La ville espagnole de Séville occupe depuis l'époque romaine une place privilégiée dans l'histoire de la péninsule Ibérique. Elle ne cessa en effet jamais de jouer un rôle de premier ordre sur la scène politique, militaire, commerciale et culturelle : point stratégique sur le Guadalquivir, ville de saint Isidore, centre culturel brillant d'al-Andalus, point d'orgue de la Reconquista, siège régulier de la cour sous Alphonse X de Castille et ses successeurs, plaque tournante du commerce avec les Amériques… Le riche patrimoine que la ville conserve est le témoignage tangible d'un passé prestigieux. thumb|Historia de Sevilla
Antiquité Avant la conquête romaine
La ville de Séville est, à l’instar de nombreuses cités d’importance, née au bord d’un grand fleuve, le Guadalquivir, dont le cours a évolué au cours des siècles. Les fondateurs de la cité primitive se sont établis au fond de l’estuaire du fleuve, qui est demeuré durant des centaines d’années accessible aux navires de la mer.
vignette|gauche|150px|Reproduction d'une des pièces du trésor du Carambolo. Selon la légende, la cité fut fondée par les Tartessiens autour du , sous le nom de Ispal ou Spal (selon les sources latines), mais ses origines restent très mal connues. Les recherches archéologiques menées durant les dernières décennies, notamment par Juan de Mata Carriazo y Arroquia et Juan Manuel Campos Carrasco, ont permis d’établir une chronologie des installations humaines et d’envisager leur morphologie. Des sondages ont révélé la présence de plusieurs niveaux de peuplement au centre de la vieille ville, dans la zone de la Cuesta del Rosario, située sur un petit monticule de 14 à d’altitude. Le site, d’une dizaine d’hectares, a révélé des vestiges de constructions, dont les plus profonds semblent remonter à l’époque tartessienne, à la charnière entre l’âge du bronze et l’âge du fer, laissant supposer que la cité constituait une importante agglomération au milieu du Les niveaux supérieurs du gisement archéologique montrent des traces d’occupation humaine à l’époque ibérique, entre les Y ont également été détectées des traces d’incendie, témoignages probables d’une destruction au moins partielle de la ville vers la fin du (sans doute au moment de la deuxième guerre punique).
D’autres fouilles ont été organisées aux alentours immédiats de Séville. Les archéologues ont pu mettre au jour des établissements d'origine tartessienne et confirmer la présence des Phéniciens et des Grecs dans la région au cours de la deuxième moitié du millénaire À à l’ouest, sur la rive gauche du Guadalquivir, à Camas, le site du Carambolo a été le théâtre d’importantes découvertes. En plus d’un riche trésor, des vases phéniciens ainsi que des amphores ont été exhumées, démontrant ainsi l’existence de relations commerciales entre la région et le Proche-Orient. Le site du Cerro Macareno, à au nord de Séville, a révélé la présence d’objets locaux, mais également d’amphores et de céramiques grecques. Ces trouvailles ont confirmé la réalité des échanges avec le monde méditerranéen. Séville et sa région constituaient déjà, avant l'arrivée des Romains, une zone à l'activité commerciale active avec les peuples méditerranéens : Elle leur fournissait sans doute des produits agricoles et, probablement aussi, miniers, du cuivre et de l'argent de la Sierra Morena, comme on le sait pour Huelva, et elle recevait en échange des objets manufacturésFrançoise Mayet et Pierre Sillières, Séville antique…, p. 12.. En dépit de ces travaux archéologiques, l’histoire de la ville, autre que chronologique, reste méconnuePour davantage de précisions, voir la source consultée pour ce chapitre : Françoise Mayet et Pierre Sillières, « Séville antique, porte de la Méditerranée », dans Séville, vingt siècles d’histoire, Bordeaux, Maison des Pays ibériques, Collections de la Maison des Pays ibériques, 54, 1992, p. 9-36..
La période romaine
Sources vignette|gauche|200px|Les différentes phases de la conquête romaine de l’Hispanie. L'histoire de la ville à l'époque romaine est mieux documentée que celle des périodes antérieures. Les sources littéraires sont nombreuses et de qualité : Strabon, Tite-Live et Jules César, entre autres, évoquent Séville à plusieurs reprises. L'archéologie n'offre en revanche que peu de secours dans une agglomération qui recouvre désormais l'ancienne cité romaine, enfouie à deux ou trois mètres sous le sol. Néanmoins, des découvertes importantes ont été réalisées ces dernières années, lors de fouilles organisées à l'occasion de travaux d'urbanisme ou de restauration de monuments historiques (zone de la Plaza de la Encarnación notammentVoir le site Commentariola Hispaniæ, consacré à l’archéologie romaine en Espagne.). Elles ont permis de réels progrès dans la connaissance de la ville romaine et de sa morphologieLes données contenues dans ce paragraphe sont tirées de deux ouvrages : Françoise Mayet et Pierre Sillières, Séville antique... et Joseph Pérez, Histoire de l’Espagne, Paris, Fayard, 1996..
Hispalis sujette de Rome (206-45) En 219 , la prise et la destruction de Sagonte, alliée récente de Rome, par Hannibal Barca déclenchent la deuxième guerre punique. C'est dans ce contexte que Séville est prise par les Carthaginois en -216.
vignette|100px|Vue partielle du site d’Italica. Dix ans plus tard, la victoire à la bataille d'Ilipa permet aux troupes romaines de Scipion l'Africain de s’emparer de la ville en -206. Cette victoire ouvre la voie à la conquête de l'Hispanie tout entière, convoitée pour ses métaux et ses sols fertiles. La première étape de la conquête est marquée par la soumission de l’Hispanie ultérieure, qui deviendra une des régions les mieux intégrées à l'Empire. Les Romains donnent à Ispal le nom d’Hispalis. La reconstruction de la ville commence, tandis que Scipion fonde le premier établissement romain du Sud de la péninsule Ibérique, la colonie d'Italica, aujourd'hui en ruines (commune de Santiponce). La fondation de cette colonie répond à des exigences pratiques, accueillir les vétérans des légions romaines, mais aussi stratégiques : l'installation d'une ville romaine en face d'Hispalis permet de surveiller cette dernière, tout en contrôlant le fleuve Bætis (nom romain du Guadalquivir). Les deux villes acquièrent des caractéristiques propres : à Italica le rôle de lieu de résidence, à Hispalis les fonctions commerciales, artisanales et industrielles.
Selon César (De Bello Civili), dès le , Hispalis est doté d’un forum, d’un port fréquenté par les escadres romaines, ainsi que de chantiers navals. En -49, César devenu maître de Rome après la conquête de la Gaule, dote Hispalis d’une nouvelle enceinte. C’est le début de la renaissance de la ville.
La colonie romaine : Julia Romula Hispalis Après sa victoire définitive contre Pompée (-48), César confère à Hispalis, en -45 le statut de colonie romaine, nommée Julia Romula Hispalis. Ses habitants libres deviennent des citoyens romains de plein droit. L’octroi de ce privilège est une récompense pour le soutien que la ville a apporté à César contre les pompéiens, mais il témoigne .
Hispalis devient alors une des villes les plus importantes de l’Hispanie ultérieure. Son rôle s’accroît davantage encore avec la création par Auguste de la province sénatoriale de Bétique, dont lui revient (le chef-lieu étant Cordoue).
Un centre économique important Dès la conquête de l’Hispanie ultérieure par Scipion, Rome exploite les richesses et le potentiel commercial d’une région de plus en plus opulente et romanisée, et dont les cités recevront, à l’instar des autres régions de la péninsule, le Jus Latii (la citoyenneté latine) par Vespasien, puis le Jus Romanorum (la citoyenneté romaine) sous Caracalla. La région est structurée par son fleuve, le Bætis. La Sierra Morena fournit les métaux très recherchés (or, argent, cuivre, fer), les plaines fertiles permettent la culture de la vigne, de l'olivier et des céréales, tandis que les marécages sont orientés vers l'élevage extensif. La mer ouvre, elle, le Sud de la péninsule vers le large, et forme une véritable porte vers le monde méditerranéen. Ces conditions favorisent l’arrivée de colons romains toujours plus nombreux, parmi lesquels de hauts fonctionnaires qui acquièrent de grands domaines agricoles et s’établissent dans des villæ, donnant naissance au système du latifundium, destiné à perdurer dans la région.
Séville bénéficie de cette intense activité commerciale, dont elle devient le centre, dans Joseph Pérez, Histoire de l’Espagne, p. 19.. Grâce à son port sur le GuadalquivirLe port est accessible depuis la mer à marée haute plus de six mois de l'année : , dans Strabon, Géographie, III, 2, 3, traduit par F. Lasserre, et cité dans Françoise Mayet et Pierre Sillières, Séville antique…, p. 18., elle est ouverte sur le monde et concentre une grande part de la masse des échanges commerciaux de la région, faculté facilitée par le réseau routier qui la relie aux autres grandes villes de la péninsule et surtout à la Sierra Morena. De ses quais sont exportées des matières premières fort convoitées telles que l'huile d'olive, le blé, le vin, mais également les métaux. Forte de sa position géographique incomparable, sur un grand fleuve navigable et entourée d'un arrière-pays aux ressources agricoles et minières considérables, Hispalis se forge une place incontournable dans le système économique de l'Hispanie romaine : Une position géographique si éminemment favorable fit la fortune de Séville dès l'Antiquité. Elle explique l'essor économique de cette cité qui fut vraisemblablement la plus riche de la Bétique et peut-être de toute l'HispanieFrançoise Mayet et Pierre Sillières, Séville antique…, p. 30..
La grandes invasions et les destructions de la ville vignette|gauche|200px|Les grandes invasions dans la péninsule Ibérique. La crise de l’Empire romain des s ouvre la voie aux grandes invasions des peuples germaniques. Entre 409 et 412, les Suèves envahissent le nord-ouest de la péninsule Ibérique (Galice), tandis que les Alains attaquent à l'est.
Les Vandales pénètrent aussi dans la péninsule Ibérique à cette époque. La branche des Hasdings se rend maître de la Bétique en 411. L’avancée des Wisigoths, alors fédérés envoyés par Rome pour chasser les envahisseurs, contraint l’autre branche des Vandales, les Sillings, à se replier vers le sud en 416 et à se joindre aux Hasdings sous la bannière de Gondéric, qui prend Hispalis en 426. La ville est détruite, les symboles de la présence romaine constituant une cible privilégiée.
Attirés par les richesses de l’Afrique du Nord, et attaqués par les Wisigoths qui progressent dans la péninsule Ibérique, les Vandales se retirent de la Bétique en 429, fondant un royaume en Afrique du Nord.
Avec le reflux des Vandales, les Suèves entreprennent la conquête de la Lusitanie, puis progressent vers le sud et l'est. En 441, emmenés par leur second roi, Rechila, ils prennent Hispalis et la mettent à sac. Ils expulsent l’évêque de la ville, Sabino II, qu’ils remplacent par un des leurs. Ils demeurent dans la région jusqu'à leur défaite face aux Wisigoths en 456, près d'Astorga.
Haut Moyen Âge La conquête de la péninsule par les Wisigoths
vignette|200px|Le royaume des Wisigoths avant la bataille de Vouillé. La bataille de la rivière Órbigo marque la fin des Suèves en Hispanie et le début de l'emprise des Wisigoths sur la péninsule Ibérique. Peu à peu, ils conquièrent les différentes provinces hispaniques, mais le centre politique de leur royaume reste Toulouse.