdit de voter une motion de censure., il devient président du gouvernement de la République tchèque le . Le but inavoué de l'accord est de réduire l'influence de l'Union chrétienne démocrate - Parti populaire tchécoslovaque (KDU-ČSL) et de l'Union de la liberté (US), les deux petits partis centristes soutenus par Václav Havel..

Sous le gouvernement de Miloš Zeman, qui se montre partisan d'une « économie sociale de marché », l'économie tchèque voit une augmentation des investissements étrangers.. Pour autant, la corruption demeure présente ; à ce titre, des personnalités de l'ODS sont accusées d'avoir reçu des postes à responsabilité dans des entreprises publiques dans le cadre de l'« accord d'opposition » avec le ČSSD..

Dans un entretien accordé au magazine autrichien Profil en , Miloš Zeman justifie l'expulsion des Allemands des Sudètes à la fin de la Seconde Guerre mondiale, rappelant qu'ils ont été la « cinquième colonne d'Hitler » ; ces déclarations irritent ses homologues allemand et autrichien.. Il conseille par ailleurs aux Israéliens d'appliquer la même méthode d'expulsion aux Palestiniens, affirmant que Yasser Arafat lui rappelle Adolf Hitler..

Traversée du désert Départ de la Chambre et de la tête du ČSSD Le , Miloš Zeman est remplacé à la présidence du Parti social-démocrate tchèque par Vladimír Špidla, vice-président du gouvernement et ministre du Travail et des Affaires sociales. Dans la foulée, il décide de ne pas se représenter aux élections législatives des 14 et 15 juin 2002, qui voient de nouveau la victoire du ČSSD. Le , Vladimír Špidla, à la tête d'une alliance avec la KDU-ČSL et l'US-DEU, lui succède à la tête du gouvernement. Miloš Zeman se retire alors de la vie politique, décidant de vivre dans un village de la région de Vysočina, tout en continuant à user de son influence en politique..

Échec à l’élection présidentielle de 2003 En octobre et , une élection primaire est organisée par le ČSSD pour désigner son candidat à l'élection présidentielle de 2003. Miloš Zeman obtient 49,5 % des voix, devançant Jaroslav Bureš (24,8 %), Otakar Motejl (20,5 %) et Martin Potůček (5,2 %). Cependant, les résultats n'étant pas contraignants, plusieurs dirigeants du ČSSD appellent à une autre candidature.. Le parti choisit finalement de soutenir Jaroslav Bureš au premier tour de l'élection avec pour idée que Miloš Zeman se présente au second tour...

Le , après l'échec de Jaroslav Bureš, Miloš Zeman présente sa candidature au second tour de l'élection présidentielle, organisée au scrutin indirect (vote du Parlement). Bien que donné favori, il est éliminé à l'issue du premier vote du second tour, n'étant pas parvenu à faire le plein des voix dans son camp et ayant échoué à obtenir le ralliement des communistes. Son côté clivant est avancé pour expliquer cet échec. Václav Klaus est finalement élu et Miloš Zeman quitte la vie politique.

Retour victorieux en politique

Lancement du SPOZ Bien qu'officiellement en retrait du monde politique, Miloš Zeman continue à s'intéresser aux affaires publiques.. En , il quitte le ČSSD en raison de désaccords avec son président, Jiří Paroubek..

En , il annonce la création du Parti des droits civiques – les Zemaniens (SPO ou SPOZ), formation de tendance sociale-démocrate dont il prend la présidence à l'issue de son congrès fondateur, le . Lors des élections législatives de mai 2010, le SPOZ obtient 4,3 % des suffrages alors que le seuil pour entrer à la Chambre est de 5 %. Face à ce résultat, Miloš Zeman démissionne immédiatement de la présidence du SPOZ. Il en devient le président d'honneur en novembre suivant.

Le SPOZ échoue également à dépasser le seuil des 5 % aux élections législatives de 2013. L'année suivante, il abandonne dans sa dénomination toute référence à Miloš Zeman.

Élection présidentielle de 2013

vignette|gauche|Candidat arrivé en tête par district au second tour : Miloš Zeman explique son retour en politique par la tenue de l'élection présidentielle de 2013 au suffrage universel direct et non pas indirect, comme pour les précédentes. Le , il se déclare candidat à l'élection présidentielle. Durant la campagne, il se pose en candidat europhile et se prononce pour l'adoption de l'euro par la République tchèque.. Il critique sur de nombreux points l'attitude du chef de l'État sortant, Václav Klaus, eurosceptique, ainsi que la politique d'austérité menée dans le pays.

Avec 24,2 % des suffrages exprimés, il arrive en tête du premier tour, devant le premier vice-président du gouvernement et ministre des Affaires étrangères, Karel Schwarzenberg (23,4 %), candidat de TOP 09« Élection présidentielle : Miloš Zeman et Karel Schwarzenberg participeront au tour », Radio Prague International, .. Le candidat social-démocrate, Jiří Dienstbier, arrivé quatrième avec 16,1 % des voix, et le Parti communiste de Bohême et Moravie (KSČM), qui ne présentait pas de candidat, lui apportent leur soutien« Présidentielle – tour : les sociaux-démocrates et les communistes soutiennent Miloš Zeman, l’ODS Karel Schwarzenberg », Radio Prague International, ..

Au second tour, le , Miloš Zeman obtient 54,8 % des voix, réalisant ses meilleurs scores dans les petites villes et les zones rurales« Milos Zeman élu président de la République tchèque », Le Monde, .. Il devient ainsi le premier président tchèque élu au suffrage universel direct.

Président de la République vignette|redresse|Miloš Zeman en 2013.