Timgad ou Thamugadi (colonie Marciana Traiana Thamugadi en latin), surnommée la « Pompéi de l'Afrique du Nord »Guy Rachet, Dictionnaire de l'archéologie, page : 944/Timgad, Robert Laffont, 1983., est une cité antique située sur le territoire de la commune homonyme de Timgad, dans la wilaya de Batna dans la région des Aurès, au nord-est de l'Algérie.

Elle est fondée par l'empereur romain Trajan en et dotée du statut de colonie. Il s'agit de la dernière « déduction de colonie » en Afrique romaine, c'est-à-dire d'une colonie essentiellement peuplée de citoyens romains (souvent d'ailleurs d'anciens soldats). Bâtie avec ses temples, ses thermes, son forum et son théâtre, la ville, initialement d'une superficie de , finit par en occuper plus de 90. Au vu de son excellent état de conservation et du fait qu'on la considérait comme typique d'une ville romaine, Timgad est classée au patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO en 1982. La conservation du site soulève cependant un certain nombre de problèmes.

Toponymie Dans l'ancien nom de Timgad, Marciana Trajana Thamugadi, la première partie est romaine et se rapporte au nom de son fondateur, l'empereur Trajan, et sa sœur Marciana.. La deuxième partie du nom . Thamugadi est le nom berbère du lieu où a été édifiée la ville, à lire Timgad, pluriel de Tamgut, signifiant « pic », « sommet ». Les mentions du nom de Timgad ont été retrouvées dans la Table de Peutinger, à l'intérieur de l'itinéraire d’Antonin le Pieux et dans des actes de martyrs, ainsi que dans des inscriptions sur place, comme au haut de l'Arc de Trajan jadis.. Le nom est à l'accusatif et on peut lire Thamugadi, lorsque le nom a été transcrit par Procope ; la forme i finale est répandue chez les Africains et au génitif, c’est Thamugadis, à l'ablatif, c'est Thamugade et à l'accusatif, on obtient Thamugadem.

Histoire

centré|vignette|500x500px|Panorama de Timgad.

Origines Timgad est située à de Lambèse sur la voie allant vers Theveste dans une haute plaine étroite s'étirant entre l'Aurès et le djebel Bou Arif. Il s'agit donc d'un site avantageux qui contrôle aussi les voies d'accès à l'Aurès par les vallées de l'oued Abdi et de l'oued Abiod.. Au musée, la ville est à au-dessus de la mer et au fort byzantin, elle est à d’altitude. Le site est construit sur la pente du renforcement du mont Morris, au côté nord, sur une grande plaine qui est arrosée de l'est à l'ouest par l'oued Soutze qui est constitué par la source de Aïn Morris et l’oued Merien, au loin également l'oued Soutz rejoint l'oued Taga et forme l'oued Chemora qui devient le lac de Chemora (Barrage de Koudiet Lamdaouar).. Timgad était aussi alimenté en eau par la source de l'Aïn Morris à trois kilomètres au sud et peut-être aussi par la source de l'Aïn Cherchar à au sud-est..

Aux yeux des Romains la région doit alors faire partie de la Gétulie. Cependant, selon Albert Ballu, Timgad se trouve sur le sol de la Numidie.. Et au temps de Sévère, Timgad ne faisait plus partie de la Province d’Afrique. On ne peut cependant savoir si un habitat préexistait à la colonie romaine ou s'il ne s'agissait que d'un nom de lieu.

Fondation vignette|alt=Timgad (Thamugadi) dans l'Afrique romaine|Localisation. C'est en 100 que Trajan fit procéder à la fondation de la cité par la Troisième légion Auguste et son légat Lucius Munatius Gallus =17842 et 17843.. Les habitants de Timgad avaient donc tous la citoyenneté romaine et furent inscrits dans la tribu Papiria. La colonie prit le nom de colonia Marciana Traiana Thamugadi : Marciana rappelle le nom de la sœur de Trajan et Thamugadi, nom indéclinable et non latin, est vraisemblablement le nom indigène du lieu. . La déduction de la colonie se trouve en effet entre la première installation d'une cohorte légionnaire à Lambèse, en 81,

Rôle territorial vignette|alt=Timgad|Vue sur le capitole.

Les prospections archéologiques et l'analyse des photographies aériennes menées par Pierre Morizot ont apporté un démenti à cette image : La fondation de la colonie de Timgad ne peut donc pas s'expliquer en termes de nécessité militaire, mais participe plutôt de l'exploitation du territoire provincial et de son maillage par des espaces civiques conçus comme l'effigie du peuple romain, dans le cadre de la politique volontariste d'un empereur soucieux d'expansion. .

Évolution vignette|alt=Timgad|Développement de la ville La Pax Romana en Numidie a contribué à l'adhésion des populations autochtones romanisées, les citadins berbères pouvaient gravir les échelons du résident, du citoyen romain de l'édile et parfois vers le cursus honorum et d'autres étaient classés équestres ou siégeaient au Sénat, ainsi Timgad faisait partie des villes nouvelles et l'Empereur Trajan employait des légionnaires numides également. La somme honoraire du duumvirat était de .. Au départ, la ville fut construite par la volonté impériale et une colonie a été implantée. Timgad est une cité civile par rapport à Lambèse. L'absence du nom de la III légion sur le site et des noms des vétérans a été constatée.. Au début, les vétérans étaient au nombre de 200 à 400 ou 900. Selon Tacite, les colons n'avaient pas la notion de famille, étant des vétérans militaires, les femmes autochtones ont joué un rôle important probablement pour former la première génération de colons de la ville qui compte environ . De plus, il y avait des résidents et des esclaves..

La population est estimée par C. Courtois de au début du , après l'édification de toutes les structures importantes de la ville.. À côté des quatre angles, à l'intersection des deux voies principales, sont édifiées les différentes constructions municipales. La cité est dotée d'un forum, d'un théâtre, d’un grand marché, d'un temple de Jupiter, d’un Capitole, de deux petits torrents secondaires et des ponts (aujourd'hui détruits). À l'ouest, le grand ravin, le marché et le capitole à droite. Au nord-est, l’Arc de Trajan.. La ville en tout a une superficie de .. Sous Trajan, probablement que la route entre Timgad et Theveste fut élaborée.. Les unités d'habitation sont enveloppées dans une surface de avec permission de réaménagement..

Timgad avait son évêque, après l’apparition du christianisme, pendant le règne de l'Empereur Valérien, entre 253 et 260, ou durant Dioclétien, entre 284 et 305, la ville a compté des martyrs. L'évêque Novatus de l’Église de Timgad a pris part à un concile à Carthage en 256. Trois Basiliques furent construites durant le . De plus, les fouilles ont prouvé l'existence de plusieurs chapelles, des baptistères, des oratoires et un monastère. Les habitants de Thamugadi avaient le souci de développer l'art. Plusieurs ustensiles portent des symboles chrétiens ou gravures artistiques, fabriqués dans les ateliers de la ville. Timgad avait ses propres ateliers de céramique et de métallurgie également. Timgad a vécu une prospérité totale, loin des luttes agitant l'empire, elle est citée seulement par des géographes tels que Ptolémée et Procope de Césarée ou par le clergé lors de rares querelles religieuses, de conciles et de persécution.. La ville a été une des capitales des donatistes de Numidie. Par contre, durant un siècle, les donatistes et les chrétiens étaient en rivalité à Timgad.

Politique municipale Les édiles ont prévu l’accroissement de la ville, la construction des voies reliant Mascula vers l'est et la route vers Lambèse. Ils ont élaboré la construction des portes sous forme d’arc afin qu'elles soient visibles à une bonne distance lors du règne de Marc-Aurèle, ainsi que des thermes au Nord proches de l'actuel musée et qui demeurent dans l'axe de la ville, près de la porte de Cirta. D’autres thermes au sud-est s'agrafent avec les thèmes du Sud. Un grand édifice l’Aqua Septimiana, bâti vers le milieu du et agrandi en 198 pendant le règne de Septime Sévère, situé devant le point d'arrivée des eaux du principal captage d'alimentation de la cité. Caracalla, en 219, édifie le temple des eaux, qui est un des plus beaux monuments d’Afrique, dans la zone du fort byzantin. De plus, la sortie principale de la ville se trouve à l'ouest au départ de l'axe reliant Lambèse. C’est le travail de l'architecte Alexandre Lézine qui a fait que l'Arc de Trajan (Timgad) soit oblique par rapport au mur de la ville, une transition était ainsi indiquée entre la perspective de la voie décimane intra muros et l'avenue de Lambèse. Un espace fut aménagé en forme de trapèze pour plusieurs édifices importants, le premier pour la fonction religieuse, le deuxième pour le temple du Génie de la colonie et enfin un pour la fonction économique, le marché de Sertius, avec une large exèdre ouvrant sur une cour bordée de portique, avec des corbeaux sculptés à volutes et des feuilles d'acanthe, en forme de relief. Les constructions fussent achevées vers le . Timgad s'étend sur après la construction du fort byzantin dont de ruine compacte..

Travaux d'aménagement La Curie avait été probablement édifiée sous Trajan, au début de l'organisation de la colonie, mais les travaux auraient été entrepris d'une manière hâtive. Sous le règne d’Antonin le Pieux, la ville a été agrandie, elle s'est développée. Les responsables de la ville souhaitaient un cadre plus prospère, alors ils ont modifié la Curie, ils ont refait le dallage du Forum et ils ont établi un dallage près du Temple du Génie de la Colonie. Lors du règne d'Antonin le Pieux, la ville a connu d’importants travaux édilitaires.

Destruction et restauration La ville fut détruite. par les Berbères en 535, vers la fin de la domination vandale.. D'après le récit de lignes où Procope mentionne Timgad, ses habitants ont été chassés pour empêcher quiconque de s'établir à l'endroit de la ville.. Après l'arrivée des Byzantins, la ville fut reconstruite en 539. Une dédicace, trouvée dans les fouilles, prouve que la ville a été restaurée et qu'un fort byzantin et une citadelle ont été construits lors de la campagne de Solomon. Selon une inscription, la chapelle du patrice Grégoire aurait été bâtie vers le milieu du . La ville aurait été catholique au moment de l'arrivée des premiers Arabes.

Organisation du territoire vignette|alt=Timgad|Vue panoramique sur l'arc de Trajan.

Il est possible de proposer une reconstitution de la composition du territoire de Timgad afin d'évaluer la répartition de la propriété agraire sur sa superficie... Au sud, il est plus difficile de situer la limite du territoire, selon Pierre Morizot il aurait pu aller jusqu'aux sources du Taga au nord du djebel Mahmel.. Le territoire de Timgad pouvait produire des céréales, des olives, productions auxquelles il faut ajouter de l'élevage et l'exploitation des massifs forestiers.. De nombreux vestiges d'huileries et d'établissements agricoles sont attestés sur le territoire de la cité, ainsi à Henchir Taga les prospections ont révélé un vaste bâtiment qui était entouré de de plantations alignées.. . Toutefois, selon Pierre Morizot, des indices épigraphiques laissent à penser que quelques puissantes familles avaient réussi à accaparer les meilleures terres..

Divisions chrétiennes Au , la cité se christianise. Si l'on a pu considérer que la réfection du capitole montre le maintien des traditions polythéistes et leur vivacité dans les années 360, la table de patronat d'Aelius Iulianus, ornée d'un chrisme montre clairement l'adhésion forte d'une partie au moins des notables les plus importants de la cité à la nouvelle religion ; voir AE 1995, 74. . Dès 388, Optatus, l'évêque donatiste de Timgad, rallie des circoncellions et s'appuie sur eux, ainsi que sur la complicité du comte d'Afrique Gildon pour imposer ses vues et pour contrer l'empereur Flavius Honorius en 397. Il est dix ans durant, selon Saint Augustin le gémissement de l'Afrique.