Le type Mouchon (ou République des Droits de l’homme, abrégé en Droits de l'Homme selon la dénomination officielle de l'administration postale) est une série de timbres-poste d'usage courant en service en France du à en remplacement du type Paix et Commerce. Ils servent de valeurs d'affranchissement intermédiaires entre les timbres au type Blanc réservés aux petites valeurs faciales et ceux au type Merson pour les fortes valeurs faciales, émis à la même date.

Une impression en deux passages devait en réduire le coût de fabrication mais cette technique se révèle au contraire désastreuse et elle est très vite abandonnée. En outre, le dessin est fortement critiqué et, malgré des retouches apportées en 1902 par son créateur Louis-Eugène Mouchon, il est finalement retiré entre avril et au profit du type Semeuse qui sert jusqu'en 1940.

En 1902, le dessin retouché sert également pour fabriquer des timbres en usage dans les bureaux français à l'étranger ; ces vignettes connaissent une carrière bien plus longue qu'en France puisqu'elles restent en circulation jusqu'en 1931.

Genèse En 1894, le député de la Seine Gustave Mesureur lance un concours qui a pour but de remplacer le type Paix et Commerce (ou type Sage), gravé par Louis-Eugène Mouchon et utilisé depuis 1876, par un timbre qui représenterait mieux, notamment à l'étranger, les valeurs républicaines de la France ; un cahier des charges, qui précise l'esprit dans lequel doit être conçue l'illustration ainsi que les mentions à faire apparaître, est élaboré. Près de sont présentés, dont plusieurs proposés par Mouchon lui-même, comme dessinateur cette fois, mais le jury d'artistes ne décerne finalement aucun prix en raison d'un niveau jugé insuffisant ; il accorde toutefois des mentions honorables pour cinq œuvres. L'administration des Postes, alors peu favorable à ce changement de timbres pour des raisons pratiques et financières, se satisfait de l'échec du concours.

En , le Comité technique postal décide de répartir les valeurs faciales entre trois nouveaux types de timbres d'usage courant, avec désormais le soutien de l'administration des Postes décidée à renouveler ses méthodes d'impression pour en faire baisser les coûts. Le ministre du Commerce Alexandre Millerand et son sous-secrétaire d'État aux Postes Léon Mougeot consultent les projets du concours de 1894 et décident d'utiliser une proposition de Mouchon qui ne faisait pourtant pas partie des cinq projets distingués en demandant au dessinateur de modifier son projet : sur ce dernier, l'allégorie est coiffée d'un casque et la valeur faciale est inscrite dans un blason.. Mouchon assure lui-même, d'après ses dessins, la gravure du timbre qui prend la dénomination de République des Droits de l'Homme, abrégée dans le langage philatélique en Droits de l'Homme, l'appellation la plus répandue étant cependant type Mouchon.

Les cinq timbres au type Mouchon (valeurs faciales médianes) font partie d'une gamme complète de vignettes d'affranchissement avec cinq timbres au type Blanc (faibles valeurs faciales de ) et cinq timbres au type Merson (valeurs faciales élevées de à ). Contrairement au type Blanc dont il faut créer le dessin et pour lequel des retards ont lieu, le type Mouchon est prêt à être émis dès pour l'Exposition universelle à Paris, comme prévu. Millerand veut toutefois une émission simultanée : elle a finalement lieu le au palais Bourbon et au palais du Luxembourg, après la fermeture de l'exposition ; c'est la première vente anticipée de timbres en France.

Ce n'est que le lendemain, , que les autres bureaux de poste parisiens sont approvisionnés..

Émissions de 1900 Description Généralités Le timbre mesure ; il est dentelé .

L'illustration est une allégorie féminine de la République coiffée d'un bonnet phrygien et d'une couronne de lauriers, signe de paix, même si elle est vêtue d'une cuirasse défensive. Représentée assise et de profil, elle tient de sa main gauche une table de pierre sur laquelle est gravée la mention « DROITS DE L'HOMME » et dans la main droite une main de justice qui repose sur son épaule. Une tête de lion sur la cuirasse signale le courage de la République.

La mention du pays « REPVBLIQVE FRANÇAISE » se trouve en bas d'un cadre orné. En haut à droite, un cartouche à fond blanc accueille la valeur faciale sous le mot « POSTES ». Les timbres sont imprimés en typographie à plat. Chaque feuille comporte ; elle est alors coupée en deux pour être vendue sous la forme de deux feuilles de .

Type I et type II vignette|gauche|redresse|Mouchon 20 c type I. Valeur faciale mal centrée verticalement et encres de nuances différentes. Cinq valeurs sont émises le . Le rouge et le bleu existent sous deux types, I et II, le orange sous le type II, le brun-lilas et le lilas uniquement sous le ; les importants stocks de ces deux derniers timbres au regard de leur utilisation ne justifient pas le lancement d'une nouvelle édition au . vignette|redresse=1.2|Principe d'impression d'un Mouchon au . Les timbres au sont imprimés en deux passages. Dans un premier temps, un même galvanotype sert pour toutes les valeurs dans le but de réduire les coûts de fabrication, ce galvanotype représentant le dessin compliqué du timbre mais avec le cartouche vierge de sa valeur faciale. Dans un second temps, les feuilles repassent sous presse pour l'impression de la valeur faciale ; un galvanotype, simple, est fabriqué pour chaque valeur. Entre les deux presses, le papier a tendance à se déformer très légèrement ce qui provoque de mauvais centrages fréquents de la valeur faciale à l'intérieur de son cartouche ; en outre, la nuance de l'encre peut varier d'une presse à l'autre : la technique se révèle rapidement désastreuse sur le plan financier en raison du grand nombre de feuilles imprimées devant être mises au rebut et elle est abandonnée avant même la mise en vente des timbres.

Pour le , l'impression, toujours en typographie, est réalisée en une seule fois ; les chiffres de la valeur faciale sont fixés dans le cartouche de chaque poinçon mais peuvent être changés selon les besoins. De ce fait, la couleur du timbre est toujours homogène et la valeur faciale bien centrée dans son cartouche. Des différences dans le dessin permettent de distinguer les pour les deux valeurs concernées, les . Sur le , la base du « 1 » est rectiligne sur le concave pour le ; la différence de couleur, rose pour le et rouge pour le , est plus difficile à apprécier. Pour le , le cadre intérieur du cartouche est un trait continu sur le , mais discontinu sur le . Les barres verticales du « T » de « POSTES » et du « 5 » de « 25 » sont toujours parfaitement alignées.

En raison du changement de technique d'impression en cours de tirage, les différents types sont mis simultanément en vente le .

Tirages et usages +Type Mouchon Valeur faciale Couleur Type Émission Retrait Tirage10 c rose I04/12/190001/06/1902 rouge II 15 c orange II 01/12/1902 20 c brun-lilas I 01/05/1902 25 cbleu I01/07/1902 II 30 c lilas I 01/04/1902 Le , qui sert à affranchir les cartes postales pour la France comme pour l'étranger, existe aussi, pour le , sous forme d'entier postal (vignette imprimée sur son support, carte ou enveloppe)..

Le est destiné à affranchir les lettres ordinaires (poids inférieur à ) pour la France, d'où l'importance de son tirage ; c'est en prévision du même usage que le timbre est également présenté sous forme d'entier postal. En 1904, alors que le timbre est retiré de la vente, il sert pour des essais de confection de carnets, présentation alors inédite ; ces carnets ne sont pas commercialisés.

Le est une valeur complémentaire. Le affranchit les lettres pour l'étranger et le les lettres intérieures de deuxième échelon ().

Accueil largement défavorable

Le dessin est très mal accueilli par la presse, philatélique ou non, et par une partie du public, le timbre étant qualifié de . Des trois types émis en 1900, le Mouchon est le plus couramment utilisé, ses valeurs faciales correspondant à la plus grande partie du courrier expédié ; toutefois, le public est désorienté par le changement des couleurs : l'usage le plus courant (lettre simple intérieure) passe du bleu à l'orange sur recommandation de l'Union postale universelle.

vignette|Mouchon (type I) et vignette féministe. En réaction à la présence de la table des « Droits de l'Homme », des ligues féministes collent des vignettes « Droits de la Femme » à côté de ces timbres sur leur courrier..

Le philatéliste Arthur Maury critique les « V » à la place des « U » dans la mention du pays ainsi que la présence de la main de justice reposant sur l'épaule du sujet, un symbole de la monarchie..

À la Chambre des députés même, Léon Mirman, député de la Marne, réclame et obtient l'organisation d'un vote à la Chambre des députés le sur le retrait du type Mouchon ; se portent sur le maintien contre 243 favorables à l'abandon du timbre.

Le , Alfred Jarry donne son avis sur le type Mouchon, qu'il raconte avoir découvert lors d'un achat chez un marchand de tabac. Il trouve que l'allégorie de la République est représentée en prostituée : « la vignette représente une scène plutôt regrettable : une dame, aveugle et le bras en écharpe, assise sur un pliant, apitoie les passants au moyen d'une pancarte qui promet à l'homme, sur sa personne, tous les droits ; au-dessus de sa tête se balance une lanterne avec le numéro de sa maison. Le prix s'élève, pour les étrangers, jusqu'à vingt-cinq centimes, quoique ce soit toujours la même dame »..

Type Mouchon retouché de 1902

Modifications visibles Pour répondre aux critiques sur le timbre lui-même et pour résoudre les difficultés techniques de sa fabrication, le dessin est retouché par Mouchon pour des émissions étalées tout au long de l'année 1902 pour chacune des cinq valeurs précédentes.

Le cartouche de la valeur faciale est désormais un écu couronné de laurier dans lequel la valeur faciale figure dès l'origine ; le timbre est imprimé en une seule passe, comme le de 1900.

Le mot « POSTES » est centré dans la ligne de décoration en haut du timbre. Le dessin général du timbre est également revu dans les moindres détails, de nombreuses ombres sont gommées pour éclaircir le motif. La couleur du passe de l'orange au vermillon ; sur certains tirages, cette couleur se révèle proche du rose du que des utilisateurs peu scrupuleux tentent d'utiliser à la place du après avoir maquillé le « 10 » en « 15 ». Les caractéristiques générales du timbre (dimensions, dentelure, technique d'impression) restent identiques à celles du .

Tirages et usages Le nombre de timbres émis n'est pas connu.

+Type Mouchon retouché Valeur faciale Couleur Émission Retrait 10 c rose 18/06/1902 01/05/1903 15 c vermillon 18/12/1902 01/04/1903 20 c brun-lilas 01/05/1902 01/06/1903 25 c bleu 01/07/1902 01/04/1903 30 c violet 01/04/1902 01/06/1903 À valeur faciale identique, les utilisations des Mouchon retouchés sont les mêmes que celles des timbres de 1900, aucune modification des tarifs postaux ne survenant entre 1900 et 1903.

Timbres toujours décriés Malgré les modifications apportées, la popularité de ces timbres d'usage courant ne s'accroît pas. En , Georges Trouillot, ministre du Commerce, et Alexandre Bérard, sous-secrétaire d'État chargé des Postes, décident leur remplacement par la Semeuse dont le motif dessiné par Oscar Roty est déjà utilisé sur les pièces de monnaie depuis 1897. et c'est Mouchon lui-même qui est désigné pour en graver les poinçons. Le remplacement s'effectue entre avril et .

Autres utilisations Franchise militaire