vignette|Accident ferroviaire de la gare Montparnasse de Paris en 1895
Un accident ferroviaire est un accident lié à la circulation sur un chemin de fer, ou bien parce qu'il l'affecte, ou bien parce qu'elle en est la cause. Ses illustrations les plus classiques sont le déraillement ou la collision, événements touchant directement le matériel roulant et les personnes qui l'occupent et provoquant des dommages souvent importants et graves.
Si ces exemples sont en général ceux venant immédiatement à l'esprit, il apparaît que le système ferroviaire peut également être à l'origine de multiples autres types d'accidents, tels ceux causés aux personnels contribuant à la circulation des convois, ou encore aux tiers se trouvant malencontreusement sur leur passage. Ces faits sont souvent moins spectaculaires mais ils n'en sont pas moins les plus nombreux. Effectuer le recensement exhaustif de l'ensemble des accidents survenus dans l'histoire du chemin de fer inclurait donc outre les , drames collectifs frappant l'imagination et suscitant l'émoi du public, un nombre plus grand encore de tragédies individuelles. Ainsi, la liste apparaîtrait-elle surtout comme une sorte de long martyrologe des dizaines de milliers d'usagers des voies publiques broyés sur un passage à niveau ou écrasés par un tramway, d'hommes d'équipe, cantonniers, aiguilleurs et autres cheminots victimes d'accidents du travailAinsi, à la Chambre, lors de la séance du 24 novembre 1910, le député Henri de La Porte énumérait-il une liste non exhaustive des cheminots tués ou blessés en accrochant des wagons lors des 12 mois précédents (lire en ligne). De même, les gaz toxiques émis par les locomotives à vapeur ont tué nombre de cheminots dans des tunnels mal aérés (par exemple en 1922 dans le tunnel de Mornay)., de voyageurs tombés par la portièrePar exemple le député de la Mayenne Lucien Chaulin-Servinière retrouvé mort sur les voies le 25 juillet 1898 (Le Radical du 27 juillet 1898, p. 2)., ou de désespérés ayant choisi de mettre fin à leurs jours en se jetant sous un trainLa directive 2004/49/CE du parlement européen et du conseil du 29 avril 2004 concernant la sécurité des chemins de fer communautaires donne les définitions suivantes dans son article 3 : k) "accident", un événement indésirable ou non intentionnel et imprévu, ou un enchaînement particulier d'événements de cette nature, ayant des conséquences préjudiciables ; les accidents sont ventilés suivant les types ci-après : collisions, déraillements, accidents aux passages à niveau, accidents de personnes causés par le matériel roulant en marche, incendies et autres ; l) "accident grave", toute collision de trains ou tout déraillement de train faisant au moins un mort ou au moins cinq personnes grièvement blessées ou d’importants dommages au matériel roulant, à l’infrastructure ou à l’environnement, et tout autre accident similaire ayant des conséquences évidentes sur la réglementation ou la gestion de la sécurité ferroviaire ; on entend par "importants dommages" des dommages qui peuvent être immédiatement estimés par un organisme d’enquête à un total d’au moins 2 millions d’euros ; m) "incident", tout événement, autre qu’un accident ou un accident grave, lié à l’exploitation de trains et affectant la sécurité d’exploitation.
Dès son origine, en effet, le chemin de fer, par les ouvrages qu'il utilise, l'importance et la vitesse des masses qui s'y déplacent, s'est avéré un mode de transport présentant un fort potentiel de risques, souvent découverts empiriquement lorsqu'ils se réalisaient. Afin de les conjurer, les exploitants et les autorités qui les contrôlent se sont efforcés au fil du temps de tirer les leçons des accidents ferroviaires en adoptant les mesures propres à éviter leur renouvellementEn France, dès 1847, d'aucuns proposaient un nouveau mode de construction des voies ferrées permettant d'y « voyager avec sécurité » (A. Vincent : Du déraillement des chemins de fer…, Journal du génie civil, des sciences et des arts, du 1er janvier 1847, p. 263 et s.En 1881, la revue Le Correspondant publiait une étude synthétique d'un ingénieur des Ponts et Chaussées sur les types d'accidents, en évoquant quelques moyens de les limiter (Eugène Bontoux : « Les accidents de chemins de fer » )). Après la catastrophe de Saint-Mandé, le journal Le Matin s'essayait lui aussi à une « nomenclature des accidents sur les voies ferrées » (Le Matin du 28 juillet 1891, p. 1.). C'est pourquoi aujourd'hui, et même dès ses origines, comme le faisaient valoir ses partisansVoir par exemple l'article de Henri Baudrillart dans Le Journal des débats politiques et littéraires du 20 juin 1858, p. 1., et comme le montraient déjà les premières études statistiquesVoir par exemple celle publiée dans le journal La Presse du 22 octobre 1859, ., le chemin de fer est l'un des moyens parmi les plus sûrs pour se déplacer, bien plus que la voiture individuelle, et approximativement au même niveau de sécurité que l'avionhttp://www.etsc.eu/documents/statoverv.pdf.
Typologie sommaire Elle est pour l'essentiel établie par référence aux deux risques les plus courants engendrés par la circulation sur le rail : la sortie du chemin de roulement, ou la rencontre d'un obstacle, qui, lorsqu'ils se réalisent, provoquent deux types d'accidents : le déraillement ou la collision. Il faut cependant préciser d'une part que d'autres aléas peuvent entraîner nombre d'accidents ne se rattachant pas à ces catégories classiques et d'autre part qu'un enchainement malheureux de circonstances aboutit parfois à cumuler des faits désastreux distincts (sur-accident). Par exemple, un déraillement peut être causé par un éboulement, et suivi d'une collision, puis d'une explosion et d'un incendie.
Déraillement vignette|Déraillement et incendie d'une locomotive CC 65000 (1969).
Il peut avoir lieu ou bien en pleine ligne, ou bien au passage sur des appareils de voie. Ses causes peuvent être multiples. Certaines tiennent à la défaillance des infrastructures, comme ce fut le cas à Brétigny-sur-Orge en 2013, ou à leur mauvais fonctionnement à la suite d'une erreur humaine, comme lors des déraillements d'Arleux en 1902 ou de Villeneuve-Saint-Georges en 1937. D'autres ont pour origine le matériel roulant, ou encore une vitesse inadaptée, résultant par exemple d'une erreur de conduite telle, aux États-Unis, celle du mécanicien du Fast Mail, train postal plus connu sous l'appellation de 0ld 97 qui, le , soucieux de rattraper son retard, aborda à trop vive allure le pont à tréteaux de Stillhouse, près de Danville (Virginie) et précipita son convoi dans le ravin ; sur les dix-huit occupants du train onze seront tués, sept blessés.
La vitesse excessive à l'origine du déraillement n'est pas toujours imputable aux personnels de conduite, parfois incapables de la maîtriser. Ce fut le cas par exemple en France le lorsqu'un train bondé de permissionnaires rentrant d'Italie par le Mont-Cenis fut lancé dans la pente de 33 ‰ allant de Modane à Saint-Jean-de-Maurienne sans disposer d'un freinage adapté, produisant la catastrophe ferroviaire de Saint-Michel-de-Maurienne, la plus meurtrière de l'histoire du chemin de fer français.
Collision Si le terme de , souvent utilisé par référence aux organes de choc entre les véhicules pour désigner ce type d'accident, évoque toujours un événement brutal, celui-ci peut se produire dans différentes configurations impliquant généralement une défaillance, humaine ou matérielle.
Véhicules ferroviaires Certaines rencontres sont frontales, conséquences le plus souvent d'un dysfonctionnement dans l'organisation et le contrôle des circulations, envoyant sur la même voie des machines ou des trains circulant normalement en sens inverse. Ainsi, aux États-Unis, le 17 juillet 1856, près de Philadelphie, l'envoi face à face de deux trains sur une voie unique provoquera la catastrophe à l'époque la plus meurtrière depuis l'invention du chemin de fer.
De même, le près de Topeka (Kansas), l'oubli par un télégraphiste d'une dépêche demandant de retenir un train en gare provoquera la rencontre entre deux convois du Chicago, Rock Island and Pacific Railroad, faisant trente-cinq morts et vingt et un blessés, majoritairement des ouvriers mexicains.. Onze ans plus tard, dans le Tennessee, c'est la confusion opérée par le personnel d'un train devant en principe en attendre un autre avant de s'engager sur une voie unique qui, à Nashville, le 9 juillet 1918, causera une collision faisant cent un morts et cent soixante et onze blessés.
Parfois aussi, le choc face à face implique deux convois allant normalement dans la même direction, lorsque l'un d'eux repart malencontreusement en sens inverse dans une pente, à la suite ou bien d'une rupture d'attelage, comme en 1908 au tunnel de Pouch entre Brive et Limoges, ou bien d'une panne de frein, comme en France en 1922 à Villecomtal.
D'autres collisions ont lieu par rattrapage, entre engins ou convois allant dans le même sens, dont l'un, normalement suiveur, percute l'arrière de celui qui le précède, arrêté ou non. L'histoire mondiale des chemins de fer abonde en exemples de ce type d'accidents, souvent très meurtriers, imputables selon le cas à des erreurs humaines, des défaillances techniques, de mauvaises conditions atmosphériques, ou à une combinaison de ces facteurs rendant malaisée la détermination juridique des responsabilités. En France, les catastrophes de Saint-Mandé du 26 juillet 1891 et de Lagny-Pomponne du 23 décembre 1933 en constituent des illustrations tragiques avec leurs cinquante morts pour l'une et deux cent quatorze morts pour l'autre.
vignette|Après la catastrophe de chemin de fer Bellinzone (Suisse) : ce qu'il reste de l'avant du train venant de Gênes.
Les collisions peuvent également impliquer des matériels circulant, dans le même sens ou dans des directions opposées, sur des voies distinctes, mais se rejoignant à une intersection. Ce type d'accident par heurt latéral est souvent appelé .
Ainsi en a-t-il été le , en Suisse, sur la ligne du Gothard, lorsque par suite d'une erreur d'aiguillage, deux trains de voyageurs, l'un pour Milan, l'autre pour Zurich, se sont télescopés sur l'aiguille d'entrée de la gare de marchandises à Bellinzone, faisant trente morts et cinquante blessésLe Confédéré du 25 avril 1924, ;voir aussi ..
Il faut observer que nombre d'accidents entrent dans l'un de ces cas, mais ne s'y réduisent pas et cumulent des faits désastreux distincts. Ainsi, en Espagne, lors de la catastrophe de Torre del Bierzo qui fit plus de deux cents morts le le train poste Madrid - La Corogne, en dérive dans une forte pente où il était incapable de freiner, a rattrapé et télescopé un convoi en manœuvre dans un tunnel, et peu après, un train de charbon arrivant en sens inverse a percuté frontalement l'ensemble.
Éléments extérieurs L'exemple-type venant souvent à l'esprit est celui du choc d'un train avec un véhicule routier sur un passage à niveau (pour un exemple de collision fatale pour les passagers du véhicule routier, voir l'), mais il existe un grand nombre d'autres possibilités, dont les conséquences varient en gravité selon le volume et la résistance de l'obstacle rencontré.