Profession : reporter (en italien , en anglais ) est un film dramatique hispano-franco-italien réalisé par Michelangelo Antonioni et sorti en 1975.
Il raconte une quête de liberté à travers un changement d'identité : en Afrique, un journaliste échange son identité avec celle de son voisin de chambre qui vient de mourir, pour se lancer dans l'aventure de la liberté. Mais, vite poursuivi par la vie de cet autre, il va s'apercevoir que cette nouvelle identité ne lui convient peut-être pas.
Seizième long métrage d'Antonioni — et considéré comme un de ses films majeurs aux côtés du Désert rouge, de Blow-Up et Zabriskie Point —, Profession : reporter marque le retour du réalisateur italien à la fiction après un long documentaire intitulé Chung Kuo, la Chine. Il s'agit également du premier scénario de Mark Peploe, qui connaîtra la consécration avec Le Dernier Empereur et Little Buddha.
Synopsis David Locke cherche à faire l'interview d'un groupe révolutionnaire quelque part en Afrique. Il est un peu perdu, personne ne semblant parler ni anglais ni français, les deux seules langues qu'il maîtrise. Alors qu'il a finalement trouvé un guide qui le conduit à pied sur une colline rocheuse vers le camp des révolutionnaires, une milice inconnue, semble-t-il hostile, traverse le désert en contrebas à dos de chameau et le guide prend peur et s’enfuit. Sur le chemin du retour, Locke, dépité et furieux, enlise sa Land Rover dans le sable de la piste et doit parcourir à pied et sous le soleil la longue distance qui le sépare du village où se trouve son hôtel.
Dans son hôtel, David Locke, assoiffé, furieux et épuisé, trouve Robertson, son voisin de chambre, mort d'une crise cardiaque sur son lit. Montré dans un flashback, on constate que les deux hommes ont eu de longues conversations, évoquant leurs voyages et leurs vies ; Robertson semble avoir été une personne libre, qui change de direction et de pays selon son envie. Locke échange sa photo de passeport avec celle de Robertson, décidé à faire croire qu'il est mort pour prendre l'identité de Robertson.
À Londres, de nombreux hommages télévisés saluent la carrière de David Locke. Sa femme, Rachel Locke, apparemment peu affligée par la mort de son mari, décide pourtant, avec son ami le producteur de télévision Martin Knight, de partir à la recherche de Robertson, qui, pensent-ils, est la dernière personne à avoir vu David Locke vivant. Ils apprennent où il se trouve grâce à la société de prêt de voiture Avis, qui a loué une décapotable au nouveau Robertson.
David Locke, pendant ce temps, sous sa nouvelle identité, se rend à Munich, là où Robertson lui avait dit qu'il devait se rendre et retire une pochette à la consigne de l'aéroport. Cette pochette contient des papiers qui lui prouvent que le véritable Robertson était un marchand d'armes. Rejoint par deux hommes dans une église, il apprend qu'il doit livrer une importante quantité d'armes à un groupe révolutionnaire en Afrique. L'un des deux hommes lui donne une enveloppe remplie de billets, et lui donne rendez-vous à Barcelone.
Locke se rend donc à Barcelone. Mais les deux hommes qui l'avaient accosté sont emprisonnés et torturés quelque part. Il n'y a donc personne au rendez-vous. Locke s'aperçoit qu'il est poursuivi par Martin Knight. Il s'échappe et se retrouve dans un bâtiment construit par Antoni Gaudí. Là, il parle avec une jeune fille, lui explique succinctement sa situation, sans donner de détail. Il repart, mais s'aperçoit que Martin Knight a pris une chambre dans le même hôtel que lui. Il retourne donc voir la jeune fille, et lui demande d'aller chercher ses affaires et de les lui rapporter.
La jeune fille prend également sa valise, et part avec David Locke. En passant, elle rencontre Martin Knight, qui lui demande s'il peut rencontrer Robertson. Elle lui dit de la suivre en taxi, mais Knight est distancé par sa voiture. Locke et la jeune fille s'aiment dans un hôtel. Il lui expose sa situation en détail. Elle l'encourage à aller au prochain rendez-vous de Robertson. Il y va, mais il n'y a personne.
Ils arrivent dans un restaurant près de Madrid. Des policiers viennent les voir et affirment rechercher une décapotable blanche. C'est la jeune fille qui les suit seule au centre de police en ayant pris le volant. À son retour, ils décident d'aller dans un hôtel dans Madrid. À l'arrivée, David voit sa femme au téléphone. Il s'enfuit avec la jeune fille, mais il semble que Rachel l'ait reconnu. Ils roulent aussi vite qu'ils peuvent. Des policiers les rattrapent mais Locke réussit à leur échapper et les sème dans la plaine.
Le carter de la voiture percé, ils doivent s'arrêter dans un petit village. David Locke enjoint à la jeune fille de partir à Tanger en bus, tandis que lui la rejoindra dans 3 jours, après être allé au dernier rendez-vous de Robertson. Il s'installe à l'Hôtel de la Gloria. La jeune fille l'attend à l'hôtel : elle n'a pu partir sans lui. Locke lui enjoint une nouvelle fois de partir. Elle sort dans la cour, tandis que Locke se couche sur son lit. Par la fenêtre de la chambre d'hôtel, nous voyons la jeune fille marcher sans savoir où aller, des voitures et des enfants passer. Puis un individu, probablement à la solde de la dictature contre laquelle se battaient les clients de Robertson, passe. Confondu au bruit d'un vélomoteur, on devine le bruit d'un pistolet avec silencieux. Puis on voit les policiers arriver, avec Rachel Locke. Ils entrent dans la chambre d'hôtel, où David Locke gît, mort. Sa femme s'approche de son corps et dit :
Fiche technique
Titre original italien : Professione: reporter Titre français : Profession : reporter Titre espagnol : El reportero Titre anglais : The Passenger Réalisation : Michelangelo Antonioni Scénario : Mark Peploe, Peter Wollen et Michelangelo Antonioni, d'après une histoire de Mark Peploe Musique : Ivan Vandor Direction artistique : Piero Poletto Décors : Osvaldo Desideri Costumes : Louise Stjernsward Maquillages : Franco Freda Photographie : Luciano Tovoli Montage : Michelangelo Antonioni et Franco Arcalli Production : Carlo Ponti et Alessandro von Norman Sociétés de production : Metro-Goldwyn-Mayer, Compagnia Cinematografica Champion, CIPI Cinematografica et Les Films Concordia Sociétés de distribution : Metro-Goldwyn-Mayer (Etats-Unis, Belgique), CIC (Italie) Pays de production : (45,0%), (35,0%), (20,0%) Langues originales : français, anglais, espagnol, allemand Format : couleur (Metrocolor) - 35 mm - 1,85:1 - son monophonique Durée : 126 minutes Dates de sortie : Italie : France : (festival de Cannes), (sortie nationale)
Distribution
Jack Nicholson (VF : Dominique Briand) : David Locke Maria Schneider : la jeune femme Jenny Runacre (VF : Lily Baron) : Rachel Locke Ian Hendry (VF : Gabriel Cattand) : Martin Knight Steven Berkoff : Stephen Ambroise Mbia : Achebe José Maria Caffarel : le gardien d'hôtel James Campbell-Badiane : le docteur sorcier Manfred Spies : l'étranger allemand Jean-Baptiste Tiemele : le meurtrier : l'inspecteur Chuck Mulvehill (VF : Marc Cassot) : Robertson, l'homme que Locke retrouve mort Source
Production Développement du projet Au milieu des années 1960, Michelangelo Antonioni signe un contrat pour trois films avec le producteur Carlo Ponti et la MGM. Il est prévu initialement qu’il tourne ces films hors d'Italie. Après Blow-Up et Zabriskie Point, Antonioni fonde de grands espoirs autour d'un projet sur lequel il travaillera longtemps. Situé en Amazonie, le film doit s'appeler Techniquement douce (Tecnicamente dolce)Seymour Chatman in : Michelangelo Antonioni : filmographie complète, Paul Duncan, éd. Taschen, 2008.. Le titre s'inspire d'une phrase du physicien Robert Oppenheimer :
À l'origine, le scénario du film est à peu près celui-là : Les acteurs principaux prévus sont déjà Jack Nicholson et Maria Schneider.
Toutefois, en 1972, après le retour de Chine d'Antonioni, qui vient d'y tourner un documentaire, le producteur Carlo Ponti lui annonce son désengagement. Un nouveau projet apparaît alors, dans l'esprit guère éloigné du premier, à partir d'une histoire originale de Mark Peploe intitulée Fatal Exit. Antonioni lui confie l'écriture du scénario. Peploe, alors étranger au monde du cinéma, est le frère de Clara Peploe, la compagne d'Antonioni depuis la fin des années 1960, et sa future épouse.
Le réalisateur dira :
Attribution des rôles Pour incarner les deux personnages principaux, Antonioni choisit deux acteurs très en vogue à l'époque :
Jack Nicholson, nommé trois fois aux Oscars pour Easy Rider, Chinatown et Cinq Pièces faciles ; ce film est le seul de sa carrière qu'il tourna hors des États-Unis ; Maria Schneider, quant à elle, avait été consacrée pour son rôle dans Le Dernier Tango à Paris de Bernardo Bertolucci, sorti deux ans plus tôt.
Tournage Antonioni avait le souci de donner un aspect documentaire à son film et celui-ci comporte des images d'archives« Secrets de tournage » sur allocine.fr.. Y est notamment insérée une scène d'exécution capitale (réelle) d'un prisonnier politique dans un pays d'Afrique. Ce plan a été censuré dans de nombreux pays.
Le directeur de la photographie a également travaillé dans cette optique documentaire : il a le plus souvent utilisé une lumière naturelle et aucune scène n'a été tournée en studio, mise à part la scène finale. Ce plan séquence final (sans doute le plan le plus connu du film) dure 7 minutes.. Un système ingénieux et complexe à base de tubes très légers permet à la caméra de passer à travers une fenêtre à barreaux avec une grande fluidité. Antonioni dit à ce propos :
Analyse et commentaires Le choix du nom du héros du film, Locke, n'a rien de fortuit et renvoie au philosophe anglais John Locke, un de ceux qui ont le plus médité sur la liberté humaine.
Avec Profession : reporter, Antonioni dresse, à nouveau, Le reporter David Locke (Jack Nicholson) est si Profession : reporter a pour thème une question qui n'a eu de cesse de préoccuper Antonioni : la fuite vers une expérience d'un autre ordre.
, écrit Aldo Tassone.
Toutefois si, dans Blow-Up, les personnages s'imaginent trouver cette expérience dans d'autres lieux, Profession : reporter En réalité, David Locke, le reporter, paraît surtout fatigué de jouer un rôle de spectateur permanent , d'évènements qui se déroulent devant lui. , nuance Freddy BuacheF. Buache in : Le Cinéma italien 1945-1990, Éditions L'Âge d'Homme..
Sous l'apparence d'un thriller décalé , Profession : reporter est ainsi
Aldo Tassone use de rapprochements avec le destin de Feu Mathias Pascal de Luigi Pirandello afin, précisément, d'en établir les différences. , dit le héros de Pirandello. , fait remarquer Tassone.
, écrit de son côté Stig Björkman. Dans Profession : reporter, l'aboutissement est le même pour les deux personnages La chambre d'hôtel dans laquelle Locke va mourir ressemble fort à celle dans laquelle les deux hommes se sont rencontrés à l'orée du récit. , souligne encore Björkman, qui écrit, plus haut :
Antonioni confirme :
, s'interroge Aldo Tassone. , répond-il, et de conclure sur une réflexion émise par l'écrivain Alberto Moravia :
Dans le roman de Pirandello, Feu Matthias Pascal, le protagoniste se fait passer pour mort, change d'identité, mais ne parvient pas à se libérer lui-même car, même dans la peau et la vie d'un autre, il retrouve alors sa propre vie. Alors Antonioni témoigne :
Enfin, Stig Björkman note :
Quant à Antonioni, il a déclaré :
Notes et références
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