La Marianne de Dulac, également appelée Marianne de Londres, est une série de timbres postaux d'usage courant, à l'effigie de Marianne, figure allégorique de la République française, conçue à la demande du général de Gaulle avec l'accord du gouvernement britannique en 1943 et portant une croix de Lorraine. Cette série fait partie de celles destinées à remplacer les timbres à l'effigie de Philippe Pétain ou célébrant les valeurs du régime de Vichy.

Ces timbres, qui doivent être représentatifs de la France d'après-guerre, et de la paix retrouvée, symbolisée par deux frises de rameaux d'olivier, sont dessinés par l'illustrateur Edmond Dulac et imprimés à Londres. La gravure en taille-douce est une première pour un timbre français d'usage courant.

La série sert dans la France libérée à partir du , notamment le timbre rose à qui affranchit les lettres « simples » et en 1945 pour les dix-neuf autres à valeurs allant de à . Le , les timbres sont retirés de la vente, sauf le 50 francs vendu jusqu’au ; ils restent toutefois utilisables au-delà de ces dates et gardent leur pouvoir d'affranchissement.

Les vignettes de cette série ont été imprimées à environ d’exemplaires, toutes valeurs confondues, bien qu'un tirage bien plus important ait été prévu à l'origine. Ces timbres sont finalement peu utilisés sur le courrier car, les tarifs postaux évoluant, ils ne correspondent plus aux besoins et sont « concurrencés » par d'autres séries : ils sont pour cette raison très recherchés par les collectionneurs quand ils sont oblitérés sur lettres et alimentent surtout le marché philatélique à l'état neuf.

La Marianne de Dulac est reprise sur des timbres postaux français en 1994, 2005, 2015 et 2025 à l'occasion d'anniversaires décennaux de son émission.

Genèse de la série De nouveaux timbres pour la France libérée Depuis Londres et Alger, Charles de Gaulle, la France libre et le Comité national français puis le Comité français de libération nationale commencent dès 1940 à imaginer les structures administratives de la France libérée, ne reprenant de la précédente architecture que ce qui est indispensable et politiquement acceptable ; ces orientations sont traduites dans une série d'ordonnances, dont celle du .. Il s'agit également d'assurer, le moment venu, une circulation normale des personnes et des biens. Dans ce domaine, se pose entre autres le problème de l'acheminement du courrier alors que le personnel, les infrastructures postales (grands centres de tri) et le matériel (transport, fournitures) sont éprouvés par la guerre.. De plus, la crainte d'une pénurie de timbres-poste se fait jour car il est hors de question, pour des raisons tant symboliques qu'économiques, de laisser en circulation les séries de timbres à l'effigie de Philippe Pétain ou célébrant les valeurs portées par le régime de Vichy.

D'autre part, De Gaulle refuse le projet américain d'administration de la France par le gouvernement militaire allié des territoires occupés (AMGOT) et, avec lui, l’utilisation des timbres libellés en anglais que doivent apporter les troupes du débarquement de Normandie. Ces timbres sont cependant mis en service après d'âpres négociations et de profondes modifications ménageant les susceptibilités des uns et des autres. ; ils constituent les deux séries Arc de Triomphe, imprimées aux États-Unis.. Leurs tirages limités imposent toutefois de multiplier les séries provisoires de provenances diverses car la France ne souhaite pas dépendre des seuls Américains pour son approvisionnement en timbres-poste en attendant le moment où elle pourra être autonome dans ce domaine..

Une « Marianne » comme symbole républicain vignette|gauche|redresse=1.35|Épreuves non retenues de la Marianne de Dulac.|alt=Photographie en couleurs de six timbres poste de couleurs différentes. Sollicité par De Gaulle, le gouvernement britannique accepte que, sur son sol, soit étudiée la conception et menée à bien la fabrication de timbres de substitution, en fonction des exigences et des besoins français. Edmond Dulac est un peintre français d'origine toulousaine installé à Londres en 1904 et naturalisé britannique en 1912 ; pour l'occasion, il a anglicisé son prénom en « Edmund ». Dulac dessine depuis 1936 des timbres pour la poste britannique dont, en 1940, un projet non concrétisé de timbre célébrant l'alliance franco-britannique au début de la Seconde Guerre mondiale. ; ce type est adapté de la « version » française dessinée par Henry Cheffer. C'est ainsi que le peintre est présenté à De Gaulle fin 1940. ou en 1942.

Il semble que Marianne, allégorie de la République. et figure .., ait rapidement été retenue par les deux hommes comme sujet du timbre. Ce choix permet de renouer avec une tradition en vigueur depuis la chute de Napoléon III jusqu'à la mise en place du régime de Vichy et qui veut qu'aucun personnage vivant ne soit représenté sur un timbre ou un billet de banque français, ce qui constitue également une rupture symbolique avec le précédent régime...

Dulac établit en 1942 un premier projet, assez proche du dessin définitif notamment pour ce qui est du motif central, mais avec les légendes « POSTES » et « FRANCE » qui peuvent entraîner une confusion avec les timbres du régime de Vichy légendés « POSTES FRANÇAISES » : il n'est pas adopté. Des feuilles d'essai portant sur deux types différents de trois valeurs chacun, aux couleurs des timbres anglais correspondant aux mêmes classes d'affranchissement (journaux, lettres intérieures, lettres pour l'étranger)., sont imprimées en héliogravure par Harrison and Sons (High Wycombe, Buckinghamshire) ; portant peut-être sur au total, elles se retrouvent ultérieurement sur le marché philatélique aux États-Unis.

Un concours pour choisir le projet En , un concours est lancé par François de Menthon, commissaire à la Justice au sein du Comité français de libération nationale (CFLN) à Alger, pour établir le dessin de nouveaux timbres. Un cahier des charges précis impose entre autres la présence de la croix de Lorraine, des lettres « RF » (pour République Française) et du mot « POSTES » ; le sujet des timbres doit .

Dulac, qui est peut-être le seul candidat de ce concours, avec une version remaniée de son projet initial, est logiquement retenu le mais n'est informé de cette décision que le suivant. Sur cette base, le marché est confié à l'imprimeur britannique Thomas De La Rue, à Londres, qui doit réaliser les timbres en taille-douce.. La localisation londonienne de l'imprimerie fait que cette série est parfois dénommée Marianne de Londres, en référence à la Marianne d'Alger.

Description Dessin et gravure : le Penny Black comme source d'inspiration La Marianne de Dulac est la deuxième série postale d'usage courant à représenter sans équivoque Marianne juste après la Marianne d'Alger dessinée par Louis Fernez et dont les premiers exemplaires circulent en en Corse..

La composition générale du timbre, très classique, offre de fortes similitudes avec le Penny Black, premier timbre au monde, émis au Royaume-Uni en 1840 (gravure en taille-douce, burelages et guillochis latéraux., inscription ou motif dans chaque angle, portrait central de profil gauche).

Le timbre de Dulac représente le profil gauche d’une tête de Marianne, coiffée d'un bonnet phrygien, encadrée de deux rameaux d'olivier symbolisant le retour de la paix. En bas figurent la valeur faciale et le mot « POSTES ». En haut se trouvent la mention « RF » et une croix de Lorraine, exigées par le cahier des charges. Sur cette série destinée à la France, Dulac reprend exceptionnellement son prénom d'origine et les timbres sont signés « EDMOND DULAC ». Le nom du graveur n'est pas connu ; peut-être est-ce Edmond Dulac lui-même, mais il pourrait s'agir avec plus de vraisemblance de Leonard Vincent Philips qui a longtemps travaillé pour Thomas De La Rue sans jamais signer ses timbres.

Léa Rixens, fille du peintre André Rixens, cousine et veuve de Paul-Émile Rixens qui étudia à l'école supérieure des beaux-arts de Toulouse en même temps qu'Edmond Dulac., a servi de modèle pour ce timbre. Dulac utilise à cet effet des dessins de Léa qu'il avait réalisés avant la Première Guerre mondiale lors d'un séjour à Londres de la jeune femme et de son mari..

Caractéristiques générales et variétés vignette|gauche|redresse=1.3|alt=Photographie de timbres dont les perforations sont obliques par rapport à la verticale ou l'horizontale.|Piquage oblique (feuille de timbres pliée avant la perforation). Les timbres, mesurant au total , sont dentelés . Ils sont imprimés en taille-douce à plat par feuilles de 200 (vingt rangées de dix timbres) ; si le nom de l'imprimeur et des repères de tirages figurent dans les marges des feuilles, la date d'impression n'est pas mentionnée. La réalisation « en lignes » de la perforation ne favorise pas l'obtention de timbres aux coins réguliers.

Les principales variétés accidentelles consistent en des impressions sur du papier mince et translucide ou au contraire épais et poreux, des nuances de couleur connues sur la moitié des valeurs, des défauts de dentelure (piquage à cheval ou oblique, dentelure partiellement ou totalement absente) ainsi que des impressions recto-verso (verso du timbre imprimé, mais l'image est moins nette ou plus terne) ou des décalques au verso du timbre (image inversée de mauvaise qualité).

Émission et usages postaux Commande revue à la baisse Onze timbres sont initialement prévus, nombre porté à vingt dans un second temps. Des propositions de couleurs sont faites sur un nuancier composé de deux fiches cartonnées établies par De La Rue, intitulées « COMITE FRANCAIS DE LA LIBERATION NATIONALE STAMPS », datées des et et sur lesquelles sont collées onze et neuf vignettes qui représentent une tête de Minerve casquée ; si les valeurs sont bien celles retenues pour la série, les couleurs ne sont pas définitives..

Les premières épreuves sont présentées vers le après accord des autorités britanniques pour la fourniture du papier ; les premiers timbres sont imprimés dans la première quinzaine d'. L'Agence comptable des timbres-poste coloniaux, installée à Londres, est chargée de réceptionner les feuilles imprimées, de les emballer, de les stocker et de procéder à leur expédition vers la France au fur et à mesure de la libération de nouveau territoires. Le timbre à 1,50 francs est réalisé en priorité. Paris étant libéré le , les premières caisses, soit cinq millions de timbres, traversent la Manche le à destination de l'Atelier général du timbre, boulevard Brune, et le timbre est émis le ; une rupture du stock de papier diffère alors l'impression du reste de la série.. La mise en circulation des dix-neuf autres valeurs s'échelonne de mars à en quatre « vagues » successives.

La quantité de timbres à imprimer, toutes valeurs confondues, est initialement fixée à mais en raison du retard pris et de l'impression d'autres types de timbres, la commande est réduite à environ, dont pour le seul 1,50 francs rose (affranchissement d'une lettre simple de moins de à l'intérieur de la France métropolitaine en 1942) ; l'impression de de timbres destinés aux colonies avec des légendes spécifiques à chacune d'entre elles est abandonnée en comme le suggère Tony Mayer, chef du service des timbres à Londres, ce qui permet de réduire fortement le nombre de matrices à fabriquer.. Les volumes de vente ne sont connus pour aucune valeur de la série.

Série mal adaptée aux tarifs vignette|gauche|alt=Bloc de 4 timbres portant dans l'angle gauche de chacun la mention rajoutée "RF".|Type Mercure avec surcharge RF. vignette|alt=Graphique de courbes.|redresse=1.2|Extrait des tarifs postaux français.