La principauté de Salm-Salm forme, à la fin du , un territoire autrefois plus vaste nommé par les historiens Salm-en-Vosges. Elle succède en 1598 à une région historique plus étendue par un long indivis : le comté de Salm du comte Jean IX, faisant partie du duché de Lorraine à partir de 1600 par le mariage de sa fille Christine ,d'une part, et la première principauté de Salm qui désigne l'autre moitié du comté de Salm attribuée au rhingrave Frédéric, élevé en 1623 au statut de prince d'Empire d'autre partL’origine des maisons de Salm.

La principauté de Salm-Salm n'existe effectivement qu'entre 1751 et 1793. Elle est souveraine bien que les Français y disposent d'un droit de libre passage. Après l'annexion ratifiée le , la Convention sépare l'ancien territoire princier en deux cantons des Vosges, le canton de Senones et le canton de La Broque (aujourd'hui canton de Mutzig), ce dernier canton complété ultérieurement par l'apport d'autres communes du Val de BrucheLa Principauté de Salm, d’après un article paru dans le « Bulletin de la société philomatique vosgienne » 1898.

La refondation de la principauté Réunion de deux rameaux de la famille de Salm Les Salm descendant du Rhingrave Frédéric s'étaient séparés au en plusieurs branches ; celle de Neufville de la ligne de Dhaun avait reçu la dignité princière (princes de Salm), mais avait aussi donné naissance au rameau collatéral des ducs de Hoogstraten.

Le prince de Salm Louis Othon a pour seule héritière sa fille aînée Dorothée, laquelle épouse en 1719 son cousin Nicolas-Léopold, du rameau collatéral des ducs de Hoogstraten. À la mort du prince en 1738, le rameau de Hoogstraten recueille alors la dignité princière. En 1743, Nicolas-Léopold prend pour celui de prince de Salm-Salm () de prince de Salm-Salm pour signifier cette réunion et sa principauté est désignée comme "principauté de Salm-Salm" . Le territoire de la principauté reste inchangé, partagé avec le comté de Salm des ducs de Lorraine.

Statut Par un diplôme de transport et de confirmation, donné à Vienne le , l'empereur transfère à Nicolas-Léopold, en tant que possesseur du comté princier de Salm, la qualité de membre des états princiers attachée à cette terre.

Refonte du territoire La principauté de Salm forme depuis 1623 un territoire morcelé, imbriqué dans les territoires du comté de Salm dévolu au duc de Lorraine. Elle forme aussi une enclave germanique entre le duché de Lorraine, dépendant de l'Empire, et l'Alsace, partiellement occupée par la France depuis les traités de 1648.

À partir de 1738, le traité de Vienne, établit par convention entre le roi Louis XV de France et l'empereur Charles VI du Saint-Empire que le duc François III de Lorraine renoncerait à ses États en faveur de l'ex-roi de Pologne Stanislas Leszczyński, beau-père en exil du roi de France. Celui-ci deviendrait duc « viager » de Lorraine et de Bar et à sa mort, la Lorraine et le Barrois seraient rattachés à la France. Nicolas-Léopold craignit qu'à cette occasion, sa principauté ne subisse le même sort. Après de longues négociations, il obtint qu'une convention soit signée le entre lui-même, Stanislas et Louis XV. Un nouveau partage entre le comté et la principauté y était décidé, sorte de remembrement aboutissant cette fois à deux aires géographiquement bien distinctes. vignette|La principauté après 1751. vignette|La principauté en 1784. La convention est signée à Paris le par ses quatre négociateurs, à savoir : pour et Stanislas, le maréchal Charles Fouquet, duc de Belle-Isle, assisté de l'abbé Rome, chanoine de Saint-Pierre de Lille ; et, pour , le prince Louis de Salm-Salm, son fils aîné, assisté de l'abbé Jean Thelosent. Le prince de Salm-Salm la ratifie le ; Stanislas, le .

La Lorraine acquit l'ouest du territoire avec Badonviller pour capitale, et les Salm-Salm abandonnaient leurs droits sur la baronnie de Fénétrange. L'essentiel de l'ancien comté, sur la rive gauche de la Plaine, était en revanche attribué en pleine propriété aux princes de Salm-Salm, comprenant une trentaine de localités : le val de Senones comprenant le bourg de Senones qui devint capitale de la principauté ainsi que Ménil, Belval, Châtas, Moussey, La Petite-Raon, Le Puid, Le Vermont, Vieux-Moulin, Saint-Maurice-lès-Senones, les Frénot, Le Saulcy et Le Mont ; Celles et le val d'Allarmont comprenant Allarmont, Luvigny, Raon-sur-Plaine et Vexaincourt ; le ban de Plaine comprenant Plaine, Bénaville, Champenay, Diespach, Poutay et Saulxures ; la prévôté de Saint-Stail comprenant Saint-Stail et Grandrupt ; le ban de Salm comprenant La Broque, Albet, Fréconrupt, Grandfontaine, Les Quelles, Vacquenoux, Vipucelles et les forges de Framont.

Sa population est d'environ pour une superficie d'environ 240 kilomètres carrés (20 km sur 12).

Un nouvel État souverain La nouvelle prospérité Le partage a favorisé la nouvelle principauté de Salm-Salm, en extension comme en ressources naturelles ou artisanales. On y cultive le seigle, le sarrasin, l'orge, la pomme de terre et un peu de froment, du chanvre et du lin. On y trouve des forêts de sapins et donc des scieries, mais aussi des lièvres, des sangliers, des chevreuils et des perdrix ; et dans les rivières, des truites, des lottes et des ombres. Beaucoup d'arbres fruitiers, des cerisiers en quantité.

Les forges occupent plus de 400 ouvriers. Les activités minières et métallurgiques constituent le patrimoine de loin le plus considérable des seigneurs de Salm. C'est en effet à Framont-Grandfontaine qu'est édifiée au milieu du la première entreprise sidérurgique « moderne » des Vosges où se coule la fonte tout au long de l'année, et non plus sur quelques mois avant destruction des hauts fourneaux. L'importance des filons métallifères (et non la qualité) contribue à la puissance et à la renommée des forges princières de Salm-Salm au . Lors de l'annexion de la Principauté par la France révolutionnaire, la famille Champy (originaire de Bourgogne) s'en rend propriétaire en 1796 et en poursuit l'exploitation avec succès. Progressivement concurrencées par l'utilisation à moindre coût du charbon minéral, les forges survivent difficilement pour disparaître en 1857.

Princes souverains de Salm-Salm (1575-1634), à qui l'empereur Ferdinand II confère le titre de prince d'empire le . Sa portion du comté est alors érigée en principauté. Fils du Wildgrave et Rhingrave Frédéric (1547-1608) et de Françoise, comtesse de Salm. Il épouse Christine de Croy, fille de Charles Philippe, marquis d'Havre, et de Diane de Dommartin, comtesse de Fontenoy, baronne de Fénétrange. Elle lui donne Louis, qui sera tué à la guerre dès sa première année de règne et Léopold Charles-Philippe qui lui succède. (1616-1616). Fils du précédent. Maître de camp au service de l'Empereur, il est tué en 1616 dans l'armée du général Piccolomini, lorsque celui-ci fait lever le siège de Saint-Omer. (1618-1663). Frère du précédent. Il épouse Marie Anne, comtesse de Bronchorst et d'Anholt, dont il a Charles Théodore Othon. Charles Théodore Othon (1645-1710). Fils du précédent. Maréchal de camp général, premier ministre et grand maître de la Maison de l'Empereur Joseph 1er. D'un second mariage avec Louise-Marie du Palatinat, fille d’Édouard, comte palatin du Rhin, duc des Deux-Bavières et d'Anne de Gonzague de Clèves, duchesse de Mantoue, il aura Louis Othon qui suit. Par sa femme, il est l'oncle de l'impératrice Wilhelmine-Amélie de Brunswick-Lunebourg et le cousin germain de la duchesse d'Orléans, "Madame" Élisabeth-Charlotte de Bavière mère du régent et de la duchesse de Lorraine. Louis-Othon (1674-1734). Fils du précédent. Il épouse le Albertine -Jeannette Catherine (1679-1716), fille de Maurice Henri, prince de Nassau-Hadamar et d'Anne Louise, comtesse de Mandersheidt. De cette union naquirent trois filles dont Dorothée Françoise Agnès (o 1702), princesse de Salm. C'est cette dernière qui perpétue la lignée des princes de Salm en épousant Nicolas Léopold, fils unique du Wildgrave et Rhingrave Guillaume Florentin, des seigneurs de Neuvillers, et de Marie Anne, fille du prince de Mansfeld et Fondi. (1701-1770). Gendre du précédent, feldmaréchal dans les armées de l'Empereur ; il prend le titre de prince de Salm à la suite de son mariage avec l'héritière de la branche régnante, Dorothée Françoise Agnès. Le couple aura 18 enfants. (1721-1778). Fils aîné du précédent. Comte d'Immerselle et de Bockhoven, abbé commendataire de Bohéries (1742), de Beaupré (1751-1776) et de Saint-Quentin-en-l'Isle, puis après dispense, marié en 1775 à Marie Anne Félicité, comtesse d'Horion. Il meurt à Senones le et est enterré dans l'église de l'abbaye. Sa femme meurt au même endroit le .Son frère Maximilien Frédéric Ernest (1732-1773) est le père du prince suivant. Il commence une collection de tableaux, de livres et d'autres objets d'arts. thumb|Signature de Constantin Prince de Salm Salm dans un courrier adressé à Napoléon Bonaparte (1762-1828). Neveu du précédent. Ce sera le dernier prince régnant de Salm. En effet, le , face aux événements de la Révolution française, le prince quitte sa principauté pour se retirer dans son domaine d'Anholt, en Westphalie. Il en est dépossédé en 1793 et n'y reviendra jamais. La France étant confrontée à une grave crise frumentaire, la Convention nationale interdit l'exportation des grains sous peine de mort. Un décret du précise en outre que cette prohibition conserve toute sa rigueur même s'il s'agit de ravitailler une terre étrangère enclavée au sein du territoire de la République française, ce qui est le cas de la principauté de Salm-Salm. Cette nouvelle disposition annule de facto le traité de 1751 garantissant à la principauté le libre commerce d'import et d'export. Dès le , le maire de Moyenmoutier notifie aux Senonais l’interdiction qui leur est faite d'acquérir des grains au marché de Raon-l’Étape et organise le contrôle des voitures se rendant dans la principauté.

Les négociations dès lors entamées avec le gouvernement révolutionnaire ne permettent pas de faire évoluer la situation et, au début de 1793, les habitants de la principauté, excédés par une importante crise économique, sollicitent leur annexion à la France. Ils adressent à la Convention une pétition demandant le rattachement de la principauté à la République. Le 2 mars, accédant à leur requête, sur un rapport de Lazare Carnot, l'assemblée révolutionnaire alors présidée par Dubois-Crancé décréte : "la ci-devant principauté de Salm est réunie au territoire de la République, et fait partie provisoirement du département des Vosges", et nomme trois commissaires (Couthon, Goupilleau de Montaigu et Michel) pour qu'ils se rendent sur place et recueillent le serment civique des habitants afin de concrétiser leur attachement à leur nouvelle patrie..

Après l'annexion et bien que souverain d'un état indépendant, le prince Constantin est réputé émigré et ses biens sont séquestrés, déclarés biens nationaux et vendus. Dépossédé de sa principauté par le décret de la Convention du , il meurt à Karlsruhe le . De l'exceptionnelle collection princière de 2330 estampes, dont 1400 furent saisies en 1793, on n'en connaît encore que 107, conservés à la bibliothèque d'Epinal et désormais numérisées.. (Archives départementales des Vosges, 3C, archives du comté et de la principauté de Salm. Répertoire numérique - ). Voir la généalogie des comtes et princes de Salm.

La capitale et la cour des princes thumb|Le second château de Senones