Saruman (Saroumane dans la traduction de Francis Ledoux) est un personnage du légendaire de l'écrivain britannique , apparaissant notamment comme antagoniste dans le roman Le Seigneur des anneaux. Il est le chef des Istari, les magiciens envoyés en Terre du Milieu par les Valar sous une forme humaine pour lutter contre Sauron. Gagné par la soif du pouvoir, Saruman finit par faire alliance avec l'Ennemi. Il apparaît essentiellement dans le deuxième tome Les Deux Tours puis à la fin du troisième, Le Retour du roi. Son histoire avant la guerre de l'Anneau est brièvement racontée dans les romans posthumes et les Contes et légendes inachevés.

Saruman est l'un des personnages du roman illustrant la corruption du pouvoir, son désir pour la connaissance et l'ordre précipitant sa chute. Il rejette la chance de rédemption qui lui est offerte. Le nom de « Saruman » signifie « homme habile ». Il sert d'exemple de modernité et de technologie renversé par des forces plus proches de la nature. Le personnage apparaît dans presque toutes les adaptations du Seigneur des anneaux, ayant un rôle particulièrement développé dans les films de Peter Jackson, où il est joué par Christopher Lee.

Histoire

Avant Le Seigneur des anneaux

Les textes où l'histoire de Saroumane avant la guerre de l'Anneau est décrite ont été rédigés après le Seigneur des anneaux. Sa vie est brièvement présentée dans l'appendice B du roman, puis dans les textes du Silmarillion et des Contes et légendes inachevés.

Saroumane est un Maia. Il est l'un des cinq Istari (les Mages), dépêchés en Terre du Milieu par les Valar vers l'an mille du Troisième Âge, lui-même étant envoyé par le Vala Aulë. Il est alors « Saroumane le Blanc », chef des Istari. Il soutient initialement le Conseil Blanc dans ses actions contre la menace de Dol Guldur, mais succombe à la tentation de s'approprier l'Anneau unique, lui qui a étudié tous les textes concernant les Anneaux de Pouvoir.

Dès leur départ du Valinor, Saroumane jalouse Gandalf, d'autant plus quand il découvre que Gandalf possède un des trois anneaux des Elfes, offert par Círdan le Charpentier, à son arrivée sur la Terre du Milieu. Il ravale cependant sa jalousie et œuvre pendant de nombreuses années comme chef du Conseil Blanc, s'installant en Isengard, à l'extrême sud de la chaîne des Monts Brumeux, en l'an 2759 du Troisième Âge.

Néanmoins, fasciné par l'étude des Anneaux de Pouvoir, il constitue une proie idéale pour Sauron, qui utilise le palantír de Minas Morgul pour le corrompre et s'en faire un serviteur. Saroumane commence à héberger secrètement des Orques et des Uruk-hai en Isengard. Il procède à de sinistres croisements entre des humains et des Orques, afin d'obtenir des espions plus discrets que les Orques, les semi-orques, humanoïdes reconnaissables à leur peau olivâtre et leur regard bigleux. Vers l'an 3000, il commence à envoyer ses agents dans la Comté, tout d'abord pour acheter de l'herbe à pipe, puis pour recueillir des informations et espionner les Hobbits, voyant que Gandalf s'intéresse de près à ce peuple.

Dans Le Seigneur des anneaux

Saroumane apparaît pour la première fois dans La Fraternité de l'Anneau (1954), premier tome du Seigneur des anneaux. Le roman raconte la quête menée pour détruire l'Anneau unique, un objet puissant et maléfique créé par le Seigneur Sombre Sauron pour contrôler la Terre du Milieu. Sauron perd l'Anneau bien avant le début du roman, celui-ci étant désormais en possession du hobbit Frodon Sacquet du Comté.

Au début du premier tome, Gandalf, personnage déjà présent dans Le Hobbit, dit de Saroumane qu'il est et le chef du Conseil Blanc qui a chassé Sauron de la Forêt Noire à la fin du Hobbit. Gandalf ajoute que Saroumane a de grandes connaissances en ce qui concerne les Anneaux de Pouvoir.

Peu après, Gandalf fixe un rendez-vous à Frodon, en lui enjoignant de quitter la Comté. Cependant, le magicien ne vient pas. Il explique ensuite à Frodon qu'étant parti consulter Saroumane, ce dernier l'a retenu prisonnier en juillet , à cause de son refus de se joindre à lui pour soutenir Sauron et peut-être le contrôler pour leurs propres objectifs. Saroumane lui a proposé de garder l'Anneau pour eux deux. Gandalf a été emprisonné en haut de la tour d'Orthanc, en Isengard. Là, Gandalf constate que Saroumane crée une armée d'Orques et de Wargs et que la belle vallée verdoyante de l'Isengard se remplit de forges. Saroumane, qui refuse son ancienne appellation de « Saroumane le Blanc », se qualifie désormais de « Saroumane aux Multiples Couleurs ». Cependant, grâce à l'aide du seigneur des Aigles, Gwaihir, Gandalf réussit à s'échapper d'Orthanc deux mois plus tard, sans avoir révélé l'emplacement de l'Anneau à Saroumane. N'ayant plus d'autre choix que de trouver lui-même l'Unique ou d'être vaincu, Saroumane envoie des espions massivement dans le nord, tout en ralliant à lui les hommes de la Dunlande, ennemis ancestraux des Rohirrim, dans ses projets de conquête.

Au début des Deux Tours (1954), des Orques envoyés par Saroumane sont à la recherche des hobbits de la Fraternité de l'Anneau. Ils capturent Merry et Pippin. Ces derniers parviennent à s'échapper dans la forêt de Fangorn, où ils sont recueillis par les Ents, en colère car Saroumane coupe les arbres de la forêt pour alimenter les feux de l'Isengard.

Pendant ce temps, Saroumane planifie son invasion du Rohan : deux batailles aux gués de l'Isen, frontière entre l'Isengard et le Rohan, lui permettent de forcer ce point stratégique pour la conquête de ce pays, en éliminant de surcroît Théodred, fils du roi Théoden du Rohan, l'héritier du trône. À la Gorge de Helm, ses armées sont vaincues après une âpre bataille par les forces de Rohan, avec à leur tête Théoden et le maréchal de la Marche Éomer, assistés de trois des membres de la Communauté de l'Anneau venus en Rohan : Aragorn le Dúnadan, Legolas l'Elfe et Gimli le Nain ; les Orques et les hommes de Dunlande sont finalement annihilés par les Huorns. Pendant ce temps, les Ents marchent sur l'Isengard, accompagnés de Merry et Pippin, et détruisent dans leur furie les défenses de la forteresse, mettent à bas toutes les installations souterraines de Saroumane, les broyant à main nue et en noyant le tout sous les flots de la rivière Isen, qu'ils ont détournée de son lit à cette fin.

Peu après, les vainqueurs de la bataille de la Ferté-au-Cor rendent visite à Saroumane en Isengard, qui a trouvé refuge dans la tour d'Orthanc, forteresse indestructible, seule rescapée de la furie des Ents, qui le maintiennent là sous une garde vigilante. Dans un ultime effort, Saroumane, usant du grand pouvoir de persuasion que possède sa voix, tente de rallier à lui le roi Théoden du Rohan, son neveu Éomer, et enfin Gandalf ; mais le mal que Saroumane a commis est bien trop grand pour être oublié ou pardonné, et sa voix a perdu de sa force et n'abuse pas ses interlocuteurs. Toutefois, Gandalf tente à son tour de convaincre Saroumane de rejoindre leur camp, pour tenter de réparer les dommages qu'il a occasionnés et les aider à lutter contre Sauron. Mais Saroumane, dédaigneux et montrant au grand jour toute sa haine contre ceux qui sont venus le voir, refuse de se repentir et rejette avec mépris la proposition de Gandalf. Celui-ci, faisant soudainement preuve d'une grande autorité, bannit Saroumane de l'Ordre des Mages, et, d'un mot, brise son bâton de magicien, lui ôtant son pouvoir et son statut.

Bien après la prise d'Isengard par les Ents, Saroumane, apparemment vaincu et toujours étroitement surveillé, parvient à quitter la tour d'Orthanc avec son suivant Gríma « Langue-de-Serpent », ayant peut-être usé de sa voix pour faire fléchir le chef des Ents, Barbebois. Les Hobbits de la Fraternité de l'Anneau (Frodon, Sam, Merry et Pippin), revenant chez eux, retrouvent Saroumane finalement quelques semaines plus tard dans la Comté où il a, par l'intermédiaire de Lotho Bessac-Descarcelle, fait main-basse sur le pays et le dirige sous le nom de Sharcoux. De nouveau confronté à ses ennemis, Saroumane tente de poignarder Frodon mais sa lame se brise sur la cotte de mailles en mithril de l'ancien porteur de l'Anneau. Maîtrisé par les Hobbits et promis à une mort rapide, le chef déchu du Conseil Blanc est miséricordieusement épargné grâce à Frodon. Ce dernier laisse la vie sauve à Saroumane à la condition qu'il quitte immédiatement la Comté. Le magicien est finalement assassiné par son serviteur Gríma, brimé une fois de trop par son maître.

Caractéristiques

décrit Saroumane au moment des événements du Seigneur des anneaux comme ayant un et . Ses cheveux sont ailleurs décrits comme étant noirs au moment de son arrivée en Terre du Milieu. Appelé « Saroumane le Blanc », il est censé porter des robes blanches, mais à sa première apparition dans le roman (dans le récit de Gandalf au Conseil d'Elrond), il porte une toge et se nomme lui-même « Saroumane aux Multiples Couleurs » (« le Multicolore » dans la première traduction de Francis Ledoux).

Le pouvoir de la voix de Saroumane est souligné à maintes reprises dans le roman. Pour Jonathan Evans, cette caractéristique devient un dans le chapitre « La Voix de Saroumane ». dit du même chapitre que . Thomas Shippey écrit que . Shippey contraste ce discours moderne avec la rigueur archaïsante que Tolkien place dans la bouche d'autres personnages, comme le roi des Nains, Dáin, qui représente la vision de l'héroïsme selon Tolkien, calquée sur BeowulfShippey fait référence à la théorie nordique du courage, d'après Tolkien, qui apparaît dans les cours de 1936 à la ..

Après la défaite de ses armées, Saroumane se voit offrir le pardon par Gandalf en échange de son aide contre Sauron, mais ayant choisi son chemin, il est incapable de s'en détourner. Jonathan Evans compare Saroumane à la figure de Satan dans Le Paradis perdu de John Milton, pour son usage de la rhétorique et son refus de la rédemption finale, .

Noms thumb|upright|La certh 35, « S », utilisé comme emblème par Saroumane. Le nom de Saruman lui fut donné par les Hommes du nord de la Terre du Milieu. Il est dérivé du terme en vieil anglais , qui signifie « talent » ou « ruse ». Son nom en sindarin, , possède le même sens d'« homme habile » et vient des racines « ruse », « habileté » et de , forme dérivée de indiquant le masculin. Son nom en quenya, avec le même sens, est . Enfin, le nom que lui ont donné ses Orques, (Sharcoux dans la première traduction), provient sans doute du mot orque sharkû, qui, en noir parler, signifie « vieil homme », un terme « d'affection » pour eux.

Dans sa traduction du Seigneur des anneaux, Francis Ledoux a francisé l'orthographe du nom Saruman en Saroumane. La traduction de Daniel Lauzon rétablit la forme originale du nom, en accord avec les indications laissées par Tolkien.

Création et évolution