right|thumb|alt=Vases de différentes formes peints de motifs linéaires et sinueux.|Poterie peinte de type philistin, aux aspects égéens et chypriotes marqués mais produite à Canaan, témoignage de l'arrivée des Philistins dans la région. Musée d'Israël.
Les Philistins (en hébreu : , ) sont un peuple du Proche-Orient ancien établi au sud-ouest du Levant le long de la côte méditerranéenne, à la fin du et durant la première moitié du ; ils sont connus par différentes sources textuelles (assyriennes, hébraïques, égyptiennes) et archéologiques.
Les Philistins apparaissent sous le nom de Peleset dans des sources égyptiennes au et sont présentés comme des ennemis de l'Égypte, mélangés à d'autres populations hostiles désignées collectivement par les historiens modernes sous le nom de . Leurs origines sont débattues, mais l'opinion dominante les considère comme un amalgame de populations aux origines égéennes, anatoliennes et chypriotes, parlant des langues indo-européennes.
Après leurs affrontements avec les Égyptiens, les Philistins se sont installés sur la bande côtière du sud-ouest de la terre de Canaan, dans une région longeant la Méditerranée depuis l'actuelle bande de Gaza jusqu'à Jaffa. Ils y ont fondé des entités politiques, qui, au fil du temps, sont devenues des cités-États dirigées par des rois (Éqron, Ashdod, Ashkelon, Gaza, Gath), apportant avec eux des traits de la culture de leurs régions d'origine, tout en s'intégrant aux populations locales. Après une première période de constitution d'une identité philistine, la culture qui en résulte est majoritairement de type levantin et ouest-sémitique, cependant elle a conservé quelques traits rappelant leur héritage égéen et chypriote durant les premiers siècles du
Les Philistins sont surtout connus par la Bible, où ils sont les ennemis mortels et « incirconcis » des Israélites, pour qui ils constituent une menace militaire et culturelle de premier ordre dès leur installation, s'emparant de terres de leurs adversaires. Bien que le récit de ces luttes, qui comprend des épisodes célèbres tels que l'histoire de Samson et Dalila et le combat de David contre le Philistin Goliath, soit généralement tenu pour peu fiable historiquement dans le détail, on considère que ces guerres ont fortement contribué à l'émergence de l'identité et de la royauté israélites.
Le Levant méridional est ensuite dominé par les Assyriens, qui prennent le contrôle des cités philistines dans les dernières décennies du Sous leur domination, ces royaumes se révoltent à plusieurs reprises, mais ils semblent globalement avoir connu une période de prospérité économique. Celle-ci s'achève vers -, quand les troupes babyloniennes détruisent plusieurs grandes cités philistines et dominent à leur tour la région. Il est considéré qu'après cette date, il n'y a plus de Philistins au sens ethnique du terme, même si le nom de la région qu'ils occupaient est à l'origine du terme « Palestine » qu'a utilisé en 135 de notre ère l'empereur romain Hadrien en rebaptisant la province de Judée du nom de Syria-Palæstina.
Étymologies Le terme est dérivé de l'hébreu pĕlištī(m), qui apparaît à de très nombreuses reprises dans le Tanakh (Bible hébraïque). La Bible hébraïque contient également quelques occurrences du mot pĕlešet, désignant une région, la . Dans les versions grecques du texte biblique, se trouve parfois le mot phulistiim, mais leur appellation la plus fréquente est allophuloi, en , ..
Plusieurs étymologies ont été proposées pour le terme . Si c'est bien le nom que ce peuple se donnait (autoethnonyme), on y note . Rapprochement défendu par Budimir (1937), Krahe (1949), Benveniste (1952). Beaucoup d'auteurs ont défendu un rapprochement entre les Philistins et le . Rapprochement défendu par Georgiev (1948), Bonfante (1946), Faure (1973), Grandet (1990), etc., une population installée en Attique, mais qui serait d'après certains textes originaires de Crète.
Une autre hypothèse, moins soutenue mais renvoyant à une origine géographique proche, suggère que le nom est une déformation du grec phyle histia, , avec la graphie ionienne de hestia, (foyer)..
Ces deux premières hypothèses restent fondées sur l'idée que Peleset est bien le nom d'origine que se donnait ce peuple. Il a aussi été suggéré que le nom aurait été donné à ce peuple au Proche-Orient, et qu'il ne peut donc renseigner sur une origine. Dans cette optique, le terme dériverait de la racine sémitique p-l-š qui signifie ou ..
Les premiers temps philistins (v. -)
Plusieurs éléments généraux semblent établis quant aux origines des Philistins : ils font partie d'un groupe de , tels que désignés dans un texte égyptien, arrivant sur les rivages d’Égypte et du Levant au début du ; ils sont organisés autour de personnes originaires du monde égéen et/ou d'Asie mineure ; ils s'implantent sur le littoral méridional de Canaan, où leurs chefs prennent le contrôle de plusieurs cités, ce qui inaugure un processus de mélange avec les populations autochtones et aboutit à la culture philistine de l'âge du fer.
Pour ce qui est du détail, en revanche, bien des incertitudes demeurent. Cela s'explique notamment par le fait que ces évolutions s'inscrivent dans le contexte des bouleversements affectant le Proche-Orient au moment de la transition entre l'âge du bronze récent et l'âge du fer, autour de - et aux débuts de l'âge du fer I (abrégé en Fer I, qui va environ de -). Ils sont, quoi qu'il en soit, perceptibles dans la culture matérielle du futur pays philistin. C'est durant cette période que la domination égyptienne qui durait depuis trois siècles environ s'effondre à Canaan, et laisse place à plusieurs entités ethniques : Phéniciens au Liban, Israélites dans les hautes terres de Cisjordanie, et donc Philistins sur la côte méridionale, en plus de cités cananéennes semblant rester un temps indépendantes malgré la progression territoriale des précédents. La civilisation philistine se forme à Canaan au cours de ces années, avec l'arrivée de populations depuis diverses régions de la Méditerranée, qui se mêlent progressivement avec les populations locales.
Peleset et Peuples de la mer vignette|alt=Carte du Moyen-Orient, avec les principaux royaumes.|Situation politique du Moyen-Orient aux vignette|alt=Bas-relief représentant des guerriers sur un bateau.|Bateau de guerre des , bas-relief du temple de Médinet Habou.
La première mention des Philistins apparaît sous le nom de Peleset, dans une inscription du temple de Medinet Habou, où (v. à à ) célèbre une victoire maritime et terrestre, remportée dans sa huitième année de règne sur un groupe assaillant le territoire égyptien, que les historiens nomment (à partir d'une formulation égyptienne qui signifie littéralement ), parce qu'ils arriveraient depuis des îles lointaines, même si certains semblent venir par la terre. .. L'inscription du deuxième pylône du temple indique :
La mention des (ou ; Pršt(w), dans la version égyptienne d'origine, non vocalisée) est généralement reconnue comme la plus ancienne attestation des Philistins. Ces attaques ont un précédent dans une inscription du règne du pharaon Mérenptah (v. -), attaqué par une autre coalition réunissant certains des futurs , mais pas les Peleset. Des textes provenant d'Ougarit, datés en gros de la même période, mentionnent également des attaques menées par des ennemis embarqués sur des bateaux. Et dans ces mêmes années, plusieurs ports du Levant, dont Ougarit, sont détruits ou subissent des attaques.. De ce fait, les ont pu être interprétés, suivant le modèle ancien des , comme une vague de conquérants déferlant sur l'Égypte, vaincue par qui les aurait ensuite installés ou laissés s'installer au sud du Levant, alors dominé par les Égyptiens. D'autres nuancent les propos du Pharaon, vus en grande part comme de la propagande royale, qui aurait exagéré les assauts subis et donc sa victoire. De même, les causes des mouvements de ces populations sont obscures : sont-elles surtout motivées par la rapine et attirées par les richesses de l’Égypte et du Levant, ou bien cherchent-elles une nouvelle terre où vivre après une crise les ayant poussés à fuir leur(s) région(s) d'origine ? Il apparaît néanmoins difficilement contestable que de nouvelles populations caractérisées par une culture matérielle présentant des affinités avec le monde égéen, derrière lesquelles il faut manifestement voir les Peleset et d'autres Peuples de la mer, s'installent à la même période au Levant méridional, dans la future Philistie, le tout, dans un contexte de bouleversements qui affectent à peu près toutes les régions de la Méditerranée orientale et du Proche-Orient.
Origines
vignette|Carte de la région égéenne. L'origine des Philistins et des autres Peuples de la mer est traditionnellement plutôt recherchée du côté de la mer Égée, surtout la Grèce continentale et la Crète, mais d'autres fois l'Anatolie orientale, ou encore à Chypre. Par le passé, il a pu être proposé qu'ils viennent d'Illyrie, sur l'Adriatique , et soient passés par les Balkans, puis l’Égée avant d'arriver au Proche-Orient, parce que les sources classiques mentionnent dans cette région (et dans plusieurs endroits du monde égéen) un peuple appelé « Pélasges » dont le nom a rappelé à certains celui des Philistins, et qu'ils situaient dans cette région.
Les arguments pour une origine égéenne reposent en premier lieu sur des sources écrites. L'inscription du site de Médinet Habou fait venir les Peuples de la mer, dont font partie les Peleset/Philistins, depuis des , interprétées comme la Crète et/ou des îles de la mer Égée, tandis que le Livre d'AmosLivre d'Amos, chapitre 9, verset 7., qui fait partie de la Bible, situe l'origine des Philistins dans un pays appelé « Caphtor », terme qui semble désigner les mêmes régions.
Du point de vue matériel, la période de fin de la domination égyptienne à Canaan, coïncidant avec l'attaque des Peuples de la mer, s'accompagne de l'apparition sur plusieurs sites (Tell Miqné/Éqron, Ashdod, Ashkelon, etc.) d'une poterie aux accents égéens et chypriotes très prononcés, inspirée de celle de la période de la civilisation mycénienne finale ( dans la terminologie savante, consécutive à l'effondrement des palais mycéniens), mais fabriquée localement. Cette poterie est définie comme , car on la relie traditionnellement à l'arrivée des Philistins et d'autres Peuples de la mer, qui sont mentionnés dans les sources écrites des périodes suivantes comme occupant les sites de la région.
La vision actuelle est moins tranchée : une origine géographique précise ne peut être attribuée à la culture matérielle de la période, qui se présente plus comme un amalgame marqué par des traditions différentes dont les modèles peuvent être localisés en Grèce continentale (mycéniennes), en Crète (minoennes), à Chypre et aussi en Anatolie littorale (en plus d'éléments locaux cananéens). Les chefs philistins sont nommés seren dans la Bible, ce qui pourrait transcrire le terme tarwanis, , de la langue louvite parlée en Anatolie orientale (également apparenté au mot grec tyrannos / , qui a donné ). Peut-être s'agissait-il de groupes formés sur le modèle des sociétés de pirates de l'époque moderne, mêlant des personnes venues de divers horizons. En tout état de cause, si la langue de ces premiers était bien indo-européenne, l'idée répandue dans le passé selon laquelle c'était une langue similaire au grec mycénien n'est plus soutenue.
Quoi qu'il en soit, les premières études génétiques intégrées au dossier tendent à confirmer la vague origine géographique admise au regard des textes et de la culture matérielle. En 2016, une campagne internationale conduite dans l'ancienne ville portuaire méditerranéenne d'Ashkelon mène à la découverte des premières sépultures philistines, et permet d'envisager des études génétiques sur les ossements découverts..