Le Raton laveur (Procyon lotor), ou Raton laveur commun, est une espèce de mammifères de l'ordre des Carnivores et de la famille des Procyonidés.
Originaire d'Amérique du Nord, il s’agit du plus grand représentant de sa famille ; c’est un carnivore d’une taille petite à moyenne, pouvant atteindre une longueur corporelle allant de pour un poids compris entre .
Son pelage, plus généralement d’une teinte grisâtre poivre et sel, parfois brune ou roussâtre, possède un sous-poil dense l'isolant du froid. Il se caractérise par son masque facial sombre, coulant le long de ses joues. Sa queue, longue et touffue, est caractérisée par une alternance d’un poil plus clair et plus foncé, formant les anneaux caractéristiques. Ses pattes terminés par des doigts fins, formant comme des mains sans pouce préhenseur, mais lui donnant suffisamment d’adresse dans les pattes antérieures pour lui donner l’impression qu’il lave sa nourriture avant de la manger.
L'espèce est réputée pour son intelligence : il est capable d’ouvrir des boîtes, des portes ainsi que de déjouer des systèmes de sécurité complexes. Des études ont démontré qu’il était capable de se souvenir de solutions aux problèmes les plus difficiles sur plusieurs années.
Principalement nocturne et omnivore, son régime alimentaire opportuniste très diversifié, se compose d'environ 40 % d'invertébrés, 33 % de plantes et 27 % de vertébrés. C’est un bon grimpeur et un bon nageur.
Bien que considéré autrefois comme solitaire, le raton laveur présente un comportement social structuré par sexe : les femelles apparentées partagent souvent un territoire commun tandis que les mâles vivent en petits groupes comptant jusqu'à quatre individus, pour défendre leur position durant la saison des amours. Après une gestation d'environ 65 jours, la femelle met bas au printemps deux à cinq petits, nommés « ratonneaux ». Si sa longévité peut dépasser 20 ans en captivité, son espérance de vie en milieu naturel n'est que de 1,8 à 3,1 ans, la chasse et les accidents de la route étant les principales causes de mortalité.
Initialement restreint aux forêts de feuillus et aux forêts mixtes, ses grandes capacités d’adaptation lui ont permis de conquérir un plus grand nombre de milieux, des zones montagneuses, aux marais côtiers ainsi qu'aux milieux urbains.
C’est un animal particulièrement commun aux États-Unis et au Canada, notamment. Ses caractéristiques physiques que sont son masque facial noir et sa queue annelée, mais aussi sa grande intelligence, en font un animal charismatique, autrefois souvent mis en avant dans les mythologies des peuples autochtones des Amériques, mais toujours très présent dans la culture américaine contemporaine, où sa figure est largement présente dans la littérature, le cinéma ou les autres arts visuels, où il tient souvent le rôle de mascotte.
Introduit à plusieurs reprises dans une période de temps allant de la fin du et le milieu du à la suite d'évasions d'enclos ou de lâchers volontaires, il est désormais présent en tant que néozoaire sur l’Eurasie. En Europe, il est classé depuis 2016 sur la liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l'Union européenne, ce qui interdit son importation, son élevage, son transport, sa commercialisation ou sa libération intentionnelle dans l'environnement dans l'ensemble des États de l’UE.
Sur l’archipel nippon, l’animal autrefois détenu comme animal de compagnie, fut relâché à cause de son tempérament agressif et imprévisible et fait depuis lors l’objet d’une chasse intensive. De même en Amérique du Nord, la trop grande promiscuité entre ces animaux et les habitants des villes et des banlieues a détérioré sa réputation dans les médias américains.
Dénominations Nom scientifique valide : Procyon lotor (Linnaeus, 1758) selon ; Protonyme : Ursus lotor Linnaeus, 1758 ; Nom vulgaire (vulgarisation scientifique) typique et recommandé en français : Raton laveur ; Autres noms vulgaires : Raton laveur commun, Raton commun, Raton ordinaire ; Noms vernaculaires (langage courant) : Chat sauvage (Canada), Panda des poubelles, Raton ; Dénominations vulgaires et vernaculaires régionales (France) : chat chouage, mapatxe (basque), ós rentador (catalan), ós rentador comú (catalan), rakoun (breton), ti-racoon (créole guadeloupéen), wäschbier (luxembourgeois).
La femelle du raton est appelée « ratonne » et le petit est appelé « ratonneau ».
Étymologie vignette|Illustration Le raton, par Jacques de Sève, apparaissant notamment dans l’Histoire naturelle de Buffon.|gauche En français, le mot « raton laveur » n’est pas simplement un nom vernaculaire, il s’agit surtout d’un nom vulgaire, un mot utilisé pour parfaitement retranscrire le nom binominal scientifique Procyon lotor :
Le mot « raton », n’est absolument pas issu de sa ressemblance avec les rongeurs ou autre animal que ce soit. Il s’agit de la dénomination initiale de l’espèce en français, telle que présentée dans l’Histoire naturelle de Buffon, ou encore dans le règne animal de Cuvier, le raton crabier ayant reçu son épithète spécifique en premier. Les éditions de 1835 et de 1875 du dictionnaire de l’académie française décrivent d’ailleurs le raton comme suit : . Le mot « raton » seul est toujours utilisé pour désigner l’espèce, mais aussi d’autres espèces du genre Procyon comme le raton crabier ou encore le raton de Cozummel, notamment dans les sources canadiennes.
Ce mot « raton » vient de l’anglais, , lui-même issu de l’algonquin ärähkunAroughcun, Aracoun ou encore Arakum., déverbal de ärähkuněm « celui qui gratte avec les mains . ». Les trappeurs de la Nouvelle-France auraient ensuite formé le mot « raton », par analogie avec .
L’adjectif « laveur » est issu de l'épithète spécifique lotor, signifiant « laveur » en latin. Ce qualificatif, que l'on retrouve dans de nombreuses langues ; le néerlandais wasbeer, allemand Waschbär, italien orsetto lavatore ou le japonais , fait référence à l'habitude de l'animal de tremper ses aliments dans l'eau avant de les consommer. En français, le nom « Ours laveur » fut déjà utilisé pour désigner les espèces du genre Procyon, et il est assez courant de voir dans la littérature que l’étymologie du mot « raton laveur » ou orthographié sous la graphie « raton-laveur », serait issue de sa proximité physique avec les rongeurs, mais cette affirmation est erronée.
Le terme espagnol dérive du Nahuatl mapachtli (utilisé par les Aztèques), a une étymologie similaire puisqu’il signifie « celui qui prend tout dans ses mains ».
Au Québec, chez les plus vieilles générations, il est connu sous le nom de « chat »ou « chat sauvage ». Les Acadiens le nomment quant à eux la « mascouèche, marchouèche ou machecouèche », tandis que les Cadiens de Louisiane utilisent le terme « chaoui ». Ces deux appellations sont des emprunts aux langues amérindiennes locales. {| class="wikitable mw-collapsible mw-collapsed" |+Noms locaux et autochtones pour Procyon lotor !Groupe/zone linguistique !Nom autochtone |- |Anglais |. |- |Atikamekw |. |- |Chacta |. |- |Chitimacha |qokesum.. |- |Créole louisianais |. |- |Espagnol d'Amérique |. |- |Français cadien
|Français canadien |.
|sawe'''. |- |Nahuatl |. |- |Navajo |. |- |Powhatan |aroughcun ou arathkone.
Utilisation En anglais, l’abréviation familière « coon » est utilisée dans des mots comme « coonskin » pour désigner des vêtements en fourrure et dans des expressions comme « old coon » comme auto-désignation des trappeurs. Dans les années 1830, le Parti whig utilisa le raton laveur comme emblème, ce qui amena leurs opposants politiques à les qualifier péjorativement de « coons », les considérant comme trop favorables à la cause Afro-Américaine. Peu après, le terme est devenu une insulte à caractère raciste, particulièrement en usage entre 1880 et 1920 (voir « Coon song »). Le terme est toujours considéré comme offensant aujourd'hui. Les chiens élevés pour chasser le raton laveur sont appelés « Coonhound » et « coon dog ». En français, le mot coon se retrouve surtout dans le terme Maine coon, désignant une race de chat originaire des États-Unis dans l’État du même nom, des légendes locales racontaient que cette race aurait notamment été engendrée par une hybridation avec un raton laveur..
Dans la culture populaire contemporaine américaine, dans la continuité de sa mauvaise réputation à l’échelle locale, l’animal est parfois surnommé familièrement « trash panda » (panda des ordures), en raison de sa présence fréquente dans les zones urbaines et de son régime omnivore opportuniste consistant à fouiller les poubelles.
Taxonomie Histoire taxonomique Dans les premières décennies après sa découverte par les membres de l'expédition de Christophe Colomb, qui a été la première personne à laisser une trace écrite sur l'espèce, les taxonomistes ont pensé que le raton laveur était apparenté à de nombreuses espèces différentes, comme les chiens, les chats, les blaireaux et plus particulièrement les ours.
Carl von Linné, à l'origine de la taxonomie moderne, a placé le raton laveur dans le genre Ursus, d'abord comme Ursus cauda elongata (« ours à longue queue ») dans la deuxième édition de son Systema Naturae, puis comme Ursus lotor (« ours laveur ») dans la dixième édition.
En 1780, Gottlieb Konrad Christian Storr a placé le raton laveur dans son propre genre Procyon qui peut se traduire soit par « avant le chien » ou « qui ressemble au chien ». Il est également possible que Storr ait eu son mode de vie nocturne à l'esprit et ait choisi l'étoile Procyon comme éponyme pour le genre.
Évolution Sur la base de preuves fossiles provenant de Russie et de Bulgarie, les premiers membres connus de la famille des Procyonidés vivaient en Europe à la fin de l'Oligocène, il y a environ 25 millions d'années. Des structures dentaires et crâniennes similaires suggèrent que les procyonidés et les mustélidés partagent un ancêtre commun, mais les analyses moléculaires indiquent une parenté plus étroite entre les ratons laveurs et les ours. Après que les espèces de l'époque ont traversé le Détroit de Béring au moins six millions d'années plus tard, au début du Miocène, le centre de leur répartition se situait probablement en Amérique centrale.
On a longtemps considéré que les coatis (Nasua) et les ratons (Procyon) partageaient un ancêtre commun issu du genre Paranasua, présent il y a entre 5,2 et 6,0 millions d'années. Cette hypothèse, basée sur des comparaisons morphologiques de fossiles, entre en conflit avec une analyse génétique de 2006 qui indique que les ratons laveurs sont plus étroitement apparentés aux bassaris rusés. Contrairement aux autres procyonidés, tels que le Raton crabier (Procyon cancrivorus), les ancêtres du raton laveur ont quitté les zones tropicales et subtropicales pour migrer plus au nord il y a environ 2,5 millions d'années, une migration confirmée par la découverte de fossiles dans les Grandes Plaines datant du milieu du Pliocène. Son ancêtre le plus récent était probablement Procyon rexroadensis, un grand raton laveur du Blancan provenant de la Formation de Rexroad, caractérisé par ses dents postérieures étroites et sa large mâchoire inférieure.
Phylogénie
Plusieurs études moléculaires récentes ont permis d'établir les relations phylogénétiques entre les procyonidés et la position exacte du genre et des espèces de ratons, illustrées dans le cladogramme ci-dessous :
Sous-espèces