Godefroy Scamaroni, dit Fred Scamaroni, né à Ajaccio le et mort enprisonné dans la citadelle de cette même ville le , est un haut fonctionnaire français, membre de la France libre dès 1940, héros et martyr de la Résistance.
Arrêté par la police politique italienne (OVRA) à Ajaccio, alors qu'il dirige le réseau Action R2 Corse, il se suicide dans sa cellule de la citadelle d'Ajaccio, après avoir été torturé, pour ne rien révéler.
Biographie Enfance Godefroy François Jules Scamaroni, dit Fred, naît à Ajaccio le . Il est le fils d'un préfet, Jules Scamaroni, que la famille suit au fil des nominations, à Ussel, Saint-Brieuc, Brive, Mende (1929-1931) et Charleville-Mézières (1931-1933)..
Formation Licencié de la faculté de droit de Paris en 1934, Fred Scamaroni devance son l’appel, devenant élève officier de réserve à Saint-Maixent, et sert dans l’infanterie comme sous-lieutenant.
Carrière dans l'administration De retour à Paris, il passe le concours et devient chef de cabinet du préfet du Doubs en 1936, qu’il suit à Caen, quand il est nommé dans le Calvados de 1937 à 1939.
À la mort de son père à Orléans, le , où il était préfet du Loiret, le préfet du Doubs le met à son insu en « affectation spéciale », comme chef de famille. Toutefois, quand Scamaroni découvre le courrier, il le déchire.
Seconde Guerre mondiale La Bataille de France
Bien que pouvant être dispensé d'enrôlement, il tient quand même à prendre part au combat lors de la déclaration de guerre. Pendant la drôle de guerre, il va rejoindre le d'infanterie de Cherbourg, élément de la 6e division d'infanterie, intégré en janvier- au dispositif de défense de la ligne Maginot dans le secteur du Boulay (Moselle), avant d'être envoyé dans le Nord.
Par refus de l'inaction, il rejoint un régiment d'aviation. Affecté à Tours, il passe le brevet d'observateur. Lieutenant de réserve dans l'Armée de l'air, il est grièvement blessé dans un combat aérien le , ce qui lui vaut d'être décoré de la croix de guerre et un deuxième galon. À peine rétabli, il rejoint sa base aérienne repliée à Carpiquet dans le calvados, puis en Auvergne et à Pau..
Action au sein de la France libre
Départ pour l'Angleterre Au courant de l'appel du 18 juin, lancé par le général de Gaulle, il part pour Saint-Jean-de-Luz, en possession d'un faux ordre de mission, et parvient à s'embarquer à bord du Sobieski le à destination de l'Angleterre, comme 110 autres aviateurs. Là, ils sont affectés à bord d'un bateau de guerre polonais, qui rapatrie des unités polonaises en Angleterre. En pleine mer, il va se rend compte, qu'il est considéré comme un déserteur. Débarqué à Plymouth, il est l'un des premiers Français libres. Mais ne parle pas un mot d'anglais.
Engagé dans les Forces françaises libres, il est ensuite affecté à la base de Saint-Atham, où il apprend à piloter un avion, avant d'avoir une nouvelle promotion et être nommé à l'état-major personnel du général de Gaulle.
Le raid gaulliste sur Dakar Volontaire pour le raid anglo-gaulliste sur Dakar, qui a pour but de rallier l'immense Afrique-Occidentale française à la cause alliée, Scamaroni décolle en Luciole de l'Ark-Royal et rejoint la base aérienne de Ouakam. Il est porteur d'une lettre du général de Gaulle qu'il remet au gouverneur général Pierre Boisson. Arrêté par les vichystes avec ses camarades dont: Jacques Soufflet, Jules Joire, Henri Gaillet, Adonis Moulènes, Gabriel Pécunia, Marcel Sallerin, il est emprisonné dans de dures conditions.
Lors de son transfert vers Bamako, il parvient à s'évader avec Maurice Kaouza mais ils seront repris. Rapatrié en métropole, il est interné successivement de la prison Barberousse à Alger, puis celle de Clermont-Ferrand, le . Là, malade on doit l'hospitaliser plusieurs semaines.
Gracié avec les autres aviateurs capturés à Ouakama, il est libéré en . Mais, radié de la préfectorale, mais il doit accepter un modeste emploi dans un ministère pour survivre.
Le réseau Copernic à Vichy (1941-1942) Il trouve un emploi de garçon de courses au secrétariat d'État au ravitaillement à Vichy. Voyageant beaucoup, il prend des contacts, rencontre des hommes, notamment en Corse. Un réseau secret de résistants se créé à Vichy avec quelques amis, le réseau Copernic. Très vite, la Gestapo le repère et le condamne à mort en le recherchant. Sur ordre de Londres, il regagne clandestinement l'Angleterre en .
À Londres, il est de nouveau affecté à l'état-major du général de Gaulle. Membre des Forces françaises combattantes (F.F.C.) et du Bureau central de renseignements et d'action (BCRA), il assurera plusieurs missions de confiance pour la France libre.
Retour en Corse (1943) : le réseau Action R2 Corse Scamaroni prend en charge l'élaboration d'un projet d'insurrection dans sa Corse natale, occupée par des troupes de l'Italie fasciste depuis . Il est débarqué sur l'île sous une fausse identité pour prendre contact avec des résistants locaux, unifier les organisations existantes, repérer les terrains de parachutages et plages de débarquements, pour préparer un futur débarquement dans l'île. Sa nouvelle identité est « François-Edmond Severi »François-Edmond Severi, né à Alger le , fils d’Antoine Severi et de Jeanne Blaise..
Le , le sous-marin HMS Tribune, parti de Gibraltar, le dépose sur une plage de la côte Corse, accompagné de son radio, avec des caisses d'armes, d'explosifs et plusieurs postes émetteurs. Le matériel est caché ans un appartement au n° 42, cours Napoléon, à Ajaccio, chez "Paul Pardi et sa famille". Tous les jours, le radio et un résistant sortent pour changer l'émetteur de place, afin de ne pas se faire repérerVoir sur resistance-corse.asso.fr..
Arrestation et mort La redoutable police politique fasciste italienne, l’OVRA traque son réseau qu’il a monté.
Sa sœur Marie-Claire Scamaroni racontera dans une interview en 2008, que son frère a été trahi contre de l’argent :
Jean-Louis Panicacci précise que l'OVRA a repéré et arrêté son radio Jean-Baptiste Hellier le . Selon une première interprétation, celui-ci, après 30 heures de tortures effroyables, aurait livré l'adresse où se trouvait son chef. Scamaroni sera arrêté à Ajaccio dans la nuit du 18 au Jean-Louis Panicacci, L'Occupation italienne : Sud-Est de la France, juin 1940-septembre 1943, Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2010, p. 230.. Il se trouve chez Joseph Vignocchi. Les carabiniers arrivent vers une heure du matin avec le radio Hellier : , aurait dit Hellier. Les Italiens capturent Vignocchi, puis Severi (Scamaroni), et les enferment dans une cellule de la citadelle d'Ajaccio, mais dans des cellules différentesVoir sur curagiu.com.. vignette|Plaque commémorative posée au sein de la citadelle d'Ajaccio. Le rapport italien, communiqué après la Libération, raconte le sort qui sera subi par Scamaroni. Interrogé, il dit s’appeler Edmond Severi, être officier français de la Coloniale, né à Alger en 1908. À un garde Italien qui l’interroge et lui promet la vie sauve s’il parle, il rétorque : Il sera horriblement torturé. On lui arrache les ongles et on lui met des morceaux de fer rouge. Dans la cellule voisine, il y a un autre détenu du réseau. À travers le mur, Scamaroni lui dit : Il a en effet décidé de se suicider pour garder ses secrets.
Les Italiens ignorent sa véritable identité. L'évêque d'Ajaccio refusera des obsèques religieuses à . Son corps, roulé dans une couverture militaire, sera jeté dans la fosse commune par quatre carabiniers en présence d'un aumônier italienJean-Louis Panicacci, , p. 230..
En , après la libération de la Corse en septembre-, sa dépouille exhumée sera exposée à la demande du nouveau maire "Eugène Macchini" dans la cathédrale d'Ajaccio. Ce dernier accueillera ensuite son cercueil dans sa propre chapelle familiale du cimetière de la ville natale de Fred ScamaroniJean-Louis Panicacci, , ..
Fin du réseau Action R2 Corse Avertis de l’arrestation de Fred Scamaroni, les habitants du 42, cours Napoléon, dont Paul Pardi, vident l’appartement de son contenu, des armes et du matériel radio. Angèle, la mère de Paul Pardi, est arrêtée et torturée. Elle ne parlera pas. Pour son courage, elle se verra attribuer la croix de guerre avec étoile de bronze à la libération.
Dix-huit membres du réseau seront tout de même arrêtés avec Scamaroni..
Le , le tribunal militaire du corps d'armée italien de Bastia juge les membres du réseau arrêtés par l'OVRA. Le radio Jean Hellier est fusillé le à à Bastia. Reconnu « Mort pour la France », il est inscrit sur le livre d'or de la résistance de Sartène.
Paul Pardi, Archange Raimondi et Auguste Vieau seront condamnés à mort par contumace. Joseph Vignocchi, Bernard CeccaldiBernard Ceccaldi : Mort en déportation. Né le 11 février 1895 à Ajaccio. Déporté par le convoi du 21 mai 1944 () depuis le Frontstalag 122 de Royallieu-Compiègne à destination du KL Neuengamme. Mort à Bergen-Belsen le 16 février 1945.Source : J.O.R.F. du , cité dans le Livre Mémorial des déportés de France de la Fondation pour la mémoire de la déportation, tome 2 ., Marius Bost, Antoine Cantoni et André Bert - ce dernier par contumace - sont condamnés à 30 ans de réclusion. François Robert, Antoine Serafini, Santa Paravisini, Jean Federici, Jean-François Giovanelli, Joseph Chiappe et Fernand Poli sont condamnés à 24 ans de réclusionJean-Louis Panicacci, , ..
Paul Pardi rejoint Londres et devient agent du Special Operations Executive (SOE).
La sœur de Fred, Marie-Claire Scamaroni, entre dans la Résistance à l'époque de l'arrestation de son frère, aux côtés de François Boquet, l'adjoint de Jean Cavaillès ..
Remise en cause de la thèse de la trahison
La thèse selon laquelle le radio de Scamaroni, Jean Hellier, aurait parlé est mise à mal bien plus tard. Louis Luciani, professeur d'histoire au collège de Luri, fera des découvertes importantes dans des documents d'époque. Et ses conclusions infirment la thèse officielle.
Hellier trahi par un eczéma sur l'oreille ?
Or, Louis Luciani sait par le biais de son ami Sylvain Gregori, historien de renom également, qu'un livre écrit par Virgionio Sias, responsable du contre-espionnage italien en Corse relate des faits où le nom de Salvatore Serra apparaît :
Ce dernier est identifié par Salvatore Serra par un eczéma sur le lobe d'une l'oreille. Virgionio Sias le déclare lorsqu'il relate les propos de Serra :
Serra avec Armstrong connaissaient Hellier sous le nom de Louis. Ils s'étaient entraînés avec lui dans les camps du renseignement britannique en Écosse et en Algérie. Les Italiens arrêtent Hellier à Ajaccio attablé dans un bar.
Le radio de Scamaroni va alors être soumis à des tortures atroces pendant plus de trente heures. Mais il ne parlera pas. Louis Luciani en veut pour preuve, son exécution quelques jours après et ne cesse de marteler :
Luciani va encore plus loin dans son analyse historique. Sias, dans son livre, explique comment il remonte jusqu'à Scamaroni : il trouve dans un tube de crème, le nom des logeurs du résistant. Avec son escadron, Sias n'a plus qu'à s'y rendre et à cueillir Scamaroni qui malgré des consignes, avait décidé de rester :
L'honneur de Jean-Baptiste Hellier est donc sauf. Reste le martyre de Fred Scamaroni qui, malgré les tortures qu'il va subir, ne parlera jamais.
Distinctions et hommages
Décorations
Fred Scamaroni est récipiendaire des décorations suivantes : , à titre posthume, le