Pierre Orts (Bruxelles, - Tintange, ) est un diplomate belge, entre 1898 et 1920, très actif sur le théâtre africain.

Biographie Pierre Orts est né à Bruxelles, le , du premier mariage (1871) de Louis Orts (1842-1891, avocat près la Cour de cassation) avec Anna Nauts (1847-1873). Celle-ci décédant à 25 ans, deux mois après la naissance de son fils, c'est la seconde épouse de Louis Orts (mariage en 1876), Emilie Van Volxem (1850-1929, fille de Jules Van Volxem, bourgmestre de LaekenMarie-Anne Dolez, « Vieilles familles du Pays de Gaasbeek - 4. VAN VOLXEM - Premier rameau de Ruisbroek se développant à Bruxelles », in: Brabantica, X, Première partie, pp. 116-137, éd. Genealogicum Belgicum, Bruxelles, 1971., et jeune veuve avec une fille posthume du jeune Henri de Rasse terrassé à 25 ans en 1870 par le typhus sur le champ de bataille de Sedan) qui élèvera Pierre et lui donnera encore trois demi-frères et deux demi-sœurs Orts, en plus de sa fille née Henriette de Rasse (1871-1947).

Petit-fils du juriste, il comptait avec Hubert Dolez, Pierre Sanfourche-Laporte, et Auguste van Dievoet parmi les plus brillants avocats en cassation de son temps., historien, professeur, échevin, ministre d'État libéral Auguste Orts (1814-1880), Pierre est le sixième Orts de père en fils à faire des études de droit. C'était depuis longtemps devenu une tradition familialeMarie-Anne Dolez, « ORTS – Une famille bruxelloise de gens de robe », dans : Tablettes du Brabant, tome I, 47 pp., Hombeek (Belgique), 1956. qui avait débuté un certain lorsque son ancêtre, un autre Pierre Orts (1696-1768, arrière-grand-père d'Auguste), fut, ce jour-là, diplômé en droit de l'ancienne université de Louvain et nommé, la même année, avocat au Conseil souverain de Brabant dont il deviendra par la suite conseiller ordinaireLettres patentes de S.A.I. Madame l’Archiduchesse Gouvernante du 20 mai 1735, Archives Générales du Royaume (A.G.R.), Histoire du Conseil de Brabant, n° 9937, f° 379 ; Cartulaire et Manuscrits, t. III, f° 975 ; Chancellerie de Brabant, t. V, f° 211 ; Conseil privé autrichien, n° 285, p. 154, Bruxelles., fonction que son fils, Engelbert-Pierre (1743-1831), assumera également jusqu'à sa nomination comme conseiller au Grand Conseil de MalinesLettres patentes de Joseph II du 19 juin 1789, A.G.R., Chambre des Comptes n° 1446, p. 112 ; n° 983, p. 102 ; Arthur Gaillard, Le conseil de Brabant: histoire, organisation, procédure, Bruxelles, 1898, pp. 426 et 427 ; Papiers ORTS, Bruxelles.. Par sa nomination comme conseiller ordinaire au Conseil souverain de Brabant (1735), Pierre Orts avait automatiquement accédé à la noblesse personnelle non héréditaire d'Ancien Régime. Son fils Englebert-Pierre Orts (1743-1831) fut nommé en conseiller au Grand conseil de Malines, charge conférant la noblesse héréditaire. Noblesse reconnue par en 1960 pour trois des fils du plénipotentiaire Pierre OrtsÉtat présent de la noblesse belge (E.P.N.), Annuaire de 2010, Seconde partie, t. Mot-Oul, s. v. ORTS, pp. 464-471, Collection "État Présent" a.s.b.l., Bruxelles, 2010..

Carrière Docteur en droit de l'université libre de Bruxelles (1896), conseiller juridique auprès du gouvernement siamois (1896-1898), commissaire du roi de Siam (1897-1898), attaché de légation (Bruxelles, 1898), secrétaire de légation (Bruxelles, 1899), puis à Paris (1900-1905), mis à la disposition du roi qui le nomme chef de cabinet du département de l’Intérieur de l’État indépendant du Congo (1905-1908), détaché par le ministère des Affaires étrangères auprès du ministre des Colonies, comme agent de liaison entre les deux départements (1908), conseiller de légation (1911), secrétaire du ministère des Colonies (1914-1917) auprès du gouvernement en exil à Sainte-Adresse (Le Havre), secrétaire de la Commission chargée d’enquêter sur les violations du droit des gens, commises par les armées allemandes en Belgique (1914-1918), conseiller diplomatique du ministère des Colonies (1917), envoyé extraordinaire du roi des Belges et ministre plénipotentiaire (à partir de 1917), secrétaire général du ministère des Affaires étrangères (1917-1920), plénipotentiaire belge à la conférence de la paix de Paris (1919), signataire des Accords Orts-Milner accordant à la Belgique le mandat et la tutelle sur le Ruanda et l’Urundi (1919), président du Comité diplomatique () ; membre (puis président) de la commission permanente des mandats de la Société des Nations (Genève, 1921-1940), fondateur et président de la Croix-Rouge du Congo (1925-1957), professeur ordinaire à l'université libre de Bruxelles (1929-1940), président du Crédit foncier africain (1932-1950), ambassadeur extraordinaire à Berne (Suisse, 1934), haut commissaire à la Défense de la population civile pour le Luxembourg au lendemain de la bataille des Ardennes (1945), membre de la Délégation belge à la commission préparatoire de l’Organisation des Nations unies et à la première Assemblée générale des Nations unies (Londres, 1945 et 1946), administrateur et président (après 1920) de nombreuses entreprises belges (la Brufina, Electrobel, Peltzer & Fils, etc.) et coloniales (la Symétain dont il était le fondateur, le Comptoir Congolais du Café, etc.) ainsi que diverses sociétés du monde associatif.

Siam (1896-1898) Promu docteur en droit de l'université libre de Bruxelles, il prête serment comme avocat en et se destine à la magistrature. La même année, il rejoint la mission belge Rolin-Jaequemyns au Siam (actuelle Thaïlande) en qualité de conseiller juridique du gouvernement siamois, poste pour lequel il avait sollicité sa nomination avant même d'avoir terminé son droit. L'éminent conseiller général du Gouvernement siamois Gustave Rolin-Jaequemyns (1835-1902)(nom souvent incorrectement écrit dans la littérature: Rolin-Jacquemyns)., juriste de haute compétence et fin diplomate, y exerçait les plus hautes fonctions de l'État siamois (de 1892 à 1901) en contrôlant tous les départements ministériels (1891-1901) et plus particulièrement la Justice avec l'appui d'une équipe de jeunes juristes belges chargés de surveiller et de diriger les tribunaux siamois. Ayant attaché le jeune Orts (24 ans) à son cabinet, celui-ci fut appelé à arbitrer des différends survenus entre les Siamois et des expatriés, notamment des FrançaisPierre Orts, « Incidents divers et différends entre le Siam et la France » (inédit), A.G.R.: Papiers Orts (pièce n°424: 1 liasse), Bruxelles, document daté de Bangkok, 1897. et un vice-consul des États-UnisDocument : « Arbitrage par Pierre Orts, commissaire du roi de Siam, dans la question du molestage par des soldats siamois de Kellett, vice-consul des États-Unis à Chieng-Mai », daté de Bangkok en 1897, A.G.R., Papiers Orts (pièce n°421, 1 liasse), Bruxelles, 1973.. On était sous le règne de Chulalongkorn, roi de Siam, qui avait lui-même sollicité cette mission belge et qui se rendit en Belgique en 1897, à l'invitation de Léopold II pour y sceller de nouveaux accords. Il faut dire que les deux souverains, étaient dans les meilleurs termes.

Orts fut également chargé, en qualité de conseiller juridique adjoint du Gouvernement siamois, puis de commissaire du roi de SiamPierre Orts, « Mon séjour au Siam » (inédit en français), A.G.R.: Papiers Orts (pièce n°414: 1 dossier, version française; à ce jour, il existe également une version anglaise et une publication en thaï), Bruxelles, 1938., de visiter les 4 ou 5 petits États laotiens vassaux (dont Chiang Mai était le chef-lieu) afin d'y vérifier leur degré d'allégeance envers le roi de SiamGérald van der Straeten Ponthoz, « Chao Phya Abhai Raja - (alias) Gustave Rolin Jaequemyns, General Advisor of H.M. King Chulalongkorn - The work of the Belgians in Siam at the turn of the nineteenth century », 205 pp., Changpuek Press, Muang Chiang Mai (Thailand), 2006.. En fait, cette mission revint à convaincre, avec doigté et une infinie persuasion, un à un de ces roitelets, la plupart imbus de leur position, de raffermir leurs liens avec leur suzerain, en faisant miroiter à chacun les innombrables avantages qu'en tirerait leur petit peuple. Cette expédition qui dura des mois, conduisit Orts à parcourir tout le pays au Nord de Bangkok par Chiang Mai et Luang Prabang, en usant de tous les moyens de transport disponibles : remonter la Ménam(actuelle Chao Phraya) en bateau à rames, voyager à dos d'éléphant (sa caravane en compta jusqu'à 20) sur , à cheval, sur char à bœufs, et même à pied, avant de descendre le Mékong en pirogue, de rapide en rapide, et enfin, pour regagner Bangkok, de chemin de ferPierre Orts, « Mon séjour au Siam », op. cit.. Cette intrépide mission s'avéra un succès qui devait contribuer à forger l'unité de la future Thaïlande, sauf que, à la suite de l'extension coloniale de l'Indochine françaisePierre Orts, « Notice historique des relations entre le Siam et la France (depuis le ) » (inédit), A.G.R.: Papiers Orts (pièce n°422: 1 dossier), Bruxelles, 1905., celle-ci devra, peu après (1904), reculer sa frontière orientale sur le Mékong dont émergera l'actuel Laos indépendant. Orts participa également à la rédaction de la Constitution du royaume de Siam, une œuvre purement belge, inspirée en grande partie de la constitution belge.

Ayant été victime d'une sévère malaria, Pierre Orts dut, fin 1898, se résoudre à rentrer, pour six mois croyait-il, en Belgique pour se refaire une santé, alors que le conseiller général (R.-J.) souhaitait le nommer chef permanent des commissaires royaux (sorte de vice-roi a-t-on dit à l'époque) auprès du prince laotien afin de renforcer l'influence royale sur la région orientale vis-à-vis des appétits territoriaux de la France. Sur la pression de son entourage familial (ses cinq jeunes demi-frères et demi-sœurs dont il avait la charge depuis la mort de leur père Louis en 1891), Orts ne devait plus retourner au Siam. Il évoquera Rolin-Jaequemyns en ces termes : « Il me communiqua son culte du Droit, m'apprit la méthode dans le travail, me donna le goût de la clarté dans l'exposé et de la précision. L'apprentissage que je fis à ses côtés de la politique internationale développa l'intérêt que je n'ai cessé d'y porter. [...] "Je lui en ai gardé une profonde reconnaissance, comme de l'accueil paternel que je reçus de lui et de Madame Rolin-Jaequemyns, l'admirable compagne de sa vie [qui] suivait avec intelligence et un intérêt passionné les travaux de son mari... ».

Jusqu'à ce jour, Rolin-Jaequemyns (décédé en Belgique en 1902, des suites d'une pneumonie contractée à Bangkok) et Pierre Orts, parmi d'autres sans doute, semblent avoir laissé un inaliénable souvenir dans ce pays, à en croire les témoignages récents de sympathie de l'État thaïlandais envers leurs descendants respectifs, exprimés par une délégation thailandaise expressément venue en Belgique pour célébrer le centenaire de cette remarquable coopération.

De retour à Bruxelles deux ans plus tard, fort de ses diplômes, de l'expérience acquise au Siam et du parrainage de deux éminents magistrats, Pierre Orts pose sa candidature, lors de la rentrée judiciaire de 1898, à la fonction de substitut du procureur du roi. En vain. « Ayant accédé au pouvoir en 1884, le parti clérical avait inauguré le régime le plus sectaire que connut notre pays », écrira-t-il plus tard. « Quiconque avait la réputation de n’être point du même bord que les hommes au pouvoir se voyait interdire l’accès de n’importe quelle fonction publique. Mon nom suffisait à me classer parmi les réprouvés. Tout au long des trente années où ce parti régna en maître – c’est-à-dire pendant toute ma jeunesse – je fus de ces Belges qui, dans leur propre pays, connurent la condition de citoyen de seconde zone »Pierre Orts, « Souvenirs de ma carrière » (inédit, rédigé de 1938 à 1947 ; revus en 1955), 216 pp. et 16 annexes numérotées de I à XVI, A.G.R., Papiers ORTS, pièce n° 389, 1 liasse..