Jacques Delors , né le à Paris et mort le dans la même ville, est un homme politique français.
Militant syndical (CFTC puis CFDT), il travaille auprès du Premier ministre gaulliste Jacques Chaban-Delmas de 1969 à 1972, puis adhère au Parti socialiste en 1974. Cinq ans plus tard, il est élu député européen.
Il est ministre de l'Économie et des Finances de 1981 à 1984 dans les gouvernements de Pierre Mauroy, sous la présidence de François Mitterrand ; il initie le « tournant de la rigueur », qu'il défend face à la situation économique dégradée du pays. Il est également brièvement maire de Clichy en 1983-1984.
Après avoir été pressenti pour succéder à Mauroy à Matignon, il est président de la Commission européenne de 1985 à 1995 : il contribue ainsi à la mise en place de l'euro, de l'Acte unique européen, de l'accord de Schengen ou encore du programme Erasmus. En 1996, après le club Témoin, il fonde l’institut de recherche « Notre Europe » qui est devenu ensuite l'Institut Jacques Delors.
Donné favori à l'élection présidentielle française de 1995, il renonce à se présenter à la surprise générale. Il perd ensuite en influence et ne retrouve pas de fonction de premier plan, prenant occasionnellement position sur les questions européennes.
Il est le père de la femme politique Martine Aubry.
Situation personnelle Origines Jacques Lucien Jean Delors est le fils de Louis Delors, encaisseur à la Banque de France et catholique pratiquant, natif du Lonzac en Corrèze, et de Jeanne Joséphine Rigal, née à Paris, d'extraction cantalienne..
Vie privée et familiale Jacques Delors grandit dans le quartier parisien de Ménilmontant.
En 1948, il épouse Marie Lephaille, née en 1923 et morte en 2020.. Leur fille Martine (future Martine Aubry) naît en 1950 puis un fils, Jean-Paul, naît en 1953. Celui-ci meurt d'une leucémie en , à l'âge de 29 ans. La demeure familiale est située dans le département de l'Yonne..
Jacques Delors est un soutien du LOSC Lille ; il estime que .
Formation et premiers postes Titulaire du certificat d'études primaires (mention « très bien »), il effectue ses études secondaires au lycée Voltaire à Paris, au lycée Émile-Duclaux d'Aurillac et au lycée Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand.. En , Delors s'inscrit à la faculté de droit de l’université de Strasbourg, alors repliée à Clermont-Ferrand. Après l'occupation de l’université par les troupes allemandes en , il interrompt ses étudesCharles Grant, Delors. Architecte de l’Europe (1995), trad. de l’anglais (1994) par P. Alexandre, p. 17..
Il rentre à Paris et intègre à son tour la Banque de France, où il commence sa carrière en tant que « rédacteur ». et devient syndicaliste de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC). Ancien élève du Centre d'études supérieures de banque (CESB), dont il est diplômé en 1950, il occupe les postes de chef de service puis d'attaché au cabinet du directeur général des titres et du marché monétaire à la Banque de France (1945-1962).
Parcours syndical et politique
Premiers engagements Se situant dans la mouvance du personnalisme de Mounier, Jacques Delors s'engage dans le syndicalisme en adhérant dès 1945 à la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC)., syndicat marqué au début des années 1950 par la droite démocrate chrétienne. Il rejoint le groupe minoritaire Reconstruction, qui milite pour les idées socialistes et vers une déconfessionnalisation de ce syndicat sous le patronage de Paul Vignaux. Ce mouvement va promouvoir les idées d'un syndicalisme socialiste et démocratique, s'opposant à des chrétiens dits progressistes proches des marxistes. Paul Vignaux a obtenu après la fin de la guerre des aides de syndicats américains dont une partie a servi au lancement de Témoignage chrétien, un journal pour un engagement chrétien.
Minoritaire, le mouvement Reconstruction va devenir majoritaire et participer à la transformation du syndicat CFTC vers la Confédération française démocratique du travail (CFDT). Cette déconfessionnalisation de la CFTC va s'accompagner d'un glissement du syndicat, proche de la droite MRP, vers les partis de gauche. Jacques Delors reste membre de la CFDT jusqu'à sa mort.
Jacques Delors dirige de 1959 à 1965 la revue Citoyens 60 du mouvement personnaliste La Vie nouvelle.. Il travaille en liaison avec le club Jean-Moulin. De 1959 à 1961, il est membre de la section du plan et des investissements du Conseil économique et social.. À cette époque, il est l'auteur, sous le pseudonyme Roger Jacques, d'écrits d'inspiration socialiste et influencés par des courants de pensée anglo-saxons cherchant à se démarquer des idées marxistes dans la revue Reconstruction, pour la promotion d'idées socialistes et démocratiques dans le syndicat CFTC. Il est rapidement remarqué et devient « expert économique » à la CFTC.. En 1964, Jacques Delors suit le courant majoritaire non confessionnel du syndicat devenu CFDT, dont il est depuis resté adhérent. Il est également membre un temps du Parti socialiste unifié (PSU)..
De Chaban-Delmas à Mitterrand En 1962, Jacques Delors entre au Commissariat général du Plan en tant que chef du service des affaires sociales et culturelles, poste qu'il garde jusqu'en 1969 pour devenir chargé de mission auprès de Jacques Chaban-Delmas, Premier ministre jusqu'en 1972. À ce titre, il influence grandement le projet de « nouvelle société » que souhaitait promouvoir celui-ci. Participant à la mise en œuvre de ce programme, il est notamment l’inventeur des contrats de progrès et l’inspirateur de la loi sur la formation professionnelle continue (). De 1969 à 1974, il est aussi secrétaire général pour la formation professionnelle et la promotion sociale auprès du Premier ministre.
De 1973 à 1979, il est membre du Conseil général de la Banque de France. À partir de 1974, il est également professeur de gestion à l'université Paris-Dauphine. En 1974, il crée le club de réflexion politique Échanges et projets avec le syndicaliste patronal José Bidegain. ; c'est cette même année qu'il adhère au Parti socialiste. Durant le congrès de Metz, il va rejoindre le courant mené par François Mitterrand, partisan d'une économie administrée par l'État contre l'aile modérée du Parti socialiste. Ce choix sera critiqué plus tard par Michel Rocard, opposé à ses prises de position pour une économie de marché. Son soutien à François Mitterrand s'explique par un choix personnel sans lien avec ses idées, comme il l'affirme dans ses Mémoires. De 1975 à 1979, il est directeur du Centre de recherche Travail & société. En 1976, il est choisi comme délégué national du PS pour les relations économiques internationales, fonction qu'il occupe jusqu'en 1981. Il renonce, malgré le souhait de François Mitterrand, à se présenter à Créteil pour les élections municipales de 1977, dans un contexte de divisions internes. Il renonce aussi à se présenter à Roanne, de même qu'il refuse de briguer un siège en Corrèze, son département d'origine, aux législatives de 1978..
Ministre de l'Économie et des Finances thumb|upright|Jacques Delors en 1988. Jacques Delors est élu député européen et président de la commission économique et monétaire en 1979. Il démissionne de ce mandat en 1981.
Au sein du PS, durant la seconde moitié des années 1970, les questions économiques sont traitées par le député-maire André Boulloche, à qui il était promis le futur poste de ministre de l’Économie et des Finances en cas de victoire de François Mitterrand à la prochaine élection présidentielle. Mais son décès soudain en 1978 créé un manque au sein du parti. Jacques Delors lui succède et devient président de la commission économique et monétaire du PS.
En 1981, il est nommé au poste de ministre de l'Économie et des Finances dans le premier gouvernement de Pierre Mauroy. Aux élections législatives, il renonce à affronter Jacques Chirac dans sa Corrèze natale, et il y est parachuté alors un jeune novice sortant de l'ENA, François Hollande...
De 1981 à 1984, Jacques Delors est successivement : du au : ministre de l'Économie et des Finances, dans le premier gouvernement de Pierre Mauroy ; du au : ministre de l'Économie et des Finances, dans le deuxième gouvernement Mauroy. À ce titre, il est l'un des initiateurs du tournant de la rigueur à partir de 1982 ; il est chargé en plus du Budget à partir de . Bénéficiant de la confiance des milieux économiques internationaux, il applique d’abord une politique de « rupture » pendant la période dite de l’« état de grâce » : nationalisations, dévaluations du franc, amélioration de l’efficacité des circuits de financement, et politique de relance. Après une première pause dans les réformes qu’il propose dès , Jacques Delors encourage le maintien de la France dans le Système monétaire européen (SME) et pratique une politique de rigueur. Il supprime, notamment, l'échelle mobile des salaires en 1982., l'équilibre budgétaire sera un objectif recherché, mais il vante le mérite du modèle reaganien de création d'emploi ; la lutte contre l'inflation bénéficiera de la baisse générale des matières premières, reste silencieux sur le redéploiement de la politique industrielle dans le contexte du SME et de l'avance de l'économie industrielle allemande. Il demeure fidèle à la priorité sur la lutte contre l'inflation et le maintien d'une parité fixe avec le Deutsche Mark, ce qui entame la politique du Franc fort ou du Franc Mark. Cette politique sera accusée de l'amorce du déclin industriel français et l'abandon de champions industriels nationaux dans les secteurs dominés par les Allemands afin de ne pas contrecarrer la politique franco-allemande et un retournement d'alliance de l'Allemagne avec le Royaume-Uni ; du au : ministre de l'Économie, des Finances et du Budget, dans le troisième gouvernement Mauroy.
Après avoir décidé de mettre en œuvre le tournant de la rigueur, François Mitterrand lui propose en de devenir Premier ministre en lieu et place de Pierre Mauroy, mais renonce à cette idée après que Jacques Delors a demandé à conserver ses fonctions de ministre de l'Économie et des Finances en sus de celles de chef du gouvernement..
À la demande de François Mitterrand, et malgré son air réservé peu compatible avec les campagnes électorales, Jacques Delors se présente aux élections municipales de 1983 à Clichy (Hauts-de-Seine, banlieue parisienne)... Sa liste d'union de la gauche l'emporte de justesse au second tour, avec 51,26 % des suffrages exprimésRésultats de l'élection municipale des 6 et 13 mars 1983 à Clichy sur le site archive.org (Le Monde, n° 11858, 15 mars 1983) . Il succède ainsi au socialiste Gaston Roche et reste en fonction moins de deux ans, démissionnant en pour prendre la tête de la Commission européenne..
Président de la Commission européenne thumb|« Photo de famille » du sommet du G7 de 1988 à l'université de Toronto : (de gauche à droite) Jacques Delors, Ciriaco De Mita, Margaret Thatcher, Ronald Reagan, Brian Mulroney, François Mitterrand, Helmut Kohl et Noboru Takeshita.
En , Jacques Delors n'est pas reconduit dans le gouvernement Fabius, ayant été pressenti, par accord guidé par François Mitterrand et Helmut Kohl, pour devenir en président de la Commission des Communautés européennes (qui deviendra la Commission européenne), succédant à Gaston Thorn. Il préside trois collèges de 1985 à 1995 : les Commissions Delors I, Delors II et Delors III. Il déploie alors une vision associant Europe libérale, sociale et puissante, qu'il résume par le triptyque : "La compétition qui stimule, la coopération qui renforce, la solidarité qui unit".