Louis Philippe Robert d’Orléans, duc d’OrléansCe titre n’ayant pas été conféré par une autorité souveraine, il s'agit d'un titre de courtoisie., né le à York House, à Twickenham au Royaume-Uni et mort le au palais d’Orléans à Palerme en Sicile.
Il est le prétendant orléaniste au trône de France sous le nom de « » de 1894 à 1926 et ses partisans le considèrent comme le chef de la maison de France, en tant qu'aîné de la maison d'Orléans.
Il est le dernier des descendants aînés de la branche aînée issue du roi . C’est également un explorateur, un chasseur et un écrivain de langue française.
Famille left|thumb|upright|Le comte de Paris, père du duc d'Orléans.
Dès sa naissance, il reçoit le titre de courtoisie de duc d'Orléans. Il est le fils aîné de Philippe d'Orléans (1838-1894), comte de Paris, et de son épouse et cousine germaine l'infante d'Espagne Marie-Isabelle d'Orléans (1848-1919).
Par chacun de ses parents, il est l'arrière-petit-fils du roi des Français (1773-1850) et de son épouse la reine Marie-Amélie de Bourbon-Siciles (1782-1866), dont il descend à travers Ferdinand-Philippe d'Orléans (1810-1842), duc d'Orléans, et Antoine d'Orléans (1824-1890), duc de Montpensier. Philippe d'Orléans compte également parmi ses autres arrière-grands-parents le grand-duc héritier Frédéric-Louis de Mecklembourg-Schwerin (1778-1819) et le roi (1784-1833).
Le , Philippe d'Orléans épouse à Vienne, en Autriche, l'archiduchesse Marie-Dorothée de Habsbourg-Lorraine (1867-1932), fille du comte palatin de Hongrie Joseph de Habsbourg-Lorraine (1833-1905) et de son épouse la princesse Clotilde de Saxe-Cobourg-Kohary (1846-1927), elle-même fille de la princesse Clémentine d'Orléans (1817-1907).
De cette union malheureuse, qui se termine par une séparation , ne naît aucun enfant. Son frère Ferdinand n'ayant pas, lui non plus, de descendance, la succession orléaniste passe ainsi en 1926 à la branche cadette des descendants de Ferdinand-Philippe d'Orléans en la personne de Jean d'Orléans (1874-1940), duc de Guise.
D'après l'ouvrage du journaliste Vincent Meylan, Contre-enquête sur le comte et la comtesse de Paris, paru en 2007, le duc d'Orléans a néanmoins laissé un fils naturel, prénommé PhilippeVincent Meylan, Contre-enquête sur le comte et la comtesse de Paris, Pygmalion, 2007, page 69..
Biographie thumb|upright|Marie-Isabelle d'Orléans, comtesse de Paris et mère du duc d'Orléans. Premières années Une naissance en exil Philippe d'Orléans voit le jour à Twickenham, au Royaume-Uni, à une époque où la France de connaît une très grande stabilité et où les membres de la maison d'Orléans sont bannis du territoire national par la loi du . Dès sa naissance, la vie du prince est donc placée sous le signe de l'exil et tout semble indiquer qu'il en sera longtemps ainsi. Pourtant, dès 1870, le Second Empire s'écroule et la première loi d'exil touchant les Orléans ne tarde pas à être abolie le . Le petit prince quitte alors l'Angleterre pour gagner la France en compagnie de ses parents et de sa sœur aînée Amélie.
En France Quelques mois plus tard, le , les décrets de confiscation des biens de l'ancienne famille royale signés par en 1852 sont abrogés, et le comte de Paris, père de Philippe, reprend notamment possession des châteaux d'Amboise, d'Eu et de Randan.
C'est donc entre ces domaines et l'hôtel Galliera, à Paris, que Philippe d'Orléans passe son enfance. Lorsqu'il n'étudie pas au collège Stanislas, à Paris, ou à l'Institut Stanislas, à CannesClaude Marro, Si Stanislas m'était conté, Association des Anciens Élèves de l'Institut Stanislas, Cannes, 2005., l'enfant bat la campagne d'Eu et fréquente les bûcherons et les paysans. En compagnie de l'homme de lettres et voyageur Xavier Marmier, hôte habituel de son père, il s'initie cependant très tôt à la botanique et à la zoologie, sciences qui vont tenir plus tard une place primordiale dans son existence.
Le comte de Chambord n’ayant pas d’enfant, le jeune Philippe d’Orléans représente, pour les orléanistes et une grande partie des légitimistes d'alors, la continuité dynastique et nombreux sont ceux qui voient en lui le futur roi de France. Trois ans plus tard, en 1883, le prince est d’ailleurs reconnu comme le nouveau « dauphin » par ceux des royalistes qui font allégeance, à Goritz, au comte de Paris, après la mort du petit-fils de .
Nouvel exil Le mariage d'Amélie et ses conséquences thumb|upright|Amélie d'Orléans, dernière reine de Portugal et sœur aînée du « duc d'Orléans ». Le , le comte de Paris organise, dans sa résidence parisienne de l'hôtel Galliera (actuel hôtel Matignon), une somptueuse cérémonie à l'occasion des fiançailles de sa fille aînée, la princesse Amélie, avec dom Charles, prince héritier de Portugal. La réception est strictement privée et ni le corps diplomatique ni des représentants du pouvoir n'ont été invités. Cependant, l'événement donne lieu à un énorme battage médiatique qui scandalise les républicainsLe Figaro publie ainsi un texte lourd de sous-entendus où il est écrit que le comte de Paris « saurait passer du silence à l'action quand le moment serait venu ». .. Peu de temps après, des députés présentent un projet de loi d'exil devant l'Assemblée nationale et celui-ci reçoit clairement le soutien du gouvernement Freycinet. Le , après bien des débats, paraît donc, au Journal officiel, un nouveau texte qui bannit du territoire national les prétendants au trône de France et leur fils aîné et raye, en outre, tous les autres princes français des listes de l'armée. Avertis des résultats du vote alors qu'ils se trouvent au château d'Eu, le comte de Paris et le duc d'Orléans prennent la décision de quitter immédiatement la France. Avec le reste de leur famille, ils s'embarquent alors au Tréport et gagnent une nouvelle fois l'Angleterre.
Formation militaire
Lorsqu'est votée la loi d'exil de 1886, le prince Philippe se prépare à entrer à Saint-Cyr« The Duke of Orleans - Head of the House of France » dans The Times du 29 mars 1926.. Mais, chassé de France et ne pouvant plus suivre une carrière militaire dans son pays, le « duc d'Orléans » s'inscrit, quelque temps après son arrivée en Angleterre, à l'école militaire de Sandhurst. Il entre à l'académie sans concours, par ordre personnel de la reine Victoria et au titre de fils aîné d'un chef de Maison royale. Bien qu'assez peu doué pour les études livresques (excepté en géographie, en topographie et en sciences naturelles), il y passe ses examens et obtient le grade de sous-lieutenant de l'armée britannique en 1887. Une fois sa formation terminée, le prince s'enrôle dans l'armée coloniale anglaise et est incorporé dans un corps d'élite, les King Royal Rifles. Affecté dans l'Himalaya, sous les ordres de lord Frederick Roberts, il découvre l'Inde du Nord, le Sikkim et le Népal. Dans ces régions sauvages, il est rejoint par son cousin germain, le prince Henri d'Orléans, fils du duc de Chartres, et les deux princes développent une grande passion pour la chasse et la collection des trophées.
De retour en Europe en 1889, le duc d'Orléans est affecté en Angleterre mais la vie de garnison lui déplaît et son père, trouvant sa formation incomplète, lui demande d'intégrer l'Académie militaire suisse pour y suivre des cours sous la supervision de son mentor, le colonel de Parseval.
Le « prince Gamelle » Le coup d'éclat du prince
gauche|vignette|Philippe d'Orléans en 1890. En 1889, l'effondrement du boulangisme rejaillit sur le comte de Paris qui sort discrédité de son soutien au « général revanche ». Tandis que le prétendant s’enferme de plus en plus dans la tristesse, en France, certains royalistes cherchent donc à mettre en avant son fils aîné, dont la popularité n’a nullement été entamée par l’affaire Boulanger. Or, en 1890, le duc d'Orléans atteint l’âge de vingt et un ans, ce qui devrait théoriquement l’obliger à réaliser son service militaire en France, s’il n’était pas exilé. Arthur Meyer, directeur du journal conservateur Le Gaulois, et le duc de Luynes imaginent donc de le convaincre de rentrer illégalement en France afin d'y demander officiellement à la République la permission d’effectuer son service. Le jeune homme accepte immédiatement la proposition et cela sans en demander la permission à son père.
Le , il se rend donc à Paris et se présente au bureau du recrutement, à la mairie du arrondissement puis au ministère de la Guerre, pour se faire incorporer mais, à chaque fois, il se heurte à une fin de non recevoir de la part de l'administration. Enfin, le soir même, il est arrêté dans la résidence du duc de Luynes, rue Saint-Dominique. C’est seulement à ce moment que le comte de Paris est averti par télégramme de l'aventure de son fils. Le prétendant est alors ulcéré de ne pas avoir été prévenu, mais ne laisse pas transparaître publiquement son mécontentement. En attendant son jugement, le duc d'Orléans est incarcéré à la Conciergerie, où le duc de Luynes lui fait livrer de somptueux repas. Bientôt, la presse républicaine en reproduit les menus et, conscient de l'effet négatif qu'un tel traitement de faveur aura sur son image, le prince déclare publiquement qu'il « ne demande que la gamelle du soldat » (gamelle à laquelle il ne touchera pourtant jamais). L'expression connaît immédiatement un grand succès et le prince en garde le surnom populaire de « Prince Gamelle », qui le suivra toute sa vie et qui inspirera à Anatole France le sobriquet de « Trublion » à partir du grec ancien , « bol, écuelle. ».
thumb|upright|La danseuse de cabaret Émilienne d'Alençon, vers 1902.
« La prison, c'est encore la France » Le , le duc d'Orléans est jugé et condamné à deux ans de prison pour avoir violé la loi d'exil. Il est écroué à la prison de Clairvaux le , mais il y reçoit, là encore, un traitement privilégié : l'administration pénitentiaire lui fournit en effet un logement de deux pièces meublées et met un gardien à son service. Il se fait par ailleurs livrer des Daniel de Montplaisir, : une autre Histoire de France, Paris, Mareuil Éditions, 2018, 491 , 290. et reçoit de nombreuses visites : celles de sa mère, Marie-Isabelle d'Orléans, mais également celles de diverses jeunes femmes (comme la danseuse Émilienne d'Alençon ou la chanteuse Nellie Melba)Rendues publiques, ces relations valent d'ailleurs au prince la rupture de ses fiançailles avec sa cousine Marguerite d'Orléans (1869-1940), fille du duc de Chartres.. Après quatre mois de ce régime, il est gracié par le président de la République Sadi Carnot (qui ) et reconduit à la frontière le . De ces événements, le parti royaliste sort quelque peu renforcé, mais pas assez pour menacer véritablement la République. Quant au duc d'Orléans, il ne reverra plus jamais la France (selon Georges Poisson), mais reste proche de la noblesse française qui lui rend visite, comme le comte de Gramont. Il fera néanmoins une incursion dans une colonie française en 1892 et, d'après Jacques Chastenet, se rendra de nouveau en métropole en 1899, en Jacques Chastenet, Histoire de la Troisième République, 2 : Triomphes et malaises, Hachette, 1974, 240..
Voyages et découvertes Après ce coup d'éclat, Philippe d'Orléans reprend ses voyages. Avec son père, le comte de Paris, il se rend aux États-Unis pour visiter les champs de bataille sur lesquels le chef de la maison d'Orléans a combattu lors de la guerre de Sécession. Puis, les deux princes se rendent dans la province de Québec pour découvrir la Nouvelle-France.