Le (Galemys pyrenaicus), également appelé , est une espèce de petits mammifères de la famille des Talpidés, endémique de la chaîne des Pyrénées et des zones montagneuses du nord-ouest de la péninsule Ibérique (principalement la cordillère Cantabrique et le Système central). Son aire de répartition couvre quatre pays européens : l'Andorre, l'Espagne, la France et le Portugal.
Le Desman des Pyrénées ressemble anatomiquement à d'autres animaux tels que le Rat brun, bon nageur à la queue robuste, la Taupe, aux pattes griffues et puissantes et au museau particulièrement sensible, enfin la Musaraigne, au museau allongé pouvant attraper les petits Arthropodes. C'est ce museau caractéristique en forme de trompe qui lui vaut d'être également nommé « Rat-trompette ». Étant quasiment aveugle, c'est grâce à son sens du toucher hyperdéveloppé qu'il scrute son environnement, s'oriente et chasse ses proies. Sa trompe, mobile et préhensile, est équipée à sa base de vibrisses, et à son extrémité d'organes d'Eimer qui sont les organes du toucher les plus perfectionnés du monde animal.
Le Desman est un insectivore semi-aquatique vivant exclusivement à proximité des lacs de montagne et des torrents à l'eau claire et au débit soutenu. Il se nourrit presque exclusivement de larves aquatiques sensibles à la pollution : larves de Plécoptères, de Trichoptères et d'Éphéméroptères. Son activité est essentiellement nocturne et il craint l’être humain, ce qui en fait un animal difficile à observer. Certains aspects de son mode de vie restent encore très mal connus des scientifiques, notamment en ce qui concerne son cycle de reproduction.
Le Desman des Pyrénées vit seulement dans les cours d'eau non aménagés et non pollués, ce qui fait de lui un bon marqueur de la qualité de son environnement. Il ne supporte pas l'anthropisation de son habitat : l'aménagement de digues, l'enrochement de berges ou la construction de barrages détruisent irrémédiablement les lieux de vie du Desman et fragmentent son habitat. Depuis 2021, il est répertorié par l'Union internationale pour la conservation de la nature comme espèce « en danger » dans l'ensemble de son aire de répartition, sa population ne cessant de diminuer depuis plusieurs dizaines d'années et ce malgré les mesures de conservation prises depuis le début du dans les différents pays concernés.
Le Desman a longtemps été considéré comme nuisible par les populations locales, notamment par les pêcheurs et pisciculteurs, principalement parce que son mode de vie et son régime alimentaire étaient mal connus. Ce n'est qu'à partir des que l'image du Desman change, en même temps que progressent les connaissances scientifiques à son sujet. Le destin du Desman au est paradoxal : alors qu'il reste encore inconnu d'une bonne partie du grand public et qu'il est menacé de disparition, il est devenu un animal emblématique des montagnes pyrénéennes et est de plus en plus présent dans l'expression culturelle régionale.
Description Anatomie générale vignette|gauche|alt=Vue de profil d'un petit animal empaillé dont la queue est aussi longue que le reste du corps.|Longueur du corps du Desman des Pyrénées comparé à sa queue (muséum d'histoire naturelle de Toulouse).
Le Desman des Pyrénées mesure environ de long, dont plus de la moitié pour la queue, et pèse de 50 à .. Le dimorphisme sexuel n'est pas marqué, les femelles étant légèrement plus grosses que les mâles. Seule une observation attentive des organes génitaux externes permet de différencier les sexes..
Le Desman a des pattes postérieures palmées. C'est un type d'adaptation rare chez les Insectivores et qui justifie son classement dans un genre monospécifique, c'est-à-dire que son genre biologique Galemys ne contient qu'une seule espèce. Outre le Desman, cette particularité est présente seulement chez le Limnogale, le Micropotamogale du Mont Ruwenzori et le Nectogal élégant.
Pour le reste, chaque partie du corps ressemble à celle d'un autre animal plus connu : du Rat brun, il possède tout l’arrière-train avec des pattes robustes, des cuisses trapues, une longue queue épaisse lui servant à se déplacer aisément dans son milieu de prédilection, l’eau ; des Taupes, il possède la partie avant du corps avec des pattes griffues pouvant creuser la terre pour aménager le terrier, centre d’éducation pour ses petits et abri indispensable contre ses différents prédateurs, ainsi qu'un museau au sens du toucher hyperdéveloppé ; de la Musaraigne commune, il possède une trompe préhensile et des vibrisses lui servant à repérer les larves dont il se nourrit et à se diriger dans son environnement.
La denture est composée de , disposées selon la formule dentaire 3.1.4.3 identique sur les mâchoires supérieure et inférieure. Cette denture complète est typique et identique à celle des taupes européennes. Les deux incisives frontales de la mâchoire supérieure sont proéminentes. La première prémolaire, surnuméraire, serait une dent de lait devenue permanente.
Adaptations vignette|redresse|alt=Vue de profil d'un animal aux longs poils collés, dont émerge une longue queue d'un côté, et un museau allongé de l'autre.|Aspect brillant et écailleux des poils lorsqu'ils sont mouillés.
À terre, le corps du Desman est rebondi et sa silhouette est trapue. Les poils sont gris brun, luisants, à reflets argentés en dessous, avec une teinte fauve dans la région pectorale, et sont regroupés en petits paquets donnant l’illusion d’écailles. Ces poils garantissent une très grande étanchéité grâce à un toilettage fréquent avec une substance huileuse sécrétée par des glandes situées sur l'abdomen. La fourrure du Desman est parfaitement adaptée aux plongées subaquatiques. Elle est composée de deux couches de poils : une couche interne, un duvet bouffant et soyeux qui ne se mouille jamais, et une couche externe, la jarre, faite de longs poils d’inégales longueurs, aplatis comme des bandes. Sous l’eau, cette combinaison ne forme plus qu’une épaisseur bien lisse lui permettant de conserver le maximum de chaleur. En effet, elle emprisonne une couche d’air isolante qui le protège de l’eau et du froid. Mais cet air captif le fait également remonter à la surface par poussée d'Archimède. Le Desman est donc obligé d’être continuellement en mouvement lorsqu'il se trouve sous la surface de l'eau, sous peine d'être poussé rapidement vers la surface. Ceci entraîne donc une dépense calorique supplémentaire qui contrecarre l'effet d'isolation thermique de la fourrure..
Dans l’eau, son milieu privilégié, son corps devient fuselé, ses pattes avant totalement repliées contre lui, ses pattes arrière robustes, palmées et écartées à , servant de pagaies, et par ailleurs dotées de griffes très pointues lui permettant de s’agripper aux rochers. Durant ses plongées d’une vingtaine de secondes en moyenne, un clapet ferme ses narines. Le Desman des Pyrénées est un nageur rapide et puissant qui se déplace rapidement dans l’eau et qui est capable de remonter le courant des torrents, y compris en surface..
Ses yeux minuscules sont visibles bien que cachés en partie par les poils. Le Desman des Pyrénées est quasiment aveugle, comme la plupart des espèces de sa famille des Talpidés. Il est à peine capable de distinguer les ombres de la lumière. Ses oreilles, dépourvues de pavillons, sont entièrement cachées sous la fourrure. Cet organe auditif se présente sous la forme d’une simple perforation de de diamètre.
De ce corps dépasse, à l’arrière, une queue large au départ qui s’affine et se termine par une petite touffe de poils blancs. À la base de la queue et sur la face inférieure, se trouvent deux glandes à musc, dont le renflement est facilement observable.
Trompe À l’avant du corps se trouve l'organe le plus caractéristique du Desman : une trompe hypertrophiée, poilue à la base et glabre pour le reste, longue d'environ , ce qui représente un quart de la longueur du corps de l’animal. Cette trompe est flexible et préhensile, et se divise à son extrémité en deux lobes où se situent les narines. Comme chez l'Éléphant, la trompe est le résultat de la coalescence, au cours de l'évolution, du nez et de la lèvre supérieure de la bouche..
Cette trompe est l’organe de perception le plus important du Desman, et, à l'instar du nez des Taupes, le plus perfectionné du monde animal en ce qui concerne le sens du toucher. C'est à l’aide de celle-ci qu’il repère ses proies sous l'eau et qu'il perçoit son environnement aérien et aquatique. Tout d'abord grâce aux vibrisses, long poils situés à la base de celle-ci, permettant de détecter les vibrations et mouvements dans l'environnement proche et lointain. Ensuite grâce aux organes d’Eimer présents par centaines de milliers à la surface des lobes se trouvant à l'extrémité de la trompe, dont la sensibilité exceptionnelle permet de détecter les proies dans le lit des torrents. Enfin, l'organe de Jacobson, ou organe voméronasal, lui sert aussi vraisemblablement à détecter ses proies, par perception chimique. Cet organe se trouve au niveau de l’entrée des fosses nasales, qui communiquent avec la bouche au niveau du palais. Cet odorat très développé lui permet de repérer les larves à une distance de sous l’eau. Cet organe primitif est le seul odorat des Poissons et des Amphibiens mais est également présent chez les embryons de Mammifères, y compris l’être humain. Les Mammifères perdent son utilisation à la naissance car ils ont développé une capacité similaire avec l’utilisation des cornets du fond des fosses nasales.
Capacités cognitives Des études scientifiques démontrent que les capacités de mémorisation et de repérage dans l'espace du Desman sont excellentes et bien meilleures que celles d'autres Mammifères de taille similaire. Chaque individu est capable de garder en mémoire la géométrie des chemins empruntés lors de son activité quotidienne ainsi que les goûts et les odeurs de son territoire. L'autopsie de cadavres de Desman permet de constater que le cervelet, qui est la partie du cerveau servant à l'orientation et la coordination dans l'espace, est très développé comparativement à celui d'autres espèces de Mammifères. En effet, le cervelet du Desman des Pyrénées est beaucoup plus grand que celui de la Taupe et du Desman de Moscovie et proportionnellement seuls les Cétacés présentent un cervelet aussi développé..
Le Desman possède d'excellentes facultés de reconnaissance et de différenciation, par le toucher, des formes géométriques, de la texture ou de la granulométrie d'une surface. Il est également capable de reconnaître une forme déjà connue mais tournée et présentée selon un angle différent. Cela n'implique donc pas les seules capacités du toucher mais, là encore, des capacités cérébrales avancées telles que la mémorisation, la reconstruction de forme en trois dimensions, et le repérage dans l'espace.
Fèces Les fèces du Desman ne peuvent pas être confondues avec celles d'autres espèces. Elles ont la forme de petits tortillons de à de long, d'aspect huileux et dont la couleur peut varier du vert très foncé au noir. Elles dégagent également une odeur de musc que le nez humain non entraîné ne peut en général pas identifier.
Les fèces sont le plus souvent déposées sur un rocher, hors de l'eau. Elles servent de support au Desman pour y déposer les sécrétions de ses glandes à musc, soit dans un but de marquage territorial, soit pour communiquer d'autres informations entre individus.
Habitat et répartition Répartition géographique vignette|gauche|Aire de distribution des deux sous-espèces de Galemys pyrenaicus :
Le Desman des Pyrénées est une espèce endémique des régions montagneuses de la chaîne des Pyrénées, de la cordillère Cantabrique et du Système central ibérique. Il se rencontre principalement le long des cours d'eau suivants et de leurs affluents (du nord au sud, et d'ouest en est). :