vignette|upright=0.6|Extrait liquide de cannabis, distribué par une pharmacie américaine au début du . vignette|upright=0.6|Vaporisateur avec tube flexible.

Le cannabis médical (appelé aussi cannabis médicinal, cannabis thérapeutique, marijuana médicale ou marijuana thérapeutiqueAu Canada, l'orthographe généralement usitée reste celle de « marihuana », tombée en désuétude aux États-Unis et ailleurs depuis le milieu du .) désigne le Cannabis sativa (désignation botanique du chanvre) en tant que plante médicinale, et, par extension, l'ensemble des dizaines de phyto-cannabinoïdes destinés à un usage purement médical, généralement prescrits pour leurs vertus antiémétiques.

À ce jour, compte tenu de l'évolution des connaissances scientifiques dans le domaine des cannabinoïdes, l'usage médical du cannabis redevient de plus en plus toléré, voire légal dans un nombre grandissant de pays : le Canada, l'Australie, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la Nouvelle-Zélande, l'Allemagne, l'Espagne, le Portugal, l'Italie, la République Tchèque, la Roumanie, la Finlande, le Chili, la Colombie, Israël et la Suisse depuis 2023. Aux États-Unis dans américains ainsi que dans la capitale fédérale 23 (Alaska, Arizona, Californie, Colorado, Connecticut, Delaware, Hawaï, Illinois, Maine, Maryland, Massachusetts, Michigan, Minnesota, Montana, Nevada, New Hampshire, New Jersey, New York, Nouveau-Mexique, Oregon, Rhode Island, Vermont, Washington, Washington DC). Cet usage nécessite soit une ordonnance, soit une confirmation de diagnostic médical. La distribution se fait généralement dans un cadre défini par les lois locales ; pharmacies et coffee shops aux Pays-Bas, Clubs Compassion au Canada., Buyers Club aux États-Unis, Cannabis Social Clubs en Espagne ou encore auto-production en Allemagne. En Suisse une ordonnance "spécial" pour les stupéfiants est indispensable.

Usage historique vignette|upright=1.0|gauche|Une publicité pour la cannabis americana distribuée par un pharmacien new-yorkais en 1917.

L'histoire de l'usage thérapeutique du cannabis est difficile à retracer, notamment parce que les législations régulant sa production, sa distribution, sa possession et sa consommation sont relativement récentes, et la distinction entre usage médical et usage récréatif l'est encore plus. L'égyptologue Lise Manniche note la mention de la « plante médicale de la marijuana » dans plusieurs textes égyptiens, dont l'un remonte au Lise Manniche, , 1989 On trouve aussi mention du cannabis dans plusieurs textes anciens chinois et indiens, notamment dans le Shen nung pen Ts'ao king, le plus vieux recueil traitant de plantes médicinales, attribué à l'empereur Shennong. Le cannabis y est prescrit pour traiter vomissements, maladies infectieuses parasitaires et hémorragies. La redécouverte par l'Occident des vertus thérapeutiques du cannabis est généralement attribuée à Sir William Brooke O'Shaughnessy, qui en 1831 publie dans la revue médicale britannique sa méthode d'injection intraveineuse d'électrolytes en solution pour soigner le choléra. Sa découverte lui vaut un poste en Inde, où il étudie les différentes plantes médicinales traditionnelles, dont l'opium. À partir de la fin des années 1830, il expérimente avec différentes concoctions à base de chanvre et ses effets sur des patients souffrant notamment de rhumatismes, hydrophobie, choléra ou tétanos. Il publie ses expériences et conclusions lors de son retour en Angleterre en 1841, où il rapporte des spécimens de chanvre et de strychnos nux-vomica à l'intention des Jardins botaniques royaux de Kew.

vignette|upright=1.0|Législation du cannabis thérapeutique en Europe en 2006.

De nombreux articles sur différentes espèces de cannabis sont publiés en Europe et en Amérique du Nord pendant la seconde moitié du . L'usage thérapeutique du cannabis et du haschich est courant aux États-Unis jusque dans les années 1930, et fait son apparition dans la pharmacopée américaine officielle en 1851 US Pharmacopoeia - 3d (1851) Edition. Il est prescrit généralement comme un antalgique, un sédatif, un antispasmodique ou un antiémétique. En France les nombreuses vertus des cigarettes Grimault (Cannabis Indica) sont vantées dans différents encarts publicitaires du Journal des débats politiques et littéraires, à la fin du ; le cannabis disparaît des officines seulement en 1953.

Prohibition progressive

La deuxième Convention internationale de l'opium de Genève, en 1925, ajoute le cannabis à la liste de substances dont l'importation doit être contrôlée par ses signataires, mais elle se révèle inefficace pour les pays achetant les dites drogues à des pays non signataires. La Convention, pour limiter la fabrication et réglementer la distribution des stupéfiants, dite Convention de limitation de 1931, vise à remédier à ce vide juridique.

Aux États-Unis, la mise en conformité avec cette convention mène Harry J. Anslinger, le premier commissaire du nouveau Federal Bureau of Narcotics, à faire voter en 1937 le Marihuana Tax Act, la première loi fédérale américaine régulant la distribution et la possession de cannabis, imposant une taxe de 1 dollar aux dispenseurs de cannabis, y compris pour un usage médical 1937. La loi a pour effet d'éradiquer la distribution médicale de la plante, même si elle reste listée dans la pharmacopée fédérale jusqu'en 1940 . De nombreuses législations transnationales sont signées dans les décennies qui suivent, mais ce n'est qu'avec la Convention unique sur les stupéfiants de 1961 qu'une harmonisation a lieu dans le cadre de l'ONU, incluant le cannabis dans les substances contrôlées dans le tableau IV, celui des substances soumis aux contrôles les plus sévères, sur l'insistance des États-Unis« Le Cannabis : positions pour un régime de politique publique pour le Canada - Rapport du Comté spécial du Sénat sur les drogues illicites », Parlement du Canada, septembre 2002..

Réapparition de l'usage médical Le chimiste israélien Raphael Mechoulam qui isole en 1964 le tétrahydrocannabinol (THC), principal composé psychoactif du cannabis, devient un pionnier de son utilisation médicale et permet la relance de l'intérêt médical de ce produit dans les laboratoires internationauxLe Scientifique, documentaire retraçant l’histoire et les recherches du Dr Raphael Mechoulam..

Le cannabis médical est employé avant tout pour soulager certains symptômes de la maladie, ou les effets secondaires du traitement.

Début 2019, une trentaine de pays dans le monde, dont de nombreux États américains et le Canada, autorisent le cannabis thérapeutique, dont 21 de l’Union européenne ainsi que la Suisse, la Norvège, Israël et la Turquie.

Selon une note de 2021 du ministère marocain de l’intérieur, le marché du cannabis médical est « en croissance annuelle de 30 % au niveau mondial et de 60 % au niveau européen ». Selon une étude du cabinet Grand View Research en 2017, le marché mondial du cannabis à usage médical pourrait s’élever à 55,8 milliards de dollars en 2025, soit cinq fois plus qu’en 2015.

Formes thérapeutiques Le cannabis existe sous plusieurs formes médicales, dont la disponibilité dépend de la législation du pays où il est autorisé : Bedrocan (18 % THC)., Bediol (6 % THC + 7,5 % CBD), Bedrobinol (12 % THC) et Bedica (14 % de THC environ et moins de 1 % de CBD) : formes naturelles disponibles en pharmacie depuis 2005 (Hollande et pays importateurs : Espagne, Italie, Finlande par exemple) et délivrés sur prescription médicale ; Marinol (dronabinol : THC de synthèse) : prescrit par exemple pour le traitement des nausées et des vomissements liés à la chimiothérapie, ainsi que pour l'amélioration de l'appétit chez les malades atteints du sida. Il est autorisé dans quelques pays européens, par exemple l'Allemagne, l'Italie et le Royaume-Uni ; Cesamet (nabilone) : voir Marinol ; Sativex : prescrit par exemple pour le traitement des douleurs associées à la sclérose en plaques. Il est autorisé au Canada depuis 2005, en Allemagne depuis 2010, en Suisse, en France depuis 2014, en Belgique depuis 2017.

Propriétés thérapeutiques Des propriétés non-démontrées jusqu'à présent Les applications thérapeutiques du cannabis sont controversées. En effet, la littérature scientifique ne permet pas toujours de conclure à un intérêt thérapeutique du cannabis. Bien que des autorisations de mise sur le marché aient été données par des autorités, elles sont largement contestées par la communauté scientifique.

En l'état actuel des connaissances, des médecins et scientifiques s'insurgent contre les propriétés médicinales revendiquées du cannabis pour lesquelles aucune étude ne permet de statuer objectivement sur les apports thérapeutiques. Cependant, pour ces mêmes scientifiques, la légalisation de l'usage du cannabis peut s'avérer être une mesure sociale et d'intérêt public en permettant la lutte contre le trafic et l'amélioration de la prévention du risque chez les jeunes de moins de , particulièrement exposés aux risques du cannabis.

En France, le comité scientifique mis en place en 2018 avait conclu que « Peu d’essais cliniques solides ont démontré l’efficacité du cannabis médical », et résumait prudemment les études américaines en ajoutant que « pour certaines pathologies ou certains symptômes, un niveau de preuve existe, surtout en cas d’échec thérapeutique avec d’autres traitements ».. Pour le neurochirurgien Marc Lévêque, « Par ses multiples actions sur notre système nerveux, le cannabis possède un indéniable effet antalgique, principalement dû au THC. Malheureusement, les nombreux effets collatéraux psychiques viennent minorer son intérêt thérapeutique ».

Propriétés revendiquées du cannabis Des applications thérapeutiques supposées sont répertoriées par l'Association Internationale pour le Cannabis Médical incluant : nausées et vomissements, anorexie et cachexie, spasmes, troubles du mouvement, douleurs, glaucome, épilepsie, asthme, dépendance et état de manque, symptômes psychiatriques, dépressions, maladies auto-immunes et inflammations ; et divers syndromes variésAssociation Internationale pour le Cannabis Médical.

Les efforts scientifiques dans ce domaine ne cessent de progresser, comme le montre l'évolution considérable du nombre d'études réalisées ces dernières années (GrapheGraphe). Durant la dernière décennie, ce nombre a plus que doublé, élevant le nombre total de publications à plus de en 2016.

Les propriétés suivantes ont été scientifiquement étudiées et ont fait l'objet de publications dont les conclusions sont controversées : analgésiques : malades en phase terminale et pour les douleurs chroniques résistantes aux traitements traditionnels ; relaxantes et somnifères : malades en phase terminale, troubles du sommeil ; anti-spasmodiques : sclérose en plaques, épilepsie ; anti-vomitives : traitement des effets secondaires de la chimiothérapie ou d'autres traitements lourds ; stimulant l'appétit et redonnant l'envie de manger : lutte contre la cachexie (maigreur extrême) et favorise la prise de poids ; broncho-dilatatrices : asthme ; anti-inflammatoires : le cannabidiol CBD (voir Cannabinoïde) non psychoactif est connu pour ses affinités avec les récepteurs CB2 situés sur les cellules immunitaires T. anti-psychotiques : traitement alternatif de la schizophrénie ; anti-dépresseur ; anxiolytiques ; sédatives ; vasodilatatrices : glaucome, migraines ; orexigènes : stimulation de l'appétit, en cas de maigreur importante ou de cachexie chez personnes âgées en long séjour, les patients atteint d'une maladie d'Alzheimer ou du sida ; antalgie dans les cas de névralgie.