thumb|upright=1.3|Vue aérienne depuis le Nord-Ouest.

Lîle de la Cité est une île située sur la Seine, en plein cœur de Paris. Elle est considérée comme l'antique berceau de la ville de Paris, autrefois Lutèce. Elle appartient aux 1 et . Elle fut fortifiée en 308. Le chroniqueur Gui de Bazoches l'évoquait en 1190 comme étant « la tête, le cœur et la moelle de Paris ».

La superficie de l'île de la Cité est d'environ 22,5 ha. Au janvier 2016, sa population est de .

Ce site est desservi par les stations de métro Cité et Saint-Michel.

Origine du nom Le nom de « cité » reflète le latin et rappelle qu'à la fin de l'Antiquité, Paris était limitée à cette île, qui a été le noyau de la ville médiévale.

De même, à Londres, le quartier de la City correspond aux limites antiques de la ville. Dans les deux cas, c'est le quartier le plus ancien qui continue à être appelé « la cité », tous les autres quartiers étant des ajouts.

L'île de la Cité est pour la première fois désignée comme quartier de la ville vers 954, lors de la première division de la ville en quartiers, à la suite d'un agrandissement sur la rive droite. Elle y est désignée comme « quartier de la Cité ». À cette époque, le nom « ville » n'est pas encore communément utilisé. Ce quartier gardera le même nom et les mêmes frontières jusqu'à la Révolution française.

L'île a aussi été nommée « île du Palais », nom encore un peu utilisé au .

Historique Peut-être le berceau de Paris Jusqu'au cours du , les historiens estimaient généralement qu'une petite tribu gauloise nommée les Parisii y aurait vécu depuis 250 av. J.-C.I – ... La région était riche en poisson et en gibier et l'accès d'une rive à l'autre de la Seine était facilité par la relative étroitesse du fleuve. Deux passerelles de bois prolongeaient la route naturelle nord-sud qui descendait du col de La Chapelle pour se diriger vers la montagne Sainte-Geneviève, évitant ainsi les nombreux marais alentour. Une enceinte pourrait avoir été édifiée afin de protéger des assauts ennemis les quelques huttes en paille qui abritaient la population.

Aujourd’hui, en raison de l'absence d'éléments archéologiques probants, aucun vestige gaulois, ni trace d'occupation antérieure à la conquête romaine n'ayant été découverts sur l'îleLes vicissitudes de l'histoire ont aussi pu faire disparaître tout vestige., les historiens et les archéologues contemporains estiment plus probable l'installation de l'agglomération des Parisii en dehors de l'île de la Cité, à l’embouchure de la Bièvre, sur une autre île aujourd’hui disparue ou à proximité de Nanterre. Une agglomération gauloise y a en effet été découverte en 2003Paris n'est plus Lutèce, Le Point, 4 mars 2004., mais son existence ne semble pas incompatible avec celle d'un peuplement de l'île de la Cité. Exposition Nanterre et les Parisii, une capitale au temps des Gaulois ?, question à Antide Viand, commissaire de l'exposition, .. En dépit du fait que l'île ait été bâtie et rebâtie dans ses moindres recoins durant des siècles, nuisant à la conservation des vestiges, une campagne de fouilles archéologiques menée par le professeur Venceslas Kruta en 1976 et 1977Sous le parvis de Notre-Dame de Paris dans le cadre d'une opération de sauvetage précédant la construction d'un parking souterrain., a révélé, sous le niveau gallo-romain, un niveau plus ancien, peu spectaculaire mais réel (clous, trous de poteau, vestiges de fosses de détritus)Fabien Régnier, Jean-Pierre Drouin, préface de Venceslas Kruta, Les peuples fondateurs à l'origine de la Gaule, éd. Yoran Embanner, p. 82..

L'île de la Cité s'étendait sur Environ par ., alors qu'aujourd'hui sa superficie totale est de . La rive était en retrait d'une cinquantaine de mètres par rapport aux berges actuelles, en raison de l'irrégularité du fleuve et de l'instabilité des berges. En outre, plusieurs petits îlots n'ont été adjoints à l'île que plus tard.

En 52 av. J.-C., après la victoire de Jules César sur Vercingétorix, on assista à la naissance de Lutèce. Les Gaulois s'installèrent sur l'île et continuaient de vivre du fleuve, par la pêche et la batellerie, tandis que la ville gallo-romaine se construisait sur la rive gauche.

La naissance de Lutèce

thumb|Plan de l'île de la Cité et ses au . Le Grand Pont relie la rive droite à l'île de la Cité, le Petit Pont la rive gauche. Au début de notre ère, il existait sur l’île un temple dédié à la gloire de Jupiter, vraisemblablement édifié par les nautes, une riche corporation de navigateurs gaulois. En aval de l'île fut aussi édifié un palaisÀ cet emplacement s'élève aujourd'hui le Palais de justice. où résidait le représentant de Rome. Les rives furent stabilisées et certains bancs furent réunis à l'îleRenaud Gagneux et Denis Prouvost, Sur les traces des enceintes de Paris : Promenades au long des murs disparus, éditions Parigramme, 2004, . afin de permettre un meilleur tracé des rues de trois mètres de large, bordées par des maisons à la romaine, à un étage, en pans de bois et torchis, avec un toit de tuiles ou de chaume.. Le cardo maximus traversait l'île à l'emplacement de l'actuelle rue de la Cité, reprenant ainsi l'ancien chemin gaulois, mais avec un véritable empierrement, formé de cailloux et d'argile et recouvert de dalles en grès. Sur cet axe, les passerelles laissèrent place à deux ponts de bois sur pilotis. On estime la population à environ .. Le quai du port de Lutèce, établi au sud-est de l'île, fut construit lors du règne de Tibère, au début du .

Après le faste de la période du Haut-Empire, les premières invasions des Barbares, dès 276, obligèrent les habitants de Lutèce à se réfugier régulièrement sur l’île de la Cité, plus facile à défendre, pendant que les hordes ennemies ravageaient la Haute-Lutèce. Lors d'une vague de Huns emmenée par Attila, la population de la rive gauche, galvanisée par sainte Geneviève, reflua sur l'île et au milieu du , une enceinte d'une largeur de deux mètres fut édifiée à une distance d'une trentaine de mètres des rivages de la Seine. Dans l'axe du cardo furent percées deux grandes portes de dix mètres de largeur constituées de deux battants de bois. Sur la partie occidentale, le Palais devint en 357 la résidence militaire du césar Julien qui avait pris ses quartiers à Lutèce. En face, s'élevait une grande basilique civile de de long par 35 de large, à l'emplacement de l'actuel marché aux fleurs..

En 508, Clovis, roi des Francs, fit de Paris la capitale de son royaume et s'installa dans le Palais de l'ancien gouvernement romain. Avec la christianisation, les églises se multiplièrent sur l'île. L'ancien temple gallo-romain fut remplacé entre 511 et 558 par une grande basilique chrétienne dédiée à saint Étienne, la cathédrale Saint-Étienne de Paris, à l'emplacement du parvis de l’actuelle cathédrale Notre-Dame de Paris. L'enceinte gallo-romaine fut arasée à cet endroit afin de procéder à sa construction, selon les plans des basiliques constantiniennes, dressant ses colonnes de marbre et ses chapiteaux sans doute récupérés sur l'ancien temple des NautesBruno Dell, Histoire de Paris, Hatier, 1992, .. On éleva aussi le baptistère Saint-Jean-le-Rond et la basilique Saint-Germain-le-VieuxA.J. Meindre, Histoire de Paris et de son influence en Europe, 1856, lire en ligne.À l'emplacement de l'actuelle préfecture de police.. Deux monastères féminins sont édifiés, l'abbaye Saint-Christophe et l'abbaye Saint-Martial, de même qu'un oratoire en bois dédié à saint Martin.. Un violent incendie, en 586, dévasta tout le quartier commerçant qui s'étendait du palais jusqu'aux églises de la partie sud-est. Même la prison proche du Petit-Pont fut détruite, laissant s'échapper les prisonniersGrégoire de Tours en donne une narration dans son Histoire des Francs..

Le siège du pouvoir royal et épiscopal thumb|upright|Le palais de la Cité au . Durant la période carolingienne, de 752 à 987, la vie de la capitale se concentra sur l’île. Mais à partir de Charlemagne, la Cité perdit son statut de capitale, la cour se déplaçant de ville en ville. Pillée, incendiée et dévastée par les Normands par trois fois, en 845, 856-857 et 861, elle fut affaiblie. Charles le Chauve, en 877, ordonna la restauration et le renforcement de l'enceinte gallo-romaine. On édifia aussi deux grandes tours, le Petit et le Grand Châtelet, afin de protéger l'accès aux ponts, dont on resserra les piles afin de mieux contrôler le passage des bateauxLe Grand-Pont avait, au cours du haut Moyen Âge, était reconstruit à l'ouest, dans l'axe de la rue longeant le palais. Il n'était donc plus dans le prolongement du Petit-Pont.. Les abbayes des deux rives avaient bâti des chapelles sur l'île, afin d'y mettre à l'abri leur trésor : c'est ainsi que furent érigées Saint-Germain-le-Vieux, Sainte-Geneviève-la-Petite, Saint-Landry-des-Arcis et, au siècle suivant, Saint-Barthélemy..

Lorsque sept cents drakkars et quarante mille Vikings, emmenés par Sigfried, se présentèrent sur la rive occidentale de l'île de la Cité, Gozlin, évêque de Paris, leur refusa le passage. S'ensuivit un long siège qui aboutit au départ des envahisseurs contre le paiement d'un tribut. En dehors de la Cité qui souffrit de ces longs mois de siège, tout fut anéanti et dévasté sur les deux rives. Le comte de Paris, Eudes de France bénéficia de cette relative victoire des Parisiens et fut élu roi de Francie occidentale, en remplacement de Charles le Gros, accusé d'avoir tardé à protéger la ville.

thumb|upright|left|Plan dit de Bâle de l'île de la Cité en 1550. Alors que les derniers Carolingiens se tenaient surtout dans les vallées de l'Oise ou de l'Aisne, les Robertiens, établis dans la vallée de la Loire, se rapprochèrent de Paris. L'île de la Cité devint le siège du pouvoir : à l'ouest, le palais comtal devint résidence royale, même si Hugues Capet ne l'occupa que rarement. Ses successeurs, quant à eux, y firent d'importantes modificationsII – .. La partie orientale fut dédiée au pouvoir épiscopal. Entre les deux, le quartier commerçant, autour du marché PaluII – .À l'emplacement de l'actuel quai du Marché-Neuf., fournissait le roi et l'évêque en produits précieuxMichel Parisse, Xavier Barral i Altet, Le roi de France et son royaume en l'an Mil, Picard, Paris, 1990., mais la population se répandait surtout sur la rive droite, qu'on nommait « outre Grand-Pont »..

La Cité n'était au qu'un vaste chantier de construction, mais en 1112, le roi Louis VI le Gros s'installa dans le palais de la Cité, avec sa cour et le Parlement, la Curia Regis. Sur les piles du Grand-Pont fut construit le Pont aux Meuniers, consistant en une rangée de moulins, qui fut doublé en 1142 par le Pont-aux-Changeurs, lequel prit alors à son tour le nom de Grand-Pont. Au sud, le Petit-Pont était lui aussi bordé de maisons et de commerces. L'ancienne vulnérabilité de l'île fut fortement amoindrie lorsque Philippe Auguste, né et marié dans le Palais de la Cité, fit édifier, au tournant du , sur les deux rives de la Seine, une enceinte qui enclava totalement la Cité. En 1163, l'évêque Maurice de Sully avait lancé la construction de la cathédrale Notre-Dame en même temps qu'il réformait l'organisation des paroisses autour de douze chapelles qui se dressaient sur l'île., afin d'y asseoir l'autorité épiscopale.

Le centre d'une capitale en croissance thumb|upright=1.2|left|Île de la Cité (à droite) en 1590 ou 1593 ; à cette époque l'île est déjà très urbanisée (musée Carnavalet). thumb|upright=0.8|Plan de Turgot de 1739, extrait Île de la Cité. Vers 1300, le rimeur Guillot de Paris compose une première liste des noms de rues de Paris dans Le Dit des rues de ParisLe Dit des rues de Paris.. Ce document indique que la capitale comptait 310 rues dont 80 dans le quartier d'Outre-Petit-Pont (rive gauche), 36 dans « la Cité » et 114 dans le quartier d'Outre-Grand-Pont (rive droite)Pierre Larousse, Grand dictionnaire universel du , volume 12..