Les Studios Hergé sont la société fondée en 1950 par le dessinateur belge Hergé, afin de s'entourer d'artistes et autres assistants pour élaborer ses bandes dessinées, notamment Les Aventures de Tintin, ainsi que les produits dérivés. À partir de 1986, trois ans après la mort du maître, l'entité se consacre à la préservation de son œuvre, d'abord sous le nom de Fondation Hergé en tant qu'association sans but lucratif, puis, depuis 2006, sous le statut de société en retrouvant son nom initial de Studios Hergé.

Lors de l'essor des Aventures de Tintin dans les années 1940, Hergé s'adjoint d'Edgar P. Jacobs pour faire face à la quantité de travail requise par la création des nouvelles aventures, la refonte des précédentes, la mise en couleurs dorénavant exigée par l'éditeur Casterman et l'éxécution de nombreux travaux dérivés. L'irruption de la couleur et le détail accru des décors enrichissent le dessin d'Hergé tout en le rendant dépendant d'autres artistes à qui déléguer ces tâches. Conscient de l'ambition du futur diptyque d'On a marché sur la Lune, Hergé crée les Studios Hergé pour structurer une équipe autour de lui, réunissant des dessinateurs capables d'adopter son trait, des coloristes, des documentalistes et du personnel administratif.

L'équipe des Studios partage ainsi avec Hergé la création des albums Objectif Lune, On a marché sur la Lune, L'Affaire Tournesol, Coke en stock, Tintin au Tibet, Les Bijoux de la Castafiore, Vol 714 pour Sydney et Tintin et les Picaros, plus les refontes de précédentes histoires. Les Studios livrent également des illustrations pour le journal Tintin et les produits dérivés. Alors qu'Hergé s'éloigne de son héros à partir des années 1960, réduisant son rythme de travail, les Studios entrent dans une période de désœuvrement ; le maître se force à livrer les derniers albums presque uniquement pour faire vivre les Studios. Par ailleurs, Hergé épouse une ancienne coloriste des Studios, Fanny Vlamynck, en 1977.

Après la mort d'Hergé en 1983, les Studios ne peuvent pas continuer Les Aventures de Tintin mais poursuivent brièvement une autre de ses créations, Quick et Flupke. Les héritiers du dessinateur décident ensuite d'arrêter toute production d'après son style et ferment en 1986 les Studios devenus vains. Dès lors, la Fondation Hergé reprend les locaux des Studios et les archives de l'auteur, avec pour objet de préserver et promouvoir ce patrimoine, tandis qu'une autre entité se charge de l'exploitation commerciale de l'œuvre. L'organisme redevient les Studios Hergé en 2006 et inaugure le musée Hergé en 2009. L'œuvre d'Hergé est entre les mains de Fanny et son nouvel époux Nick Rodwell.

Historique Création et vie des Studios Les Studios Hergé sont fondés par Hergé en 1950 pour l'assister dans l'élaboration de son œuvre : Les Aventures de Tintin, Quick et Flupke et Jo, Zette et Jocko.

Les studios comptent au fil des ans d'une dizaine à une cinquantaine de collaborateurs qui aident Hergé dans sa tâche. Parmi eux de prestigieux dessinateurs comme Jacques Martin, Bob De Moor ou encore Roger Leloup.

Les Studios permettent à Hergé de développer les albums des Aventures de Tintin de manière plus élaborée, en déléguant certains aspects, en particulier le dessin d'éléments du décor ou la mise en couleur, un domaine qu'Hergé n'a jamais bien maîtrisé et qu'il avait d'ailleurs délégué à Edgar P. Jacobs dans les années 1940. Les éléments techniques notamment, nécessitant un grand travail de documentation et une technique de dessin particulière, rendaient cette assistance précieuse. Les Studios furent d'ailleurs créés alors qu'Hergé travaillait sur Objectif Lune, aventure où la technologie est omniprésente. L'influence de certains membres sur le scénario est également sensible. Jacques Martin, par exemple, revendique beaucoup d'éléments du scénario, principalement de nombreux gags burlesques (le sparadrap dans L'Affaire Tournesol, Tournesol déboulant dans la voiture du médecin dans Les Bijoux de la Castafiore, etc.), qui, d'après Martin, ne correspondent pas au style d'humour d'Hergé.

L'entrée des bureaux est décorée d'objets issus des aventures de Tintin, offerts par des admirateurs ou ayant servi de modèle lors de la création des albums. : .

Période de désœuvrement Dans les années 1960, alors que Tintin devient une icône internationale., Hergé semble se désintéresser de plus en plus de son héros.. Par ailleurs, il vit avec sa jeune coloriste Fanny Vlamynck depuis qu'il a quitté son épouse Germaine après quatre années de liaison, et de nombreuses occupations le détournent de son travail, en particulier sa nouvelle passion pour la peinture et l'art contemporain. L'auteur aime à s'offrir des vacances de plus en plus longues et semble profiter auprès de sa nouvelle compagne d'une forme de retraite anticipée. En 1962, au retour de ses vacances, les membres de son équipe lui font une blague qui révèle selon Philippe Goddin un malaise plus ou moins déguisé :

Le reproche lui est adressé plus franchement pendant l'été 1965 : Jacques Martin et Bob de Moor profitent de l'absence du dessinateur pour effectuer le crayonné et l'encrage de l'un des découpages les plus aboutis du dossier préparatoire de Tintin et les Bigotudos, projet qui servira de base pour la réalisation de Tintin et les Picaros dans les . Ils déposent cette planche sans un mot de commentaire sur le bureau de l'auteur qui la découvre à son retour. Par ce , comme le qualifie Philippe Goddin, les deux dessinateurs cherchent avant tout à montrer au créateur de Tintin que la naissance d'une nouvelle aventure ne repose pas uniquement sur ses propres épaules et que son rôle peut bien être plus limité que ce qu'il laisse entendre.. Quelques jours après son retour, Hergé laisse paraître la planche en question dans l'hebdomadaire suisse L'Illustré, tout en livrant un entretien dans lequel il confie manquer d'inspiration et réclame son droit de ne pas soutenir une cadence forcée de production, comme peuvent le faire de nombreux écrivains.

De fait, le manque d'inspiration de l'auteur entraîne les Studios Hergé dans une période d'activité professionnelle largement réduite. Dans une interview accordée en 2001, Roger Leloup, membre de l'équipe, revient sur cette période d'inertie : . François Rivière et Benoît Mouchart, qui consacrent une biographie à Hergé, rapportent qu'à cette époque, le dessinateur se rendait parfois aux Studios pour y , entouré de lecteurs de son œuvre et aimant ., ce que confirme Numa Sadoul, auteur de nombreux entretiens avec le dessinateur et qui ajoute : . Pour Benoît Peeters, le travail de refonte de L'Île Noire entre 1963 et 1965 tient surtout de la nécessité , en l'absence de nouveau projet depuis la parution des Bijoux de la Castafiore.

Les Studios après Hergé vignette|Logo des Studios Hergé dans les années 1980, d'après l'une des signatures du dessinateur. Après la mort d'Hergé en , son bureau aux Studios est laissé intact quelque temps après sa mort. : ..

C'est à la seconde femme d'Hergé Fanny Remi, entrée comme coloriste aux Studios en 1956, qu'échoit la gérance des droits de l'œuvre du dessinateur et à Alain Baran l'homme de confiance d'Hergé qu'échoient les droits dérivés.

En , les Studios Hergé sont donc séparés en deux entités. La première entité, « Tintin Licensing » est une société créée par Alain Baran qu'il revend rapidement au groupe Canal+. Cette société est chargée de l'exploitation commerciale de l'œuvre d'Hergé, elle gère les droits d'auteur liés à l'œuvre d'Hergé ainsi que les produits dérivés. En 1996, « Tintin Licensing » devient Moulinsart S.A. à la suite du rachat de ce dernier au groupe Canal+ par Nick et Fanny Rodwell de la Fondation Hergé.

La seconde entité dirigée par Fanny Remi, devenue Fanny Rodwell, devient à partir de 1986 la Fondation Hergé qui est une association sans but lucratif (ASBL) dont l'objectif est de gérer l'œuvre de Hergé et de veiller au respect des droits d'auteur. Les deux organismes aujourd'hui restent très liés depuis que la gérance est faite par Nick et Fanny Rodwell.

Fanny Rodwell fait appliquer la volonté d'Hergé, qui ne souhaitait pas que Les Aventures de Tintin se poursuivent après sa mort. Une hésitation se pose cependant au sujet de Tintin et l'Alph-Art, album laissé à l'état d'ébauche par Hergé et dans un premier temps confié aux Studios pour être achevé sous la direction de Bob De Moor. Fanny Remi change ensuite d'avis et décidera finalement de publier uniquement les croquis d'Hergé, au grand dam de Bob De Moor.

Une autre hésitation concerne la série Quick et Flupke. Moins populaire que Tintin, celle-ci n'a jamais fait l'objet d'instructions claires d'Hergé concernant une éventuelle reprise. Probablement plus pour pallier le manque d'activité des studios quelque peu désœuvrés depuis la disparition du maître que par réelle volonté artistique. Fanny accepte le projet de Johan De Moor, le fils de Bob et récemment arrivé aux studios, de reprendre la série. Johan De Moor réalise un album composé de nouveaux gags tandis que les studios modernisent d'anciens gags qui n'avaient jamais été adaptés en couleurs.

Trois albums sortent donc en 1985, il s'agit des seules œuvres pour lesquelles les studios Hergé aient été crédités « officiellement » sur la couverture et la page de garde. Ces albums sortent dans une ambiance quelque peu morose puisque Fanny profite de la sortie pour annoncer que non seulement la reprise de la série est avortée et s'arrêtera là, mais qu'en plus les Studios Hergé vont devoir fermer leurs portes.

Les Studios sont donc condamnés à court terme et, le temps d'achever quelques projets (produits dérivés et publicités principalement), leur activité s'arrête rapidement.

Fondation Hergé vignette|Logo de la fondation Hergé. Le , les Studios Hergé de « l'après Hergé » sont remplacés par la « Fondation Hergé », son rôle est de gérer les droits de l'auteur de l'œuvre d'Hergé. Différents événements ou publications eurent lieu en lien avec la « Fondation Hergé » depuis cette date.

Remariée à l'anglais Nick Rodwell, Fanny Remi, devenue Fanny Rodwell, lui délègue une grande partie de la gestion de l'œuvre de son précédent époux. Le couple Rodwell parvient notamment à racheter la licence des droits dérivés Tintin Licensing au groupe Canal+ en 1996 pour la somme de 132 millions de Francs belges. Ils rebaptisent Tintin Licensing et créent la société Moulinsart S.A. pour gérer les droits dérivésTintin Hergé Marche-t-on sur les bijoux de la Castafiore ? sur free-tintin.net, passer de nouveaux partenariats commerciaux et ouvrir des boutiques Tintin en Europe de l'Ouest, au Japon, au Liban, à La Réunion ou encore en Turquie.

2006 : la Fondation Hergé devient les Studios Hergé vignette|Logo de la fondation Hergé, devenue Studios Hergé. En 2006, pour des raisons légales (intéressement des administrateurs des ASBL), la « Fondation Hergé » devient une société, propriété des époux Rodwell et prend le nom de « Studios Hergé ». Les Studios financent notamment les d'euros nécessaires à la construction du Musée Hergé, à Louvain-la-Neuve en BelgiqueObjectif Tintin : Musée Hergé : les studios Hergé renaissent !. En , les studios Hergé lancent, sous l'impulsion du responsable de la communication, la Revue Hergé disponible par abonnement au club Tintin.com aux membres annuels.

Membres des Studios Cette liste non exhaustive reprend les membres les plus emblématiques des Studios Hergé.

Assistants aux dessins Entre parenthèses sont indiquées les dates d'exercice dans les « studios Hergé ». thumb|150px|Bob de Moor, principal support des studios durant plus de 35 années. Bob de Moor (1950-1986)