de Bellême (de Montgommery) ( 1052 – château de Warham (Norfolk), après 1113), fut comte de Ponthieu, vicomte d'Hiémois, d'Argentan, de Falaise. dans le duché de Normandie, seigneur de Bellême en France, et comte de Shrewsbury en Angleterre.

Il fut l'un des principaux protagonistes de l'anarchie qui succéda à la mort en 1087 de Guillaume le Conquérant, duc de Normandie et roi d'Angleterre. Alors que les trois fils de ce dernier se disputaient l'héritage paternel, il tenta de conserver l'intégralité de ses biens, mais finit par tout perdre. Après lui avoir retiré son comté anglais en 1102, Henri Beauclerc, le benjamin du Conquérant, le fit prisonnier dix ans plus tard et l'emprisonna jusqu'à sa mort.

Un baron au statut particulier de Bellême est le fils aîné de Mabile de Bellême et de , compagnon de Guillaume le Conquérant. La mort de ses parents (respectivement en 1077 et 1094) lui offre un héritage important - un ensemble de territoires à cheval sur le Maine et la Normandie. Ces possessions le placent dans la vassalité de trois maîtres différents : le duc de Normandie, le comte du Maine et le roi de France. Trente-quatre châteaux défendent son territoire - ce qui lui assure une place de toute première importance dans le duché. Mais pas seulement. En 1099, il succède à son frère cadet Hugues de Montgommery à la tête du comté de Shrewsbury en Angleterre. Enfin, grâce à son mariage avec Agnès de PonthieuLa date du mariage n'est pas connue. On sait simplement qu'il fut imaginé par Guillaume le Conquérant et célébré entre 1087 et 1092. Kathleen Thompson, « Robert of Belleme reconsidered », Anglo-Norman Studies, , ., il devient vers 1100, le nouveau comte de Ponthieu au décès de son beau-père.

La puissance de Robert de Bellême s'appuie sur un réseau castral dense. D'après Orderic Vital, le baron commande 34 châteaux sur les marches normanno-mancellesKathleen Thompson, , p. 273.. Citons parmi ces forteresses : Bellême bien sûr, Alençon, Domfront, Argentan, Ballon, Ceton, Lurson, Fourches, Boitron, Almenêches. Le moine-historien raconte comment Robert construit des places fortes en usurpant des terres dans des secteurs stratégiques, par exemple à La CourbeLe château est appelé Château-Gonthier. dans le pays d'Houlme. Cet ensemble de fortifications est en lien avec la politique belliqueuse du seigneur de Bellême. Dans les années 1090, la faible autorité du duc de Normandie Robert Courteheuse favorise la renaissance des conflits locaux dans le duché et les régions bordières. Le seigneur de Bellême y est très impliqué. Il rallume la vieille guerre familiale contre les Giroie et du coup s'accroche avec leurs alliés, les sires de l'Aigle. Dans le Hiémois, il essaie de s'imposer face aux autres grandes familles de la région : les seigneurs de Courcy et de GrandmesnilKathleen Thompson, , p. 271-273.. Plusieurs voisins du duché de Normandie lui sont hostiles. Les comtes de Mortagne, Geoffroy puis Rotrou revendiquent une partie des territoires de la famille de Montgommery. Le comte du Maine Élie de la Flèche et plusieurs seigneurs manceaux cherchent à affaiblir leur dangereux voisin.

Les opérations militaires et les travaux de fortifications coûtent tellement que le seigneur de Bellême doit s'en prendre parfois aux terres d'Église. D'où les exactions contre les propriétés de l'abbaye d'Ouche et l'évêché de Sées, écrit le moine.

Robert de Bellême et Robert Courteheuse (1077-1096) : une alliance chancelante

Sous Guillaume le Conquérant (vers 1077-1087) Le premier coup d'éclat de Robert de Bellême se situe en 1077 quand il décide de soutenir la rébellion du fils aîné de Guillaume le Conquérant, Robert Courteheuse, contre son père. Ensemble, ils quittent la Normandie et trouvent refuge chez le comte de Flandre Robert le Frison puis à la cour du roi de France . Robert Courteheuse finit par faire la paix avec son père en 1078François Neveux, , ..

Dans les années 1080, alors que sa mère est morte, Robert contrôle les possessions familiales en France. Son père, qui est encore vivant, s'implique davantage dans les affaires anglaisesKathleen Thompson, , p. 268.. Robert préside la cour baronniale et accumule ainsi une certaine expérience du pouvoir et de l'administration.

Mais quand en 1087, Robert de Bellême apprend sur la route de Rouen la mort du duc, il rebrousse chemin, revient sur ses terres et y chasse toutes les garnisons ducales de ses châteaux, notamment à Alençon et Bellême. Le turbulent seigneur entend être le seul maître en son domaine. L'anarchie qui règne en Normandie après Guillaume le Conquérant lui laisse espérer plus. Le duché est miné par la rivalité entre les trois fils du défunt duc, Robert Courteheuse, Guillaume le Roux et Henri Beauclerc. Robert de Bellême va tenter de tirer profit de la confusion.

La rébellion et l'emprisonnement en 1088 En 1088, le seigneur de Bellême trempe dans le complot ourdi par les plus hauts barons anglo-normands contre Guillaume le Roux, roi d'Angleterre. Le but était d'obtenir la déposition de ce dernier et d'offrir la couronne à son frère aîné Robert Courteheuse, duc de Normandie. Robert de Bellême figure dans l'avant-garde des troupes de Courteheuse à Rochester. Le trône de Guillaume est très menacé mais ce dernier réussit à désolidariser le vieux , le père de Robert de Bellême, des autres conjurés. Finalement le roi triomphe de la rébellion. Robert de Bellême est pardonné, sûrement grâce à l'appui paternel. Il quitte l'Angleterre pour rejoindre la Normandie.

À peine débarqué sur le sol normand, il est arrêté en compagnie d'Henri Beauclerc car Robert Courteheuse les soupçonne de conspirer. L'arrestation favorise surtout les desseins militaires du duc de Normandie qui se prépare à mener une campagne militaire dans le Maine pour soumettre la noblesse locale. Or, Robert de Bellême est l'un des plus importants seigneurs de cette région. Emprisonné à Neuilly-l'Évêque, il ne pourra pas s'opposer à cette reprise en main ducaleKathleen Thompson, , p. 270.. L'arrestation provoque la colère de de Montgommery. Quittant l'Angleterre, il rejoint la Normandie et met en défense la seigneurie de Bellême et l'Hiémois. Après avoir rétabli son pouvoir sur le Maine, le duc de Normandie assiège plusieurs châteaux de la famille de Montgommery. Saint-Céneri-le-Gérei est pris à l'automne 1088. C'est après cette victoire qu'il accepte de traiter avec Roger de Montgommery. Robert de Bellême est libéré mais il ne retrouve pas son château de Saint-Céneri qui est confié par le duc à un ennemi de la famille, Robert Giroie.

Le bref revirement de 1094 Après ces événements de 1088, Robert de Bellême choisit pourtant de servir fidèlement Robert Courteheuse pendant plusieurs années. Il figure parmi ses principaux conseillers et lui apporte son aide lors de la rébellion de Rouen en 1090. À l'inverse, en 1092, Robert Courteheuse appuie son vassal lorsque ce dernier assiège le château de son ennemi Richard de Courcy.

Toutefois, certains actes du duc ne favorisent pas Robert de Bellême. Robert Courteheuse remet par exemple la forteresse d'Exmes à Gilbert de l'Aigle alors que le seigneur de Bellême espérait légitimement que cette place lui revienne du fait de sa position en Hiémois. En 1093, Robert Giroie se révolte contre le duc. Ce dernier saisit le château de Saint-Céneri puis traite avec le rebelle. Robert de Bellême s'attend à ce que la place lui revienne ou au moins, à ce qu'elle reste dans les mains ducales. Or, au terme d'un accord généreux, le duc choisit de rendre le château aux GiroieKathleen Thompson, , p. 274..

En 1094, sûrement déçu, Robert de Bellême se tourne vers le frère de Robert Courteheuse, Guillaume le Roux. Il ouvre aux hommes du roi d'Angleterre plusieurs forteresses dont celle d'Argentan. Cependant, Robert Courteheuse réagit aussitôt et, à la tête de son armée, recouvre les châteaux avec l'aide du roi de France. Robert de Bellême retourne alors dans la fidélité au duc.

Robert de Bellême et Guillaume le Roux (1096-1100) En 1096, le duc Robert Courteheuse part pour la première Croisade et laisse la garde du duché à son frère Guillaume le Roux, roi d'Angleterre. Robert de Bellême change donc de maître mais ce bouleversement se révèle profitable pour lui.

Lors de la campagne en Vexin en 1097, le roi d'Angleterre en fait son chef des armées (sénéchal). Ses talents d'ingénieur militaire sont appréciés. Il sait aussi bien construire des engins de siège que des forteresses. Guillaume le Roux lui confie l'édification du château de Gisors, sur la frontière orientale du duché. En , Robert de Bellême réalise un bel exploit en capturant le comte du Maine, Élie de la Flèche que le roi cherchait à soumettreFrançois Neveux, , p. 459-460..

Les services du seigneur de Bellême sont récompensés. En 1098, son frère Hugues de Montgommery, comte de Shrewsbury, est tué lors d'un combat au Pays de Galles. Guillaume accepte que Robert hérite du comté contre le paiement de 3000 £. Le baron réussit donc à rassembler entre ses mains le patrimoine paternel (le comté de Shrewsbury, une partie du pays de Galles, le Hiémois) et maternel (la seigneurie de Bellême). De surcroît, il reçoit probablement la garde du château de Tickhill dans le sud du YorkshireKathleen Thompson, , p. 275-276..

En 1100, un nouveau décès favorise Robert de Bellême. meurt et Robert, en tant que gendre, hérite du comté. Maître du Ponthieu et du comté de Shrewsbury, seigneurs de nombreux fiefs dans le Maine et en Normandie, il est alors à l'apogée de sa puissance.

Robert de Bellême contre d'Angleterre (1100-ap.1130)

La rébellion de 1101-1102 La fidélité de Robert de Bellême est remise en cause par l'assassinat de Guillaume le Roux et son remplacement sur le trône d'Angleterre par son frère cadet, Henri Beauclerc (1100). Les deux hommes sont désormais ennemis. Quelques années plus tôt, le fils benjamin de Guillaume le Conquérant avait enlevé à Robert la ville de Domfront.

Robert Courteheuse revient de la croisade un mois après le couronnement d'Henri. Il ne compte pas abandonner ses droits sur le trône anglais et, pour les affirmer, débarque en Angleterre (1101). Certains barons anglo-normands, notamment Yves de Grandmesnil, et Robert de Bellême, accueillent favorablement ce débarquement car ils espèrent ainsi l'éviction d'Henri et la réunion de la Normandie et de l'Angleterre au profit d'un seul maître. Le fait d'être soumis à deux seigneurs rivaux rendait en effet leur situation délicate.