L’échidné à nez court (), échidné d'Australie ou échidné australien, est un mammifère vivant pratiquement dans toute l'Australie : il n'est absent que dans quelques îles du nord et c'est le mammifère autochtone qui a le plus vaste territoire en Australie.

C'est l'une des quatre espèces d'échidnés existant encore, mais il est le seul membre du genre . Avec les trois espèces d'échidnés à nez long (d'Attenborough, de Bruijn et de Barton) et l'ornithorynque, il forme l'ordre des monotrèmes, les seuls mammifères pondant des œufs, jadis plus diversifiés (Crétacé, Paléocène.) et actuellement encore présents en Australie et dans les régions côtières et montagneuses du sud-est de la Nouvelle-Guinée.

Il n'est apparenté ni au hérisson, ni au porc-épic, ni au tenrec, malgré leurs ressemblances dues à des convergences évolutives. Connu pour son manteau de piquants, sa possibilité de se rouler en boule pour échapper aux prédateurs et sa longue langue visqueuse qui lui permet d'attraper rapidement les fourmis et termites dont il se nourrit, l'échidné à nez court n'est pas menacé d'extinction mais les activités humaines telles que la chasse, la destruction de son habitat, l'introduction de nouveaux parasites et prédateurs ou encore la circulation automobile ont sensiblement réduit sa population.

Dénominations et classification vignette|gauche|Squelette de Tachyglossus aculeatus. vignette|gauche|Échidné à nez court.

Étymologie Le nom Tachyglossus (du grec ancien , « rapide », et , « langue ») signifie littéralement « langue rapide », en référence à la vitesse à laquelle l'échidné utilise sa langue pour attraper les fourmis et les termites. L'épithète spécifique aculeatus (du latin aculeus, aiguillon) signifie « piquant » ou « équipé de piquants ».

Classification L'échidné à nez court a été décrit pour la première fois par George Kearsley Shaw en 1792 Le Tachyglossus aculeatus sur naturebase.net. Consulté le 11 juin 2008.. Ce botaniste et zoologiste britannique le nomma Myrmecophaga aculeata en pensant qu'il devait avoir quelque lien de parenté avec le fourmilier sud-américain. Depuis cette première dénomination, son nom a subi quatre révisions, passant de M. aculeata à Ornithorhynchus hystrix, Echidna hystrix, Echidna aculeata pour finir en Tachyglossus aculeatus T. Iredale, E. Troughton, A checklist of mammals recorded from Australia in Memoirs of the Australian Museum, 6 : I–XII, 1–122, 1934..

L'échidné à nez court est la seule espèce du genre Tachyglossus. Il appartient à la famille des Tachyglossidae comme les trois espèces du genre Zaglossus trouvées en Nouvelle-Guinée: l'échidné à longue trompe (Zaglossus bruijni), l'échidné d'Attenborough (Zaglossus attenboroughi) et l'échidné de Barton (Zaglossus bartoni) mais ces trois espèces sont nettement plus grosses que T. aculeatus et se nourrissent beaucoup plus de vers et de larves que de fourmis et de termites. La famille des Tachyglossidae forme avec leur cousin, l'ornithorynque (Ornithorhynchus anatinus) de la famille des Ornithorhynchidae, l'ordre des monotrèmes, qui sont les seuls mammifères au monde à pondre des œufs.

Noms vernaculaires L'échidné à nez court était couramment appelé le « fourmilier à piquants » () dans les vieux livres mais cette appellation est tombée en désuétude car il n'a aucune parenté avec le fourmilier.

Les Aborigènes lui ont donné un nom différent suivant les régions. Par exemple, les Noongars, une tribu du sud-ouest de l'Australie-Occidentale l'appellent nyingarn. Dans la région au sud-ouest d'Alice Springs, au centre de l'Australie, les Pitjantjatjaras l'appellent tjilkamata ou tjirili du mot tjiri qui désigne les épines de l'« herbe porc-épic » (Triodia irritans). Le mot pourrait aussi signifier « qui marche lentement » Cliff Goddard, Pitjantjatjara/Yankunytjatjara to English Dictionary, Institute for Aboriginal Development, Alice Springs, Northern Territory, 1992 .. On l'appelle (minha) kekoywa, minha signifiant « viande » ou « animal » en langage pakanh, (inh -) ekorak en langue Uw Oykangand, et (inh -) egorag en langue Uw Olkola, dans laquelle inh- veut dire « viande » ou « animal », point commun de ces trois langues aborigènes du centre de la péninsule du cap York Philip Hamilton, Short-beaked echidna, Tachyglossus aculeatus, Australian Institute of Aboriginal and Torres Strait Islander Studies, 1997 Lire en ligne. Consulté le 11 juin 2008.. Dans les régions montagneuses du sud-ouest de la Nouvelle-Guinée, on l'appelle mungwe en langues locales daribi et chimbu T. Flannery, Mammals of New Guinea, Robert Brown & Associates, 1990 ..

Sous-espèces On distingue cinq sous-espèces d'échidnés à nez court. Chaque sous-espèce se distingue par sa distribution géographique, la répartition, la longueur et le diamètre des piquants et la longueur de la griffe du deuxième doigt des pattes arrière : T. a. multiaculeatus est présent sur Kangaroo Island ; T. a. setosus se trouve en Tasmanie et sur quelques îles du détroit de Bass ; T. a. acanthion habite dans le Territoire du Nord et en Australie-Occidentale ; T. a. aculeatus est présent au Queensland, en Nouvelle-Galles du Sud,en Australie-Méridionale et au Victoria ; T. a. lawesii vit dans les régions côtières ou montagneuses de Nouvelle-Guinée et probablement dans les forêts humides du nord-est du Queensland M.E. Griffiths, The Biology of Monotremes, Academic Press, New York, 1978 ..

Description vignette|left|Un échidné à nez court dans la nature.Les échidnés à nez court mesurent en moyenne 35 à de long ( pour les plus grands), ont un museau de , une queue de et pèsent entre deux et six kilogrammes Le Tachyglossus_aculeatus sur le site du musée de zoologie de l'Université du Michigan. Consulté le 11 juin 2008.. Toutefois, la sous-espèce de Tasmanie, T. a. setosus, est plus grande que ses congénères du continent. Le cou n'est pas apparent extérieurement de sorte que la tête et le corps semblent reliés directement. Les conduits auditifs sont dépourvus de pavillons. Les yeux, petits, sont situés à la base du museau pointu tandis que les narines et la bouche sont situées à l'extrémité ; la bouche ne peut pas s'ouvrir de plus de P.F. Murray, A unique jaw mechanism in the echidna, Tachglossus aculeatus (Monotremata), Australian Journal of Zoology, 29: 1–5, 1981..

Tout l'animal, à l'exception de l'abdomen, de la face et des pattes, est recouvert de piquants de couleur crème. Ces derniers, qui peuvent mesurer jusqu'à de long, sont des poils creux modifiés, formés surtout de kératine. L'animal est protégé par une fourrure poussant entre les piquants dont la couleur peut aller de miel au noir en passant par un rouge-brun foncé ; le ventre et la face dorsale de la queue sont aussi couverts de fourrure dont la couleur varie suivant les régions. La fourrure peut être parasitée par la plus grande puce au monde : Bradiopsylla echidnae, qui mesure jusqu'à de long.

right|vignette|L'échidné possède des membres trapus munis de cinq doigts armés de puissantes griffes.

Les membres trapus sont adaptés à un travail de creusement rapide ; ils sont courts et ont cinq doigts munis de puissantes griffes. Celles des pattes postérieures sont longues et recourbées vers l'arrière pour permettre un nettoyage et une toilette de la fourrure située entre les piquants. Le mâle possède des aiguillons aux gros orteils des pattes postérieures mais contrairement à l'ornithorynque, la sécrétion qu'ils produisent n'est pas venimeuse mais sert à communiquer pendant les périodes de reproduction.

Comme l'ornithorynque, l'échidné a une température corporelle basse, entre 30 et , mais à la différence du premier qui, protégé par une importante couche adipeuse, ne descend jamais de beaucoup sa température et ne montre ni signe de torpeur ni passage en hibernation, la température de l'échidné peut descendre à T.J. Dawson, T.R. Grant, D. Fanning, Standard metabolism of monotremes and the evolution of homeothermy, Australian Journal of Zoology, 27 : 511–515, 1979.. En cas de forte chaleur, l'échidné ne halète pas et ne transpire pas mais se contente de chercher un abri. En automne et en hiver, l'échidné a des périodes de torpeur et d'hibernation. En raison de sa basse température, l'animal est lent quand il fait trop chaud (pour ne pas faire monter sa température) ou trop froid (car sa température interne est trop basse pour lui permettre une activité normale).

Comme chez tous les monotrèmes, la femelle a un seul orifice pour les conduits génitaux et l'évacuation des matières fécales et de l'urine : le cloaque. Le mâle a des testicules internes (ce qui est possible en raison de sa température basse), pas de scrotum apparent et un pénis très original avec quatre boules à l'extrémité. La femelle gestante développe sur son ventre une poche dans laquelle grandira le petit.

La musculature de l'échidné à nez court a un nombre important d'aspects inhabituels. Le muscle panniculus carnosus est un énorme muscle situé juste sous la peau et couvrant tout le corps. En contractant différents faisceaux musculaires, l'échidné peut changer de forme. Il peut ainsi se rouler en boule quand il se sent menacé, protégeant son ventre et ne présentant à l'ennemi qu'une enveloppe d'épines. Il a l’une des plus courtes moelles épinières de tous les mammifères, n'allant pas au-delà de la dernière vertèbre thoracique M. Hassiotis, G. Paxinos, K.W.S. Ashwell, Anatomy of the central nervous system of the Australian echidna, Proceedings of the Linnean Society of New South Wales, 125 : 287–300, 2004..

left|vignette|Un échidné à nez court roulé en boule ; on aperçoit le museau sur la droite.

La musculature de la face, des mâchoires et de la langue est spécialisée pour permettre à l'animal de se nourrir. La langue est le seul moyen dont l'échidné dispose pour attraper ses proies. Elle peut sortir de de son museau. La langue est collante en raison de la présence de glycoprotéines riches en mucus qui servent à la fois à la lubrifier dans ses rapides mouvements de va-et-vient et à retenir fourmis et termites qui se retrouvent englués. La protrusion de la langue est permise par la contraction des muscles circulaires qui la font changer de forme et la propulsent vers l'avant et celle des deux muscles génioglosses fixés à l'extrémité caudale de la langue et à la mandibule. La langue en protrusion est gonflée et rigidifiée par un afflux de sang, ce qui lui permet de se faufiler dans le bois et le sol. Pour se rétracter, la langue a besoin de la contraction de deux autres muscles extrinsèques : les sternoglosses. Quand la langue rétractée dans la cavité buccale se met à ressortir, les proies sont retenues sur la face arrière des « dents » en kératine situées sur le palais, ce qui permet de les capturer et de les écraser. La langue se déplace à grande vitesse et on a pu mesurer qu'elle pouvait faire cent va-et-vient à la minute G.A. Doran, H. Baggett, The vascular stiffening mechanism in the tongue of the echidna (Tachyglossus aculeatus), Anat. Rec., 167 : 197–204, 1970..