L'économie de la Tchécoslovaquie décrit la situation et l'évolution économique de la Tchécoslovaquie depuis la fondation de cet État, le , jusqu'à la séparation à l'amiable de la République tchèque et de la Slovaquie, effective le .

La Bohème et la Moravie composent la partie la plus développée industriellement de la monarchie austro-hongroise, la partie slovaque, étant pour des raisons géographiques et historiques plus agraire. Après une première crise, la Première République tchécoslovaque connaît une période de boom économique, provoquée par l'introduction de réformes économiques appropriées et par l'apaisement de la situation politique étrangère. Le pays est durement touché par la crise économique mondiale de 1929. La baisse à long terme des exportations et l'énorme chômage d'environ 1 000 000 d'habitants ont fait que l'économie est tombée en dessous des niveaux d'avant-guerre.

La prise du pouvoir par les communistes en 1948 a pour conséquence de placer le pays dans le cadre d'une économie planifiée socialiste. Le résultat à long terme est la rétrogradation du pays entre 1934 et 1990 du dixième rang du classement des pays les plus industriellement avancés du monde au quarantième rangAntoine Marès, Histoire des Tchèques et des Slovaques, Perrin, 2005.

La République socialiste tchécoslovaque, dans les années 1980, reste l'une des économies les plus industrialisées et les plus prospères du bloc de l'Est. Bien que le niveau de la consommation soit bien inférieur à celui de l'Europe occidentale, les habitants de la Tchécoslovaquie bénéficient d'un niveau de vie enviable par les ressortissants des autres pays du Comecon. Très dépendante du commerce international, la Tchécoslovaquie n'en est pas moins le pays du Comecon avec la dette extérieure la moins importante auprès des instances internationales et des pays occidentaux. Ceci représentera un avantage indéniable au moment de la transition vers une économie de marché.

L'économie n'est cependant pas dénuée de problèmes : les investissements dans l'industrie réalisés dans les années 1970 et 1980 n'ont pas donné les résultats escomptés ; l'intensité énergétique est trop élevée et la consommation de matières premières est trop importante aux yeux des responsables politiques qui réalisent que leur économie est trop lente à se moderniser.

vignette|Blason de la Tchécoslovaquie (1961-1989).

Contexte Au sein de l'économie de la monarchie austro-hongroise, les terres tchèques avaient une position économique forte dans le domaine de l'industrie et du commerce. Cette force s'explique, en partie, en raison de l'importante minorité de langue allemande qui a investi sur la base du développement technique et des possibilités naturelles de commerce vers la zone économique allemande, mais l'industrie tchèque s'est développée également. L'importance économique des terres tchèques au sein de la monarchie des Habsbourg a continué de croître au cours du siècle. Ainsi, dans les années 1890, les terres tchèques produisaient environ les deux tiers de toute la production industrielle de la monarchie autrichienne. Dans certains secteurs leur position était presque monopolistique (par exemple dans la production de porcelaine, les mines de charbon ou la production textile). Au premier plan, il y avait principalement la production industrielle, mais même pour ce qui est de la production agricole, les terres tchèques restaient le principal producteur de céréales (à l'exception du blé) de la monarchie.

Toutes les productions industrielles essentielles étaient présentes, en particulier l'industrie du génie chimique et électrique, la métallurgie avec la production d'acier inoxydable, la construction mécanique, les industries de l'armement et de l'automobile à Mladá Boleslav. L'économie tchèque bénéficiait également d'importantes matières premières locales, dont plusieurs bassins charbonniers. Le pays disposait, de surcroît, d'une infrastructure de transport dense.

Avant 1918, la Slovaquie s'est développée économiquement au sein de la partie hongroise de la monarchie. L'économie du pays se trouve depuis longtemps entre les mains de la noblesse agraire hongroise et de la bourgeoisie hongroise émergente. D'un point de vue général, la Slovaquie est restée un pays agraire jusqu'au début du siècle, où la production industrielle était très inégalement répartie. L'industrie, en revanche, était concentrée dans le comté de Prešpur - aujourd'hui dans la région de Bratislava - et, quoique dans une moindre mesure, dans les comtés de Spišská, Zvolenská et Gemerská. Le développement des grandes propriétés a eu pour effet de concentrer la propriété foncière, d'augmenter le recrutement d'agriculteurs bon marché et de favoriser l'accumulation de capital. 70 % de la population slovaque travaillait alors sous contrat salarié dans de grandes propriétés.

Première république

Intermède démocratique : 1945-1948 L'économie tchécoslovaque sort de la Seconde Guerre mondiale relativement épargnée, les bombardements ayant été peu fréquents et peu destructeurs. La Tchécoslovaquie pendant la Seconde Guerre mondiale est sous la coupe réglée des Nazis qui ont confisqué les biens des ressortissants juifs et pris la direction des principales usines (en particulier les importantes usines d'armement de Škoda à Prague et à Plzeň). Après l'armistice, dans le cadre des décrets Beneš, le gouvernement nationalise les usines appartenant à la minorité allemande (qui possède environ 70 % du potentiel industriel du pays) et les terres des ordres religieux ainsi que de la noblesse austro-hongroisePour plus d'information sur ce sujet, lire les articles pour le sort réservé aux membres de cette illustre famille dont une partie se voit dépossédée en raison de ses liens « allemands » alors que l'autre non, s'étant opposée au régime nazi et s'étant exilée. Le prince du Liechtenstein se voit confisquer ses immenses domaines de Valtice et de Lednice pour des raisons similaires. sont également nationalisées.

Le commerce extérieur reste libre et constitue une part importante de l'économie : la Tchécoslovaquie est un producteur important de machines-outils et l'Europe est en plein effort de reconstruction. La qualité des produits tchécoslovaques est reconnue. L'agriculture reste en mains privées. La population active, dans son ensemble, est éduquée et productive, et le management est compétent. Cette économie mixte, mêlant public et privé, fonctionne sans accroc majeur en 1947 et en 1948 avec un plan bisannuel ou les objectifs sont plus indicatifs qu'obligatoires. Le pays reçoit une aide considérable de l'Ouest via l'Organisation des Nations unies, alors que tout son commerce extérieur se fait avec ses voisins occidentaux. Jusqu'à ce que Joseph Staline y mette le holà en 1947, la Tchécoslovaquie compte participer au plan Marshall pour la reconstruction de l'Europe. En 1948, le produit national brut atteint les niveaux d'avant-guerre, l'agriculture étant un peu à la traîne et l'industrie ayant un peu dépassé ses niveaux antérieurs.

Sous le régime communiste (1948-1989)

Fonctionnement Au milieu des années 1980, l'industrialisation du pays est très poussée, un fait que reflètent les statistiques officielles de 1985 concernant la production matérielle nette (la mesure officielle de la production totale).

La production matérielle nette par secteurs économiques : industrie : 59,7 % ; construction : 11,2 % ; agriculture et sylviculture : 7,5 % ; services : 21,6 % (comprenant, entre autres, les transports, la restauration et le commerce de détail).

En 1980, le secteur public (administrations, entreprises d'État et coopératives) emploie 99,8 % de la population active et génère 97,4 % du produit national.

L'économie tchécoslovaque diffère de l'économie de marché ou de l'économie mixte en ceci qu'elle suit une planification économique. Tout l'investissement — comme le montant de la production de chaque usine, les prix de vente et les salaires — est décidé ou approuvé centralement en suivant un plan quinquennal qui a force de loi.

En Tchécoslovaquie, comme dans la plupart des pays du bloc de l'Est, les structures politiques et économiques sont centralisées et inféodées à celles du parti communiste. Dans les faits, c'est le parti communiste tchécoslovaque qui impose la « ligne » directrice du plan. Contrairement à l'URSS, relativement agraire, disposant d'un vaste « marché » intérieur peu dépendant du commerce extérieur et de ressources naturelles étendues, la Tchécoslovaquie est un petit pays, industrialisé et dépendant de son commerce extérieur, qui se voit rapidement imposer les termes des échanges par cette puissance tutélaire après 1948.

Planification Les différents ministères préparent les directives générales concernant le développement des secteurs économiques dont ils ont la charge. Ils les transmettent ensuite au Comité de la planification centrale, équivalent du Commissariat général du Plan français qui, à son tour, les agrège et prépare les objectifs économiques à long terme. Ce sont ces plans de développement globaux sur quinze ou vingt ans qui, saucissonnés en autant de plans quinquennaux, sont enfin répartis en budgets annuels qui spécifient, pour chaque unité de production (usine, coopérative agricole, mine, etc.) un quota de production à atteindre qui devient, à ce niveau, un impératif et perd son caractère de directive.

Avec la fédéralisation de la Tchécoslovaquie en 1969, la planification économique des républiques socialistes slovaque et tchèque est faite au niveau national par les Comités de la planification centrale slovaque ou tchèque et est agrégée par le Comité de la planification centrale, qui subsiste néanmoins et conserve la haute main sur le processus.

C'est le Comité de la planification centrale qui convertit les directives en unités physiques de production, droits de tirage en devise pour les importations des secteurs clés de l'économie, pour les transmettre aux différents ministères chargés de leur application. Les ministères, pour leur part, répartissent ces objectifs annuels de production entre les différentes sociétés industrielles ou coopératives agricoles.

À leur tour, les sociétés industrielles et coopératives agricoles transforment ces objectifs en un budget qu'ils soumettent à leur autorité de tutelle détaillant leurs dépenses opérationnelles et les investissements nécessaires pour atteindre ces objectifs de production, les subventions nécessaires (appelées « impôt négatif ») si le prix fixé par le Plan ne permet pas de couvrir les frais de production, le plan de lancement des nouveaux produits ou de nouvelles technologies de production, etc. Ces informations sont réunies et remontent vers le Comité de planification centrale sous forme de plans opérationnels censés atteindre les objectifs centraux. Une fois validés, ces plans opérationnels prennent force de loi pour les différents ministères et les entreprises qui en dépendent.

Le système est, on s'en doute, excessivement bureaucratique et peu flexible. De la production au commerce de détail, une intégration verticale très poussée se met en place. Aussi, pour prendre un exemple parmi d'autres, ne trouve-t-on pas de papier toilette dans les drogueries, réservées aux produits chimiques, mais dans les papeteries qui dépendent de la filière papier…

Une normalisation très poussée, souvent kafkaïenne, est établie : taille standard des serviettes de toilette, poids standard du bifteckIl en reste de nos jours, l'obligation légale d'afficher le poids de la viande ou du poisson sur les menus dans les restaurants en Tchéquie. servi dans les restaurants, échelle des salaires en fonction des catégories socioprofessionnelles (où le travailleur manuel gagne plus que le col blanc). Tout fait l'objet d'une norme.

Évaluation des performances