Un mégalithe (en grec ancien , « grand » et , « pierre ») est une construction monumentale constituée d’une ou de plusieurs pierres brutes de grandes dimensions peu ou pas taillées, érigées sans mortier ni ciment pour fixer la structure. L'usage a toutefois conduit progressivement à regrouper sous l'unique terme de « mégalithe » tout un ensemble de constructions (en pierres principalement) ou de monuments, avec des architectures très variées et des fonctions distinctes (souvent funéraires mais pas uniquement), érigées partout dans le monde à des époques diverses. Le terme est donc utilisé de manière très générique et désigne des réalités archéologiques très divergentes.
Définitions et typologie Étymologie Le mot « mégalithe » est un néologisme apparu dans le courant du formé à partir des deux mots en grec ancien (« grand »), et (« pierre »). Étymologiquement, un « mégalithe » désigne donc une « grande pierre ». L'adjectif megalithic est utilisé pour la première fois par Algernon Herbert dans un ouvrage publié en 1849 et le substantif « megalith » apparaît dans un article de en 1853. En France, l'adjectif « mégalithique » est utilisé dès 1850 et adopté au Congrès international d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques de Paris de 1867 qui décide de remplacer l'expression « monuments celtiques » par celle de « monuments mégalithiques ». Dès le congrès de 1867, il apparaît que les dénominations « monuments mégalithiques » ou « mégalithes » englobent des monuments très différents, ce qui ne satisfait pas tous les spécialistes de l'époque ni ceux d'aujourd'hui.
Problèmes de définition
À l'origine, la définition admet implicitement qu'un mégalithe est une pierre brute, le qualificatif est d'ailleurs toujours présent dans les définitions données par les dictionnaires du Grand Robert (« monument de pierre brute de grandes dimensions (ex. dolmen, menhir) ») et de l'Académie (« monument préhistorique constitué d’un gros bloc de pierre brute ou de plusieurs blocs assemblés ou disposés de manière régulière. Les menhirs, les cromlechs, les dolmens sont des mégalithes. ») alors qu'il disparaît dans celles données dans le vocabulaire d'architecture (« monument préhistorique formé de blocs de pierre de grande dimension ») et dans celui des préhistoriens (« bloc de pierre de grandes dimensions dont on a fait un usage monumental. Par extension, construction utilisant de tels blocs »).
Toutes les définitions précisent qu'un mégalithe est un monument et il y assimilation du tout à la partie ainsi par une « extension sans doute abusive, un monument construit de blocs mégalithiques est souvent lui-même appelé mégalithe ». Par extension, le regroupement des monuments de même type, bien qu'édifiés selon des procédés architecturaux différents, conduit à qualifier de « mégalithe » un monument qui n'est pas au sens propre mégalithique (i.e constitué de grandes pierres) : ainsi, parmi les dolmens qui sont classés comme étant des mégalithes, il existe des dolmens construits sans grande pierre. Par convention, on inclut donc dans les mégalithes des monuments qui ne sont pas construits uniquement avec de grandes pierres, voire uniquement avec des pierres de dimensions très réduites et a contrario, on en exclut toutes les constructions dites cyclopéennes (pyramides d'Égypte, temples incas) qui « sont exclues de la famille des monuments mégalithiques et ce, quelle que soit la dimension des blocs en question ». Ainsi à partir du choix d'un matériau (la pierre), la définition du mot « mégalithe » conduit à un type de monuments et d'un type de monuments à un regroupement de types en une seule et même super-catégorie et de celle-ci à un phénomène, le mégalithisme, dont la définition stricte est tout aussi problématique.
De même, l'association fréquente entre un type de structure mégalithique (dolmens, allées couvertes...), et sa fonction (funéraire) peut aussi conduire à restreindre l'usage du terme « mégalithe » « non plus pour désigner une structure de morphologie spécifique mais une structure funéraire de grande taille ». Bien qu'en Europe la connotation funéraire des mégalithes soit la plus fréquente, il n'existe aucune fonction univoque rattachée à la notion de mégalithe.
Dans les cas les plus communément admis, un mégalithe peut tout aussi bien être défini par les modalités de sa construction (utilisation d'une ou plusieurs pierres de grandes dimensions, érigées ou utilisées dans une construction sans l'aide de mortier ou de ciment pour en fixer la structure) que par sa fonction (sépulture individuelle ou collective, édifice à vocation astronomique ou religieuse).
Typologie
On classe ainsi généralement parmi les mégalithes les monuments en pierre suivants :
les pierres dresséesMenhir plantées verticalement en terre, constituées d'un seul bloc à l'état brut ou retravaillées, qu'elles soient isolées (menhirs, stèles, statues-menhirs, taulas), alignées selon une direction approximative (alignement mégalithique), disposées de manière à constituer des enceintes plus ou moins complètes (improprement appelées cromlechs), associées à des terrassements spécifiques (henges) ; les constructions préhistoriques à vocation funéraire intégrant dans leur architecture des pierres de grande taille : dolmens, coffres mégalithiques, chambres sous tumulus, navetas des îles Baléares, tombe des géants de Sardaigne, bateaux de pierre de Scandinavie ; des sépultures préhistoriques (hypogées, grottes, abris, sépultures sous dalle) dites « mégalithiques » uniquement en raison de l'utilisation de dalles pour en obturer l'accès ; divers monuments préhistoriques, parfois uniques en leur genre, construit avec des pierres monumentales ou avec une accumulation de pierres : Göbekli Tepe, temples mégalithiques de Malte, Rujm el-Hiri, Atlit Yam, Stonehenge... ; les polissoirs constitués par des rochers naturels non mobiles, et donc laissés en place, utilisés durant le Néolithique.
Hors d'Europe, où le terme « mégalithe » est généralement utilisé seulement pour désigner des constructions datées de la Préhistoire (du Néolithique à l'âge du bronze), ce mot peut être appliqué à des constructions comportant de grandes pierres, mais édifiées postérieurement à la Préhistoire : cercles mégalithiques de Sénégambie en Afrique de l'Ouest, site de Nan Madol en Micronésie, statues de l’île de Pâques, cercle de Calçoene au Brésil, etc.
Certains chercheurs pensent qu'au Néolithique existaient à côté des mégalithes leurs équivalents en bois, appelés « dolmens et menhirs en bois » ou désignés par l'expression parallèle « mégaxyle » (du grec xylon, « bois »).
Distribution géographique dans le monde
Des mégalithes ont été érigés dans de nombreux endroits du monde à des époques très différentes.
Europe thumb|Tumulus de Bougon en Deux-Sèvres.
En Europe où subsistent aujourd'hui quelque , les estimations se répartissent comme suit pour les monuments mégalithiques funéraires : . Quelques milliers en Europe atlantique, avec notamment la Bretagne .
En Europe de l'Ouest, la néolithisation des régions côtières atlantiques coïncide avec les premières constructions de la côte de l’Atlantique et le début du mouvement mégalithique à l'origine des connus dans cette région... C'est sur la façade atlantique que l'on trouve les plus anciennes constructions mégalithiques dont l'ancienneté a été établie par datation au carbone 14 (cairns de l'île Guénioc et de Barnenez).
Afrique thumb|upright=0.8|Détail d’un des monuments du champ de stèle de Tiya, Éthiopie, Patrimoine mondial de l'UNESCO.
En Égypte, le site de Nabta Playa est le seul site mégalithique connu. Au Soudan, des pierres ont été dressées dans le bassin de Kerma dès 4600 av. J.-C. et les pierres dressées de la frontière soudano-erythréenne peuvent être mises en relation avec les stèles du Royaume d'Aksoum. Dans la corne de l'Afrique, des pierres dressées ont été signalées à Djibouti, au Somaliland et il existe une longue tradition de pierres dressées dans le Sud de l'Éthiopie et dans le Nord du Kenya (Kalokol).
C'est en Éthiopie que se trouve encore aujourd'hui la plus grande concentration de mégalithes de tout le continent africainFrancis Anfray, « Les origines de l'Éthiopie », . Ils sont de trois types : des cistes dolméniques, des tumulus sans chambre et des stèles, qui se comptent par milliers dans le Choa et le Sidamo. Dans le district (wereda) du Soddo au sud d'Addis-Abeba, quelque cent soixante sites archéologiques ont été découverts jusqu'à présent, dont celui de Tiya, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCOSite de l'UNESCO, Tiya. Réf. : 12 .
En Afrique du Nord, des pierres dressées et des monuments para-mégalithiques sont visibles dans tout le Sahara. Au Maroc, Gabriel Camps a signalé un dolmen aux environs d'Oujda; le site mégalithique le plus connu est le cromlech de M'zora, site unique en son genre. En Algérie et en Tunisie, on peut voir des concentrations regroupant des milliers de monuments dans de vastes nécropoles (Bou-Nouara, Roknia, Gastel, djebel Gorra...). Les dimensions des dolmens nord-africains sont assez variables mais sans commune mesure avec les dolmens européens bien qu'il existe aussi des monuments assimilables à des allées couvertes dans le Nord de l'Algérie (Aït Raouna, Aït Garet).
En Afrique centrale (région de Djohong au Cameroun, région de Bouar en République centrafricaine), les monuments mégalithiques se caractérisent par des tumulus de faible envergure, parfois de simples plateformes de pierres, surmontés de pierres dressées. Au Mali, des ensembles mégalithiques sont connus dans différentes régions, les plus spectaculaires étant ceux de Tondidarou. Au moins 200 sites mégalithiques ont été recensés en Sénégambie, dans un espace limité entre les fleuves Gambie au sud et Saloum au nord, dont plusieurs classés au patrimoine mondial de l'UNESCO (Siné Ngayène, Wanar, Wassu, Ker Batch). Ils sont datés d'une période qui s'étend du au voire peut-être au de notre èreGravrand, Henry, La Civilisation Sereer, Pangool, Les Nouvelles Éditions Africaines du Sénégal, 1990, , 20 & 77 . « Stone Circles of Senegambia », UNESCO World Heritage Centre.« Wassu & Kerbatch Stone Circles », brochure du National Council for Arts & Culture, Gambie.. Au Burkina Faso, il existe des tombes en hypogée surmontées d'un tertre supportant des pierres sculptées (dont certaines présentant une silhouette anthropomorphe). Dans la province d'Ogoja au sud-est du Nigeria plus de 300 pierres gravées, appelées localement akwanshi, ont été inventoriées.
Les mégalithes de Madagascar datent des trois derniers siècles et comportent de fortes influences indonésiennes.
Asie
Au Proche-Orient, les mégalithes correspondent très majoritairement à des monuments de type dolmens et chambres sous tumulus et sont généralement concentrés dans des nécropoles pouvant comporter des centaines de monuments (Syrie, Liban, Jordanie, Israël). Les pierres levées monumentales sont peu fréquentes (un peu plus d'une trentaine de menhirs sur une dizaine de sites différents). Il existe aussi des sites uniques en leur genre (Atlit Yam, Rujm el-Hiri).
En Asie centrale, en Sibérie et en Mongolie, les pierres de cerf sont datées de la fin du et du . Elles sont attribuées à des cultures indo-européennes comme la culture d'Andronovo et à des peuples de la steppe, comme les Scythes, qui élevèrent de nombreuses stèles anthropomorphes. De grandes chambres rectangulaires sont visibles dans le sud de la Chine et en Mandouchourie. En Extrême-Orient, les dolmens de Corée sont datés du . Au Japon des monuments mégalithiques apparaissent au et de gigantesques monuments impériaux de type mégalithique (Kofun) sont construits au et .