, né le à Lunéville (duché de Lorraine) et mort le à Innsbruck (Saint-Empire romain germanique), est empereur des Romains de son élection en 1745 jusqu'à sa mort.

Le prince François-Étienne naît dans la maison de Lorraine. Troisième dans l'ordre de succession au duché de Lorraine, ce petit-neveu maternel de voit son destin changer au décès de ses frères aînés. En 1732, François-Étienne est nommé vice-roi de Hongrie par l'empereur , de la maison d'Autriche, qui l'a élevé comme son fils à la cour de Vienne. En 1736, François-Étienne épouse sa fille et héritière au trône impérial, l'archiduchesse Marie-Thérèse, fondant l'actuelle maison de Habsbourg-Lorraine.

En 1729, François-Étienne devient duc de Lorraine et de Bar, sous le nom de , et également duc de Teschen. En 1737, il abandonne à contre-cœur les États lorrains à la demande de Charles VI, afin de les donner au roi de Pologne déchu, Stanislas Leczinski. En compensation, François-Étienne reçoit le titre de grand-duc de Toscane et règne sous le nom de . Bien qu'il soit l'empereur en titre, c'est Marie-Thérèse qui dirige les États du Saint-Empire ; à sa demande, François-Étienne s'applique surtout à consolider les finances de la famille. Le couple impérial est très uni et a seize enfants, dont les plus connus sont la reine de France Marie-Antoinette, épouse de , et les empereurs et . Leurs descendants régneront sur l'Autriche, la Hongrie, la Toscane, Modène et le Mexique, certains jusqu'au début du .

Biographie Enfance gauche|vignette|273x273px|François I, futur empereur, à 3 ans (par Pierre Gobert) François Antoine Étienne est le neuvième enfant et quatrième fils de , et d’Élisabeth-Charlotte d'Orléans, fille de Monsieur, frère du roi , et de Élisabeth-Charlotte de Bavière dite Madame (la Princesse Palatine), la fameuse épistolière ; en ligne maternelle il est donc arrière-petit-fils de , mais aussi un cousin utérin de la dauphine née Marie-Adélaïde de Savoie, ce qui fait de lui un oncle à la mode de Bretagne du roi , son cadet de 14 mois. Son père est un cousin germain et ami d'enfance de l'empereur avec lequel il a été élevé.

À sa naissance, François n'est que troisième dans l'ordre de succession, mais, en , la variole, dont meurent l'empereur et le dauphin de France, emporte également trois enfants du couple ducal, notamment la princesse Charlotte, abbesse de Remiremont, onze ans, et le prince héritier Louis, sept ans. De leurs dix enfants ne restent au duc et à la duchesse de Lorraine, qui est enceinte pour la onzième fois, que leurs deux fils. La succession revient à l'aîné des deux : le prince Léopold-Clément, âgé de quatre ans. vignette|303x303px|François en armure, sa main gauche posée sur un casque orné de plumes bleues, tandis qu'une écharpe de commandement entoure sa taille, par Pierre Gobert. Trois autres enfants viennent compléter la fratrie. En naît la princesse Élisabeth-Thérèse, future reine de Sardaigne. En 1712, un troisième fils vient consolider la dynastie éprouvée, le prince Charles-Alexandre puis en 1714 la princesse Anne-Charlotte. Une petite fille, quatorzième et dernier enfant du couple ducal, naît en 1718 mais meurt peu après sa naissance.

vignette|Ex libris de . Fondazione BEIC.

En 1722, François, 14 ans, assiste à Reims avec sa famille au couronnement du jeune , âgé de 12 ans, son cousin. Il y salue sa grand-mère, la Princesse Palatine qui, dans son abondante correspondance, ne tarit pas d'éloges sur la beauté, le bon caractère et les bonnes manières de ses petits-enfants lorrains (ce qui la console de ses petits-enfants français, le fils et les filles du Régent).

Une éducation viennoise L'année suivante, le duc Léopold songe à faire partir son fils aîné pour Vienne afin de lui faire terminer son éducation auprès de l'empereur, son cousin et ami d'enfance, dont il se sent très proche. Mais à son tour, le prince Léopold-Clément contracte la variole et en meurt à l'âge de 16 ans.

C'est donc François, âgé de quinze ans et nouvel héritier des trônes ducaux de Lorraine et de Bar (et qui dès lors est surnommé Amélie Voisin, « François-Étienne de Lorraine (1708-1765) : un héritage ambigu, un héritage méconnu ? », Annales de l'Est, , , numéro spécial, 2013 , .), qui est envoyé à Vienne, à la cour de . L'empereur élève François comme son propre fils et prévoit de le marier à l'archiduchesse Marie-Thérèse, sa fille aînée et héritière.

La petite archiduchesse est très vite passionnément amoureuse de son promis et sa forte personnalité résiste à toutes les pressions l'incitant à épouser d'autres prétendants. Cet amour dure au-delà de la mort de l'empereur.

Duc de Lorraine et de Bar (1729) et vice-roi de Hongrie (1731) vignette|Demi thaler à l'effigie de de Lorraine, 1754.

En 1729, à 20 ans, il succède à son père et doit rejoindre sa patrie qu'il a quittée à quinze ans. Quittant la cour impériale pour une plus modeste cour, il rentre à Lunéville mais, affichant une certaine froideur, il devient vite impopulaire.

Dès l'année suivante, confiant la régence à sa mère, la duchesse douairière Élisabeth-Charlotte, il entreprend un tour d'Europe. Au cours de ce voyage, il est initié à la franc-maçonnerie. et reçu dans l'Ordre par une délégation anglaise à La Haye.

À Versailles, il prête hommage au roi de France pour une partie de son duché de Bar, conformément aux termes de la reconnaissance de la suzeraineté française, remontant à 1301. À Bruxelles, il visite sa tante, la gouvernante Marie-Élisabeth d'Autriche. À Berlin, il assiste au mariage du futur ().

C'est alors qu'il est rappelé à Vienne par l'empereur, qui, en 1731, l'a nommé vice-roi de Hongrie.

En 1732, il est nommé Maître franc-maçon à Londres. C'est sous son influence que la franc-maçonnerie se développe librement en Autriche.

Le « mariage du siècle » (1736) Le , François, 27 ans et 2 mois, épouse l'archiduchesse Marie-Thérèse, alors âgée de 18 ans et 9 mois. Le jeune couple prend possession de la Toscane, où ils restent trois mois. François est fait Feld-maréchal de l'Empire et généralissime de l'armée impériale. Il possède également la villa Médicis.

Marie-Thérèse lui donne seize enfants : Marie-Élisabeth (-) ; Marie-Anne (-) ; Marie-Caroline (-) ; (-), épouse en 1760 Marie-Isabelle de Bourbon-Parme († 1763) puis en 1765 Josépha de Bavière ; Marie-Christine (-), épouse en 1766 Albert de Saxe, créé duc de Teschen (1738-1822) ; Marie-Élisabeth (-) ; Charles-Joseph (-) ; Marie-Amélie (-), épouse en 1769 Ferdinand I de Parme (1751-1802) ; (-), épouse en 1765 Marie-Louise d'Espagne ; Marie-Caroline († ) ; Jeanne-Gabrielle (- ) ; Marie-Josèphe (-) ; Marie-Caroline (-), épouse en 1768 Ferdinand des Deux-Siciles (1751-1825) ; Ferdinand (-), duc de Modène, épouse en 1771 Marie-Béatrice d'Este (1750-1829) ; Marie-Antoinette (-), épouse en 1770 ; Maximilien (-), archevêque-électeur de Cologne.

Une dynastie ressuscitée : le tableau de Martin van Meytens, peint en 1754 vignette|504x504px|centré|La famille impériale en 1754. De gauche à droite au premier plan : l'empereur (45 ans) et les archiduchesses Marie-Anne (16 ans) et Marie-Christine (12 ans) ; l'impératrice (37 ans) avec les archiducs Joseph (13 ans), Charles (9 ans), Léopold (7 ans) et l'archiduchesse Marie-Élisabeth (11 ans) ; au fond : les archiduchesses Marie-Amélie (8 ans), Jeanne-Gabrielle (4 ans), Marie-Josèphe (3 ans) et Marie-Caroline (2 ans) entourent leur petit-frère Ferdinand dans son berceau. L'archiduchesse Marie-Antoinette naîtra l'année suivante suivie un an plus tard par le dernier enfant du couple impérial l'archiduc Maximilien-François.

L'abandon de la Lorraine en échange de la Toscane (1737) Pour mettre fin à la guerre de Succession de Pologne, qui a commencé en 1733, l’empereur , répondant à la demande du cardinal de Fleury, accepte d'accorder une compensation au vaincu, Stanislas Leszczyński, beau-père de , en lui remettant les duchés de Lorraine et de Bar, lesquels, à la mort de l'ex-roi de Pologne, deviendront français.

En échange de la perte de ces duchés, sur lesquels sa famille régnait depuis sept cents ans, François se voit offrir le grand-duché de Toscane, proposition qu'il finit par accepter malgré les objurgations de sa mère et de son frère, Charles-Alexandre, et au grand dam de ses sujets lorrains. Cet échange territorial, négocié en secret dès 1735 (accord préliminaire de ) et effectif en 1737, est formalisé par le traité de Vienne (1738).

François fait transférer les archives ducales à VienneUne partie de ces archives a été restituée en 1923 aux archives départementales de Meurthe-et-Moselle, sises à Nancy. Le reste est « rendu » en 2003-2004 sous forme de microfilms (propos de la directrice des archives départementales lors d'un entretien avec Robert Depardieu). Cf. http://www.archives.cg54.fr/fileadmin/Sites/Archives_d__partementales_de_Meurthe_et_Moselle/documents/Guide/F.htm et http://chr.lorraine.eu/informations/documents/551736.pdf., ainsi qu'une partie des meubles du château de Lunéville. Sa mère obtient de la disposition à titre viager de la principauté de Commercy.

Les représentants de Stanislas Lesczynski prennent possession du duché de Bar en , du duché de Lorraine en mars, et le nouveau duc s'installe à Lunéville en avril.

François prend possession du grand-duché de Toscane à la mort de Jean-Gaston de Médicis (). Le gouvernement effectif sera longtemps assuré par le prince de Beauvau-Craon, chef du conseil de régence.

La guerre de Succession d'Autriche vignette|Le couple impérial et l'archiduc-héritier (Palko, 1747).

En 1740, à la mort de , selon les dispositions de la Pragmatique Sanction, reconnue par l'ensemble des États européens, les possessions habsbourgeoises doivent aller à sa fille Marie-Thérèse.

Cependant, demande des compensations territoriales et les électeurs de Saxe et de Bavière, mariés à des archiduchesses autrichiennes, refusent de reconnaître Marie-Thérèse comme seule héritière et d'élire François empereur. Le roi de Sardaigne, bien qu'ayant épousé la sœur de François, convoite le Milanais. En France, l'attentisme du roi et de son ministre, le cardinal de Fleury, se heurte à l'opinion publique qui ne songe qu'à écraser, une fois pour toutes, la maison de Habsbourg, sa rivale depuis près de 250 ans.

Marie-Thérèse est une jeune mère de famille de 23 ans sans réelle expérience politique, ouvertement amoureuse de son mari François-Étienne de Lorraine à qui la France a enlevé ses États et qui n'a toujours pas donné le jour à l'héritier mâle qui consoliderait sa légitimité et sa dynastie.

Cette mésentente déclenche la guerre de Succession d'Autriche (1740-1748), pendant laquelle le « duc de Lorraine », n'oubliant pas sa patrie d'origine, se montrera profondément francophobe, allant jusqu'à promouvoir la paix avec la Prusse, quitte à abandonner la Silésie, si chère à Marie-Thérèse, pour faciliter la lutte de l'Autriche contre la France.

Empereur (1745) vignette|gauche|L'empereur entouré des savants Gerard van Swieten, Johann Ritter von Baillou, Valentin Jamerai-Duval et Johann Marcy.

François est finalement élu empereur le , à Francfort-sur-le-Main, et est couronné le suivant, jour de la fête de saint François d'Assise, son saint patron. Marie-Thérèse n'est donc pas impératrice en titre, même si, dans les faits, c'est elle qui dirige l'Empire et administre ses territoires patrimoniaux. François s'opposa en vain à l'alliance austro-française (1756) et ne peut marier sa fille Marie-Christine à son neveu, Charles-Maurice de Savoie (ne serait-ce pas plutôt Benoît de Savoie?), duc de Chablais, fils de sa sœur et du roi de Sardaigne.

Peu doué pour la guerre mais excellent administrateur, l'empereur « Frantz » fonde la fortune des Habsbourg-Lorraine. Il investit dans des secteurs d'avenir, fonda des manufactures, spécula avec succès en bourse et utilisa ses bénéfices pour acquérir de vastes propriétés et des entreprises qui, à leur tour, généraient d'énormes profits.