vignette|Massacre d'environ 300 prisonniers de guerre polonais par des soldats de la Wehrmacht à Ciepielów le .

Les crimes de guerre de la Wehrmacht sont les crimes perpétrés par les forces armées allemandes traditionnelles au cours de la Seconde Guerre mondiale. Si les principaux exécutants de la Shoah étaient les Einsatzgruppen, la Wehrmacht y a aussi collaboré.

Les forces armées traditionnelles de la Wehrmacht ont commis des crimes de guerre, dès le début du conflit, et en particulier sur le front de l’Est dans la guerre contre l’Union soviétique. L’historien britannique Ian Kershaw affirme : Crimes de guerre ou crimes contre l'humanité ? page 19 ..

Après la fin de la Seconde Guerre mondiale le Tribunal de Nuremberg a conclu que la Wehrmacht n’avait pas le caractère d’une organisation criminelle mais qu’elle avait commis des crimes au cours de la guerre. Ses plus hauts responsables, Wilhelm Keitel et Alfred Jodl, sont toutefois jugés coupables de complot, crimes contre la paix, crimes de guerre et crimes contre l'humanité et exécutés.

Invasion de la Pologne

Les crimes de guerre commencèrent dès les premiers jours de l'invasion. Du au , on recense au moins 18 massacres de 25 à 700 victimesBerlin 1945, A documentation, page 100, ed. Arenhövel, 1995, 3rd revised edition 2003. La Wehrmacht a tué des milliers de civils polonais pendant la campagne de Pologne de par des exécutions, des bombardements des villes ou des meurtres. Tout acte de résistance a été réprimé de manière impitoyable. Elle fusille aussi des soldats faits prisonniers comme au massacre de Ciepielow.

Au début, le commandement de la Wehrmacht a cherché à décourager les tirs dits « sauvages » et des procédures judiciaires de cour martiale ont été engagées contre quelques-uns des officiers subalternes qui avaient mené ces tirs. Par exemple dans la nuit du 18 au , le SS-Obermusikmeister de la Leibstandarte SS Adolf Hitler organise le où il ordonne de fusiller 50 civils. Le général Joachim Lemelsen apprenant cela, rapporte ces faits à ses supérieurs et le général Walter von Reichenau fait arrêter Müller-John pour le traduire devant la justice militaire. Mais Adolf Hitler gracie le tous les militaires et membres de la S.S. qui sont impliqués dans des crimes de guerre en Pologne ; la procédure contre Müller-John est arrêtée et en outre Hitler met le les troupes SS sous une juridiction séparée à la demande de leur chef Heinrich Himmler..

À la suite de l'arrêt des hostilités, au cours de l'administration directe de la Pologne par la Wehrmacht, qui dura jusqu'au , 531 villes et villages furent brûlés. La Wehrmacht se rendit également coupable de 714 exécutions de masse ainsi que de nombreux cas de pillage, de brigandage et d'assassinat. Au total, on estime que Polonais ont été victimes de ces atrocités.

De jusqu'au printemps 1940, les Allemands entreprennent la liquidation de l'intelligentsia polonaise lors de l'opération Intelligenzaktion avec les Einsatzgruppen. L'historien Wolfram Wette précise que c'est en Pologne, et non dans l'Union soviétique, que les Allemands ont commencé leur politique d'extermination et les crimes contre la dignité humaine et les lois internationales. Il note aussi que si la Wehrmacht ne participe pas directement aux massacres contre des populations entières, elle ne fait rien pour que l'occupation allemande se conforme aux lois internationales alors que les unités de la SS sont des unités de police sous son commandement et sa juridiction selon Wolfram Wette ; donc « en tant qu'institution, la Wehrmacht en Pologne a perdu le droit de se sentir innocente des crimes de l'Etat hitlérien »« Als Institution verlor die Wehrmacht noch in Polen das Recht, sich an den Verbrechen des HitlerStaates schuldlos zu fühlen » .. Wette remarque toutefois que des officiers de la Wehrmacht se sont plaints, notamment le général Blaskowitz qui proteste de manière répétée contre les actions des SS, surtout pour des raisons pragmatiques et tactiques, plutôt que pour des considérations morales. Ses protestations restant lettre morte auprès du commandant en chef Walther von Brauchitsch. À la suite de tels faits, Blaskowitz et les autres généraux ne s'opposent plus ouvertement aux exécutions sommaires de Polonais, qu'ils soient catholiques ou juifs. De plus, Blaskowitz tombe en disgrâce auprès d'Hitler après ces protestations et ne recevra plus de promotion. Un autre général, Georg von Küchler, est démis de ses fonctions après avoir aussi protesté et refusé d'utiliser des soldats pour persécuter des civils.. D'autres historiens, comme Rupert Butler, pensent qu'à partir du décret du , la Wehrmacht n'a plus de moyens légaux pour arrêter les SS étant donné qu'ils ont alors leur propre commandement et leur propre juridiction spéciale.

À cette administration militaire succéda une administration civile, notamment dans le Gouvernement général. Celle-ci fut mandatée, à compter de , par le ministère du Reich aux Territoires occupés de l'Est afin de procéder systématiquement aux évacuations dans les divers territoires occupés par les Allemands en Pologne.

Conquête de la Belgique

Entre le 25 et le , la Wehrmacht commit le massacre de Vinkt. Des otages furent capturés afin d’être utilisés comme boucliers. Comme l’armée belge continuait de résister, des fermes furent fouillées (et pillées) pour prendre de nombreux otages qui devaient être exécutés par la suite. En tout, 86 civils furent exécutés mais le total des victimes s’élève probablement à 140. Outre le massacre de Vinkt, d'autres massacres et fusillades dans la Belgique font plus de 600 victimes.

Invasion de la France Lors de l'invasion de la France en 1940, les crimes de guerre sont beaucoup moins nombreux que lors de l'invasion de 1914. Ils sont aussi beaucoup moins nombreux que lors de la campagne de Pologne en 1939. A cet égard l'amnistie générale prononcée par Hitler le pour tous les crimes commis en Pologne n'a pas eu d'effet délétère. Comme en Belgique quelques jours plus tôt, les crimes de guerre sont principalement le fait de divisions mal encadrées et non aguerries, n'ayant pas fait la campagne de Pologne. Ils sont essentiellement concentrés dans le temps et dans l'espace lors la bataille d'Arras du 21 mai et lors de la bataille des canaux qui s’est ensuite déroulée dans le quadrilatère Arras - Béthune - Lille - DouaiUne guerre « correcte » ? Crimes et massacres allemands à l’Ouest au printemps 1940 de Jean-Luc Leleu dans La guerre de 40 se battre, subir, se souvenir p129-142 .

Sur plus tuées pour fait de résistance, on estime que à furent en fait des civils innocents. Le , par exemple, la Wehrmacht exécuta 47 Juifs, transférés de Drancy et Compiègne au Mont Valérien au titre de représailles à des attentats communistes, de même que 50 autres Juifs écroués à Fresnes. Plus de furent déportées dans des camps de concentration allemands pour des faits de résistance ou en tant qu'otages et plus de 40 % d’entre elles y moururentCrimes de guerre ou crimes contre l'humanité ? page 19 .

Entre et noirs africains enrôlés par l'armée française furent capturés comme prisonniers de guerre puis massacrés par des unités de la Wehrmacht . Bien que motivés par des considérations racistes, ces crimes de guerre ne relèvent toutefois pas d'une politique délibérée de la Wehrmacht, qui n'avait pris aucune décision en ce sens, mais d'actes isolés.

Crimes de guerre en Italie En Italie, après le ralliement du pays aux Alliés, italiens furent tués par la Wehrmacht sur ordre de Hitler sur l'île grecque de Céphalonie. Sur italiens envoyés dans les camps de prisonniers de guerre allemands, moururent lors de leur transport en captivitéhttp://derniereguerremondiale.net/DGM/DGM8.pdf page 16.

On estime à près de le nombre de civils tués lors d'opérations de représailles en Italie, une partie étant à mettre à charge des Waffen SS, la Wehrmacht y prenant néanmoins une part essentiellehttp://derniereguerremondiale.net/DGM/DGM8.pdf page 19.

Crimes de guerre en URSS

La Wehrmacht joua un rôle actif dans les crimes de guerre commis lors de l'invasion allemande en Union soviétique le .

Par le décret Barbarossa du signé par Keitel, Hitler déclare que la guerre contre les Soviets est une guerre d'extermination, et que les forces allemandes doivent éliminer les élites politiques et intellectuelles de Russie, afin d'assurer une victoire durable. Il accorde une amnistie préventive pour les crimes des soldats allemands à l’encontre de la population soviétique. Il donne tout pouvoir aux officiers de l’armée pour exercer toutes répressions et représailles contre les civils au moindre soupçon, sans enquête ou jugement préalable .

D'autre part, par des en date du , la Wehrmacht relaye et applique les instructions conférant l'impunité aux troupes pour tout acte de nature criminelle perpétré contre les prisonniers de guerre et les populations civiles. Elle collabore avec les Einsatzgruppen à l'extermination des populations juives ou la répression des partisans.

Les organisateurs de l’exposition de 1995 sur les crimes de guerre de la Wehrmacht ont estimé qu’entre 60 et 80 % des soldats sur le front de l’Est (sur un total de près de de soldats) participèrent à des actes qualifiables de crimes de guerre ; d’autres font état d’un nombre nettement important, qui serait de coupablesCrimes de guerre ou crimes contre l'humanité ? .

Ordre relatif aux commissaires politiques L'ordre Barbarossa fut rédigé en par le commandement de la Wehrmacht au nom de Hitler et fut notamment communiqué à tous les commandants d’unités élémentaires (compagnies). En légitimant ces actions, la Wehrmacht devenait coauteur ou complice des atrocités allemandes commises sur le territoire de l'Union Soviétique.

L'ordre désignait la guerre contre l'Union soviétique comme « une guerre entre deux idéologies, pas entre deux États ». À ce titre, les prisonniers de guerre soviétiques considérés comme commissaires politiques, les soldats soviétiques identifiés comme « imprégnés ou représentants actifs de l'idéologie bolchevique » ainsi que tous les prisonniers de guerre juifs devaient être remis aux Einsatzgruppen afin d'être fusillés par exécutions sommaires.

Cet ordre soustrayait à la justice militaire la responsabilité de juger les infractions punissables commises par des civils ennemis en Union soviétique. Les suspects devaient être déférés à un officier qui déciderait s'ils devaient être ou non abattus. Le même décret précisait qu'il n'était pas requis de poursuivre les infractions commises contre des civils par des membres de la Wehrmacht à moins que le maintien de la discipline ne le rende nécessaire. La troupe pouvait donc agir en toute impunité.

Cet ordre fut réceptionné à tous les échelons du commandement sans refus notoire. Dans leurs mémoires d'après-guerre, les généraux allemands tentèrent d'en minimiser l'impact. Erich von Manstein affirme ne pas l'avoir transmis à ses troupes. Heinz Guderian affirme ne l'avoir jamais reçu. mais les archives de ses unités ont montré que l'instruction a bel et bien été reçue et diffusée..

L'ordre sur les commissaires politiques fut aboli à l'été 1942, sans que cela change grand-chose au comportement et à l'impunité des troupes sur le terrain. Le dernier compte-rendu connu de la liquidation d'un responsable politique parvint d'une unité du groupe d'armées Sud en .

Traitement des prisonniers soviétiques

vignette|Prisonniers de guerre soviétiques nus dans le camp de Mauthausen. Date inconnue.