La seigneurie de Bellême est le domaine possédé par la famille de Bellême du à l'an 1113. Située aux confins du duché de Normandie et du comté du Maine, elle s'étalait à son apogée du Passais à l'ouest au Saosnois à l'est en passant par la campagne d'Alençon et une partie du Perche. Outre sa capitale, Bellême, ses villes principales étaient Sées, Alençon et Domfront.
Une seigneurie de marges
Installée sur une région de forêts et de collines, la seigneurie de Bellême constituait une bande de terre longue de . De larges vallées (Sarthe, Huisne, Mayenne) la traversaient du nord au sud et constituaient autant d'axes de communication entre la Normandie et la vallée de la Loire. Les seigneurs de Bellême ont tiré parti de cette situation en élevant des châteaux au-dessus de ces couloirs et en percevant taxes et péages sur les marchandises en transit.
La seigneurie voisinait de grandes principautés : le domaine royal capétien, comté de Blois-Chartres, duché de Normandie et comté d'Anjou. En conséquence, elle relevait de différents maîtres : son chef devait prêter hommage au duc de Normandie, au comte du Maine (pour le Passais et le Saosnois) mais aussi au roi de France (pour le Bellêmois). Cette position marginale fit la fortune et en même temps la décadence de ce territoire. « Les stratégies mises en œuvre par la maison de Bellême, en particulier l'appropriation et la maîtrise du sol forestier par les châteaux, la combinaison d'alliances matrimoniales traçant des réseaux de part et d'autre de cette barrière, [permirent] à ses seigneurs de construire et de maintenir leur domination sur cet espace convoité mais aussi de façonner un territoire qui finalement tomba dans l'orbite anglo-normande »Pierre Bauduin, La Première Normandie (), Presses Universitaires de Caen, 2004, . .. En résumé, la seigneurie de Bellême est un modèle de « seigneurie de frontière » (Gérard Louise) que la réassurance du pouvoir des princes au raya de la carte.
Croissance et chute de la seigneurie de Bellême Les ducs de Normandie essayèrent de dominer ce territoire mais les seigneurs de Bellême s'attachèrent à développer une certaine indépendance. Au point qu'ils devenaient aux une menace permanente pour la tranquillité du sud de la Normandie. Alors que les ducs ont toujours essayé de limiter la puissance de leurs vassaux en leur confiant des domaines dispersés, le territoire de la famille de Bellême était « la seule seigneurie d'un seul tenant qui ait existé en NormandieFrançois Neveux, La Normandie, des ducs aux rois, Rennes, Ouest-France, 1998, . ». Vers 1050, Guillaume le Bâtard, le futur Guillaume le Conquérant, parvint à soumettre la région et contraignit son chef Guillaume II Talvas à donner en mariage sa fille, unique héritière, à un fidèle du duc de Normandie. Mais le fils issu de cette union, Robert II de Bellême, reconstitua le domaine familial. Au début du , la seigneurie était à son apogée. Environ quarante châteaux la défendaient.
Pourtant c'est à cette période que le roi d'Angleterre et duc de Normandie réussit à abattre définitivement cette seigneurie. En 1112, il arrêta Robert II de Bellême, reprit Alençon, puis l'année suivante, il mena une coalition, composée de , et , qui s'empara de Bellême et des autres places fortes de la seigneurie. En 1119, sur la requête de , reçut en grâce Talvas, le fils de de Bellême, et lui rendit toutes les terres que son père avait possédées en Normandie, sauf Bellême.
Liste des seigneurs de Bellême Première seigneurie de Bellême (Yves de Creil ?) (???-vers 1005) (vers 1005-vers 1031/1035) (vers 1031-1035)
(1035-vers 1047), mort vers 1053 Arnoul (doute sur sa seigneurie) , évêque de Sées (vers 1047-1070)
Deuxième seigneurie de Bellême Mabile Talvas (1070-1077), femme de (-1094) Robert II de Bellême (1077-1112), mort peu après 1130 de Bellême (1112-1113), dernier seigneur de Bellême, à la suite de la prise du château de Bellême par d'Angleterre.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Jacques Boussard, « La seigneurie de Bellême aux », Mélanges Halphen, 1951 Gérard Louise, « La Seigneurie de Bellême () », le Pays Bas-Normand, , 1990-1991, 2 vol., 429 et 351. Lucien Musset, « Administration et justice dans une grande baronnie normande au : les terres des Bellême sous et Robert », dans Lucien Musset, Jean-Michel Bouvris, Jean-Marie Maillefer, Autour du pouvoir ducal normand , Cahiers des Annales de Normandie , Caen, 1985, . François Neveux, La Normandie, des ducs aux rois (), Rennes, Ouest-France, 1998.
Articles connexes Famille de Bellême Duché de Normandie Comté du Maine
Catégorie:Perche Catégorie:Perche (province) Catégorie:Orne au Moyen Âge