vignette|Clivage gauche-droite contemporain classique.|253x253px

En politique, la « gauche » et la « droite » est une manière de catégoriser les idéologies, les idées, les politiciens ou les partis selon leurs positions politiques et leurs valeurs. L'opposition entre la droite et la gauche structure fortement l'échiquier politique, même si certains partis se définissent comme centristes, ou revendiquent un dépassement du clivage.

Les notions de gauche et de droite en politique se sont construites progressivement entre la fin du et le début du .

L'usage consiste à diviser les partis politiques en catégories générales qui formalisent une division bipartisane. Dans l'ensemble du champ politique, les forces politiques sont : l'extrême gauche, la gauche, le centre, la droite et l'extrême droite.

Il est difficile de trouver une définition du clivage qui fonctionne quels que soient le lieu et l'époque, celui-ci changeant avec le temps. Néanmoins, les partisans de gauche accordent généralement beaucoup d'importance aux idées de progressisme et d'égalité, tandis que la droite valorise la tradition, la hiérarchie ou le mérite.

La notion de gauche, comme celle de droite, ne possède pas un contenu idéologique fixe et a priori : par exemple, l'orléanisme est à gauche du légitimisme, et ce qui était à gauche à une époque se retrouve souvent à droite à une autre époqueHistoire des gauches en France, et René Rémond, Les Droites en France. ; ainsi le libéralisme est aujourd’hui généralement classé à droite, alors qu'il était classé à gauche du temps de Benjamin Constant.

Les notions de droite et de gauche étant détaillées dans des articles dédiés, cet article vise à parler de leur positionnement relatif.

Signification du clivage Deux valeurs fondamentales séparent la gauche de la droite d'un point de vue psychologique. : La gauche prône le progressisme et le changement social, tandis que la droite est en faveur du conservatisme et des traditions. La gauche cherche à produire une société plus égalitaire, que cette égalité soit économique, politique, ou sociale. La droite va plutôt privilégier la hiérarchie et le mérite.

Ces deux valeurs sont liées du fait que les sociétés traditionnelles ont souvent été très hiérarchiques, et que les révolutions et demandes de progrès social sont souvent motivées par une envie d'égalité..

Il existe d'autres valeurs très importantes sur lesquelles les partis de droite et de gauche se divisent. Certaines d'entre elles sont liées aux deux valeurs précédentes, tandis que d'autres en sont plus éloignées. : La droite prône les valeurs de libertéMichel Winock, La Droite, hier et aujourd’hui, Perrin, 2012, p. 112, de libéralisme économique (liberté d'entreprendre), de propriété privée, d'identité nationaleMichel Winock, La Droite, hier et aujourd’hui, Perrin, 2012, p. 169, d'ordre, de sécurité, d'autorité, de justice (pénale)Pierre Bréchon, Valeurs de Gauche, valeurs de droite et identités religieuses en Europe, Revue Française de Sociologie, 2006/4 (Vol.47), p. 725-753, DOI: 10.3917/rfs.474.0725 https://www.cairn.info/revue-francaise-de-sociologie-1-2006-4-page-725.htm#no21, ou de non-intervention de l'État dans l'économie. La gauche favorise les valeurs de liberté.Henri Weber, la Gauche expliquée à mes filles : La gauche est attachée à toutes les valeurs de la République : liberté, égalité, solidarité, droits de l'homme, Seuil, 2000 (libertés fondamentales, libéralisme des mœursPierre Bréchon, Valeurs de Gauche, valeurs de droite et identités religieuses en Europe, Revue française de sociologie, 2006/4 (Vol.47), p725-753, DOI: 10.3917/rfs.474.0725 https://www.cairn.info/revue-francaise-de-sociologie-1-2006-4-page-725.htm#no21), de solidarité, d'insoumission, de tolérance, de justice (sociale), de nationalisation des biens communs et des services publics, ou de planification de l'économie. Les valeurs de travail, de justice et de liberté sont plus transversales, même si leur sens peut varier selon ceux qui l'utilisent : par exemple, dans le cas de la notion de Justice, la gauche invoque le plus souvent une notion de « Justice sociale », qui demande plus d'égalité, alors que la droite revendique une « Justice pénale », qui punit les criminels.

Toutes ces valeurs fluctuent généralement dans l'espace et le temps, et il est compliqué de trouver une définition qui fonctionne quels que soient l'époque et le lieu. Par exemple, si la gauche était anticléricale et que la droite soutenait la religion catholique dans la France du , cette fracture s'est atténuée, voire a disparu, avec le temps. Le nationalisme, un concept clairement de gauche sous la révolution française, est quant à lui passé à droite à la fin du .

S'il existe des ressemblances entre certaines idéologies de droite et de gauche, les motivations poussant les individus à adhérer à la gauche ou à la droite ne sont généralement pas symétriques.. Les croyances et opinions de chaque camp répondent à des besoins psychologiques différents. Les idéologies de droite offrent par exemple un sentiment d'ordre, de sécurité et de contrôle., et sont donc davantage choisies par les personnes percevant le monde comme dangereux et ayant une faible tolérance à l'incertitude..

Le clivage fut remis en cause à de nombreuses occasions au cours de l'histoire. De nombreux politiciens et partis proclament régulièrement son dépassement, au profit d'autres distinctions, comme l'opposition entre société ouverte et société ferméePascal Perrineau, Les nouveaux clivages politiques, expliqués par Pascal Perrineau, Cap'Com, 14 décembre 2017, entre mondialisme et souverainisme ou encore entre élitisme et populisme. D'autres considèrent au contraire que les notions de droite et de gauche sont toujours d'actualité, et que le concept permet toujours de bien comprendre la politique.

De nombreuses personnes ont influencé les deux familles politiques. La droite a comme influences Caton l'Ancien, François-René de ChateaubriandMichel Winock, La Droite, hier et aujourd’hui, Perrin, 2012, , Adolphe ThiersMichel Winock, La Droite, hier et aujourd’hui, Perrin, 2012, , Alexis de TocquevilleMichel Winock, La Droite, hier et aujourd’hui, Perrin, 2012, ou Raymond Poincaré. La gauche se reconnaîtrait davantage dans les Gracques, Robespierre, Karl Marx, Rosa Luxemburg ou Jean Jaurès.

Histoire Origine On considère traditionnellement que l'origine historique de ce clivage se trouve durant la Révolution française. Lors des débats d'août et septembre 1789, les députés favorables au maintien du pouvoir du roi se sont placés à la droite du président de l'assemblée et les partisans d'une limitation de ses pouvoirs, à sa gauche. Un député de la noblesse, Louis-Henri-Charles de Gauville, écrit dans ses mémoires :

On retrouve toutefois des traces antérieures de son existence. Ainsi en Angleterre, dès 1672, les membres de la chambre des communes se plaçaient déjà à la droite ou à la gauche du roi.

En France Le clivage gauche-droite ne fut pas la seule manière de classer les politiciens. Déjà sous la convention, on vit d'autres groupes antagonistes émerger, comme les « montagnards » proches des tribunes du peuple, et la « Plaine ».

Le clivage entre droite et gauche s'ancre dans la vie parlementaire pendant la période de la Restauration. Ainsi, selon Marcel Gauchet, « la vraie naissance de la droite et de la gauche date de la Restauration »Marcel Gauchet, La droite et la gauche, dans Pierre Nora (dir.), Les lieux de mémoire, III, La France, 1. Conflits et partages, Paris : Gallimard, Bibliothèque illustrée des histoires, 1992, . D'un côté, à droite, les royalistes, contre-révolutionnaires et soutiens de la cause royale, de l'autre, à gauche, les libéraux, héritiers des Lumières, républicains et partisans d'une démocratisation du droit de vote. Au milieu, le centre est composé de doctrinaires et d'Indépendants.

Le clivage va se perpétuer sous la monarchie de juillet, la deuxième république et le second empire. La gauche de l'époque regroupait alors les personnes en faveur d'une démocratisation du régime, celles en faveur d'une république, ainsi que les précurseurs des courants socialistes. La droite rassemblait les royalistes, qu'ils soient orléanistes, doctrinaires ou légitimistes. D'autres courants politiques, comme le bonapartisme, sont plus difficiles à classer, et sont considérés par les historiens soit comme centristes, soit comme de droite.

Sous la Troisième République, la gauche sera qualifiée de « parti du mouvement », et la droite de « parti de l'ordre ». À partir de cette époque, la république sera petit à petit acceptée par la droite. La vie politique se divisera donc de plus en plus sur la question de la religion. La gauche était alors en faveur de la laïcité, alors que la droite soutenait le catholicisme d'État. Lors de l'affaire Dreyfus, la droite va s'engager dans une campagne antidreyfusarde, là où la gauche va plutôt décider de défendre le capitaine.

L'usage des catégories de gauche et de droite était alors cantonné à la vie parlementaire ; il ne se diffuse massivement dans le langage courant qu'au début du , et s'y stabilise définitivement avec le Front populaire en 1936..

Le début du est aussi marqué par la montée en puissance du mouvement ouvrier. À partir de cette époque, les choix économiques priment sur les autres questions. Le clivage s'articule entre une gauche favorable à la question ouvrière, et une droite y étant plus réticente. Le parti radical socialiste, républicain, mais parfois hostile à l'« ouvrierisme », devient donc centriste, et la gauche est surtout composée de communistes, socialistes, et sociaux-démocrates.

La seconde guerre mondiale rebat les cartes, et affaiblit considérablement la droite. Lors de la quatrième république, le clivage se fait désormais entre une gauche incapable de jouer l'union, à cause d'un parti communiste puissant mais isolé par la guerre froide, et une droite tout aussi divisée, à cause des gaullistes refusant en bloc la constitution de la quatrième république.

Sous la cinquième république, le mode de scrutin favorise une bipolarisation de la vie politique, et renforce le clivage. La gauche est alors dominée par le Parti Socialiste, et la droite par le parti héritier du gaullisme. La présidentielle de 2017 a été marquée par l'effondrement des deux grands partis historiques.

Dans les pays anglophones En Grande-Bretagne Les termes « droite » et « gauche » ont été assez peu utilisés au Royaume-Uni, mais la distinction droite-gauche y fut quand même incarnée par les deux grands partis politiques. L'histoire du clivage britannique est ainsi empreinte d'un bipartisme qui laisse peu de place à d'autres formations politiques.

Le vit l'émergence d'un clivage entre les Whigs, qui militaient contre l'absolutisme royal, et les Torys, qui défendaient l'aristocratie foncière. Celui-ci se perpétua dans un clivage entre le parti libéral de gauche, héritier des Whigs, et le parti conservateur de droite, héritier des Tories. Dans les années 1920, le parti libéral fut rattrapé et marginalisé par le parti travailliste, qui devint le grand parti de gauche. Le parti conservateur n'eut lui aucune concurrence sérieuse à droite pendant ses deux siècles d'existence.

Contrairement au reste de l'Europe, en Grande-Bretagne, les libéraux furent considérés comme une force politique de gauche plutôt que de droite. Ceux-ci participèrent à étendre les libertés individuelles, à étendre les pouvoirs du parlement, et à construire un État-providence. Vers la fin du , des conservateurs comme Margaret Thatcher utilisèrent bien des théories économiques libérales, mais ces théories n'avaient rien à voir avec le libéralisme en tant que force politique organisée.