Les mythes fondateurs de la Suisse relatent divers événements légendaires associés aux épisodes de l'Histoire de la Suisse ancienne.
La plupart des événements sont situés tout au début du , comme le serment du Grütli, Guillaume Tell, la destruction des châteaux et Winkelried. Ils sont relatés, à partir de récits oraux, dès les et dans des chroniques, par l'image et par la représentation scénique.
Les chroniques furent mises en doute vers 1760 par la publication du Pacte fédéral de 1291 et par la découverte des racines nordiques de Guillaume Tell.
Dès lors, dans la seconde moitié du , l'accent a été mis sur le côté idéal de ces différents événements légendaires afin d'inspirer et de fortifier les liens entre les cantons suisses formant l'État fédéral de 1848.
Ces récits légendaires sont encore souvent présentés comme des événements historiques dans les publications peu au fait de l'histoire.
Au , ces récits seront remis en cause, avec les œuvres d’écrivains suisses, tels Max Frisch et Friedrich Dürrenmatt, mais il faut attendre la publication de la Nouvelle Histoire de la Suisse et des Suisses en 1982 pour que les recherches historiques soient portées à la connaissance du grand public. L’historien Roger Sablonier écrit : .
Récits
Différentes chroniques dès le mentionnent des récits relatifs à la fondation de la Confédération, rédigés à partir d'éléments oraux, dont certains seront ultérieurement admis comme étant légendaires. Ils mêlent traditions locales et histoires d'origines diverses.
Ces récits ont eu un rôle dans la formation de l'idéologie nationale, comme mythes fondateurs aux images fortes et omniprésentes. L'usage politique des mythes a évolué au cours de l'histoire.
À l'origine, ces récits répondaient à la nécessité de renforcer le sentiment d'appartenance à une communauté, à un moment où le système d'alliances des Confédérés se voyait menacé par les conflits internes et la contestation de la légitimité de la Confédération. Accusés d'avoir obtenu leur indépendance en renversant l'ordre établi de la chrétienté et en anéantissant la noblesse, les Confédérés répondaient que leurs ancêtres, , s'étaient légitimement défendus contre le despotisme de la noblesse, en particulier contre la tyrannie des baillis habsbourgeois qui ne remplissaient plus leurs devoirs d'état, à savoir la protection des sujets et le maintien de la paix publique.
Les chroniques : Un premier texte de Konrad Justinger, la chronique bernoise commencée en 1420, contient des passages décrivant pouvoir absolu et arbitraire exercé par les baillis de Habsbourg sur les peuples Waldstätten. Vers 1470 environ, le Livre blanc de SarnenLe Livre blanc de Sarnen donne raison à la légende article Swissinfo.ch consulté le 16 avril 2008. est la première trace écrite de l’histoire de Guillaume Tell, de la révolte des cantons primitifs, de la destruction des châteaux et du premier serment d'alliance sur le Grütli. Le manuscrit, de parchemin blanc, est conservé aux archives cantonales d'Obwald à Sarnen. La chronique de Petermann Etterlin (imprimée en 1507 à Bâle par Michael Furter) contient la plus ancienne représentation (gravure sur bois) de Guillaume Tell avec la scène de la pomme. On y trouve également les deux variantes de l'histoire de Tell : la version Ballade de Tell ou Bundeslied, datant d'environ 1477, où Tell est noyé, et la version de Melchior Russ, datant d'environ 1482, qui raconte que Tell tue le bailli Gessler. Cette chronique, rééditée en 1752 et 1764, contribua surtout à répandre les mythes fondateurs. Le Chronicon HelveticumTschudi et les origines de l'historiographie article Swissinfo consulté le 16 avril 2008. est la chronique manuscrite d'Aegidius Tschudi écrite vers 1550. Imprimée en 1734-1736 par Johann Rudolf Iselin, cette chronique date précisément les événements du Grütli et la destruction des châteaux et mentionne le chemin creux où Guillaume Tell aurait tué Gessler.
Les mythes fondateurs Les Romains sous le joug
Ce mythe commémore la victoire de Divico sur les Romains, lors de la bataille d'Agen (107 av. J.-C.). Après la victoire, les Helvètes de Divico auraient forcé les Romains, entravés, à passer sous un joug afin de symboliser leur défaite.
Si la victoire ne fait aucun doute, elle est encore bien vivace chez les Romains lors de la guerre des Gaules et Jules César prétend la venger lorsqu'il vainc les Helvètes, l'épisode du joug n'est pas prouvé.
Ce mythe a été popularisé au et l'événement prétexte de la guerre des Gaules, la migration des Helvètes, n'a pas subi le même traitement : une victoire militaire est plus noble aux yeux d'un État naissant qu'une tentative d'émigration massive de son peuple et de ses chefs devant une menace d'invasion (des Germains).
Serment du Grütli
Le serment du Grütli, censé se dérouler en 1307, est un mythe représentant l'unité dans la diversité contre la domination des Habsbourg.
Tel que le raconte la légende, il se déroula sur la prairie du Grütli dominant le lac des Quatre-Cantons, et rassembla les hommes libres des vallées d'Uri, de Schwytz et de Unterwald, (Nidwald selon les versions) notamment représentés par les trois Confédérés Arnold de Melchtal, Walter Fürst et Werner Stauffacher.
Cet accord, conclu par trois communautés situées dans ce qu'on appelle parfois la , a été considéré jusqu'au comme l'acte fondateur de la Confédération des III cantons et reste de nos jours un élément important de l'imaginaire populaire.
Il ne doit pas être confondu avec le pacte fédéral d'alliance perpétuelle de 1291 entre les communautés d'Uri, de Schwyz et de NidwaldPacte fédéral du août 1291 sur Admin.ch "vallée inférieure d'Unterwald" signifie NidwaldPacte fédéral du août 1291 sur Cliotexte.
Guillaume Tell
Guillaume Tell () est un héros des mythes fondateurs de la Suisse qui, au , personnifiait le courage, avait la fonction de rassemblement et participait à l'idéal d’indépendance de la Confédération vis-à-vis du Saint-Empire romain germanique dont elle faisait encore formellement partie. Au Tell devient le symbole légendaire d’une identité nationale ancestrale.
Il aurait vécu dans le canton d'Uri au début du et se serait rebellé contre le bailli autrichien qui le défia alors de tirer un carreau d'arbalète dans une pomme posée sur la tête de son fils.
Guillaume Tell réussit son exploit et coupa le fruit dès son premier carreau sans toucher l'enfant. Mais il dit au bailli Hermann Gessler que s'il avait tué son fils dans cette tentative, il aurait immédiatement tiré un second carreau sur lui. Ce commentaire insolent enragea Gessler qui fit arrêter Guillaume Tell sur le champ. Celui-ci jura de se venger. Le bailli emmèna le prisonnier vers Brunnen par bateau sur le lac des Quatre-Cantons. Au cours de la traversée, une tempête menaça l'équipage. Guillaume Tell, qui connaissait mieux la manœuvre, fut chargé d'assurer la conduite de la barque jusqu'au rivage. Arrivé à proximité, il bondit à terre au lieu-dit Tellsplatte, près de Sisikon (canton d'Uri à la place du canton de Schwytz), et renvoya la barque d'un coup de pied. Ce fait historique est commémoré dans la Chapelle de Tell, dont la première fut déjà érigée sur le site en 1388. Par la suite le bailli fut tué dans le chemin creux entre Immensee et KüssnachtLégende de Guillaume Tell, comment gagner la liberté.
Cet épisode héroïque trouverait son origine dans la rébellion des Suisses contre les ducs d'Autriche, ce qui conduisit à l'unification des cantons historiques et à l'indépendance de la Suisse.
La destruction des châteaux À partir de 1300, les Habsbourg, voulant faire administrer leurs biens situés sur le territoire des Waldstätten par des baillis étrangers, se heurtent à la résistance des habitants des vallées.
La légende veut que des petits châteaux en forme de tour, « les méchantes petites tours » selon le Livre blanc de Sarnen, construits vers 1300 par les Habsbourg aient été détruits peu de temps après, vers 1314, par les habitants qui rejettent les baillis étrangers.
Le Livre blanc de Sarnen raconte ainsi qu'un Stauffacher, devint assez puissant à la tête d'un parti anti-habsbourgeois pour se rebeller contre la petite noblesse des Waldstätten, favorable aux Habsbourg, et pour nommer ensuite les châteaux détruits de Zwing-UriChâteau de Zwing-Uri Info Zentralschweiz consulté le 16 avril 2008., SchwanauChâteau de Schwanau Swisscastles, consulté le 16 avril 2008., LandenbergChâteau de Landenberg Swisscastles, consulté le 16 avril 2008. et RotzbergChâteau de Rotzberg Swisscastles, consulté le 16 avril 2008..
Les fouilles méthodiques, qui ont uniquement eu lieu au château de Schwanau, n'ont pas permis de vérifier la date de construction et de destruction de ces châteaux. Néanmoins il semble que Zwing-Uri, par son mode de construction, soit plus ancien (probablement au tournant du ) et ne semble donc pas avoir été construit par les Habsbourg.
Arnold von Winkelried (ou Arnold Winkelried) est un héros légendaire de l'histoire de la Suisse qui aurait permis aux Confédérés de remporter la victoire sur les troupes du duc Léopold III d'Autriche lors de la bataille de Sempach le en se sacrifiant, les Suisses n'arrivant pas à percer le front des lances autrichiennes.
D'après la légende, Winkelried, originaire du canton d'Unterwald, se serait alors précipité sur les lances pour ouvrir une brèche après avoir demandé à ses camarades de veiller sur sa femme et ses enfants. En tombant, son corps aurait emporté les armes des piquiers habsbourgeois. Les Suisses auraient alors percé les lignes ennemies.
La figure d'Arnold Winkelried se fait jour à la fin du , mais le monde scientifique la met sérieusement en doute à partir de 1860.
La soupe au lait de Kappel
La Soupe au lait de Kappel est une légende suisse symbolisant l'esprit de neutralité helvétique. La légende est située le près du village de Kappel am Albis, lors de la première guerre de Kappel, une des guerres de religion ayant opposé cantons catholiques et protestants. Avant le déclenchement des hostilités, ayant pris connaissance de négociations de paix, les soldats des deux camps auraient partagé sur la frontière qui les séparait une soupe faite de lait et de pain, préparée dans un grand chaudron.
Diffusion et usage des mythes
À partir du les récits fondateurs seront largement diffusés par le texte, l'image et les jeux scéniques. Les sites légendaires deviennent des lieux de curiosité, comme le chemin creux. En même temps Joachim Vadian fit remarquer que l'histoire de la pomme donnée pour cible à un tireur d'élite avait des pendants hors de Suisse, notamment danoises, sa principale source étant les Gesta Danorum de Saxo Grammaticus.
Après la Réforme et les guerres de Kappel de 1529 et 1531, catholiques et protestants se reprochaient mutuellement d'avoir provoqué la division en trahissant les idéaux confédérés. Chacun tendait à s'approprier les symboles, comme lors de la seconde guerre de Villmergen (1712), les adversaires se traitaient de Gessler, de tyrans et le Grütli fut choisi par les cantons de Suisse centrale pour renouveler leur alliance après leur défaite. Lors de la guerre des paysans de 1653, les sujets lucernois révoltés ressuscitèrent les .
Les historiens sont partagés au , les uns cherchaient à comprendre les origines de la Confédération et la légende de Tell, comme Johann Heinrich Gleser (qui publia en 1760 le Pacte de 1291, retrouvé en 1758 aux archives de Schwytz) d'autres, comme Uriel Freudenberger et Gottlieb Emanuel von Haller rappelèrent l'origine nordique du mythe de Guillaume Tell. Les autres s'efforçaient de prouver la véracité des récits fondateurs, comme Jean de Müller qui rédige dès 1780 une Histoire de la Confédération suisse. Ce texte à visée patriotique toucha le grand public et devint la base du mythe national.