Albert Triboulet de son vrai nom Albert Marceau Triboulet, né le à Briançon dans les Hautes-Alpes est un professeur d’italien et de lettres au collège classique de Romans-sur-Isère dans la Drôme. Il deviendra par la suite résistant français sous le nom du lieutenant Marc. Issue d’une famille de classe moyenne et progressiste de gauche, patriote très engagé dans son pays, refusant l'occupation de la France par l'Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale, il s’engage dans la résistance civile puis armée. Capturé par les Nazis lors d’une embuscade, en descendant du maquis du Vercors, il sera fusillé début dans la commune de Saint-Nazaire-en-Royans. Une cité scolaire ainsi qu'une rue portent son nom à Romans-sur-Isère. Biographie Albert Marceau Triboulet est né le à Briançon de l’union de Gilbert Triboulet, gendarme et de Marie Albert institutrice. Il est l'ainé de la fratrie, Roger est né en 1903 Gilberte en 1907, Isabelle en 1905 et Marc en 1910, ces deux derniers mourront durant leur enfance. Son père a participé à la Grande Guerre et a été gazé en 1915. Sa mère est nommée officier d’académie en 1924 après avoir reçu des honneurs locaux pour avoir été une institutrice dévouée. vignette|298x298px|Équipe de football d'Albert Triboulet avec des élèves ©️ Archive de la famille Triboulet Il est issu d’un milieu familial progressiste et orienté à gauche. Son père était en effet trésorier de la section SFIO de Briançon en 1929 mais aussi franc-maçon. Sa mère était membre du bureau de bienfaisance de Briançon. La famille triboulet ne voulait pas se réduire à son groupe social. Sa pratique du violon et de la flûte illustre cette volonté émancipatrice car la pratique de la musique était réservée aux classes aisées. Grâce à des photographies retrouvées dans sa famille , nous savons qu’il a également pratiqué le football et la randonnée dans les montagnes.

Il a reçu une bourse qui lui a permis d’intégrer le collège de Briançon, un établissement secondaire. Il possédait donc un très bon niveau scolaire. Il a obtenu le baccalauréat de latin, langue vivante, philosophie en . Il obtient ensuite une licence de lettres d’italien à l’université de Grenoble où il va devenir Maître d'internat en 1924 au lycée Champollion. Il quittera, par la suite, ce métier pour arriver à Romans-sur-Isère dans un contexte de tensions politiques et sociales à l'aube des années 1930. Albert se mariera le , avec Sarah, Élise Boucher à Grenoble et ils donneront naissance à Lise Marie Triboulet en 1942. vignette|312x312px|Albert avec sa fille Lise ©️ Archive de la famille Triboulet Il sera ensuite mobilisé dans le troisième bataillon du régiment de pionnier durant la seconde guerre mondiale, et nommé Sergent-chef en . Il sera rendu à la vie civile en . Par la suite, il entamera son parcours de résistant en y entremêlant sa carrière d’enseignant. À la fin du mois de juillet, au plus fort de la bataille du Vercors, il sera fait prisonnier sans doute au barrage de Saint-Just-de-Claix. Albert Triboulet sera fusillé fin juillet début aout 1944 avec neuf autres maquisards, dans le parc du château de Saint-Nazaire-en-Royans. Il sera considéré comme résistant après sa mort et sa fille deviendra pupille de la nation en 1946. Des hommages lui seront rendus et le collège classique de Romans-sur-Isère, où il était professeur prendra son nom : Le Collège Albert TRIBOULET.

La citation suivante lui a valu l'attribution à titre posthume de la Légion d'honneur et de la croix de guerre : AC Romans 169 S

Julie Le Gac, Anne-Laure Ollivier et Raphaël Spina, La France en chiffres : de 1870 à nos jours, Paris, Perrin, 2015, p. 261.

Carrière professionnelle            Albert Triboulet obtient son baccalauréat en latin, langues vivantes et philosophie en 1920, un diplôme très prestigieux à cette époque puisque seulement 1,5 % d’une classe d’âge y parvient. vignette|Le service militaire de Triboulet en Tunisie. Archive de la famille Triboulet         Son frère et sa sœur vont également réussir leurs examens du baccalauréat. Cela leur est possible grâce au soutien financier de leurs parents qui vont accorder une grande importance à leur scolarité. Après avoir réussi l'examen, le jeune bachelier ne mettra pas longtemps avant de décrocher son premier emploi en tant que répétiteur au collège de Briançon où il a été élève. À ce titre, Albert Triboulet encadre les heures d’études données à la fin des journées de cours. En 1922, il refuse l’opportunité de partir dans la finance . Il s'inscrit en licence de lettres et d'italien à l'université de Grenoble. À la rentrée 1924, il quitte Briançon pour Grenoble où il devient maître d’internat au lycée Champollion. Il obtiendra, en 1924-1925, trois des quatre certificats nécessaires pour être licencié en lettres : les diplômes de philologie, d'études pratiques et de littérature étrangère. Avant le début de son service militaire en 1926, Albert Triboulet échoue par deux fois à décrocher son certificat manquant, celui des études littéraires classiques version latine. Après son retour de Tunisie, où il a effectué son service militaire, il sera recruté pour enseigner l’italien au collège de Briançon de par ses certificats dans cette langue.

        Durant son bref retour au collège de Briançon en tant que professeur d’italien, il fait partie de l’équipe sportive des enseignants et anime la section de football de l’étoile sportive Briançonnaise. Sa passion et son dévouement envers les clubs sportifs locaux lui donneront l'opportunité d'écrire pour un journal hebdomadaire local, Les Alpes sportives. vignette|272x272px|Le professeur Triboulet en classe. Archive de la famille Triboulet         Une fois sa licence de lettres, enfin, obtenue, il est engagé au collège classique de Romans-Sur-Isère à la rentrée 1933. Il y enseignera l’Italien, le latin et la littérature. Son frère Roger et sa sœur Gilberte, quant à eux, sont professeurs de mathématiques. Le collège de Romans est, au même titre que celui de Briançon, un collège classique où l'on enseigne le latin. Être scolarisé dans cet établissement du secondaire est payant, par conséquent la grande majorité des élèves sont issus de la bourgeoisie, quelques-uns sont boursiers.

        Lors de l’arrivée de Monsieur Triboulet, les tensions politiques et sociales courent les rues de la ville. Les années trente ont été caractérisées par des conflits entre le parti conservateur et le parti socialiste dans la ville de Romans. Ces tensions remontent aux couloirs du collège classique de Romans où Albert Triboulet enseigne. Il est désigné pour tenir un discours pour la distribution des prix en 1934, dans lequel il choisit de faire l’éloge de la camaraderie.

        En Albert Triboulet, est membre de la loge « L’avenir », dépendante de la grande loge de France. Il est aussi membre de la section de la SFIO de Romans et de la Libre Pensée. vignette|238x238px|Albert Triboulet en 1944. Archive de la famille Triboulet         Au début de la guerre, Albert Triboulet est mobilisé dans le 3e bataillon du régiment de pionniers. Il va assurer la rentrée scolaire de 1940. La ville de Romans est atteinte par les Allemands au même moment, le collège n’échappe pas aux difficultés qui frappent la France. Les cours reprennent en octobre dans les locaux habituels, qui servaient d’hôpital complémentaire à l’armée. Le manque d’enseignant est un problème aigu. Tout au long de la guerre, il est difficile d’encadrer et de ravitailler l’internat. Les Allemands reprennent le contrôle du collège fin 1943 début 1944. Son fonctionnement est encore plus précaire. Dans l’urgence, le principal doit trouver de nouveaux locaux, mais la mairie est réticente à l’idée de lui fournir un internat provisoire. Durant la guerre, Albert Triboulet donne des cours clandestins tôt le matin et tard le soir à plus d’une centaine d‘élèves au Château de Sallmard à Peyrins.

Actes de résistance

Ses motivations idéalistes et humanistes le poussent naturellement sur la voie de la Résistance, ainsi il s’engage auprès des réseaux socialistes d’avant guerre aux alentours de 1940, date approximative, car très peu d’informations sont disponibles. L’une des premières traces de sa résistance est sa participation à la manifestation contre le changement du nom de la place Jean-Jaurès en maréchal Pétain. Albert Triboulet va ensuite devenir un des principaux administrateurs de la résistance civile à Romans.

La première préoccupation du couple Triboulet va être de réunir et mettre en relation les résistants à Romans et Bourg de péage, au moyen d’un réseau de communication dont l’objectif premier est de faire de la propagande. Albert fait imprimer puis distribuer des tracts et des journaux clandestins, liste les actes des collaborateurs et attend les ordres. Il explique à son collègue, Vincent Baume, le fonctionnement du mode de recrutement. Bientôt le réseau s’étend et devient solide, Triboulet en organise le fonctionnement et distribue les rôles. Avec l'aide de sa femme Sarah, ils organisent les réunions des résistants dans leur foyer, produisent des tracts et cachent chez eux des juifs, des clandestins et des recherchés par la police et la milice.

Sous la supervision de Germaine Chesneau, il donne clandestinement des cours à deux centaines d’enfants, dont une partie est juive, au château de Peyrins (nommé château de Sallmard). Ce château servait de maison de repos pour les mineurs après une hospitalisation ou de la rééducation. La propriétaire, Germaine Chesneau, décide de cacher des enfants juifs de multiples nationalités. Elle contacte par la suite Albert Triboulet pour que ceux-ci aient accès à une éducation. Là bas il dispense des cours de français et d'italien. vignette|Congé accordé à Albert Triboulet en juin 1944 ©️Archive de la cité scolaire Albert Triboulet L’ordre de montée dans le maquis du réunit à Bourg de péage de nombreux jeunes hommes, dont Albert Triboulet. Leur objectif est de stopper le regroupement des Allemands en Normandie. Pour cela, ils constitueront la compagnie Abel. Le réseau monté par Albert et Sarah en pleine clandestinité s’avère d’une efficacité redoutable pour regrouper rapidement les combattants volontaires. Les ordres partent de chez eux, et arrivent à se répandre rapidement. La montée est dangereuse mais réussie grâce à l’intelligence du chef Abel et la «débrouillardise» de la compagnie. Albert jouera un rôle essentiel dans la troupe. En effet, il fait partie du groupe des éclaireurs précédant la compagnie. Pour couvrir ses traces, il se fait accorder un congé de santé jusqu’au au collège. La situation des maquis en France devient rapidement précaire, faute d’armes face à l’avancée des Allemands. Il prend sa place aux côtés du capitaine Abel comme «administrateur» , un intendant logistique. À partir de juillet, on confie à Triboulet la mission de se rendre en territoire ennemi, à Gap, pour y fournir des informations importantes. Lui et l’inspecteur de police Frandon, qui l’accompagnait, éviteront de justesse la mort lors d’un contrôle de l’armée allemande, sur un barrage à Gap . Soixante-dix hommes de la compagnie Abel se retrouvent dispersés à la suite de la prise du Vercors par les Allemands et se réfugient dans la forêt des Coulmes avec le capitaine Crouau (certains hommes s’échappent par leurs propres moyens comme Albert Triboulet). Le registre matricule d’Albert Triboulet mentionne son arrestation à la Balme de Rencurel (Lieu de base de la compagnie Abel). Mais au contraire, l’article du Patriote romanais et peageois mentionne qu'Albert Triboulet « tomba dans la gueule du loup » en essayant de franchir le barrage. Prisonnier, Albert Triboulet est amené à Saint-Nazaire-en-Royans où se situent des unités allemandes qui verrouillent les sorties du Vercors. vignette|321x321px|Carte de résistant d'Albert Triboulet "ACR, Fonds, 169S2-Archives&Patrimoine Valence Romans Agglo" ©️