Le château de Bouges est un château français situé dans la commune de Bouges-le-Château dans le département de l'Indre et la région Centre-Val de Loire.

Ce pavillon champêtre, ou élégante« folie » bâtie en pierre de taille, a été construit en 1765 par un architecte non identifié pour Claude Charles François Leblanc de Marnaval, maître de forges et directeur de la Manufacture royale de draps de Châteauroux.

Protégé au titre des monuments historiques, le château de Bouges, comme une centaine d’autres monuments, propriété de l’État, est géré, animé et ouvert à la visite par le Centre des monuments nationaux.

Histoire La terre de Bouges (Condita Bolgensis) est mentionnée en 917 dans la charte de fondation de l'abbaye de Déols. Au , elle relève de la châtellenie de Levroux. En 1218, le seigneur de Châteauroux, Guillaume de Chauvigny, la laisse en apanage à ses frères. Elle se transmet par les femmes (cf. l'article Levroux) jusqu'au et, par le mariage en 1416 de Jacquette du Peschin avec Bertrand V de La Tour d'Auvergne, la seigneurie, vraisemblablement constituée à cette époque d'une motte féodale, va entrer dans la famille des Médicis.

En effet, un siècle plus tard, en 1518, leur arrière-petite-fille, Madeleine de La Tour d'Auvergne, épouse Laurent II de Médicis. De cette union naît Catherine de Médicis dont le mari devient roi de France sous le nom de Henri II. Celle-ci ne s'intéresse pas à ses terres de Berry et, en 1547, année de son accession au trône, elle offre la moitié de la terre de Bouges à son conseiller et premier maître d'hôtel, Jean-Baptiste Seghizo, « en récompense et reconnaissance [...] de bons, grands et fidèles services ». Le petit castel est décrit comme une « maison-fort (sic), fossés, basse-cour, maison et jardin étant en ladite paroisse et bourg de Bouges ». Par des achats et échanges successifs, Jean-Baptiste Seghizo recomposé la terre de Bouges dont il finit par détenir la totalité en 1565. De son vivant, elle est divisée entre ses neveux, Marc Antoine, premier écuyer tranchant de la reine, « capitaine de la ville et château » de Verneuil-sur-Seine, et Jean Marc. Mais ceux-ci décèdent sans enfant de sorte que la donation revient à Jean-Baptiste qui « vend, cède, quitte et délaisse » Bouges au profit d'un autre neveu, Marc Antoine, en vertu d'une autorisation donnée par Catherine de Médicis le .

Au lendemain de la Fronde, le , la terre est donnée à bail à Françoise de Prunelé, veuve d'Anne de Tournebu, conseiller du roi en les conseils d'État et privé, premier président en requête du palais à Rouen. Son descendant, Claude Le Roux, hérite de Bouges en 1684. Après lui, la terre passe par succession à Claude Lignaud de Lussac, mais celui-ci, criblé de dettes, voit ses biens saisis et Bouges est vendue par adjudication à Jacques Alleaume, trésorier de France en la généralité d'Alençon, en vertu d'un décret du .

Sa veuve, Blanche Marie Anne Lenormand, abandonne son bien à son fils, Jean Jacques Alleaume, trésorier de France en la généralité de Bourges. L'épouse séparée de biens de ce dernier vend la seigneurie de Bouges et ses dépendances (Bretagne, La Champenoise et Liniez) à Claude Charles François Leblanc de Marnaval, le , pour , y compris les meubles et effets mobiliers évalués à . Les actes de vente du indiquent que l'ancienne motte féodale avait été fortifiée, sans doute durant les Guerres de religion et la Fronde.

1759-1781 : Leblanc de Marnaval et la construction du château actuel Leblanc de Marnaval est un maître de forges qui a réalisé une importante fortune et épousé Marie Anne Gaudard, fille d'un trésorier de France au bureau des finances de la généralité de Bourges. Il fait raser l'ancienne maison forte et construire sur ses vestiges, vers 1765Certains auteurs avancent la date de 1762., le château actuel dont le fronton porte ses armes et celles de son épouse. Les travaux sont menés rapidement puisque l'affiche de la vente de 1781 indique que « le château est bâti à neuf depuis dix ans ». Néanmoins, des actes passés par Marnaval en octobre 1772 et juin 1773 précisent que celui-ci réside « ordinairement au château de Clavières » situé à Ardentes, soit que Bouges n'eût pas été achevé à l'époque, soit qu'il ne s'agît que d'une résidence de campagne.. Le , des lettres patentes confèrent à Marnaval d'autorisation d'exercer ses droits seigneuriaux de basse, moyenne et haute justice et celui-ci fait dresser à cette fin, l'année suivante, un plan terrier de son domaine en 28 planches par l'arpenteur François Bonnin.

Le propriétaire ne cesse d'effectuer des travaux et améliorations dans son domaine. En 1778, il procède à une transformation d'ampleur des toitures : c'est peut-être seulement à cette époque qu'elles sont réalisées à l'italienne. L'allée cavalière est tracée après échange de prés avec divers particuliers. Des orangers sont placés sur les terrasses. Une volière et une fabriqueappelée « kiosque » dans l'inventaire de 1781 qui cite les « ornements des balustres du kiosque et divers ornements en plâtre », ainsi qu'une « grille de fer pour le kiosque avec tous ses ornements et agréments » trouvent leur place dans le parc.

Marnaval fait faillite en 1778 et vend la terre de Bouges, le « avec tous les bâtiments, basse-cour y contiguë, l'orangerie, jardin, parc, terrasses, avenues et autres dépendances », ainsi que les ornements et le mobilier dont de glaces. Son frère, Leblanc de Logny, capitaine des chasses du duché de Berry, la remet contre à Jean François, marquis de Rochedragon, colonel d'infanterie, qui n'en disposera qu'à partir de 1781. Sont compris dans la vente « tous les ornements mis à perpétuelle demeure dans le château », estimés à , mais les travaux de toiture effectués en 1778 sont considérés comme « une dépense purement voluptuaire (sic) et qui n'a pu donner aucune augmentation de valeur au château »On peut penser qu'il s'agit d'une transformation assez importante des toitures car en 1785 on trouve encore dans les greniers du château de plomb et , plus « six outils en fer propres à souder au plomb »..

1781-1818 : le marquis de Rochedragon Le nouveau propriétaire Jean François (1744-1816), marquis de Rochedragon, baron de Mirebeaux, est « mestre de camp des armées du roi, colonel général infanterie française et étrangère », chevalier de Malte et chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis. Avec son épouse, Adélaïde Félicité de Sailly (1753-1785), il habite l'hôtel de Conti, rue Saint-Dominique à Paris. Il augmente le domaine et l'administre avec soin et en tire des revenus importants. Il reste sur ses terres durant la Révolution française qui semble ne l'avoir que peu affecté. C'est tout juste si le conseil municipal de Bouges, rebaptisé « Fonds-Cœur », fait enlever les grilles du portail, réalisées aux forges de Clavières, qui sont adjugées à un bourrelier de Bourges ; mais les ferronneries des balcons échappent à la réquisition. Le marquis de Rochedragon est même sollicité pour intervenir auprès de l'Assemblée nationale en vue de la création d'un département intermédiaire entre le bas Bourbonnais, le haut Berry et le pays des Combrailles afin de « régénérer » la contrée.

Le fils aîné du marquis de Rochedragon, Louis Fortuné, ayant émigré, les droits sur la terre de Bouges qu'il a hérités de sa mère, décède en 1785, sont considérés comme appartenant à la nation, mais la fille naturelle du marquis, Marguerite Rosalie Laforest, se porte acquéreur de ces droits auprès de l'administration du département le 11 prairial de l'an IV () ; sa proposition est acceptée le 26 ventôse de l'an VI () et elle verse soit le sixième de la valeur du domaine selon l'estimation faite par Pierre Delalande, ingénieur géographe. Ce prête-nom permet au marquis de conserver dans sa famille la totalité de ses droits de propriété.

Après sa mort survenue en 1816, Bouges échoit à ses deux enfants survivants : Anselme François Marie Henri de Rochedragon (1783-1851), gendre du maréchal Mac Donald, colonel du régiment de cuirassiers du duc de Berry et maire de Bouges, et sa sœur Anastasie Flore Éléonore (°1776), par son mariage marquise de Montaigu.

1818-1826 : Talleyrand et la duchesse de Dino thumb|La duchesse de Dino séjourne à plusieurs reprises à Bouges, mis à sa disposition par son oncle Talleyrand. Le ceux-ci vendent Bouges pour à Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, prince de Bénévent, qui possède non loin de là le château de Valençay. Le château est « orné de glaces, boiseries, tentures et autres embellissements » et décrit comme « formant pavillon carré à l'italienne, avec terrasses, jardins, parcs, cour d'honneur, basse-cour, écuries, remises, pavillons de concierge, bâtiments d'exploitation » et il est cédé avec ses « meubles meublants et de ménage, linge, vaisselle, glaces, tableaux, tentures, tapisseries, lits, couchettes ».

Le nouveau propriétaire renouvelle une partie du mobilier comme l'indique l'inventaire effectué en septembre 1818 par Bourgognon, tapissier. Les objets de table, notamment les verres et les couverts, sont gravés de la lettre B ou du nom de Bouges. La chambre dite « de la duchesse de Dino » au rez-de-chaussée, abrite un lit de fer et un mobilier d'acajou recouvert de soie bleue. Dans le grand salon se trouvent des chaises, fauteuils et deux canapés en bois peint garnis de velours jaune, ainsi que deux jardinières. À l'étage, la chambre du prince comprend un lit à baldaquin et un bureau en bois noir. Ce mobilier est laissé à la garde du concierge Mallet qui reprend cet état le et signale « un mauvais billard et dix mauvaises queues ».

Talleyrand utilise peu le château de Bouges. Son ami le général-comte de Castellane, relatant une visite qu'il y effectue en octobre 1819, précise que le château est « comme neuf, charmant dans tous ses détails, meuble par [le prince] complètement [...] sans qu'il y ait encore couché ». En 1822, Talleyrand fait dresser un état des titres du domaine dont il exploite les vignes.

Il met la demeure à la disposition de Dorothée de Courlande (1793-1862), duchesse de Dino, épouse de son neveu Edmond, qui y séjourne à diverses reprises mais ne l'évoque jamaisElle n'en parle pas dans sa Notice sur Valençay (1848), où elle mentionne quelques châteaux du voisinage..

1826-1852 : la famille Masson vignette Le , Talleyrand revend Bouges à un homme d'affaires lorrain, Georges Timothée Masson (1774-1857), qui possède également en Berry le château de Villedieu et ses hectares de terres, mais passe le plus clair de son temps à Nancy. Il doit sa fortune à la manufacture de tabac fondée par son père à Nancy et possède de grands domaines tels que Guermange et Art-sur-Meurthe. Maire-adjoint de Nancy en 1814, il y reçoit le tsar Alexandre de Russie.

Son fils, Antoine Achille Masson (1815-1882) administre les domaines de Bouges et de Villedieu au décès de sa mère en 1839. Il épouse en 1850 Adélaïde Joséphine Bachasson de Montalivet, deuxième fille d'Adélaïde de Saint-Germain et du ministre Camille de Montalivet qui obtiendra de Napoléon III l'autorisation de transmettre son nom aux descendants de son gendre.

On attribue à Antoine Achille Masson la transformation du parc de Bouges en parc à l'anglaise. Sans doute est-ce lui qui effectue également des aménagements intérieursDans l'acte de vente de 1853, une chambre d'entresol est dite « non terminée » ce qui donne à penser que des travaux sont en cours ; dans les bureaux de la cour des communs sont signalés « des chapiteaux et ornements en carton-pierre, un poêle démonté en faïence » qui pourrait être celui de l'ancienne salle à manger, tandis que les éléments de décor attestent d'une « reprise de l'ordonnance intérieure, peut-être celle du hall d'honneur ou de la cage d'escalier » (). : installation du billard dans l'actuelle salle de jeux ; transformation de la chambre contiguë en salle à manger ; installation d'un piano dans le petit salon, avec une partie du mobilier de la chambre de Talleyrand.

1853-1857 : le général Ben Ayed